Renseignements pris, la commission européenne n’a pas vraiment abandonné l’interdiction de vente des véhicules thermiques à partir de 2035. L’essentiel
de sa décision initiale est maintenu. En effet, elle n’a pas techniquement « reporté » l’échéance de 2035, mais elle a officiellement assoupli les modalités d’application
pour la rendre plus flexible face aux difficultés de l’industrie. Voici les conditions et les limites de cet assouplissement, tel que précisé lors des récentes annonces de décembre 2025.
1. Le passage de 100 % à 90 % de réduction de CO₂. C’est le changement majeur. Initialement, les constructeurs devaient atteindre une réduction de 100 % des
émissions de CO₂ pour les véhicules neufs en 2035 (ce qui imposait de fait le tout-électrique ou l’hydrogène). La nouvelle règle : L’objectif est abaissé à 90
%. La conséquence : Cela autorise la vente d’une petite part de véhicules thermiques ou hybrides (environ 10 % du mix de vente d’un constructeur) au-delà de 2035.
2. L’exception pour les carburants de synthèse (e-fuels)
Sous la pression de l’Allemagne, une dérogation spécifique a été confirmée pour les moteurs à combustion utilisant exclusivement des carburants
de synthèse neutres en carbone. Condition technique : Les véhicules devront être équipés d’un dispositif de « détrompeur » empêchant le moteur de démarrer s’il
est alimenté par de l’essence ou du diesel fossile classique. Limite : Ces carburants restent actuellement très coûteux à produire et peu disponibles, ce qui devrait cantonner cette option aux
véhicules de luxe ou sportifs.
3. Les nouveaux segments autorisés (PHEV et EREV)
Le texte ouvre désormais la porte à deux types de motorisations qui étaient initialement condamnées après 2035 :
Hybrides rechargeables (PHEV) : Ils pourront continuer à être vendus s’ils respectent des critères d’autonomie électrique très élevés.
Prolongateurs d’autonomie (EREV) : Des véhicules électriques équipés d’un petit moteur thermique servant uniquement de générateur pour charger
la batterie.
4. La clause de compensation « verte » Pour bénéficier de ces 10 % de flexibilité thermique, les constructeurs devront compenser l’impact carbone restant.
Matériaux bas carbone : Utilisation obligatoire d’acier ou d’aluminium « vert » (produit avec des énergies renouvelables) dans la fabrication du véhicule.
Crédits carbone : Possibilité de compenser les émissions par des investissements dans des projets de décarbonation, ce qui augmentera mécaniquement le
prix de vente de ces modèles thermiques « survivants ».
5. Soutien aux « Kei cars » européennes Pour compenser l’abandon du 100 % électrique strict, la Commission pousse pour le développement de petites voitures
électriques abordables (moins de 4,20 mètres). L’idée est de rendre l’électrique accessible aux foyers modestes pour que le marché bascule par le prix plutôt que par l’interdiction
pure et simple. En résumé : Ce n’est pas un retour au « monde d’avant ». Le thermique devient une exception de niche (pour le luxe ou les usages très spécifiques) plutôt qu’un
produit de masse. La trajectoire industrielle reste massivement orientée vers l’électrique car les contraintes de compensation rendront le thermique moins rentable pour les constructeurs.
Ce qui veut dire que l’industrie automobile européenne demeura sur une trajectoire dangereuse pour elle !