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Commentaire de Guy Laflèche

sur Une belle histoire qui finit mal


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Guy Laflèche Guy Laflèche 30 décembre 2025 23:10

@Et hop !

Cher ami,  je suis beaucoup plus heureux de répondre à votre commentaire sur Lahontan que d’en venir à mes déboires avec l’ILDA. D’autant que vous présentez très rigoureusement la réécriture des trois tomes de l’ouvrage de Lahontan, en deux tomes, qui auront beaucoup plus de succès que l’original. La cause en est toute simple, la réécriture est une correction de l’original, voire une mise au net.

En revanche, je vous reproche de reprendre l’expression méprisante des spécialistes de Lahontan pour désigner Gueudeville comme un « moine défroqué ». En fait, Gueudeville s’est tout simplement détourné de la communauté religieuse où il a été durant de nombreuses années, tout simplement par déception ; il a eu le courage de quitter et la France et la religion catholique, se tournant vers le protestantisme, en épousant une Française chassée par la révocation de l’édit de Nantes. Pour faire vivre sa famille, il devient un fameux polygraphe, publiant des milliers de pages journalistiques encyclopédiques. Sauf erreur, il commence sa carrière éditoriale en réécrivant les trois livres de Lahontan.

Cela dit, sa réécriture est une excellente analyse critique de l’oeuvre, même s’il la trahit allègrement, comme vous le dites.

Mais il faut revenir à l’oeuvre géniale de Lahontan. Comme je l’ai beaucoup étudiée, je peux vous proposer une bonne clé de lecture. Bien sûr vous connaissez déjà la réponse à la question de savoir ce qu’il peut y avoir de vrai dans ses Dialogues : cela tient en quatre lettres, r-i-e-n ! Mais le plus extraordinaire, c’est que les historiens, ethnologues et littéraires se posent la même question sur plusieurs parties de son oeuvre. Par exemple, de très nombreux historiens ont étudié le plus sérieusement du monde son affabulation de l’exploration de la Rivière Longue (alors que Gueudeville a été assez allumé pour comprendre de quoi il s’agissait, en démultipliant comme vous le dites la fiction).

Mais l’intérêt de son oeuvre n’est pas dans ses inventions, mais dans la question de la véracité de toute l’oeuvre en regard de la Nouvelle-France, notamment de ses Amérindiens.. En effet, à lire l’oeuvre de part en part, on se trouve avec une symphonie du vrai et du faux, du totalement, partiellement ou approximativement vrai ou faux. Généralement, les lecteurs prennent l’oeuvre au premier degré ou lise le tout comme pure fabulation. Or, ce n’est pas la bonne façon d’évaluer l’oeuvre.

Par exemple, sa dénonciation de la Nouvelle-France, comme une colonie théocratique, gérée par les jésuites, est parfaitement juste. Puis on passe, ici et là, à ce sui est plus ou moins juste. Mais on trouve dans l’oeuvre plusieurs coups de génie, dont le plus extraordinaire est l’invention pure et simple d’une religion aux Amérindiens qui n’en n’ont jamais eue, ni connue, avant l’arrivée des Européens, surtout des missionnaires, évidemment. Or, ce qu’on ne sait généralement pas, c’est que Lahontan a été le premier (en 1702-1703) à produire une telle création.

Les Amérindiens connaissent uniquement et rigoureusement les pratiques magiques très efficaces du chamanisme, qui n’ont absolument aucun rapport avec quelque religion ou quelque spiritualité que ce soit. L’affabulation de Lahontan vise évidemment les religions chrétiennes : voyez, dit-il, la belle, simple et naturelle RELIGION du Grand Esprit que pratiquent les Indiens. Cette pure invention passe tout de suite dans l’Encyclopédie, mais très vite et jusqu’à nos jours dans les travaux « scientifiques » des ethnologues et des anthropologues. Et ce n’est pas tout : les Amérindiens eux-mêmes vont non seulement s’inventer des religions et des spiritualités ancestrales (parfois sur la base des pratiques magiques préhistoriques), ils... vont même les pratiquer !

Évidemment, toutes ces affabulations ne viennent pas de Lahontan, mais le coup de génie est d’avoir été le premier (et cela est incontestable) à pratiquer avec brio cette invention. Et surtout de l’avoir articulée sur le « Grand Esprit » (ce qui est resté et s’est développé jusqu’à nos jours).

C’est un grand plaisir pour moi de vous faire part de ma lecture de Lahontan. Si vous décidez de le lire ou de le relire mot à mot, il faut le faire dans l’édition encyclopédique de Réal Ouellet (OEuvres complètes, Presses de l’Université de Montréal).

Bonne fête du Jour de l’An, nous sommes à l’avant-veille, __gl>-


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