@Et hop !
Bonjour Ethop !
Votre message de décembre dernier où vous compariez ma situation avec celle de... Galilée, était vraiment amusant. Ce sont donc des collègues jaloux qui ont forcé l’Inquisition à exiger que l’astronome renie ses théories, tout comme le pape ou la papesse de l’ILDA n’est nullement responsable de l’interdiction qui m’est faite d’utiliser ses bases de données. J’espère qu’on ne va pas me forcer à abjurer l’idée que le dictionnaire de Trinity College est de Jacques Gravier. D’ailleurs, c’est précisément ce que vous me suggériez : oui, oui, je le jure, ce dictionnaire est du copiste Jacques Largillier ! Alors, est-ce que je peux maintenant obtenir le mot de passe qui me permettra d’utiliser votre dictionnaire électronique du Pinet-LARGILLIER-LeBoullenger ? Oui, monsieur, on vous pardonne, voici la clé.
Dans le message où vous défendez l’expression de « moine défroqué » appliquée à Nicolas Gueudeville, ou bien vous m’avez mal compris ou je me suis mal exprimé. Bien sûr que le moine bénédictin a quitté sa communauté, bien sûr qu’il a apostasié son catholicisme, vous n’avez pas besoin de m’expliquer cela, puisque c’est évident (et c’est exactement ce que j’ai écrit). Ce que je vous reprochais, et vous reproche toujours, c’est d’utiliser l’expression hors propos, pour caractériser un rédacteur qui réécrit l’oeuvre de Lahontan. Ce travail (alimentaire, mais d’excellente qualité) n’a absolument aucun rapport avec sa situation civile ou religieuse — et les « spécialistes » de Lahontan au Québec (où vous aviez pigé l’expression) ne manquent jamais d’en qualifier Gueudeville, plus mécréant encore que Lahontan.
Réal Ouellet a fait une maladie de la publication de l’édition revue de 1704 « attribuée » à Lahontan, et « reniée » par lui, aux éditions Élysée de Montréal (alors qu’il se proposait de diriger ce qui est devenue son édition encyclopédique de l’Oeuvre complète), comme si c’était un crime. Cette réédition d’un ouvrage populaire est très importante et Réal Ouellet ne l’a jamais étudiée. Nicolas Gueudeville ne mérite pas d’être méprisé.
Les fautes d’analyses de Réal Ouellet sur Lahontan sont très nombreuses. Vous en relevez quelques-unes et c’est bien.
Question chamanisme, votre message me fait un beau cadeau, car je ne connais rien de l’oeuvre de Philippe Descola. La cause en est qu’il travaille d’abord à partir des autochtones de l’Amazonie, bien loin de mon champ de recherche, la Nouvelle-France. Mais ce n’est pas du tout une excuse. Je me promets de le lire et je commencerai par l’ouvrage que vous me suggérez. Vraiment un grand merci.
En ce qui concerne mon analyse du chamanisme des Amérindiens de Nouvelle-France, je dois tout aux relations des jésuites. Je les ai toutes lues, une à une. C’est un total de soixante livres sur la Nouvelle-France (sans compter leurs ouvrages de piété et leurs correspondances, que je connais également). C’est à la suite de ces lectures que j’ai caractérisé les pratiques magiques du chamanisme d’Amérique du Nord. Je ne connais pas le classement de Descola, mais pour ma part je crois que le chamanisme d’Amérique se distingue radicalement de l’animisme africain, qui pourrait à première vue lui être comparable, Le chaman amérindien et le sorcier africain font à peu près la même chose pour les mêmes raisons. Et ils sont tous les deux craints... et pour cela très respectés.
Or, jamais les Amérindiens n’animent les forces ou les événements naturels. Les pratiques individuelles ou celles collectives dirigées par les chamans sont strictement des opérations magiques. A remarquer qu’elles sont très souvent efficaces, même si les missionnaires s’en moquent (lorsqu’ils ne les trouvent pas diaboliques !, ce qui est amusant), Elles sont surtout efficaces dans le domaine de la médecine, pas mal moins, bien entendu, dans la réalisation des désirs, des espérances guerrières en particulier.
C’est vraiment une question fascinante et j’ai hâte de voir comment Philippe Descola présente les pratiques des Amazoniens.
En tout cas, merci de m’avoir encore ramené à mon Lahontan, __gl>-