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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Le problème des langues dans les fictions

Le problème des langues dans les fictions

Vous est-il déjà arrivé de ne pas comprendre votre interlocuteur et de n’avoir pour seul moyen de vous en faire comprendre que le geste, la langue étant une barrière et l’anglais ne parvenant même pas à vous sauver tant vous étiez nul au lycée ? Vous êtes-vous déjà retrouvés dans une telle situation ?

Cela m’est arrivé lorsqu’il y a trois ans, j’étais en voyage en Bolivie. Je parlais certes espagnol, en tout cas suffisamment pour me débrouiller dans un pays hispanophone. Et puis je n’étais pas tout seul. Avec mon groupe, nous sommes partis quelques jours en excursion dans la forêt amazonienne, à la rencontre des tribus autochtones. Notre guide nous ayant abandonné avant notre arrivée dans le premier village, nous avons dû apprendre à communiquer sans que la langue nous aide. Et je n’ai pas pu apprendre la langue Moré en quelques jours.

Cela semble évident, il faut du temps pour apprendre une langue que l’on ne connait pas. Or le temps long se marie mal avec les fictions à l’écran : comment symboliser ce temps qui passe ? Comment faire si les personnages ne disposent pas de ce temps ? On retrouve plusieurs artifices auxquels les scénaristes ont régulièrement recours.

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Apprendre la langue très rapidement

Le cas le plus célèbre d’apprentissage ultrarapide de langue est sans doute celui du personnage joué par Antonio Banderas dans Le 13è guerrier. En une seule nuit, le jeune arabe apprend la langue viking. Mais le record de la vitesse doit être attribué au pilote de la série Le Monde Perdu, où un personnage apprend la langue des autochtones en… vingt secondes !

Outre ces cas où l’on nous prend clairement pour des imbéciles, il y a ceux où l’on essaye de noyer le poisson.

Une autre langue ? Non… ! Vraiment ?

Oui, bien sûr que ce personnage ne parle pas la même langue que les héros. Mais qu’importe, on va faire comme si de rien n’était. Il parlera donc anglais, comme tout le monde !

Stargate SG-1 est devenu rapidement experte pour oublier les différences de langues. Et pourtant, ce n’est pas faute de ponctuer le vocabulaire des étrangers de mots inconnus, pour rester crédible.

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Au départ, il y a le film Stargate, la porte des étoiles, où l’un des personnages apprend normalement, dans un temps suffisamment long la langue d’un autre peuple. Mais quand, dans la série, les personnages doivent rencontrer un nouveau peuple à chaque fois, la situation devient difficile : on ne peut pas se permettre d’apprendre une nouvelle langue (à la télévision) dans chaque épisode. Tant pis ! On commence par quelques mots étrangers, puis on se met à parler dans la langue des personnages principaux. Tellement logique…

L’interprète : la solution la plus facile et la plus crédible

Le compromis entre les deux procédés décrits ci-dessus reste le recours à un interprète. Celui-ci est parfois inattendu et intervient comme un sauveur pour les personnages et pour les scénaristes, qui pourront faire avancer plus rapidement l’intrigue et ne plus être paralysé par des problèmes de compréhension.

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Un épisode de la saison 2 de Da Vinci’s Demons nous en donne un exemple : un autochtone amérindien ayant déjà appris la langue plusieurs années auparavant arrange bien les héros. (Par contre, de quelle langue s’agit-il ? L’italien bien sûr, et non pas l’anglais !)

L’interprète peut parfois être remplacé par une machine : le traducteur universel, artefact improbable que l’on retrouve dans de productions de science-fiction humoristique (Doctor Who, Le guide galactique (H2G2)). Solution utra-facile, mais pas du tout crédible.

Et dans les livres ?

Dans les livres, les enjeux ne sont pas les mêmes. Désormais, la question est de savoir quelle sera la langue parlée, et quelle sera la langue écrite dans le livre.

- Les personnages parlent la langue dans laquelle est écrite le livre : aucun problème ne se pose.

- Le livre est une traduction : les personnages parlent la même langue, qui n’est pas celle dans laquelle le livre est écrit. En général, cela ne pose pas de problème, sauf pour les jeux de mots implicites (Alice au pays des merveilles), les poèmes et chansons insérés dans le texte (Le seigneur des anneaux), les jeux de mots ayant une incidence sur le récit (l’anagramme sur Tom Elvis Jedusor dans Harry Potter et la chambre des secrets, en lien avec le jeu de mots dans Harry Potter et la coupe de feu).

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Souvent, la traducteur fait le choix, en particulier lorsque ce n’est pas un livre pour la jeunesse, de ne pas faire d’adaptation, mais une simple traduction en note de bas de page. Dans les traductions, on retrouve parfois une référence dans le livre d’origine à la langue dans lequel sera traduit le livre : des mots « en français dans le texte » par exemple. D’ordinaire, une note de bas de page le précise. Dans les fictions audiovisuelles, on choisit souvent de changer la nationalité du personnage pour qu’il n’ait pas celle du pays qui adapte l’œuvre. (Dans la VF de Lost, Danielle Rousseau n’est pas française, mais allemande).

- Les personnages parlent dans une langue étrangère. L’auteur a le choix d’écrire dans cette langue étrangère (en italique, dans ce cas) ou bien de tout traduire dans la langue du livre, en précisant dans quelle langue parle le personnage. Souvent pour quelques mots, il utilisera le premier procédé, pour de longues tirades, il emploiera le second.

L’utilisation d’autres langues dans les œuvres de fictions est très intéressant car elle montre le réalisme de l’histoire. A condition que le traitement qui leur est accordé soit pris comme une chance et non comme un handicap.

Crédit photos :
Le 13è guerrier (c) Metropolitan Filmexport
Stargate SG-1 (c) MGM
Da Vinci’s Demons (c) Starz
Harry Potter et la chambre des secrets (c) Warner Bros


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17 réactions à cet article    


  • Krokodilo Krokodilo 17 juin 2014 16:34

    Effectivement, dans la série Stargate, ils ont évacué la question au motif que beaucoup d’humanoïdes sont à l’origine issus de la Terre, mais pas tous. Et ils ne tiennent pas compte de la dialectisation et de l’évolution des langues au fil des siècles, qui fait qu’on comprendrait à peine le françois de l’époque Rabelais. Quelques races extraterrestres sont en général très en avance sur nous, et ont donc logiquement été capables d’apprendre.. l’anglais. Et Jackson, l’archéologue expert en langues anciennes, est quasiment un génie, les autres n’en lisent aucune, les scénaristes tiennent donc en partie compte des langues dans cette néanmoins excellente série de SF.
    Dans plusieurs romans de Harrison, la langue internationale n’est pas l’anglais mais l’espéranto. Et ce n’est pas seulement dans la fiction que se pose le problème des langues, mais bien dans la vie réelle, où la difficulté d’apprendre une langue à un niveau efficace est systématiquement niée, l’Ue nous demandant d’apprendre l’anglais, la langue régionale, plus celle du ou des pays voisins. En fait, les pays continuent globalement la « guerre des langues », gagnée au sein de l’UE par l’anglais, plutôt que de promouvoir l’espéranto, meilleur espoir de surmonter le mur de Babel, tant que la traduction automatique est balbutiante et médiocre.


    • docdory docdory 17 juin 2014 16:42

      Salut Krokodilo

      Je suppose que tu as voté pour le parti espérantiste aux dernières élections européennes ?

    • docdory docdory 17 juin 2014 16:43

      Au fait, qui est ce Harrison et qu’a t-il écrit de recommandable ? Ça pourrait me faire de la lecture pour cet été !


    • Krokodilo Krokodilo 18 juin 2014 13:36

      Effectivement, question de cohérence dans le militantisme, même si paraît-il voter pour les petites listes thématiques fait le lit du FN...


    • Krokodilo Krokodilo 18 juin 2014 14:24

      Salut Docdory. Harry Harrison est peut-être moins connu que les grands noms de la SF, mais reste néanmoins par quelques classiques : Soleil vert (adapté au cinéma comme tu sais), le Monde de la mort (dont le thème d’un monde extrêmement hostile a souvent été repris), Bill le héros galactique, parodie du classique de Heinlein « Etoiles garde-à-vous » adapté au cinéma, éventuellement Ratinox, une sorte d’Arsène lupin, très court. Et celui qu’il a écrit en collaboration, Le problème de Turing, aux thèmes SF plus récents, numérique, intelligence artificielle, etc. Question style, il est en général court et léger, satirique, distrayant un peu comme disons le français Wagner. Je les ai lus il y a longtemps, aussi j’hésite un peu sur le choix, d’autant qu’en SF une moindre qualité littéraire ne me gêne pas tant que le scénario ou l’invention me bottent.

      En ce moment, je suis plutôt dans de la littérature classique ou des romans historico-policiers, genre Azteca, l’Empire barbare, et Marco Polo de Jennings, de gros pavés très prenants, sanglants aussi, voire avec des passages crus et choquants dans le Marco Polo dont j’aimerais bien savoir si les détails sont historiquement réels. Encore plus sombre et saignant, de notre confrère psychiatre américain, Tim Willocks : La Religion (la suite vient de sortir, ça se passe à Paris).

      Si tu veux rigoler dans ce monde éternellement en crise, je remercie le prof de philo de ma fille qui m’a fait connaître un chef d’oeuvre aussi court qu’hilarant et scientifiquement précis,« Pourquoi j’ai mangé mon père », les très lointains progrès de nos ancêtres à peine descendus de leurs arbres. Ou « Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire », bientôt sorti au cinéma, loufoque. Humour noir et féminisme avec L’Odyssée de Pénélope, de Margaret Atwood (un des rares auteurs classiques reconnus écrivant parfois de la SF, l’histoire d’Ulysse mais racontée par une Pénélope résidant de nos jours dans les limbes), court et mordant j’ai beaucoup aimé, finalement la mythologie c’est la SF de nos ancêtres, une fiction pas dans le futur mais avec des pouvoirs extra-humains. De la même Atwood, son récent pure SF, Le Dernier homme, j’ai eu du mal au début mais ça vaut le coup, en gros fin du monde et génétique. J’ai lu aussi l’incursion en SF de la grande du polar Elisabeth Georges, une saga pour les jeunes basée sur une ado télépathe en fuite, quelques bonnes idées mais grosse déception, j’ai eu l’impression que ce n’était pas le même auteur... trop de bla-bla entre ados peu naturels je trouve, ou alors ce sont des spécificités US ? En plus, alors qu’elle sort habituellement des pavés, ici ça sort en saga de x tomes à prévoir, genre Chattam que mon fils a lu, ou Hunger games (très prenant par le suspense, on voit que c’est écrit par une ex-scénariste. Bon, dans la foulée j’ai un peu mélangé SF et non-SF, j’espère que tu t’y retrouveras !


    • lsga lsga 17 juin 2014 16:35

      quel dommage que vous ayez oublié de parlé du cas des ummo qui ne traduisent qu’un mot sur deux !


      • jverne 17 juin 2014 19:14

        Les ummos ? Qu’est-ce que c’est ?


      • lsga lsga 18 juin 2014 13:43

        un canular en UFOLOGIE qui a fait sombrer Jean-Pierre Petit. C’est précisément le mixe entre français-espagnol et UMMO qui a été une des meilleurs preuves qu’il s’agissait d’un canular. 

         
        Bref, sinon, sur le plurilinguisme, je vous conseille de lire cela :
         
        Cet auteur a beaucoup réfléchi sur les conséquences du plurilinguisme sur la littérature et la mort du roman. 

      • Krokodilo Krokodilo 18 juin 2014 14:40

        Je suis allé jeter un oeil. Pour moi ce sont des divagations d’intello déconnectées de la réalité. A ma connaissance, la plupart des gens continuent à lire des romans en une seule langue, leur langue natale, « maternelle », ou dominante lorsqu’ils en ont plusieurs, des traductions s’il s’agit d’un texte étranger. Et des romans qui ne contiennent qu’une seule langue, hormis occasionnellement quelques citations, expressions ou mots épars, sous réserve que des renvois explicatifs éclairent les boeufs que nous sommes (presque) tous ! Au mieux, ces théories de plurilinguisme intratexte sont... de la SF !


      • docdory docdory 17 juin 2014 16:38

        Une petite correction : si mes souvenirs cinématographiques sont justes, dans « le treizième guerrier », le personnage arabe joué par Antonio Banderas voyage pendant plusieurs semaines avec les Vikings, voyage pendant lequel il fait semblant de ne rien comprendre, mais écoute avec la plus grande attention la langue viking, qu’il se met à assimiler progressivement. Un soir, il se fait mettre en boite par ses compagnons de voyage, et c’est à ce moment-là qu’il se paie à son tour leur tête en leur répondant dans leur langue, qu’il a fini par apprendre pendant ces longues semaines de voyage.


        • jverne 17 juin 2014 19:17

          Ce n’est pas l’impression que j’ai eu en regardant le film. Peut-être était-ce l’intention du scénariste, mais j’ai quand même bien le sentiment que tout se passe en une nuit.


        • Krokodilo Krokodilo 18 juin 2014 13:30

          Je l’ai revu il y peu, je crois que vous avez tous les deux raison : le voyage est forcément long (mais à peine évoqué), ensuite c’est en fin de soirée que le héros surprend ses comapgnons vikings en leur sortant quelques phrases, en réponse à des discussions de feu de camp forcément argotiques et idiomatiques. C’est bien sûr une prouesse (même compte tenu qu’il s’agit d’un poète et guerrier, un lettré) à la limite du vraisemblable, mais le scénariste a eu l’habileté de ne pas préciser la durée du voyage, donc ça passe à mon avis. Après tout, la fiction c’est pour rêver, genre j’apprends l’anglais en deux semaines !


        • docdory docdory 20 juin 2014 11:30

          @ Krokodilo


          DanielTammet avait appris l’islandais (langue particulièrement ardue, avec des lettres spéciales ) en une semaine, pour un reportage télévisé !

        • Krokodilo Krokodilo 20 juin 2014 16:18

          C’est justement parce que nous n’avons pas tous les capacités des syndromes d’Asperger que je milite pour au moins essayer la solution espéranto !


        • docdory docdory 20 juin 2014 19:07

          @ Krokodilo


          Il y a quand même un problème avec l’espéranto, c’est qu’il s’agit d’une conlangue essentiellement indo-européenne dans sa grammaire et son vocabulaire, qui est d’ailleurs plus beaucoup proche des langues romanes que des langues germaniques, celtiques, grecque ou slaves.
          Pour un locuteur européen de langue non indo-européenne ( hongrois, finlandais ou maltais ), l’espéranto ne lui évoque strictement rien s’ill n’en a jamais fait, alors qu’un français qui n’a jamais fait d’espéranto en comprend au moins la moitié ( a une époque, j’avais « le petit livre rouge » en espéranto ! ).

        • lsga lsga 20 juin 2014 19:09

          le plurinlinguisme devient la règle.
           

          parler plusieurs langues devient une banalité, même dans la couche la plus basse du prolétariat (les clandestins). 

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Auteur de l'article

Jérôme Verne


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