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Accueil du site > Culture & Loisirs > Extraits d’ouvrages > Explication d’un texte de Nietzsche sur le génie

Explication d’un texte de Nietzsche sur le génie

Humain, trop humain de Friedrich Nietzsche - Poche - Livre - Decitre

http://lechatsurmonepaule.over-blog.fr/2021/06/explication-d-un-texte-de-nietzsche-sur-le-genie.html L'œuvre : Humain, trop humain. Un livre pour esprits libres (Menschliches, Allzumenschliches. Ein Buch für freie Geister) est une œuvre du philosophe Friedrich Nietzsche. Ce livre marque une rup...

Nietzsche commence d'emblée par critiquer le sens commun en affirmant que "le génie ne parait pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l'activité de l'inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique". Comment Nietzsche "déconstruit-il" le mythe romantique du génie, cette illusion que le génie serait un être foncièrement à part ?

Le sens commun attribue du génie à certaines personnes : les artistes, les orateurs et les philosophes et le refuse à d'autres : les inventeurs, les astronomes, les historiens ou les stratèges. La différence entre ces deux catégories d'hommes, c'est que que les seconds appartiennent au domaine des sciences plus ou moins exactes, alors que les premiers appartiennent au domaine de la création artistique et de la pensée.

Les hommes de science s'attachent aux phénomènes visibles, ils observent des faits, alors que les artistes et les philosophes (les métaphysiciens) s'attachent aux réalités invisibles. Ils ont une "intuition", mot par lequel on leur attribue, dit plaisamment Nietzsche, une sorte de lorgnette merveilleuse avec laquelle ils voient directement dans l'Être.

Nietzsche s'attaque ici aux fausses conceptions métaphysiques, à l'idée qu'il existe un "arrière-monde" plus vrai que celui dans lequel nous vivons et auquel auraient accès les artistes et les philosophes et non les scientifiques.

Selon Nietzsche, cette distinction entre les hommes de science qui seraient dénués de génie et les artistes, les orateurs et les philosophes qui en seraient pourvus est un "enfantillage de la raison", un signe d'immaturité.

Alors que Kant n'accorde de génie aux artistes et pas aux savants, Nietzsche estime que le génie n'est pas l'apanage exclusif des artistes, qu'il est à l'œuvre dans tous les domaines. En quoi consiste-t-il au juste ? Selon Nietzsche, les génies ne sont pas des hommes "inspirés", ce sont des hommes comme les autres, "dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d'observer leur vie intérieure et celle d'autrui et qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens en vue d'une fin unique".

Nietzsche utilise une métaphore architecturale. Le génie est semblable à un bâtisseur, il ne fait rien que d'apprendre d'abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher ensuite des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme.

Prenant le contrepied d'une définition kantienne du génie, inspirée du romantisme, Nietzsche combat ici, de façon volontairement provocatrice, l'idée qu'un génie est un homme inspiré qui n'a pas besoin de travailler, à qui les idées, comme on dit, "viennent toutes seules". L'idée de "génie" est une idée qui se développe sous la Renaissance, avec l'émergence de l'individu et qui culmine au XIXème siècle avec le Romantisme. D'ailleurs la distinction entre l'artiste et l'artisan n'apparaît qu'au XVIIIème siècle avec d'Alembert, dans l'Encyclopédie (Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers). 

Toute activité de l'homme est extrêmement compliquée, mais aucune n'est "miracle". Un "miracle" est un phénomène surnaturel, inexplicable par la raison humaine, qui rompt l'enchaînement ordinaire des causes et des effets. Il appartient au vocabulaire religieux. Nietzsche explique que l'activité de l'homme en général et du génie en particulier n'a rien de miraculeux. On parle de miracle parce que l'on ne voit pas l'effort, le travail, le calcul, la mise en forme, on ne voit que l'œuvre achevée. 

Nietzsche assimile le génie à un habile artisan, un maçon par exemple, qui met en œuvre un savoir faire, une méthode. Il maîtrise les quatre formes de causes, selon Aristote : Il a dans l'esprit l'œuvre achevée, la cause formelle, il utilise les matériaux appropriés, la cause matérielle, il modifie ces matériaux par son travail, la cause efficiente et enfin il sait à quoi va servir son œuvre, la cause finale.

Nietzsche se demande d'où vient la croyance qu'il n'y a de génie que chez l'artiste, l'orateur et le philosophe, d'où vient l'idée qu'ils auraient eux, et eux seuls, "l'intuition directe de l'être". "Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables et où ils ne veulent pas éprouver d'envie". Nommer quelqu'un "divin", c'est dire : "ici nous n'avons pas à rivaliser".

Le divin Plotin, le divin Mozart, le divin Démosthène : les artistes, les poètes, les musiciens, les orateurs de génie sont, selon Platon, des êtres divins ou inspirés par les dieux. Le génie doit se déposséder de lui-même, laisser sa raison de côté, être comme en état de transe pour se rendre capable de créer. Ils ne comprendraient pas ce qu'ils disent, ils ne se comprendraient pas eux-mêmes. C'est pourquoi Platon voulait les chasser de la cité parfaite.

Nous avons intérêt à qualifier de génies ou de divins certains artistes, certains orateurs ou certains philosophes parce que nous n'avons pas à rivaliser avec eux. Leur génie est tellement éclatant, tellement supérieur, que nous ne pourrons jamais, quoi que nous fassions, faire aussi bien. Qualifier quelqu'un de "divin", c'est au fond une manière paresseuse de ne pas avoir à faire d'efforts nous-mêmes. C'est une façon de renoncer avant la course. Peut-être Nietzsche a-t-il éprouvé lui-même ce sentiment vis-à-vis de Wagner.

Il est vrai aussi que les objets d'art, contrairement aux théories scientifiques, procurent du plaisir, d'où la supériorité que nous leur attribuons, ainsi qu'à leurs créateurs.

Cette conception hédoniste de l'art explique aussi l'idée de génie, parce que l'on ne voit pas le travail, le calcul, les efforts qu'il a fallu déployer pour créer l'œuvre, mais seulement le résultat fini et le plaisir qu'il procure.

Nietzsche remarque ensuite que ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement et que tout ce qui est en train de se faire est déprécié. On peut expliquer, dans une certaine mesure, le travail de l'historien, de l'astronome, de l'inventeur, ou reconstituer la bataille d'Austerlitz, mais on ne peut pas expliquer comment l'art produit ses effets parce qu'on a rarement accès à l'atelier de l'artiste, aux secrets de "fabrication" de l'œuvre d'art.

C'est un avantage que l'artiste possède sur l'historien, l'astronome, l'inventeur ou le stratège. Si l'on pouvait accéder aux secrets de fabrication de l'œuvre d'art, voir comment elle est produite, on serait un peu refroidi. Il faut que l'œuvre d'art demeure un miracle inexplicable et l'artiste une sorte de démiurge, alors qu'en sciences, on ne peut pas faire l'économie des étapes du raisonnement.

On voit ici à l'œuvre le souci "généalogique", antimétaphysique de Nietzsche : généalogie de la morale, généalogie des idéaux, généalogie du génie et de l'idée de génie, qui s'intéresse à la manière dont les œuvres s'élaborent, plutôt qu'à l'effet qu'elles produisent en tant que "produits finis", souci qu'il partage avec ces "maîtres du soupçon" que sont Marx et Freud qu'il rejoint en mettant en évidence dans le prétendu "génie" le travail et les pulsions.

L'art achevé de l'expression écarte toute idée de devenir, il s'impose tyranniquement comme une perfection actuelle, intemporelle. L'œuvre d'art a d'abord été matériau brut, informe, un bloc de marbre par exemple, puis le résultat d'un travail. L'œuvre, même la plus parfaite, le Moïse de Michel-Ange, par exemple, qui orne le cénotaphe de Jules II à la basilique Saint-Pierre aux liens, n'est pas descendue du ciel, elle s'est faite peu à peu sur la terre, mais quand on contemple le Moïse de Michel-Ange, on a l'illusion d'une sorte de nécessité de l'œuvre qui s'impose à nous, l'impression que l'œuvre n'aurait pas pu être différente de ce qu'elle est, de la façon dont elle se présente à nous ici et maintenant.

Le Moïse de Michel-Ange se présente tyranniquement à nous comme une "perfection actuelle", nécessaire, une Idée, un archétype et non comme une œuvre jadis en devenir, avec sa dimension contingente et on oublie les stades antérieurs de sa réalisation où elle était imparfaite, on oublie la "bataille" que l'artiste a livré contre le matériau brut, contre lui-même et contre les autres. Or, ce monde en devenir où tout est possible, y compris l'échec, nous angoisse, car il a quelque chose de chaotique, de "dionysiaque", d'où l'idée de l'impassibilité sereine du génie. Michel-Ange n'hésitait pas à qualifier ce projet de « tragédie de sa vie », épreuve authentique qui jusqu'à ses derniers jours fut une source d'inépuisables accusations, tourments et remords. Son biographe officiel Ascanio Condivi a écrit que l'entreprise lui causait "des obstacles, des peines et des ennuis infinis".

Le texte tente de répondre à la question de savoir si l'activité du génie dans le domaine de la science est foncièrement différent de l'activité du génie dans le domaine de l'art et de la pensée. 

Ses arguments sont les suivants :

a) Le génie s'explique par la mobilisation de la pensée dans une direction unique, l'attention à tout, l'observation permanente et le travail.

b) Le génie est semblable à un habile maçon.

c) L'activité du génie ne relève pas du "miracle".

d) Les hommes ne parlent de "génie" que là où ils ne veulent pas rivaliser.

e) Tout ce qui est fini, parfait suscite l'étonnement, alors que tout ce qui est en train de se faire est déprécié.

f) On voit rarement comment s'est faite l'œuvre de l'artiste.

g) C'est pourquoi les artistes passent pour géniaux plutôt que les hommes de science. 

h) L'appréciation des artistes et la dépréciation des hommes de science ne sont qu'un enfantillage de la raison.

L'idée principale du texte est que le génie est à l'œuvre aussi bien dans le domaine de l'art et de la philosophie que dans celui de la science.

Selon Nietzsche, le génie s'explique par le travail, la maîtrise technique, l'énergie dépensée, la concentration, plutôt que par un talent naturel et inné, un don ou encore par l'inspiration. 

Nietzsche critique dans ce texte une certaine conception du génie comme celle d'un homme divin, inspiré, qui n'imite rien ni personne, qui n'a pas besoin de travailler, de faire d'efforts, à qui l'œuvre vient pour ainsi dire toute seule. Cette conception est évidement enfantine, un "enfantillage de la raison" dit Nietzsche. Seuls les enfants pensent que les choses anciennes comme la Tour Eifel ont toujours été là et que les nouvelles comme les téléphones portables se font toutes seules, sans effort, sans travail. 

Cependant, tout en reconnaissant la part de travail, de maîtrise technique nécessaire à l'élaboration d'une œuvre, ne peut-on faire une distinction entre un artiste et un artisan, un stratège médiocre et un stratège génial, un orateur moyen et un grand orateur, un professeur d'histoire et un historien, un professeur de philosophie et un inventeur de concepts ? 

L'artiste se distingue de l'artisan, selon Alain, par le fait que l'idée chez l'artisan précède l'exécution, alors qu'elle vient à l'artiste à mesure qu'il fait. Il peut arriver que l'artisan trouve mieux que ce qu'il avait prévu au départ, mais c'est par accident. L'artiste, le peintre de portrait par exemple, n'a pas le projet de toutes les couleurs qu'il emploiera quand il commence son œuvre. Il emploie telle ou telle couleur au fur et à mesure qu'il exécute le portrait, selon "l'inspiration"... Il n'a pas d'abord l'idée de ce qu'il va faire, "il est spectateur de son œuvre en train de naître" ; l'artiste, dit Alain "a la grâce de la nature", sa "poésis" (sa manière de faire) est comparable à celle de la nature (Phusis en grec) qui ne fait pas de calculs.

La règle qui a présidé à une œuvre d'art reste prise dans cette œuvre et ne peut servir à faire une autre œuvre, en d'autres termes, l'artisanat relève, en règle général, de l'application d'un "procédé", alors que l'art relève de l'invention et du génie. Selon Alain, "un beau vers se montre beau au poète", une belle statue se montre belle au sculpteur à mesure qu'il la fait", "le portrait naît sous le pinceau"... L'artisan est satisfait que son œuvre corresponde à son projet, l'artiste est "surpris" par son œuvre. La règle du beau qui se trouve prise dans cette œuvre ne peut pas servir à faire une autre œuvre, elle ne peut servir qu'une seule fois, sinon l'artiste ne serait pas "surpris", il ne serait que "satisfait".

L'artisanat ne doit pas être opposé de façon rigide à la création artistique car il est loin de se réduire à la répétition d'un geste sans réflexion.

L'art, cependant, s'affranchit de l'utile et d'une fin déterminée à l'avance.

Les règles et méthodes propres à tout art sont nécessaires. Par exemple, pour être musicien, il vaut mieux connaître le solfège (il y a quelques exceptions notables parmi les musiciens de jazz), un photographe doit connaître les caractéristiques techniques de son appareil, apprendre à régler la vitesse et la focale, savoir développer lui-même ses clichés, un peintre doit connaître la théorie des couleurs, un poète doit connaître les différentes figures de style, les possibilités musicales de l’allitération et de l'assonance et avoir lu d'autres poètes.

Ces savoirs, règles et techniques permettent d'acquérir culture et habileté ; elles sont nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes car l'art véritable commence là où s'arrête la technique et le savoir. L'habileté technique est la limite supérieure de l'artisanat et la limite inférieure des beaux-arts.

La beauté offre une impression de complétude, de totalité, de liberté, sans qu'une idée puisse justifier ce sentiment. L'artiste susceptible de produire cette beauté possède le génie, qui est, selon Kant, plus que le simple talent, il est ce qui donne des règles à l'art, ce qui crée des formes susceptibles d'être imitées, sans se référer, par principe à quelque chose de réel et de déjà existant.

Une œuvre se référant visiblement à un modèle ou faite selon des règles laborieusement appliquées, sera dite "académique" et pourra susciter de l'agrément, sans plus.

L'art véritable rivalise avec la nature : "il faut que le génie ait la grâce de la nature et s'étonne lui-même" dit Alain, non seulement par son pouvoir de création, mais parce que ses créations, comme le spectacle de la nature, peuvent procurer un véritable sentiment esthétique.

De même que l'artiste de génie diffère de l'artisan, l'inventeur en mécanique, le savant astronome, le grand historien ou le tacticien de génie, le créateur de concepts, comme dit Gilles Deleuze diffèrent des savants ordinaires par des facultés créatrices et des capacités d'imagination supérieures.

Mais alors, d'où vient que l'on assimile le génie à la philosophie ou à l'art plutôt qu'aux sciences et aux techniques ? Sans doute à cause du côté impersonnel des sciences et des techniques. Si Albert Einstein n'avait pas trouvé la théorie de la relativité, d'autres l'auraient fait tôt ou tard, Poincaré par exemple. Alors que personne n'a jamais peint et ne peindra jamais comme Picasso, personne n'a jamais pensé comme Bergson. Le génie scientifique travaille au sein d'une communauté de savants - et ceci est de plus en vrai avec la spécialisation des savoirs -, alors que le peintre, le sculpteur, le philosophe travaillent généralement seuls.

Mozart n'écrit pas seulement de la musique. Il y a quelque chose d'inexplicable et de "miraculeux" dans son œuvre. L'adagio du concerto pour clarinette Köchel 622 semble tout droit descendu du ciel. Dès l'âge de trois ans, Mozart révèle des dons prodigieux pour la musique : il a l'oreille absolue. Ses facultés déconcertent son entourage, et incitent son père à lui apprendre le clavecin dès sa cinquième année. Le jeune Mozart apprend par la suite le violon, l'orgue et la composition. Il sait déchiffrer une partition à la première lecture et jouer en mesure avant même de savoir lire, écrire ou compter. 

Par ailleurs, le génie n'est pas forcément "spécialisé" : "des hommes dont la pensée est active dans une direction unique". Pascal était à la fois mathématicien, physicien, inventeur, philosophe.

C'est sans doute injuste, mais il faut donc admettre que si le génie est une affaire de travail, il est aussi une affaire de dons. On commence aujourd'hui à s'intéresser aux enfants comme Mozart que l'on qualifie "d'enfants précoces" pour leur dispenser un enseignement adapté. Michelet ne se contente pas de retracer l'Histoire de France, il brosse une fresque inspirée par l'idée du génie de la France dont il est lui-même imprégné. Einstein ne se contente pas de faire sagement de la physique, il réinvente, plutôt qu'il ne découvre, les lois de l'univers en changeant complètement le point de vue habituel à travers des "expériences de pensée". Napoléon, le génie par excellence pour Nietzsche, n'applique pas les règles de la stratégie militaire, il les bouscule, Vaucanson ne se contente pas d'assembler des pièces de métal, il invente des créations originales qui font concurrence à la vie, Jean Jaurès ne suit pas sagement les règles de l'art oratoire, il entraîne les foules par le souffle de son éloquence inspirée et son sens de la justice. Il y a aussi des génies de la sainteté comme François d'Assise. Le baiser au lépreux est un acte de génie parce qu'il fait éclater les limites de la "morale close", selon l'expression de Bergson. Le génie ouvre des voies nouvelles, bouscule des habitudes, inaugure de l'inouï. Il est invention et non répétition. Nietzsche, à cet égard, ne s'est pas contenté d'être un professeur respecté de philologie, mais un novateur "inquiétant" (au sens étymologique du mot) et on peut le considérer, lui aussi, comme un génie.

On retiendra donc du texte de Nietzsche l'idée qu'il n'y a pas de génie sans travail, sans efforts, sans concentration, sans maîtrise technique, sans énergie, mais que le génie est aussi affaire de talent naturel ou inné, de don et d'inspiration.

 


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34 réactions à cet article    


  • Laconique Laconique 7 juin 2021 21:13

    Je ne veux pas être désagréable, mais vous arrivez à rendre Nietzsche chiant... À croire qu’il n’y a aucune sensibilité chez vous, vous analysez ça avec la finesse d’un précepteur prussien. Tout est polémique chez Nietzsche, et Humain trop humain, publié deux ans après le premier festival de Bayreuth, plus que tout autre texte. C’est cet ouvrage qui a provoqué la rupture avec Wagner. L’ouvrage est placé sous le patronage de Voltaire, et Nietzsche s’y montre positiviste à outrance, en réaction par rapport au lyrisme de ses jeunes années. Prendre toutes ces platitudes sur le génie au premier degré, sans les replacer dans leur contexte polémique, est stupide. Nietzsche y prend volontairement le contre-pied de ce qu’il avançait dans La Naissance de la tragédie, où il exaltait au contraire la dimension dionysiaque de la tragédie originelle. Tout ce texte est un contrepoint transparent de la théorie du génie de Schopenhauer, qui occupe tout le troisième livre du Monde comme Volonté et comme Représentation. Schopenhauer que vous ne citez pas une seule fois. Nietzsche règle ses comptes avec Schopenhauer et Wagner, pas avec Kant qui n’a jamais rien représenté pour lui. Pfff... Décoincez-vous un peu, Nietzsche est rock and roll, il s’investissait complètement dans ses écrits, là on dirait que vous commentez du Bergson, ou du Comte-Sponville. 


    • Séraphin Lampion Séraphin Lampion 8 juin 2021 08:39

      @Laconique

      « ...car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. »


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 09:29

      @Laconique

      Ah ! un peu de polémique (polémos = guerre) autour de Nietzsche. Je ne prétends pas avoir toutes les clés et je suis pas sur que ce soit une affaire de clés. En vérité, Nietzsche dit un peu tout et le contraire de tout. Et puis, il est intouchable. C’est une affaire entendue, c’est un génie et ca n’est pas un génie.

      Moi, je ne suis qu’un modeste professeur de philosophie à la retraite et je crois en effet à la raison, au principe d’identité, sans lequel il n’y a pas de pensée possible, mais rien n’empêche de faire une synthèse (le génie est inspiration et transpiration à proportion inégales, moins de transpiration pour Mozart, plus pour, mettons... Kant (?).

      A propos de Wagner et de Schopenhauer avec lesquels Nietzsche règlerait ses comptes, la pensée de Schopenhauer est incompréhensible sans Kant. « Le monde est ma représentation », le monde comme volonté et comme représentation« . Le monde se règle sur les choses et non l’inverse, c’est ce que Kant appelle la »révolution copernicienne« . Schopenhauer rajoute la volonté.

      Il y a quelque chose d’impensé dans le rapport Nietzsche/Wagner qui ne serait pas forcément à la gloire de Nietzsche. Disons une forme de ressentiment. Nietzsche ne dit pas exactement la vérité dans le passage sur la rivalité que suscite le génie : »Nous n’avons pas à rivaliser". S’il a si bien parlé du ressentiment, c’est qu’il l’avait lui-même éprouvé. Mais il ne faut pas le dire, plutôt rabaisser Wagner, faire la fine bouche sur le génie de Wagner, parce qu’enfin, Nietzsche en tant que musicien... Bof ! Le seul problème de Nietzsche, c’est qu’il n’était pas en état de choisir, le génie, travail ou don ? Dionysos ? le Christ ? Sa grandeur, c’est qu’il en est devenu fou, ce qui n’est pas le cas ou rarement des nietzschéens qui savent interpréter sa pensée comme il faut. Cordialement.


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 10:53

      @Laconique

      Je copie la notice de Wikipedia au sujet des circonstances de la composition d’Humain trop humain :

      « Ce livre marque une rupture dans la vie de Nietzsche. Gravement atteint dans sa santé, et alors qu’il se croit à l’article de la mort, il envisageait d’écrire un livre intitulé Le Soc. Presque aveugle et subissant des crises de paralysie, il fut aidé par Heinrich Köselitz dans la rédaction de l’ouvrage. Il déclarera dans Ecce Homo : « Je dictais, la tête douloureuse et entourée de compresses, il notait et corrigeait aussi — il fut au fond l’écrivain véritable, tandis que je n’étais que l’auteur. ».

      Son état d’esprit était, selon ses proches, d’un cynisme effrayant, cynisme que sa sœur attribua à son état physique. Nietzsche considérait au contraire que la souffrance psychologique qu’il supportait lui avait donné la plus grande lucidité sur les problèmes les plus importants de la philosophie, et que cela l’avait délivré définitivement de ses égarements wagnériens. »

      Tout est dit, y compris les « égarement wagnériens ». Nietzsche a préféré nier l’existence du génie que de reconnaître celui de Wagner, jusqu’à lui préférer ou feindre de lui préférer le talent de Bizet (Carmen), à l’inspiration claire et « méditerranéenne », loin des forêts romantiques et des brumes germaniques !

      Il y a évidemment de la mauvaise foi et du ressentiment dans ce déni. Quand à Schopenhauer, le sujet était moins brûlant pour Nietzsche que celui Wagner.

      Nietzsche préfère n’accorder de génie à personne, plutôt que de reconnaître celui de Wagner. 

      Ce qui est paradoxal, c’est que la philosophie respectives des deux hommes est à l’opposé de leurs tempéraments. Le « pessimisme » de Schopenhauer est celui d’un homme plein d’humour et plutôt bien portant, l’optimisme (pour aller vite) de Nietzsche est celui d’un homme malade qui lutte perpétuellement contre la tentation du suicide. 

      Je ne dis pas que la pensée de Nietzsche se résume à cette mauvaise foi, mais qu’elle l’a égaré. Les pages concernant Wagner ne se lisent pas sans un certain malaise. Je préfère la lecture d’Aurore et du Gay Savoir.


    • Gollum Gollum 8 juin 2021 11:16

      @Laconique

      C’est vrai que Guilloux a un ton professoral. On sent qu’il a été prof. Il me fait penser à Rosemar dont les textes ressemblent à des copies corrigées d’élèves..

      Guilloux donne la même sensation. Bon il est un cran au-dessus de Rosemar.. pas difficile du reste.


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 12:00

      @Gollum

      Ca ne me déplaît pas d’être ennuyeux et que les chiots (chiards ?) se fassent les crocs sur mes mollets, pourvu que quelque chose passe, par exemple l’exigence de rigueur.

      Mais tout ira mieux quand ils auront remplacé les corps des professeurs par des machines, la mémoire par des « computers », puisqu’il est inutile de s’encombrer la mémoire de ce qui est « disponible » sur Wikipedia. (Michel Serres le disait lui aussi, mais pour s’en réjouir (parfois le vieil Homère somnole lui aussi) : l’homme moderne s’avance en portant sa tête dans ses mains, comme Saint Denis, décidément, comme disait Lénine, le poisson pourrit par la tête)

      J’ai à l’esprit une remarque d’un élève qui m’a marqué par sa pertinence (?) : « Pourquoi qu’on fait du français, on le sait d’jà ». Quand toute la société se pose cette question et ne la trouve plus stupide, ça sent le sapin. Même le Saint-Emilion n’est plus ce qu’il était.


    • Laconique Laconique 8 juin 2021 12:36

      @Séraphin Lampion

      Merci pour cette citation. Vous avez la ref !


    • Laconique Laconique 8 juin 2021 12:40

      @Robin Guilloux

      Merci pour votre réponse.

      Oui, je comprends, vous vous placez au point de vue du commentaire de texte, pas au-delà.

      Sans doute Schopenhauer est incompréhensible sans Kant, Schopenhauer le répète assez lui-même. Mais dès qu’il parle de génie, Nietzsche se réfère implicitement à Schopenhauer, parce que la théorie du génie joue un rôle énorme chez Schopenhauer, beaucoup plus que chez Kant, et que Nietzsche est imprégné de Schopenhauer jusqu’à la moelle. C’est à Schopenhauer que Nietzsche pense dans ce texte, pas à Kant, et son postulat est le contraire de celui de Schopenhauer, pour qui le génie était justement une faculté contemplative, innée, non laborieuse, réservée à quelques-uns (Goethe, lui-même). Vous avez raison, il y a un côté ado rebelle chez Nietzsche, et là il se rebelle clairement contre Schopenhauer, avec un peu de mauvaise foi peut-être, mais c’est à son honneur car Nietzsche a toujours voulu tester les limites de sa propre pensée.

      Il est très difficile d’isoler un texte de Nietzsche comme vous l’avez fait, c’est une pensée en évolution, davantage liée à des contingences biographiques que chez d’autres.

      Sur les relations Nietzsche-Wagner, je vous rejoins tout à fait. Il y a quelque chose de vécu derrière la théorie, des ressentiments multiples, peut-être d’ordre sentimental aussi. Nietzsche était à l’évidence amoureux de Cosima Wagner, il lui écrit des billets sans équivoque au moment de sa crise finale. Et on en revient à la difficulté d’isoler la pensée de Nietzsche de sa vie. Ce qui est sûr c’est que Nietzsche est resté absolument fasciné par Wagner jusqu’à la fin, quoi qu’il ait pu écrire . C’est la rencontre de sa vie, sans aucune commune mesure. Il y a de très belles lignes à ce sujet dans Ecce homo : « Il faut que je dise un mot pour exprimer ma reconnaissance envers ce qui m’a toujours et de tout temps récréé le plus profondément et le plus cordialement. Sans aucun doute, ce furent mes relations intimes avec Richard Wagner. Je fais bon marché de tous mes autres rapports avec les hommes. À aucun prix je ne voudrais effacer de ma vie les journées passées à Triebschen, des journées de confiance, de gaieté, de hasards sublimes, de moments profonds… Je ne sais pas ce qui est arrivé d’autres avec Wagner : au-dessus de notre ciel jamais un nuage n’a passé. »

      Merci en tout cas de ne pas m’avoir bloqué, contrairement à d’autres (Mervis Nocteau pour ne pas le nommer, qui supporte sans broncher le flood de Mélusine et qui n’accepte pas un ou deux commentaires maxi de ma part, sans le moindre flood. Bref, certains sont chatouilleux).


    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 8 juin 2021 12:51

      @Laconique et Robin Gailloux,
        Beaucoup d’idées que j’ai aimé dans votre conversation ou confrontation.
        Ce qui est certain, c’est que Nietzsche aimait la vie telle qu’elle est, simple et sans contraintes d’aucune sorte. La nature comme seule contexte de référence.
        Je ne le connaissais pas vraiment avant de lire « Ainsi parle Zarathoustra » dans lesquelles une foule de réflexions s’adaptaient très bien avec ma façon de penser.
        Rien de chiant à le lire, que du contraire.
        J’ajoute ce billet au mien « Nietzsche, oser la liberté dans un éternel retour ».
        Merci

      .



    • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 8 juin 2021 13:19

      Si vous cherchez le lien entre la philosophie et les sciences mathématiques, pensez peut-être à Leibniz. Pas étonnant qu’il a été considéré comme « génie universel ».


    • Gollum Gollum 8 juin 2021 15:01

      @Robin Guilloux

      Désolé de vous avoir blessé, vous semblez mal prendre ma remarque  assez bénigne dans le fond  sur votre côté prof, qui est réel, je n’ai épinglé que la forme pas le fond...

      Je suis assez partisan, dans l’ensemble, de vos textes qui apportent de la réflexion sur ce site qui en a bien besoin.


    • Gollum Gollum 8 juin 2021 15:20

      @Laconique

      Merci en tout cas de ne pas m’avoir bloqué, contrairement à d’autres (Mervis Nocteau pour ne pas le nommer, qui supporte sans broncher le flood de Mélusine et qui n’accepte pas un ou deux commentaires maxi de ma part, sans le moindre flood. Bref, certains sont chatouilleux

      Décevant le bonhomme. J’avais déjà perçu sa susceptibilité extrême, je lui avais dit d’ailleurs, mais vous bloquer vous et ne pas bloquer l’autre dérangée mentale là cela me laisse sans voix.. smiley d’autant qu’elle est hyper envahissante...


    • Laconique Laconique 8 juin 2021 16:00

      @Réflexions du Miroir

      Votre texte sur Nietzsche est sympa, mais cette phrase : « La nature comme seul contexte de référence », c’est juste le contraire : Schopenhauer est un penseur de la nature, Nietzsche est un penseur de la culture, des grands mouvements culturels de l’Antiquité jusqu’à son époque.


    • Laconique Laconique 8 juin 2021 16:00

      @Gollum

      Oui, ça fait un bail en plus…


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 17:20

      @Gollum

      Je suis d’accord avec vous au sujet du côté académique de ma réflexion. effectivement, ça ne sonne pas très « nietzschéen », mais c’est destiné avant tout à des élèves qui préparent le bac. J’essaye de les intéresser, de les aider. Le sujet a effectivement été donné au bac, j’ai essayé de montrer qu’il y avait un paradoxe fécond, d’abord en allant dans le sens de Nietzsche, puis en soulignant l’outrance de son point de vue (je pense qu’il en était conscient, il y a un côté provocateur chez lui). Le génie, c’est de l’inspiration et de la transpiration (en proportions variables). Si je m’étais contenté d’aller dans le sens de Nietzsche, sans faire d’antithèse, j’aurais manqué la mini dissertation qui se rattache maintenant au commentaire. En fait, il faut expliquer ET commenter le texte. Et là, c’est coton, parce que contredire Nietzsche, hum, ce sacré bonhomme nous réduit à dire des banalités, mais qui sont vraies quand même. Quand j’ai passé la maîtrise de Philo, je me croyais nietzschéen, alors que j’étais un chien fou un peu brouillon. Je me souviens que Maurice de Gandillac m’avait reproché de m’égarer. Dure leçon !


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 17:25

      @Laconique

      Quelle citation ?


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 17:49

      @Laconique

      Vous voulez parler de la référence à saint Denis portant se tête dans ses mains. C’est de Michel Serres, à propos de la mémoire des ordinateurs qui remplace la mémoire humaine. On n’a plus besoin de faire appel (effort) à la mémoire puisque la mémoire est « disponible » dans le « cloud ». La culture, ce n’est plus ce que j’assimile par mes lectures, mon travail et ma réflexion (la métaphore de l’abeille de Montaigne), c’est ce que je ne sais pas, mais qui est disponible quelque part. 

      Il disait ça très sérieusement. Il s’était enthousiasmé pour l’informatique à la fin de sa vie, sans distance, sans esprit critique. Umberto Eco le lui reprochait gentiment.

      Demandez à mes jeunes collègues en français et en philo de ce qu’ils pensent des copiés/colés. Ils en sont à faire des chartes de bonne conduite informatique ! Je savais que l’enseignement était un combat, mais il y avait des défis qui n’existaient pas encore de mon temps. Avant, il fallait affronter la simple bêtise, maintenant, il faut affronter la bêtise instruite.

      « Il arrive même au vieil Homère de somnoler », c’est une traduction du latin. Je ne me souviens pas comment ça se dit en latin. Ca veut dire qu’il arrive même aux gens les plus intelligents (Michel Serres) de dire des bêtises. 


    • Laconique Laconique 8 juin 2021 19:56

      @Robin Guilloux

      Je m’adressais à Séraphin Lampion. Je le remerciais pour la citation de Voltaire. « Vous avez la ref », c’est de l’argot de jeune, ça veut dire « je vois que tu sais de quoi on parle », ça n’a pas été compris, je ne recommencerai pas.

      Quand à la décollation de saint Denis, avant d’être de Michel Serres c’est de Jacques de Voragine, dans La Légende dorée, l’ouvrage le plus lu au Moyen Âge après la Bible, une lecture que je vous recommande. 


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 19:57

      @Laconique

      J’ai tenu compte de votre remarque sur l’influence de la conception Schopenhauerienne du génie sur Nietzsche et complété mon article sur mon blog (je n’ai plus la main sur agoravox) : 

      Le texte de Nietzsche est aussi une critique de la conception de Schopenhauer qui ne parle que du génie des artistes (surtout des musiciens) et des philosophes et pas des inventeurs et des hommes de science.

      Schopenhauer oppose le génie au philistin qui ne vit que dans la dimension du calcul et de l’intérêt. « Le talent, c’est le tireur qui atteint un but que les autres ne peuvent toucher ; le génie, c’est celui qui atteint un but que les autres ne peuvent même pas voir ». 

      Pour Schopenhauer, il y a des génies équilibrés, comme Goethe chez qui l’imagination et la raison sont en harmonie, mais il y a aussi des génies déséquilibrés qui côtoient la folie et chez qui l’imagination l’emporte sur la raison. Pour Schopenhauer, le génie est un tantôt don de la nature et tantôt une malédiction.


    • Laconique Laconique 8 juin 2021 20:03

      @Robin Guilloux

      You made my day ! Vous êtes ouvert d’esprit, intelligent, souple, c’est rare. Oui, il y a toute une théorie du génie chez Schopenhauer, sur des pages et des pages, il y tenait beaucoup. Merci pour cet échange, vous avez retourné la situation à votre avantage, you’re the boss. See ya. 


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 20:10

      @Laconique

      OK.

      (je peux être laconique, moi aussi !) smiley


    • Robin Guilloux Robin Guilloux 8 juin 2021 20:13

      @Laconique

      N’en jetez plus, la cour est déjà pleine de fleurs ! Je vais relire son livre sur le génie.


    • Étirév 8 juin 2021 09:01

      La science de Nietzsche n’est pas à lui. Il est philologue, il étudie les textes antiques et nous les traduit. C’est un plagiaire des idées lointaines, celles que personne ne réclame, c’est pour cela qu’il est quelquefois étonnant, il nous rend des idées féminines qu’il attribue à l’homme supérieur, le génie, le suprahumain.
      Il nous rend la femme antique et l’appelle : le Maître, pendant qu’il avilit la femme moderne et la veut esclave. Donc, sa pensée n’y est pas, il prend des mots dans l’œuvre antique qu’il ne sait pas débrouiller du malentendu sexuel. C’est la bête qui s’affuble de la robe blanche de la Prêtresse.

      BLOG


      • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 8 juin 2021 13:28

        @Étirév,
          Nietzsche est avant tout un solitaire qui aime l’être.
          Il a grandi au sein d’une maison entourée exclusivement de femmes tout en se donnant de l’importance dans sa tâche en écrivant des autobiographies et sa mère qui voyait en son fils un futur grand homme en tant que théologien, pasteur, prédicateur, érudit de dieu.
        Le coup de foudre partagé avec Paul Rée pour une jeune Russe émancipée, Lou von Salomé qui les éconduit dans une trinité d’amitié intellectuelle qui débouche sur la psychanalyse de Freud. Pour Friedrich, par contre, elle augmente ses tentions émotionnelles et ses incertitudes suites à des dissertations philosophiques qui ternissent ses rapports avec les femmes dans les complexes des amours inabouties qui n’aboutissent qu’à une séparation et des fuites en avant poursuivies dans ses voyages. 


      • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 8 juin 2021 14:33

        @Étirév,
          J’ai eu personnellement une enfance et donc une éducation par l’intermédiaire de deux femmes : ma mère et ma grand-mère. Je peux vous dire qu’on en garde souvent des traces dans les souvenirs de leurs réactions. Ensuite, cela ne devient pas de la misogynie, mais simplement qu’on sait déjà la réaction qu’une femme peut avoir avant qu’elle ne se produise. 


      • Gollum Gollum 8 juin 2021 11:28

        Mais alors, d’où vient que l’on assimile le génie à la philosophie ou à l’art plutôt qu’aux sciences et aux techniques ? Sans doute à cause du côté impersonnel des sciences et des techniques. Si Albert Einstein n’avait pas trouvé la théorie de la relativité, d’autres l’auraient fait tôt ou tard, Poincaré par exemple.


        Ben je ne suis pas d’accord.. Poincaré ne l’a pas fait d’ailleurs parce qu’il était trop timoré pour le faire...


        Il y a bien même chez le savant réputé impersonnel un arrière fond inconscient lié à la personnalité profonde... et qui fait que le génie est le même chez l’artiste, l’homme de science, le philosophe..


        C’est juste le contexte qui change.


        La place de l’inconscient, des rêves, de l’inspiration est la règle chez le savant. Un savant non audacieux ne fera jamais de théorie révolutionnaire il passera à côté...


        C’est pourquoi les avancées sont rares car les hommes d’exception sont rares aussi.


        Humain, trop humain fut l’ouvrage de N. que j’ai aimé le moins. Sur sa critique de Wagner je fus surpris des arguments avancés (je m’attendais à une mauvaise foi éhontée) dans Le cas Wagner. Bien au contraire j’ai trouvé des arguments très sensés et argumentés.


        Même si Wagner fut un monstre musical il faut reconnaitre que la philosophie mythique sous-jacente a bien moins de valeur que celle de N. N. est encore bien vivant aujourd’hui alors que W. est oublié. Même musicalement il semble peu joué. Faut dire aussi que mettre en scène du W. c’est pas coton...


        • Laconique Laconique 8 juin 2021 12:42

          @Gollum

          Il y a plus que de la musique chez Wagner. Au seul point de vue esthétique c’est déjà incroyable, mais cela va encore plus loin. C’est un point d’aboutissement (du romantisme, du génie européen), on n’a pas pu aller plus loin. Il a fallu faire autre chose (ou plutôt rien).


        • Réflexions du Miroir Réflexions du Miroir 8 juin 2021 14:24

          @Gollum bonjour,
            Je ne suis pas d’accord, non plus. Il y a un lien entre la philosophie, les arts et les sciences. 
            Il y a une chose à laquelle on ne pense pas : le hasard de la découverte.
            Les connaissances ne sont que des préambules qui n’aboutissent pas s’il n’y a pas une série de paramètres qui engendre le génie.
            L’enseignement donne des outils mais n’assure pas la suite.
            On peut appeler cela l’intelligence, l’inconscient, les rêves et l’inspiration comme Archimède qui a crié « Eureka » à la sortie de son bain.. 
            Archimède est connu pour cela, mais pour tellement d’autres inventions pendant le siège et le miroir de Syracuse.
           Définir ce qu’est le génie, c’est devenir « the right man, at the right place at the best moment » et trouver des solutions là où personne n’en voit..
           


        • Gollum Gollum 8 juin 2021 15:07

          @Laconique

          Sur le plan esthétique oui. Et encore, je trouve qu’il aurait dû faire moins d’opéras.

          Point d’aboutissement du romantisme oui.

          Sur le final c’est une question de goût. Je trouve qu’on est allé beaucoup plus loin.

          Chostakovitch par exemple ou Mahler..

          Je vous trouve donc sévère quant au rien après Wagner donc.

          Ce que j’épinglais c’était le côté mièvre de la vision  chrétienne  je pense à Tanhauser par exemple, le péché, la rédemption avec un côté béni oui-oui... Bon vous devez être fan évidemment..


        • Gollum Gollum 8 juin 2021 15:13

          @Réflexions du Miroir

          Oui il y a des liens entre des disciplines si disparates à priori.

          Je ne crois pas trop au hasard. Ayant une conception de l’inconscient assez dans la ligne de Jung, les rêves, les inspirations sont en fait le fruit de quelqu’un d’autre.

          En tous les cas d’un Moi plus profond que le moi ordinaire.

          Je suis persuadé que Nietzsche avait une telle perception de ce Moi plus profond.. S’il rejetait les arrières fonds métaphysiques il ne rejetait pas les arrières fonds psychologiques et s’il fait l’éloge du travail quant au génie il avait bien conscience de cet arrière fond aussi.

          Juste de l’inspiration sans travail on n’a pas grand chose et juste du travail là c’est pire.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 8 juin 2021 15:18

          @Laconique
          Le romantisme allemand c’est du barnum . Après il y aura eu les Français comme Debussy.


        • Laconique Laconique 8 juin 2021 16:03

          @Gollum @Aita Pea Pea

          Oui, c’est subjectif. Debussy, Malher bien sûr. Mais c’est de la musique. Chez Wagner il y a le drame en plus. Chrétien peut-être, mais sûrement pas orthodoxe, romantique avant tout, cf. Tristan et Isolde. Mes préférés : La Walkyrie, Tannhäuser en effet, L’Or du Rhin. Le vrai dieu de Wagner, c’est Eros, le jeune Nietzsche ne s’y est pas trompé, c’est de la musique dionysiaque.


        • Aita Pea Pea Aita Pea Pea 8 juin 2021 17:14

          @Laconique
          Debussy : La retrouvaille avec l’accord 7eme de dominante ( 7 mineure ) qui permet au niveau harmonique bien d’ouvertures .

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