bonjour zen,
merci pour cet article bien documenté, et parfaitement clair qui démonte clairement l’imbroglio dans lequel se trouvent les différentes parties concernées : USA, pays du moyen orient, israël... c’est un véritable noeud gordien ou un infernal jeu de cascades aléaotoires.
au-delà même des attentes politiques, économiques et hégémoniques, il y a un élément qui n’a jamais été pris en cause et qui aurait pu éviter toute cette boucherie et ce chaos : le simple bon sens.
il était évident qu’une intervention extérieure dans la conduite des affaires de l’irak entrainerait une telle réaction de rejet : à notre niveau, il est fréquent que les personnes qui interviennent dans une bagarre de couple ou de famille, voient les protagonistes se retourner et faire front contre l’intrus en l’invectivant « mais, de quoi je me mêle ??? » à fortiori si cette personne appartient à une autre communauté dont les valeurs sont différentes.
dominique de villepin, alors ministre des affaires étrangères de l’époque, dans un discours resté célèbre avait prévenu des risques encourus -http://fr.wikisource.org/wiki/Discours_prononc%C3%A9_%C3%A0_l’ONU_lors_de_la_crise_irakienne_-_14_f%C3%A9vrier_2003 ;
« »« »(...)Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein et du régime iraquien.(...)
La question qui se pose aujourd’hui est simple : considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d’inspection est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d’inspection offertes par la résolution 1441 n’ont pas encore été toutes explorées ?(...)
L’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Iraq, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a l’alternative offerte par les inspections, qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Iraq. Au bout du compte, ce choix là n’est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?
Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons par conséquent aux inspecteurs des Nations Unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradei de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir.
Dans ce contexte, l’usage de la force ne se justifie pas aujourd’hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l’Iraq par les inspections. De plus, un recours prématuré à l’option militaire serait lourd de conséquences.
L’autorité de notre action repose aujourd’hui sur l’unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité.
Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits.
Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.
Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.
Je vous remercie.« »« »
- et le 27 mars, à Londres, à l’International Institute for Strategic Studies, il réitérait son avertissement -http://www.delegfrance-cd-geneve.org/declarations/declafrancaises/autoritesfrancaises/dv27032003 .pdf :
« »« »Le droit, la force et la justice
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,
C’est un grand honneur pour moi d’avoir été invité à prononcer la conférence donnée chaque année en souvenir du fondateur de votre Institut, Alastair Buchan. (...)
Les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, la France et le Royaume-Uni ont des responsabilités particulières. Elles doivent les exercer dans le même but : la stabilité internationale, la sécurité et la paix. Cela suppose de définir ensemble l’équilibre nécessaire à toute action internationale : le droit, la force et la justice.(...)
Où en étions-nous il y a dix ans ? Avec la fin de l’affrontement entre les deux blocs, nous avons changé de monde. Si le droit a été placé au cœur des préoccupations internationales, sa relation avec la force a été profondément modifiée. Pendant près de cinquante ans, l’ordre avait été assuré par la dissuasion nucléaire. L’Occident comme le monde communiste savaient que le recours à la force entraînerait des deux côtés des dommages incalculables. Dès lors, la guerre aurait signifié l’échec de la dissuasion, et l’impossible apocalypse. Mais, avec la fin de la guerre froide, la force est redevenue une option. Elle a pu à nouveau être envisagée, parce qu’elle n’entraînait plus de dommages supérieurs aux gains qu’une puissance pouvait escompter. Si pourtant elle a été peu employée, c’est pour deux raisons : l’affirmation des valeurs occidentales a rencontré peu d’opposition ; et les Etats-Unis ont su faire un usage modéré de leur force. Or, depuis toujours, seule la modération rend acceptable la puissance, comme l’affirmait déjà Thucydide : Nous méritons des éloges, pour nous être montrés plus justes que ne l’impliquait notre puissance. Aucun ordre international cependant ne peut reposer sur le seul bon vouloir des puissances.(..)
Le 11 septembre 2001 a mis fin à la période de construction d’un nouvel ordre mondial. (...)
Au cours des derniers mois, d’aucuns se sont interrogés sur les motivations de la France dans le règlement de la crise iraquienne. Je tiens à dire fortement que nos choix n’ont pas été faits contre un pays ou un autre, mais au nom d’une certaine idée de la responsabilité collective et d’une vision du monde. Mesurons bien en effet l’importance des enjeux. Il s’agit aujourd’hui de savoir suivant quelles règles nous souhaitons vivre ensemble : seuls le consensus et le respect du droit donnent à la force la légitimité nécessaire. Si nous sortons de ces limites, l’emploi de la force ne risque-t-il pas de devenir un facteur de déstabilisation ? Il s’agit également de savoir comment gérer les multiples crises. Le cas de l’Iraq n’est pas isolé : en Corée du Nord et dans d’autres pays, de nouvelles menaces de prolifération existent.(...)Nous avons enfin une inquiétude fondamentale : comment ne pas voir les risques d’une incompréhension grandissante entre les peuples, qui pourrait aboutir à un affrontement entre les cultures ? N’est-ce pas là le grand défi de notre temps, et s’agit-il d’une fatalité ? A nous d’apporter les réponses nécessaires, en nourrissant l’esprit de dialogue et de respect entre les peuples. Dans ce cadre, nous sommes partis d’un double constat qui est au cœur de la résolution 1441 : la communauté internationale n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est unie ; elle n’est vraiment légitime que si elle assume toutes ses responsabilités. (...)Parce que l’impression a prévalu, à partir du début de cette année, que le calendrier militaire effaçait l’agenda diplomatique. Parce que le sentiment s’est très vite imposé que les inspections étaient remises en cause dans leur principe même. Parce que, enfin, l’idée d’un glissement progressif d’un objectif de désarmement de l’Iraq vers un changement de régime, voire un remodelage du Moyen-Orient, n’a pu qu’accroître les incompréhensions.(...)
A travers la crise iraquienne, ce sont deux regards sur le monde qui se confrontent. C’est un rapport différent entre le droit et la force, entre la légitimité internationale et la défense des intérêts de sécurité nationaux. L’une de ces thèses laisse entendre que la démocratie pourrait être imposée de l’extérieur. La confiance dans le droit serait donc en partie un leurre. Les instruments juridiques internationaux seraient davantage des contraintes que des moyens de garantir la sécurité internationale. Certains allant même jusqu’à avancer que les Etats-Unis exerceraient seuls leurs responsabilités en affirmant leur puissance, tandis que la position de l’Europe s’expliquerait par sa faiblesse. Enfin, face à l’ampleur des menaces, certains gouvernements s’autoriseraient seuls à frapper les premiers. La légitime défense serait abusivement étendue, sans limite ni contrainte. Les limites du recours à la force en Iraq, les perspectives incertaines pour l’avenir politique de ce pays nourrissent bien des questions sur ces analyses. Le monde contemporain est complexe. Il ne se laisse plus réduire à un jeu d’alliances, comme cela pouvait être le cas au XIXe siècle ou durant la guerre froide.(..)
Nous partageons la même foi que les Britanniques et les Américains dans la démocratie. Avec la Grande Charte, la Déclaration de 1789 et la Constitution américaine, nos pays sont aux sources de la révolution démocratique. Nous sommes persuadés que la démocratie demande de la détermination, de la conviction et un long apprentissage. Nous ne refusons pas l’usage de la force, mais nous voulons mettre en garde contre les risques d’un emploi préventif, érigé en doctrine : quel exemple donnerions-nous aux autres Etats de la planète ? Quelle légitimité accorderions-nous à notre action ? Et quelle limite mettons-nous à l’exercice de la puissance ? En souscrivant à cette doctrine, il y aurait alors le risque d’introduire un principe d’instabilité et d’incertitude permanents, de ne pas maîtriser les situations et de nous lancer dans une fuite en avant. N’ouvrons pas cette boîte de Pandore. (..)« »« »
- 4 ans après les craintes des partisans d’une solution raisonnée se sont confirmées et ont même dépassé leurs pires hypothèses : l’iraq est à feu et à sang, la guerre civile y règne, israël et la palestine ne sont pas près de faire la paix, le liban s’embrase... et surtout les extrémismes religieux ont le vent en poupe : on en arrive au choc des cultures.
les états-unis n’ont pas compris les leçons de la corée ou du vietnam : à savoir de respecter le choix des peuples à se construire démocratiquement par eux-mêmes. à force de privilégier leurs intérêts économiques par dessus tout, il ont créé des monstres qui se sont retournés contre leur concepteur : saddam hussen, ben laden...
alexandre a tranché le noeud gordien ( http://www.notteweb.net/rozan/p96.php ), mais aujourd’hui que ferait-il ?
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