@ Gazi
Je partage votre méfiance en ce qui concerne les valeurs légèrement moisies de madame Barguillet Hauteloire. Regretter que le cinéma actuel se vautre dans la fange de : "Lhomosexualité, les familles recomposées, l’union libre, la drogue, l’illetrisme et j’en passe..." relève de la foutaise morale et surtout de la méconnaissance totale du cinéma.
Mais vous faites aussi la même erreur. Pensez-vous vraiment que le cinéma d’avant 1973 était politiquement correct avant l’heure pour cause de censure virulente ?
Prenons les thèmes détestés par Madame Barguillet, Hauteloire :
L’amour lesbien :
"Quai des orfèvres" HG Clouzot 1947. Le film repose entièrement sur un amour lesbien manipulé et toujours déçu. Avec cette splendide réplique de Louis Jouvet à Simone Renant : "Vous êtes un type dans mon genre, vous n’aurez jamais de chance avec les femmes".
Les familles recomposées :
"Pension Mimosas" Jacques Feyder 1935. Où la mère d’un enfant recueilli tombe amoureuse de ce dernier allant jusqu’à provoquer sa mort par jalousie.
L’alcool :
Les films qui en traitent sont légions. Pensons seulement à "Un singe en hiver" Henri Verneuil 1962...
Le jeu :
Pas moins de trois adaptations du "joueur" de Dostoievski, dont celle d’Autant-Lara en 1958 avec Gérard Philippe. Evidemment le jeu figure dans de nombreux autres films, il s’agit juste d’exemples.
Les boites de nuit :
Il y a pléthore, je pense particulièrement à "Du rififi chez les hommes" Jules Dassin 1955 comportant une scène hallucinante de "punition" d’une hotesse de boîte de nuit à coups de ceinture.
Je ne veux pas donner de leçon de cinéma, mais simplement faire comprendre que la mauvaise qualité du cinéma actuel n’est pas due à l’exploitation de ces thèmes (ils ont été traités en France depuis les débuts du cinéma) mais au contraire à la façon honteuse et mollassonne avec laquelle ils sont désormais abordés.
Car depuis 1973 si la censure a disparu, c’est l’autocensure qui triomphe et elle est bien plus redoutable et efficace.
En regardant un cinéma qui m’est cher, la comédie italienne de la grande époque, je suis à chaque fois ébahi et nostalgique de tout ce que les auteurs en liberté pouvaient se permettre à l’époque.
Croyez vous, par exemple que l’on oserait tourner ce sketch des "Nouveaux monstres" Dino Risi 1977 (zut j’ai un peu dépassé la date prescrite) où un couple passe un casting devant un producteur et où l’on finit par comprendre qu’il s’agit de faire baiser leur petite fille par un singe ?
Pensez vous qu’aujourd’hui on tournerait "Casanova 70" Monicelli (1965) dont le thème est : "Un homme qui ne peut bander que lorsqu’il se met en danger de mort" ?
Et "Pain et Chocolat" Franco Brusati 1973 mettant en scène dés l’ouverture l’assassinat d’une petite fille par un prêtre (je précise qu’il s’agit d’une comédie dramatique) ?
Il est bien là le problème : les sujets ne sont plus traités avec énergie, ils ne sont au mieux que de l’épate bourgeois à deux balles.
Quant à ceux qui pensent qu’un acteur, aussi bon soit il, fait un film, je dirais qu’ils se fourrent le doigt dans l’oeil. Un grand rôle, c’est la rencontre d’un beau personnage avec un bon comédien. Louis Jouvet avait beau être un très grand comédien, ça ne l’a pas empêché de faire des navets simplement parce que son rôle étant mal écrit il n’avait rien à défendre.