Bonjour Fergus,
Voilà un sujet qui sort de
l’ordinaire sur un musée qui sort lui aussi de l’ordinaire. Je
ne le connaissais pas. S’ils sont appelés monstres, c’est
parce que leur cas est très rare, mais s’ils peuvent vivre
sans complications médicales majeures, alors ils sont
simplement différents. Ce qui est monstrueux, c’est le fait
qu’à l’époque on les exhibait dans les foires. Comme
Elephant Man. Il n’y a pas si longtemps, quand j’étais petite,
on exhibait encore dans un stand à la Foire du Trône de
Paris « la femme la plus grosse du monde ».
Quand j’étais ado, peu de temps
après la sortie du film relatant la vie de John Merrick, je
cavalais dans la rue avec une copine pour attraper le bus avant qu’il
quitte l’arrêt, c’était près d’un hopital, et
nous avons vu un homme qui avait la maladie d’Elephant Man, la
neurofibromatose, entouré de quatre ou cinq médecins en
blouses blanches, qui regagnait l’hopital. On a jeté un oeil
dans leur direction, mais on n’a pas réagi vu qu’on avait
regardé le film peu de temps avant. C’est ensuite, quand je
l’ai rattrappée à l’arret et qu’on a sauté dans
le bus, qu’on s’est dit : « tu as vu le mec ? Oui, je l’ai
vu, il avait la neurofibromatose. » et c’est tout, ensuite
on a parlé d’autre chose. Je pense que la tolérance
parfois peut trouver ses racines dans l’habitude.
De nos jours, certains siamois peuvent
être séparés, d’autre pas. Abigail et Brittany,
deux soeurs siamoises américaines, sont nées en 1990
avec un seul tronc, très large, deux jambes seulement et deux
bras seulement, mais deux têtes reliées sur le tronc.
Brittany a la tête un peu penchée vue la façon
dont elle est attachée au tronc. Elles ont deux estomacs, deux
coeurs et chacune leurs deux poumons, seul le bas du corps est
partagé. Elles ont survécu, contrairement à
d’autres qui malheureusement meurent peu après la naissance,
elles ont maintenant 19 ans, vivent très bien comme ça,
sont totalement acceptées dans la petite ville où elles
font du baby sitting pour se faire de l’argent de poche, dans leur
établissement scolaire ou personne ne les regarde comme des
monstres. Quand elles ont passé leur permis à l’âge
de 16 ans, il y a eu deux cessions, une pour Abigail, l’autre pour
Brittany. Elles sont pleines de joie de vivre et d’humour, voient
l’avenir en rose, et si médicalement parlant, on pouvait les
séparer, elles ont bien fait savoir qu’elles refusent
catégoriquement de le faire et veulent rester ensemble.
Je ne fais pas partie de ces personnes
qui sont contre l’avortement, au contraire. Mais j’aimerais que la
société accepte les trisomiques, les siamois et toutes
les personnes atteintes de malformations si elles sont viables, sans
que l’on propose aux mères d’avorter sous prétexte
qu’elles n’attendent pas l’enfant idéal.