Réponse de Danielle Porte : Réponses aux questions posées par le colonel Mourey.
« Où sont les vallées encaissées que vos partisans ont imaginées en
lisant ce texte ? Où sont les collines qui auraient mis en « gorges »
les deux rivières ? »
Premier point à établir avant toute discussion : la fiabilité du de
Bello Gallico.
César n’est pas seul à avoir décrit le site. L’historien consciencieux
se doit de faire état des autres textes. Contemporains comme
postérieurs, les autres écrivains se réfèrent à des témoignages que
nous ne possédons plus mais qu’ils ont pu consulter (p. ex. Servius
Honoratus, dit Servius le Grammairien, rapporte le combat préliminaire
de cavalerie d’après les Éphémérides de César lui-même, disponible
encore, par conséquent, aux IVe-Ve s. ap. J.-C.). Les récits ou les
descriptions que nous lisons sous d’autres plumes que celle de César
ont pu être empruntés à des contemporains ou quasi contemporains de
César, dont on sait qu’ils ont écrit sur la guerre des Gaules : son
secrétaire, interprète et garde des sceaux : Pompéius Trogus,
l’architecte Vitruve, Asinius Pollion, source d’Appien, de Plutarque
et de Dion Cassius, Titus Ampius, source de Suétone, Tanusius Géminus,
source de Plutarque, voire les livres de Furius Bibaculus sur la
guerre des Gaules, le Bellum Sequanicum de Varron d’Atax, et le livre
108 de Tite-Live… et la correspondance de Quintus Cicéron, son légat,
de Décimus Brutus, de Trébonius, de Marc-Antoine qui furent tous à
Alésia.
Avant d’invoquer la formation rhétorique de César pour l’accuser de
mensonge, il faut méditer sur le témoignage de son ennemi, Marcus
Cicéron (Br., 262) parlant des Commentaires : « ils sont nus, exacts
et beaux, dépourvus de tout ornement oratoire, comme d’un vêtement
qu’on enlève… »
Et l’on se demande bien en quoi avantageait sa gloire ou sa carrière
politique d’écrire que les tours étaient distantes de 24 m si elles
l’étaient de 58, ou que les fossés étaient larges de 4,35 m s’ils ne
le sont que de 2,9 m. Ne parlons pas des 80 cm de profondeur des
fossés alisiens, nettement insuffisants pour arrêter une charge
ennemie ! La description de travaux techniques demande l’exactitude,
surtout si une tricherie n’avance en rien les affaires du tricheur.
D’autant que les Sénateurs avaient tous été consuls ou proconsuls et
pouvaient parfaitement évaluer les chiffres donnés.
Ensuite : les collines.
La suite du texte de César que vous ne citez pas spécifie que « des
collines de même hauteur ceignaient l’oppidum, à une distance réduite,
mediocri interiecto spatio », ce qui permet d’imaginer que le lit des
deux rivières, serré entre ces collines et l’oppidum, formait ravin.
Florus l’exprime en propres termes, en parlant de rivières abruptis
ripis, « aux rives abruptes », ce qui conforte le terme subluebant, «
lavaient par-dessous », que César emploie pour les deux rivières par
rapport à l’oppidum, ce que confirme Strabon (Géogr., 4, 2, 3,
periéchiménèn d’oresi kai potamois dusin « encastrée entre des
collines et deux fleuves ») : si les rivières « lèchent » cet
oppidum, c’est qu’il n’existe pas d’espace libre entre leur cours et
les pentes de la colline.
C’est Michel Reddé lui-même qui estime l’espace entre les rivières et
le flanc du mont Auxois à 1,2 km (Alésia, l’archéologie face à
l’imaginaire, p. 133) On ne peut donc parler de « distance réduite ».
Pour les collines, elles sont distantes de l’oppidum de 2,5 km. Là
aussi, parler de « distance réduite » est impossible. En revanche les
vallées encaissées de la Lemme et de la Saine sont parfaitement
conformes à ce qu’implique l’expression mediocri interiecto spatio :
seul (car la route n’existait pas), leur lit séparait l’oppidum de sa
ceinture de hauteurs.