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Kookaburra 28 mars 2014 12:26
Kookaburra

En Allemand on parle de « Hochkultur » (grande culture, la culture classique) pour la distinguer de la pluralité de sens qu’on donne à ce mot aujourd’hui. La culture, c’était - la musique, la littérature, la peinture, l’architecture, la philosophie - et elle n’intéressait pas particulièrement tout le monde. Les grandes expositions n’étaient fréquentées que par les amateurs vraiment intéressés à la matière et par les touristes. Il fallait donc « démocratiser la culture », c’est-à-dire essayer d’y intéresser et attirer la foule. Entreprise rapidement réussie, grâce à la publicité et les médias, avec le résultat que la fréquentation ressemblait bientôt à celle de la station de métro aux heures de pointe. La foule se pressait devant les tableaux comme des charognards autour d’un cadavre et l’amateur ne pouvait plus contempler l’œuvre avec le recueillement qu’elle mérite. Peu à peu il y renonça, en se demandant, avec amertume, si tout ce monde en tire quelque chose, s’ils apprécient ces œuvres pas toujours facile à comprendre, ou s’ils y vont simplement parce qu’il faut l’avoir vu l’expo.

Heureusement, les organisateurs, entretemps, ont compris que les conditions étaient impossibles et ils ont limité le nombre d’entrées à un débit raisonnable. Il faut faire la queue devant le musée, ou réserver, mais au moins on peu regarder les œuvres convenablement.

Autre phénomène : Avignon. La Mecque de la culture théâtre où beaucoup y vont parce qu’il faut y aller si on se considère comme une personne cultivée. Je n’est qu’une demi heure pour m’y rendre, mais je n’y vais plus. Sauf pour « l’off ». J’avoue que je suis limité. Mes origines sont pionnières, un peuple rude, simple, direct et naïvement sincère, mais surtout pas cultivé. « Tall poppies must be cut down » est le mot d’ordre - il faut couper les coquelicots trop hauts. La minorité qui se cultive prend soin de le cacher. Dont moi-même. Donc je sélectionnais dans le programme à Avignon les œuvres classiques : Molière, Shakespeare, Goethe. Parfois même en langue originelle. Hamlet était au programme. Un peu cher mais je voulais absolument le voir. Et bien, c’était une sorte de happening, avec de vagues références à Hamlet. J’étais furieux. Deux ou trois fois cette expérience faite et j’y renonça pour toujours. Aujourd’hui Molière n’est qu’une base pour le régisseur de montrer son propre génie. On applaudi la mise en scène et les acteurs, mais Molière est oublié.

La situation dans les autres arts est similaire. Tout le monde veut être artiste, se croit artiste, et veut montrer ses œuvres. Les livres s’empilent dans les librairies, les expos se multiplient, et le niveau est à tel point hétéroclite, du bon et du mauvais, de l’exceptionnel et de l’esbroufe, qu’on ne sait plus quoi choisir, mais c’est surtout de l’esbroufe qui est prisé par le marché.

Je crois que vous voyez les choses un peu de cette façon aussi Alinea, et je suis bien d’accord avec vous et votre bel article.



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