@Bernard Grua
C’est sans doute pour cela que les populations, bombardées, pillées, violées, massacrées sont celles de « l’Est russe, partisan d’une Ukraine unifiée mais russophile ». Si vous entendez un peu le russe comme moi, écoutez les témoignages des victimes, ou allez rencontrer les réfugiés dans votre ville. Ils ne parlent pas ukrainiens. Par contre, ils vomissent la Russie.
Je n’entends pas du tout le russe, mais à ce que je lis, les réfugiés à l’étranger parlent surtout ukrainien. Beaucoup sont partis d’ailleurs par peur, avant qu’il y ait des combats dans leur région. Et il y a au moins autant de témoignages de russophones (et peut-être d’ukrainophones) qui vont en sens contraire, il est vrai que ceux-là se réfugieront plutôt en Russie ou dans les républiques sécessionnistes.
« (haine) anti-polonaise », le pays qui accueille le plus de réfugiés ukrainiens, c’est la Pologne.Il faut écouter la reconnaissance exprimer par les Ukrainiens à l’égard des Polonais.
Eh bien, les manipulateurs d’opinion vont avoir vraiment intérêt à tout faire pour que l’amnésie reste générale et que surtout, personne ne vienne remémorer les massacres de polonais commis par les bandéristes durant la seconde guerre mondiale, ni le massacre d’ukrainophones commis par les polonais après celle-ci, ni les expulsions d’environ 60 000 autres par les mêmes vers l’URSS (alors que celle-ci nettoyait les polonophones de la république soviétique élargie d’Ukraine, qu’elle créait sur les ruines des parties de la partie est de la Pologne qu’elle annexait, chose que les nationalistes ukrainiens se gardent bien de rappeler car cela rappellerait aussi que ce sont les soviétiques du camarade Staline qui ont unifié l’Ukraine, et personne d’autre), et l’assimilation forcée de ceux qui restaient après que l’URSS et la Pologne aient signé un accord pour mettre fin à ce genre de pratiques.
En fait, si les bandéristes ne voient plus pour le moment les polonais comme un problème, c’est justement parce qu’ils considèrent que leur cas a été réglé après ces déportations de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale (et, j’insiste encore, c’est grâce aux soviétiques, ne leur en déplaise). Seulement, si les polonais font semblant de ne pas s’en souvenir, c’est pour une toute autre raison : parce qu’ils veulent remettre les pieds dans ce qu’ils vient comme leur empire perdu (d’où leurs propositions d’établir des "zones de sécurité" dans l’Ouest de l’Ukraine). Ils ont largement promu la notion d’Ukraine au XIXème siècle, dans le but de séparer la Malorussie (le vrai nom de l’Ukraine) de la Russie. S’ils ont en effet joué un rôle dans l’évolution de l’identité des populations de la Galicie et de la Volhynie (originellement aussi russes que les autres), celles-ci ne sont pas devenues pour autant prêtes à redevenir leurs servantes, loin s’en faut. Mais tôt ou tard, cet antagonisme va ressurgir, l’union actuelle de ces peuples n’est que de façade et très provisoire.
Je reviens dessus, le vrai problème est que les deux Ukraine ont développé des visions identitaires qui sont incompatibles. La tension montait déjà avant 1991, elle n’a fait que s’amplifier depuis, jusqu’au point de rupture atteint en 2014. Mais l’Ukraine de L’viv haïssait déjà les Russes bien avant.
« (haine) anti-juive », Zelensky, juif, a été élu président par plus de 70% des voix.
Il est exact que les bandéristes ont mis quelque peu en sourdine leur détestation des juifs, et qu’on entend moins dire que Poutine est juif. Ils ont comme ça pu se recentrer sur leur haine anti-russe. Cependant, ils n’ont pas pu s’empêcher d’ériger des statues au responsable de massacres de juifs Bandéra, ils ont ainsi du mal à tromper leur monde. Ainsi, le gouvernement israélien aimerait bien soutenir son homologue ukrainien à côté de ses amis occidentaux, mais il est obligé de le faire très discrètement, car en Israël, il s’est retrouvé face à l’opposition des nombreux immigrés russo-ukrainiens, qui forment un lobby puissant et lui a demandé s’il ne perdait pas la tête.
« (haine) anti-tatare », l’Ukraine avait créé une assemblée tatare en Crimée, le Meiji. La Russie l’a interdite comme elle a interdit l’usage de la langue tatare. Moustafa Djemilev président du Meiji est réfugié à Kyiv. Il est interdit d’entrée en Crimée.
D’après ce que je sais, le Meiji était consultatif. Le problème, c’est que le statut d’autonomie pour la Crimée que le président Koutchma avait négocié était resté lettre morte. Il me semble aussi que ce n’est qu’après l’annexion que le parlement ukrainien a voté une autonomie pour les Tatars. C’était trop tard à l’époque. Sinon, je sais que certains dirigeants des Tatares de Crimée ont eu des démêlés avec les nouvelles autorités suite à l’annexion, mais aussi qu’ils ont été et sont toujours très divisés, et surtout il y a une chose dont je suis certain, c’est que loin d’être interdit, le tatar est toujours langue officielle en Crimée. Ne pas oublier que ses parents le sont aussi dans d’autres républiques russes (la Russie est un pays fédéral, quelque chose dont il faut se souvenir impérativement).
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