@jakem
( suite 4 ) Selon ce guide, le concept de taqiyya est « mal compris ou déformé » lorsqu’il est « présenté comme une pratique générale de tromperie et de trahison de la part des musulmans à l’encontre des autres membres de la communauté nationale ». Qu’en est-il réellement ?
Dans son histoire, l’islam s’est caractérisé par son souci obsessionnel de son rapport au pouvoir. Sans doute cela s’expliquerait-il par le lien constitutif entre le religieux et le politique assumé dès son émergence. Deux notions à valeur juridique illustrent parfaitement ce rapport intime du musulman au pouvoir et à la gouvernance : la ruse juridique (hîla) et la dissimulation légale (taquyya), toutes deux présentes dans le Coran. Les jurisconsultes (faqih) développeront l’une et l’autre dans des traités d’une méticuleuse casuistique. Ils reflètent le souci permanent de l’islam d’alléger le poids de la loi pour le musulman, afin de le conserver dans le giron du pouvoir islamique qui lui garantit, à vie, protection et défense.
C’est de l’augmentation à la huitième forme verbale que dérive la taquyya canonique. Cette forme doit se conjuguer, de fait, avec la taqwâ, de la même racine, qui désigne à la fois la crainte, la dévotion et la piété que doit le croyant à Dieu. L’assimilation des deux termes-notions dans l’esprit du musulman peut donc s’opérer spontanément. D’autant plus scrupuleusement que le Coran dit ouvertement aux croyants que « celui qui renie Dieu après avoir eu la foi en lui - excepté celui qui a subi la contrainte et dont le cœur reste paisible en sa foi -, ceux dont la poitrine s’est ouverte à l’impiété, sur ceux-là tomberont le courroux de Dieu et un tourment terrible » (16/106).