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Vudenbas 11 octobre 11:44
Vudenbas

@Dudule

Vous avez raison sur un point important : les bénéfices qui restent dans les holdings échappent largement à l’impôt personnel. C’est exactement ce qu’avait montré l’Institut des politiques publiques, et c’est un vrai sujet.

Mais...

Les bénéfices de LVMH paient l’impôt sur les sociétés avant d’être distribués. Les dividendes remontent ensuite dans les holdings quasi exonérés, avec seulement 5 % imposés, comme pour n’importe quelle société qui détient au moins 5 % d’une autre depuis deux ans. Ce n’est pas une holding « défiscalisée », c’est un régime qui évite d’imposer deux fois le même bénéfice. L’impôt personnel, lui, n’est dû que si l’argent sort de la holding. Et comme je l’ai rappelé plus haut, ces impôts payés en amont par LVMH en France sont loin d’être symboliques.

Ensuite, les 6 %. le chiffre de Zucman : en moyenne sur longue période, les grandes fortunes progressent d’environ 6 % par an. Mais ce « rendement » n’est pas de l’argent perçu. Ce que ces actifs rapportent réellement en espèces, ce sont les dividendes : 13 € par action LVMH pour 2025, soit environ 2,5 à 2,8 % du cours selon le moment. Pour la famille Arnault, qui détient environ 249 millions d’actions, cela fait un peu plus de 3 milliards par an, pas 8,4. Le reste, c’est la hausse du cours de Bourse : une plus-value sur le papier, que tout actionnaire ne paie qu’en vendant, et qui peut s’inverser. L’action LVMH a perdu plus d’un tiers de sa valeur entre son record de 2023 et début 2026 : les dividendes ont continué d’être versés, mais le rendement total était négatif. Or une taxe de 2 % resterait due ces années-là aussi. C’est la limite de raisonner avec une moyenne.

Il faut aussi rappeler ce qu’est une action : un titre de propriété, pas un placement. La famille Arnault ne possède pas une fortune placée quelque part, elle possède la moitié de LVMH, avec ses ateliers, ses marques et ses salariés. Taxer ce patrimoine chaque année, c’est taxer la propriété de l’entreprise. Si l’impôt n’est pas payé avec les dividendes, il faut céder des parts : à 2 % par an, sans croissance, c’est la moitié du capital en 35 ans. On peut le vouloir, mais il faut le dire clairement.

C’est d’ailleurs le même débat que celui du loyer fictif pour les propriétaires de leur logement : peut-on imposer ce qu’on possède comme si c’était un revenu perçu ? La Suisse, qui imposait ce loyer fictif depuis 1934, vient de le supprimer par référendum en 2025.

Sur la taxe Zucman elle-même : c’est un impôt plancher. Au-delà de 100 M€ de patrimoine, soit environ 1 800 foyers, on paierait au minimum 2 % de ce patrimoine, en déduisant les impôts déjà payés. Pour Arnault, la taxe absorberait l’essentiel des dividendes : avec un rendement autour de 2,5 à 2,8 %, un prélèvement de 2 % en prendrait 70 à 80 %. Les années où le cours monte plus vite que les bénéfices, la taxe augmenterait sans que les dividendes suivent. Et une partie de ce que les entreprises rendent à leurs actionnaires passe par des rachats d’actions plutôt que par des dividendes : cela augmente la valeur des parts, donc la taxe, sans rapporter un euro à celui qui ne vend pas.

Le problème est encore plus net pour les jeunes entreprises. Dans certains secteurs comme l’intelligence artificielle, les valorisations explosent en quelques années. À chaque levée de fonds, la fortune des fondateurs grimpe sur le papier, et leur taxe avec elle, sans qu’ils touchent un euro de plus, puisque ces entreprises ne versent généralement pas de dividendes. Une analyse publiée par l’OFCE montre, sur un exemple, qu’une simple augmentation de capital peut presque doubler la taxe due par des fondateurs, de 60 à 115 millions, par le seul effet de la revalorisation. Il leur faudrait vendre des parts chaque année, ou les céder à l’État comme le propose Zucman. C’est précisément là que la France se bat pour garder ses start-up. Le rendement attendu de la taxe est lui-même discuté : 15 à 25 milliards par an selon Zucman, environ 5 milliards selon ses contradicteurs.

Bref, le problème des holdings est réel et mérite une réponse. Mais il se discute mieux avec les vrais chiffres : environ 3 milliards de dividendes, pas 8,4 milliards de revenus non imposés. Et en gardant en tête qu’une action est une part d’entreprise, pas un livret qui rapporte.

Et qui va vouloir se lancer à grande échelle en France ? Pour distribuer de la richesse il faut en produire. N’est pas François Hollande qui veut, « c’est gratuit, c’est l’état qui paye ».



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