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Absence étrangement persistante - AgoraVox le média citoyen

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Absence étrangement persistante

Au cours des siécles précèdents, la population Tsigane ne semble pas avoir laissé d'oeuvre d'art !

Notre musique a inspité de nombreux compositeurs, mais aucune oeuvre plastique, aucune ébauche, étrangement, ne semble être arrivée jusqu'à nous !

La fonte des métaux est pourtant une longue tradition Tsigane, et nous aurions pu supposer que toutes les conditions étaient réunies pour favoriser une approche de la création plastique !

Hélas, aucune œuvre ne nous est parvenue !

Ou du moins, parvenue comme œuvre Tsigane.

Pourquoi les artistes Tsiganes des siècles précédents, n’ont-ils pas eu la volonté d’attester d’une présence artistique, malgré une grande sensibilité aux arts ?

 

Dans la culture Tsigane, construite sur une transmission orale, la mémoire se substitue aux Textes. A aucun moment de notre histoire, notre croyance, fondement de toute civilisation, ne c’est encombré de lieux de cultes, ni de représentations théologiques, si ce n'est celles et ceux des autres ! En effet, le nom originel de Devel, seule divinité Tsigane initiale, conjugué au culte de la mémoire, convergent pour étayer le socle de notre existence, de notre foi, et de notre réflexion ! Nous pouvons même ajouter, pour ceux qui comme moi sont restés attachés à cette divinité, qu'aucune injonction spirituelle, aucune obligation morale, aucune orientation spirituelle ne nous est donnée ! Seule notre conscience, et le sentiment d'être en cohérence avec notre environnement, intercède entre la perception de notre foi et cette déité qui nous accompagne silencieusement depuis toujours !

Bien sûr, nous avons louvoyé, nous sommes compromis parfois, avons laissé quelques plumes dans les basses cours en bord de route, mais nous avons traversé les siècles de façon plutôt cohérente, malgré les écueils ravageurs, avec ces seuls caractères pour supports philosophiques !

Et ce n'est pas m'avancer, que de dire que les autres croyances ne se sont liées à nous, que part des rencontres fortuites, sur des territoires de passage ! Même si j’admets cependant, que certains d'entre nous, aient besoin de l'accompagnement de ces Textes pour évoluer spirituellement, en se détournant de cette confession hermétique, solitaire et originelle, de laquelle surgit aujourd'hui, une interrogation majeure !

Et notamment pour les artistes comme moi.

Notre identité et notre foi sont-elles en résonance avec la création contemporaine ?

 

Paris, Île de France, mai 1985.

La braise rougeoyante s’alanguit dans le petit matin fumant, mais la population Tsigane, bien qu’épuisée pour une longue nuit de grillades et de débauches musicales est toujours en effervescence. Étrangement, pourtant, la presse, habituellement si prompt à révéler une affaire, quand il s’agit d’évoquer les noms de Gitans, Roms, Manouches ou Gens du voyage, n’a pas écrit une ligne sur l'histoire. Même pas une photo d’enfants sales, en guenilles, les cheveux en batailles et les pieds nus dans la boue.

Rien !

Le message est clair : Le Bourgeois de Paris, n’aura pas l’information !

Le clergé médiatique fera front d’un silence général, face à cette cour des miracles bigarrée et suante de portraits, de toiles, de couleurs ou d’argile, qui croit pouvoir associer des mots comme, art Tsigane, peinture Manouche, intelligence Sinti ou poésie Romanichelle !

Et pourtant, 21000 visiteurs se sont portés à la rencontre de l’événement qui avait installé son campement à la Conciergerie.

En effet, les Nepo, les Poliakov, les Otto Muller, en compagnie de nombreux autres artistes Bohémiens, étaient venu présenter leurs œuvres, à l’occasion de la Première Mondiale des Arts Tsiganes organisée par des Sandra Jayat, Gérard Gartner, et autre Tony Gatlif, déjà à la recherche d’une vérité qui, certes, nous échappe, mais dont nous sommes néanmoins porteurs !

Ce printemps Tsigane, sera peu libérateur et n'encombrera, ni les mémoires, ni les administrations !

Côté sous-bois, l'odeur de hérisson grillé et les techniques ancestrales du traitement de l'animal et de sa préparation culinaire associée aux questionnements parfaitement adaptés à la réflexion de la population Tsigane de France, côté cour et jardin, les questionnements plus fondamentaux de la culture contemporaine, et des toutes ses composantes culturelles reconnues et acceptées.

A l'exception, de la nôtre, bien sûr !

Et dans le cas d'une réelle volonté de notre groupe, en France, à vouloir s'inscrire dans une recherche culturelle poussée et d’intérêt général, pourquoi ne pas envisager une exploration en profondeur des techniques d’étouffement spontané du son des guitares ?

L’époque n'était pas encore aux doubles fenêtres !

Une petite parenthèse pour signaler que la recherche d’étouffement a du bien fonctionner, car on ne nous entend plus du tout !

Bref, un coup pour rien !

Alors, bien sûr, pour notre enrichissement personnel, nous pourrions nous égarer dans les méandres d'une réflexion sur la naissance de l'art chez nos ancêtres du paléolithique, et pourquoi pas, nous demander si initialement, la création ne serait pas simplement née, non pas de l'intelligence, comme je serais tenté de le croire, mais du hasard, voir d'un geste instinctif, agressif, peut-être, pour protéger les femelles et les tribus sédentaires, des groupes nomades et de ses mâles en rut, toujours en quête, c'est bien connu, d'un ou deux larcins !

L'art est-il apparu exclusivement dans un groupe sédentaire ?

Après tout, se serait une façon cohérente, sociologiquement, ethniquement, et artistiquement correcte de nous tenir éloigner, au cours des siècles, de l'envie de penser, puis de créer !

Ou inversement !

Et nous aurions là, une réponse à ma toute première question !

D'un côté l'absence intrusive, et toujours dérangeante des peuples nomades, ayant pour seul objectif, de mettre la main sur la poule du voisin, de l'autre la présence défensive et justifiée des peuples sédentaires pour lesquels l'art initial ne serrait qu'une sorte d’épouvantail rupestre en direction de proto-gitans, avançant la cambrure équivoque sur des rythmes aphrodisiaques, ou pour freiner quelques autres tribus Sinti-Manouches et leurs chariots en pierre de luxe tracter par de grosses aurochs allemandes, et activant frénétiquement le manche de leurs instruments sur un Minor Swing pariétal, ensemencement à tout va les terres chromatiquement vierges de leurs notes sauvages et colorées !

L'art érigé en barbelés protecteurs, ou en murs de grottes indicateurs : Interdit aux Nomades !

Dans un langage imagé, bien entendu !

Admettons, mais il me parait difficile d'imaginer, quelques millénaires plus tard, un Praxitèle se fendant d'un Hermès portant Dionysos enfant, pour éloigner une meute de forgerons Bohémiens !

Je veux croire que quelques chose de plus fondamental ait alimenté sa création !

Tout comme celle des néandertaliens, et par extension, la nôtre !

 

C'est évidement une projection rétrospective sans référence, une vue de l'esprit en forme de boutade, et je n'apporterais pas de réponse à cette question, mais tout comme pour les artistes du paléolithique, il nous faut faire un parallèle, et bien reconnaître que l’histoire de l’art ne semble pas très riche en informations sur la présence d’artistes ou d’intellectuels Tsiganes aux cours des siècles !

Face à cette carence, une question m'encombre de son écho perpétuel !

Comment une civilisation nomade, en Europe, (et à travers le monde entier), a pu se glisser entre les lignes du temps sans marquer de son empreinte les siècles précédents ?

Questionnement aussitôt accompagné d'une autre interrogation !

Puisque notre patrimoine musical est avéré par de nombreux compositeurs, d’hier à aujourd'hui, qui ne se sont pas gêné d'ailleurs, pour nous rendre hommage, de pomper allègrement dans nos créations, et qu’aucune interdiction théologique ne s’oppose à la représentation humaine, pourquoi les artistes Tsigane, aux cours des siècles, n'ont-ils pas eu la volonté d'attester d'une présence esthétique plastique ?

Car si l’on admet que chaque groupe humain a toujours eu à souhait de s’identifier, ou d’affirmer son existence ou ses croyances à travers différentes réalisations artistiques, peintures, sculpture, musique, danse, théâtre, nous serions en droit de penser que de nombreuses œuvres, réalisées par des artistes tsiganes, jalonnent les routes du monde de façon anonyme !

Si ce n’est les collections, ou les musées !

Nos ancêtres ont-ils pu traverser les siècles sans être eux-mêmes créateurs ?

Insensibles à la beauté, insensibles aux arts, insensibles aux formes, insensibles à la poésie, au chant, à la danse, à la couleur ! Insensible à l'amour ! Un peuple né uniquement pour quémander, se reproduire, et passer d'une pichenette à travers les âges en ignorant le monde, parce qu'il n'aurait rien à lui laisser ?

Rassurez vous, je peux, bien sûr, entendre répondre oui à cette question !

D'autan plus facilement, que de nombreux autres peuples nomades, sur d'autres continents, et de façon parfois plus primitive, avance comme nous dans l'obscurité des civilisations. Cependant, leurs croyances sont étayées par un art dit Premier, et leurs œuvres inondes les marchés de l'art. Quant à nous, je perçois, mais sans le voir, que notre apport culturel en Europe n'est pas complètement inconsistant ! N'oublions pas que nous serions arrivé en occident avec la Renaissance !

Simple coïncidence ?

Admettons !

Sans remonter si loin, et bien avant mon propre travail, j’ai vu, de mes yeux d’enfant, naître la création des mains de mon père travaillant le cuivre malléable par l'action de ce feu posé là sur le sol, au milieu de nos caravanes !

La réflexion qui étayait ses travaux d’artiste, vendu aux antiquaires ou aux amateurs d'art comme œuvres anciennes, était- elle en adéquation avec la culture à laquelle nous appartenons ?

Il m'a fallut attendre d'avoir cet age d'homme mur pour avoir envie de lui poser ces questions, alors qu'il n'est plus là !

Il est vrai que quand on à les poches pleine de billes et le lance-pierre en bandoulière, ce n'est pas la premier chose qui vient à l'esprit !

L’identité culturelle des peuples détermine-t-elle le travail et la réflexion de ces artistes, et notre identité Tsigane s’écrit-elle dans nos œuvres ?

La philosophie d’une civilisation nomade, bohème et rêveuse, continuellement et inconditionnellement présente, comme une ombre, aux côtés des autres peuples, transparaît-elle dans ces pièces de bronze ou d'argile, né du rebuts et des décharges publiques qui nous ont vu grandir, pour prendre place, ensuite, de façon anonyme, dans les salons cossus de la bourgeoisie ?

Œuvres conçus dans un environnement de fer rouillé, patinées, fragilisées par ce même décor précaire, instable, nomade dans lequel évolue ma propre création, le langage artistique de ce géniteurs, qui n'était alors pour moi que mon père, était le même que celui que j'utilise aujourd’hui ?

Langage du corps, gestes instinctifs, improvisations de couleurs, bruits de colère, errance de places publiques !

Création d'hier, et d'aujourd'hui !

Cherchait-il également à s’émanciper de sa dimension humaine pour ne laisser transparaître, de cette chose terrestre et formelle qui nous identifie, qu'une partie de sa mémoire, et d’où découle tant de questions sans réponse encore aujourd'hui ?

 

Devant ce manque, devant cette absence, devant ce constat accablant de précarité existentialiste trans-générationnelle, il nous faut donc nous même interpréter, soumettre, à un regard inquisiteur, ces œuvres qui jaillissent aujourd'hui de nos mains, et qui jalonnent notre présent, comme autant de pages vierges, que personne n'a vraiment envie de déflorer !

La vielle fille de l'art ne sais pas encore arpenter le trottoir !

 

Le temps n’a pas effacé de notre mémoire le passage de nos aïeux sur les chemins des civilisations visitées, mais cet héritage qui est en nous, et que nous ressentons, est chargé d’une lourde interrogation !

Bibi, pen mengé tchomoni ! (Tante, (Sara), dis-moi quelque chose !).

Ces terres, de Camargue ou d'ailleurs, ces peuples, de France ou d'ailleurs, qui semblent embarrassés par notre existence, qu’ont-ils à perdre de notre présence ?

Des Saintes que le légende veut te voir accompagner, comme pour atténuer la portée de ton existence, il ne reste que toi, aujourd’hui dans la mémoire de ce territoire !

Est-ce la cause inconsciente de leurs craintes ?

Tu nous regardes, souriante, emmitouflée dans les offrandes chamarrées, bigarrées venu du monde entier, présente physiquement comme la matérialisation de notre mémoire, mais tu restes muette, silencieuse, alors que l’histoire ne nous à laissé que des hasards, les écrits des autres engrossés par l’ignorance, avec peu de place pour ces pages que nous aimerions nous-mêmes remplir, malgré nos doutes et nos croyances, incertaines !

Ces Dieux, que nous croisons sur ces terres que l'on nous refuse, ont-ils seulement le souhait de nous tracer une destinée à laquelle nous ne sommes pas certains nous-mêmes, d’aspirer ?

Et puisque ces peuples qui les honorent sont eux-mêmes capables d’égarements, au point de sacrifier leurs enfants sur une Croix de bois, ou sur un champ de bataille pour sauver une idée destructrice, ou une terre dont les contours ont été défini par les bombes et le sang, quel besoin aurions nous de croire en des choses contraire à notre conception de l'Unité. Ne nous serait-il pas plus salutaire de ne croire qu'en des choses qui nous ressemblent, vaporeuses, impalpables, intangibles, diffuses, en espérant qu’un jour elles nous rassemblent ?

La réponse n'est qu'en nous !

 

L’histoire des civilisations ne se retient qu’à travers les œuvres d’art laissées par les artistes, mais étrangement, les liens intimement tissés avec les autres cultures, depuis des temps reculés, n'ont laissées de traces, semble-t-il, que dans nos mémoires !

L’oralité qui porte nos valeurs, est-elle simplement sujette à la distorsion, au décalage, à l’oublie, ou bien, notre parole, dénigrée, persécutée, se serait naturellement dissimulée, égarée, puis fourvoyée, pour venir s'échouer, incomprise sur les rivages d’une boue stérile, que l’on s’obstine à prendre pour du sable blanc !

Quelque chose de plus puissant que les rapports humains inhibent-elles toutes relations entre nous et les autres peuples ?

Comment répondre à çà ?

L’art et la foi ne sont certes pas des domaines inconnus de ce Peuple de Baladeurs, mais il est une évidence à laquelle nous ne pouvons néanmoins pas échapper !

Aucun archéologue ne c’est un jour redressait en brandissant une authentique œuvre d’art Tsigane !

Il faut donc reconnaître que toute création d’artistes nomades, abandonnés sur le sol d’une autre civilisation, au cours des siècles passés, est, irrémédiablement attribuée au peuple résident !

Si création Tsigane dans l’histoire de l’art, il y eu, d'autres peuples en ont aujourd'hui la paternité !

 

Comme je l'ai souligné en introduction, notre culture est étayée par une transmission orale, dans laquelle la mémoire se substitue aux Textes, et aux Livres. Nous évoluons donc intellectuellement sur cette absence structurante ! J'ai conscience que ce concept philosophique échappe, aujourd'hui, à beaucoup d'entre nous, et nombreux sont ceux qui préfèrent la simplicité d'une déculturation, et d'autres choix de vie plus accessible. C'est un choix légitime, même si je pense que notre identité, n'est pas quelque chose qui se gomme. Quoi qu'il en soit, à aucun moment de son histoire, la croyance Tsigane ne c’est encombrée de lieu de culte, et nous pouvons donc admettre que la mémoire est le socle de la foi, de l’existence et de la réflexion !

Rien ne nous empêche de croire que la mémoire pourrait également être le support de notre création !

Cependant, si nous acceptons l'idée d'une ''mémoire entité structurelle de création'', il faut également accepter l'idée que nous évoluons artistiquement dans un concept d'abstraction, et non dans une création du visuel ou de la représentation. Nous, nous mouvons donc, artistiquement, dans un appréciation fluctuante, attaché à une notion de passée, de présent et de futur comme grandeurs, ou valeurs de référence ! Nous pouvons, pour comprendre ce concept, faire un parallèle avec nos créations musicales. Elles ne sont pas construites sur une appropriation des rythmes des autres groupes que nous aurions croisé au cours de notre éternel voyage, comme on veut le croire, mais sur une perception de la résonance des territoires. Résonance que nous percevons dans nos mémoires de migrateurs, et que nous restituons sous les formes diverses de nos styles, mélodies, genres, etc, en conservant une cohérence facilement identifiable !

Des réminiscences subliminales, conjuguées à ces résonances, semblent donc bien correspondre au langage de la création Tsigane !

Une création instinctive, spontanée, émancipé de toute volonté d’identification, pour que s'accomplisse son élaboration ! A l'image d'une improvisation musicale ! Œuvre née pour ne s’inscrire que dans la mémoire de son créateur, dans celle de ses intimes, mais également, pourquoi pas, dans celle du temps !

La mémoire du temps est- elle un concept envisageable ?

Si oui, la profondeur de notre création, et son poids dans une évolution sociétale globale, par ce support, ne peut être sans intérêt ?

 

S’agit-il d’une construction intellectuelle, de rhétorique élémentaire, simpliste, pour remplir le vide de cette absence étrangement persistante, ou bien une réflexion construite sur quelque chose de tangible, mais dénaturée par les clichés véhiculés depuis des siècles sur une population, piétinée, méprisée, refoulée, et qui survit, envers et contre tous, comme les effluves d’une plante exotique, qui égratigne autant qu’elle séduit ?

 

A première vue, l’art ne serait que l’empreinte universelle et étincelante de la race humaine ! Et c’est heureux, pourrait-on croire, et nous pourrions nous laisser bercer par les peintures rupestres de Lascaux ou d’ailleurs, comme une preuve de la naissance de l’intelligence humaine, et de l'élévation spirituelle des peuples. Mais si loin de n’être qu’une expression saine et pacifique, l’art, portée par des valeurs culturelles, sociologiques, et théologiques distinctes suivant les groupes, contribuait, en réalité, à forger l’identité des groupes pour les différentier des uns des autres ! Les mains rupestres, ne sont peut-être que les premières traces d'un génocide planétaire : Celui de l'élimination du groupe Néandertalien, par la main du très artistique Homo Sapiens ! En effet, si la création artistique n’était pas le reflet flamboyant d’une humanité pacifique, mais bien de celui d’une communauté, d’un groupe, prés à anéantir toutes manifestations intellectuelles des autres groupes, dans le but conscient ou inconscient de domination ! Dans ce cas, quiconque voudrait faire croire le contraire, ne travaillerait en réalité, qu’à la suprématie, ou à l’hégémonie de son propre groupe, et les œuvres d’art ne serraient rien d’autre que des armoiries, des blasons, des armes !

En ce cas, tendre à l’universalité en matière d’art, ou de valeurs artistiques, ne serait qu'un leurre ?

Car si la race humaine est unique, et je m'inscris dans cette perception universelle, les groupes qui la composent sont bien distincts, et la volonté délibérée d'une absence de territoire Tsigane, de la part de notre population, atteste, par l'absence d’œuvres d'art reconnu comme telles par l'histoire de l'art, d'une probable véracité de cette affirmation ! Pas d'art sans territoire !

Arterdit aux nomades !

Mais voilà, tandis que je voulais croire pouvoir diviser la création en deux groupes distincts, d'un côté les sédentaires - conquérants, avec leurs arts de la représentation, tels que sculptures, peintures, architectures, visibles, et perceptibles physiquement, prémices peut-être de l’écriture, et de l'autre, les nomades, avec les arts de l’ imagination, de l'esprit, comme la musique, danse, conte, théâtre, qui ne s'inscrivent que dans le souvenir, et l'oralité, la création Tsigane actuelle, en France, est féconde, certes, mais s'inscrit, comme par contradiction, dans tous les domaines !

En effet, peinture, sculpture, littérature, philosophie, poésie, slam, danse, théâtre, musique, cinéma, pas une muse ne reste éloignée de ce feu brûlant qui flamboie dans l’obscurité glaciale de la création contemporaine !

En compagnie de leurs Égéries, les artistes s’épanouissent à l’ombre buissonnière de l’indifférence générale, bien sûr, mais cette création ignorée, nous porte malgré tout sur les chemins d'une réflexion et d'une évolution sociétale constructive. Et nous entendons bien marquer institutionnellement ce territoire virtuel d'interdiction en tous genres, non pas par une frontière de barbelés infranchissables, mais par l'instauration d'un territoire d'expression, car la multitude des artistes, dans tous les domaines de création, ne peut être sans conséquence sur les générations futures !

Et il devient urgent d'accompagner cet engagement sociétal !

Les créateurs Tsiganes déflorent les contours de notre civilisation latente, et attestent par leurs créations, de son existence !

Nomade pour certains, intemporelle pour tous !

Une civilisation édifiée, non pas sur l’identité d’une terre, mais sur l’évocation d’une présence. Éphémère, transitoire, qu'importe, mais sans conquête, ni référence à un lieu, mais à un souvenir, laissé uniquement dans l’histoire des autres civilisations.

Peuple Tsigane, ombre des peuples, qui n'existe que par la lumière venant d'un ailleurs inaccessible, mais qui atteste de notre existence, autant que de celles des autres peuples !

Destins liés, croisés, indissociables, portés par une entité imperméable, espérons-le, à la bêtise humaine.

 

Si un peuple comme le notre peut exister sans référence à aucun Livre, aucun Texte, pas plus qu' à une attache territoriale commune, l'Inde n'étant qu'une étape parmi les autres, il faut accepter l’idée qu’il puisse s’édifier en civilisation sur le concept virtuel de la mémoire ?

 

La mémoire d’une identité aux origines obscures, mais suffisamment active pour ériger son souvenir en Génitrice universelle de la philosophie d'un peuple !

Nous ne sommes pas, aujourd’hui, en mesure de retracer l’histoire de l’art des populations Tsiganes, mais si nous considérons l’artiste créateur comme une étape, entre son œuvre et le concept métaphysique de la mémoire d'une création originelle, ses œuvres surgissent dans le patrimoine des civilisations visitées, comme les marqueurs génétiques d’une ADN sociétale primitive encore non décodées !

Est-ce utopique de croire que nous auront accès, un jour, à la lecture de ces informations et à la mise en lumière des sentiments intenses qui animent le travail des artistes, et à la compréhension de cette dimension cérébrale hermétique qui arpente depuis des millénaires les couloirs de l’histoire de l’art de tous les peuples ?

Tsiganes ou Gadgé, les artistes œuvrent à extraire ce qui dans une œuvre, avive, excite l'intelligence humaine !

L'offrande à tous les peuples, qu’ils font de leurs créations ne préserve pas le monde de l’intolérance, de la cupidité ni de la bêtise humaine, mais l’émerveillement, la stupéfaction, l’étonnement, l'enthousiasme, le vide ressentit devant une œuvre d’art, quel que soit le groupe auquel nous appartenons, balaye toutes tentatives, consciente ou inconsciente, d’hégémonie ! La compréhension, ou l’incompréhension de l’art, sont les signes d'une relation métaphysique entre l’œuvre, l'artiste créateur et le spectateur ? Ces émotions, comme l’amour, repoussent encore la rationalité de l’analyse et de la réflexion pour ne laisser parler que les sentiments ! Et quelle que soit la construction intellectuelle que étaye une œuvre d'art, elle s’efface devant l'œuvre fini, parce que l'intelligente qui anime la relation entre l’individu et l’œuvre, tout comme la différence, est unique !

 

En janvier 2016, pour sa quatre-vingtième année, le sculpteur Gérard Gartner, l'un des organisateurs de la Première Mondiale des Arts Tsiganes, entreprendra la destructions massive et globale des œuvres auxquelles il a donné le jour, tout au long de sa vie.

Cette destruction, décidée, organisée et entreprise par lui-même, étaye-t-elle l'illustration de cette transmission métaphysique de notre identité ?

Attester d'une existence par l'absence ?

Une absence étrangement persistante !

Louis, Jean, Marcel Hognon


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9 réactions à cet article    


  • Fergus Fergus 4 novembre 2015 14:22

    Bonjour, Nain Hognon

    Voilà un questionnement intéressant. Mais la réponse à la quasi absence d’art plastique dans la culture tzigane tient à l’évidence, comme vous l’avez suggéré, au nomadisme peu propice à l’usage d’un atelier et aggravé par la prédominance d’un mode de vie de subsistance laissant peu de place à la création artistique.

    Une exception que vous avez soulignée : la musique, qu’elle ait été produite par des tziganes ou inspirée à d’autres (Sarasate par exemple) par cette culture orale faite de rythme et de sensibilité.

    Mais la musique ne suit pas les mêmes règles que les autres formes d’art : elle est inhérente à la vie même de la plupart des communautés humaines, entre fêtes, noces, et même obsèques, sans oublier les évènements religieux. D’où son omniprésence chez les Tziganes, au même titre, naguère, que chez les Juifs d’Europe de l’Est itinérants (car chassés des villes par les tsars) et qui n’avaient que ce moyen - la musique klezmer* - pour survivre.

    Nul doute que les Tziganes étant de plus en plus nombreux à se sédentariser, l’émergence d’artistes de renom viendra.

    * Cf. Musique klezmer : de Pitchi Poï à New York


    • Fergus Fergus 4 novembre 2015 16:29

      « quiconque voudrait faire croire le contraire, ne travaillerait en réalité, qu’à la suprématie, ou à l’hégémonie de son propre groupe, et les œuvres d’art ne serraient rien d’autre que des armoiries, des blasons, des armes ! »

      C’est pourtant assez largement le cas : les œuvres d’art (en incluant l’architecture et la sculpture) ne visent pas forcément à servir des intérêts belliqueux, mais la grandeur politique et la puissance de ceux qui les commandent. Une réalité vieille comme les civilisations antiques et jamais démentie.

      L’art ne sert pas seulement ce type de finalités, mais il en est une composante importante, pour ne pas dire essentielle.


    • alinea alinea 4 novembre 2015 15:03

      C’est un régal de lire cela ici, Marcel ; le temps de se plonger dans un monde, un monde tellement précieux pour nous autres sédentaires agrippés aux biens immeubles !
      L’art plastique est un objet ; l’art musical, l’art poétique c’est le vent.
      Un objet est encombrant, on le pose ici ou là au gré des haltes.
      Mais il y a quelque chose de plus ; aujourd’hui, tout art est signature, personnage, droit d’auteur, tout cet individualisme que nous a apporté notre civilisation déclinante ; naguère l’art était médium, chez nous aussi, ce passage entre le divin et l’humain, par l’esprit, l’imaginaire.
      C’est la noblesse du peuple l’art anonyme ; pour ma part c’est le seul que j’aime. Mais attribuer à un peuple sa culture et son art, c’est, à n’en pas douter, la moindre des choses.
      Merci pour ce texte rare.


      • Fergus Fergus 4 novembre 2015 16:42

        Bonjour,alinea

        « L’art plastique est un objet ; l’art musical, l’art poétique c’est le vent. »

        On peut voir les choses comme cela, mais ce « vent » est essentiel dans la construction intellectuelle de chacun de nous car il touche au plus profond de notre sensibilité.

        Attention également de ne pas idéaliser l’art des temps anciens. Certes, il y a désormais des droits d’auteur, ce qui connote l’art en activité commerciale. Mais l’art a toujours été commercial, les artistes allant le plus souvent vers les bourgeois ou les nobles les plus offrants pour se mettre à leur service et créer à leur intention ce qu’ils avaient envie de voir. C’est ainsi que sont nés la plupart des chefs d’œuvre qui font la fierté de nos musées.

        Quant à « l’art du peuple » resté anonyme, il n’a pas forcément échappé à la logique mercantile : les villages bretons du Finistère regorgent de chefs d’œuvres anonymes dans les enclos paroissiaux ; or, beaucoup ont été créés par des artistes locaux - ou des artisans itinérants - rémunérés par les prêtres ou les riches négociants.

        « attribuer à un peuple sa culture et son art, c’est, à n’en pas douter, la moindre des choses. »

        100 % d’accord avec toi sur ce point.


      • alinea alinea 4 novembre 2015 16:47

        @Fergus
        Je disais « vent » avec beaucoup d’amour !!! le souffle divin si j’étais croyante !
        À ma connaissance, la plupart des artistes « survivaient » grâce à leurs mécènes, mais ne s’enrichissaient pas ; disons que l’art et l’argent, c’est très récent !!
        Je n’idéalise pas, ces temps me conviennent mieux, sans plus !


      • Fergus Fergus 4 novembre 2015 17:25

        @ alinea

        Pour ce qui est du « vent », j’avais compris dans quel esprit tu avais employé ce mot. Simplement, j’ai voulu compléter ma propre pensée à sa lecture.

        « la plupart des artistes « survivaient » grâce à leurs mécènes, mais ne s’enrichissaient pas »

        C’était vrai le plus souvent, mais pas toujours. Par exemple Vigée-Lebrun à qui j’ai consacré un récent article s’est beaucoup enrichie en peignant, notamment à la cour de Saint-Pétersbourg. Autre exemple : Le Bernin, architecte et sculpteur auquel le Vatican et la ville de Rome doivent beaucoup s’est considérablement enrichi grâce à son art. Deux parmi beaucoup d’autres...


      • sls0 sls0 4 novembre 2015 16:39

        La liberté tout le monde la recherche officiellement.
        Je dis souvent que la prison d’où il est le plus difficile de s’échapper c’est la prison où l’on s’enferme soit même avec sont égo et ses concepts, officieusement ou inconsciemment la liberté fait peur.

        La peur engendre toujours le rejet.

        Le rejet fait que la personne libre avec ses représentations artistiques sont à minima ignorée. 
        On marque son territoire avec des jalons, le non-territoire rend peut être les jalons inutiles.

        Ignoré de l’extérieur et peut être inutile de l’intérieur, ce n’est peut être pas nécessaire.
        Si l’on voyage, planter des pommes de terre pour les manger s’oppose au voyage, on ne plante pas de pommes de terre.

        Grégaire et nomades c’est deux vies différentes mais pas opposées. En photo, le non mouvement fait une photo nette, le mouvement peut rendre la photo floue, floue ou nette n’indique pas la qualité de l’objet mais celle de la photo.


        • Piere CHALORY Piere Chalory 4 novembre 2015 18:45

          @Louis, Jean, Marcel Hognon


          Votre article est intéressant et instructif, car c’est vrai que le fait que les Tziganes n’aient pas laissé d’oeuvres ’plastiques’ ne saute ni aux yeux ni à l’esprit, si on est pas au courant. 

          Quand on pense que le Géant Manitas de Plata a fini ruiné et seul dans une masure indigne, ignoré à son enterrement par l’ensemble des politocs hexagonaux, vous avez bien du mérite de tenter de faire connaître l’Art Tzigane à travers vos actions de communication !

          Art au moins musical, théâtral et gestuel si j’ai bien compris. Il est certain que l’art actuel peint ou sculpté est déjà très difficile à faire connaître en France pour un autochtone, quel que soit sa facture et sa qualité si on ne possède pas soi même des gros moyens financiers ou des financements externes, institutionnels ou privés. 

          Alors, l’identité Tzigane étant plutôt déconsidérée par les pouvoirs publics, par les gouvernements récents en tout cas, (je ne dis pas ça de façon péjorative), il faudrait peut être tenter de ’surfer’ sur la vague de compassion envers les migrants pour mettre en valeur quelques artistes talentueux issus de votre communauté auprès d’institutionnels du secteur de la culture.

          Parallèlement, dans le domaine de l’art ’contemporain’, il est clair qu’un long discours est souvent plus porteur que l’oeuvre elle même, sachant cela, il faut oser frapper aux portes, on sait jamais, ça peut fonctionner un jour ou un autre. 

          Salutations créatives

          • Renaud Bouchard Renaud Bouchard 5 novembre 2015 09:31

            @l’auteur.
            Remarquable billet, empreint de souffle et de profondeur.
            Pas de traces visibles, des signes de présence intinérante, mais de présence et de vie.
            Votre site est lui aussi passionnant.

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