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Bugs dans la Matrice : comment le web peut reconfigurer (ou non) notre civilisation (1/3)

Qu'est-ce que l'Internet nous a apporté en termes de démocratie ? La question a pu très légitimement nous préoccuper dans les premières années du Web 2.0, tant l’innovation technologique était majeure et laissait présager un impact politique tout aussi majeur. À la vérité, et après certes bien des remous sur la Toile, l’avancée démocratique s’est avérée fort minime dans les régimes que l’on a coutume d’appeler « démocraties représentatives », mais que d’autres, à l’instar de Cornelius Castoriadis, nomment plus volontiers « oligarchies libérales ». En dépit d’une désaffection de la population envers ses représentants, le régime représentatif n’est très généralement pas remis en question, comme le relevait encore, le 29 mai 2015, le politologue Bernard Manin lors de son audition à l’Assemblée nationale sur le thème de la représentation.

La question de la démocratie, récurrente lorsque l’on évoque l’apport politique de l’Internet, viserait ainsi peut-être à côté de l'essentiel. Car ce serait penser le nouveau qui vient en termes anciens. Sous la lutte pour cet idéal familier, que certains mènent, peut-être se joue-t-il quelque chose de plus inattendu, qu’il est encore trop tôt pour cerner complètement. Une série ininterrompue de bugs dans la matrice, la nôtre, la vôtre, qui brisent les représentations communes, agitent des myriades de citoyens soucieux et créateurs (mais aussi  le phénomène « Daech  » nous le rappelle  de dangereux fanatiques), reconfigurent dans une certaine mesure la hiérarchie des sources d’autorité. Et si le web préparait, de manière souterraine, la mue d'une civilisation à bout de souffle ?

L'article qui suit est assez long ; c'est pourquoi je l'ai divisé en trois parties (« Incompréhension », « Reconfiguration » et « Civilisation ») ; voici la première.

I. INCOMPRÉHENSION

Le réveil des « métis »

Depuis l'émergence du Web 2.0, des espoirs démesurés sont nés, suivis parfois d'amères désillusions, sans que l'on sache très bien mesurer l'avancée. Des combats ont été menés dans l'optique de donner davantage corps à cette démocratie dont tout le monde parle... sans pour autant l'avoir jamais vue. La démocratie s'est en effet mise à être contestée ces dernières années, non pas tant (du moins le plus souvent) comme projet que comme réalité supposée. D’aucuns, à l'instar de l'historien Patrick Boucheron, suggèrent même qu’elle s’éloigne de nous et revêt de plus en plus clairement les traits de l’oligarchie, dont on soupçonnerait à peine, dixit l’économiste Alain Cotta, l’intensité… Le Web 2.0 est directement responsable de cette désillusion démocratique à grande échelle. Combien d'entre nous, en effet, doutions franchement de l'effectivité de la démocratie dans notre pays avant que telle ou telle découverte sur le web ne nous offre une perspective inédite, avant notamment les interventions répétées d'Étienne Chouard sur ce thème à partir de 2011 ?

Le web a réveillé de nombreux citoyens assoupis, « anesthésiés »[1], dixit Neil Postman, sous l’emprise de la télévision. Non pas certes sur le seul thème de la démocratie, mais sur toutes sortes de sujets d’actualité, dans la mesure où il a soudainement élargi la matrice par laquelle nous percevions jusqu'ici le réel. Matrice forgée par les médias de masse qui, du fait de contraintes spatiales et temporelles, mais aussi de biais idéologiques, ne pouvaient guère traiter que de parcelles sélectionnées de la réalité. Avec le web, les limites posées par les anciens médias sont devenues saillantes et de plus en plus inacceptables pour une minorité de citoyens actifs qui ont pris de nouvelles habitudes. Habitude d'aller voir ou lire dans la longueur – sans montage et sans coupes – articles et vidéos, habitude aussi de partager, de discuter avec les autres consommateurs de médias, sans plus subir – seul et sans rien dire – les avis émis par les faiseurs autorisés d'opinion, habitude enfin de vérifier et de contester, sans plus croire sur parole les professionnels de l'information. Entre la télévision et le web, c’est un véritable choc de civilisations.

L'Internet, ce champ immense d'informations et d'opinions contradictoires, a déstabilisé les citoyens curieux – Montaigne appelait ce type d’hommes, insatisfaits de l’ordre social et des croyances communes, les « métis » (Essais, I, LIV), catégorie intermédiaire entre les « esprits simples » et les « philosophes » –, car il a créé des dissonances cognitives multiples ; et face à la dissonance, la pensée se met nécessairement en branle, afin de tenter de recouvrer la cohérence dont elle a besoin. On ne sort pas volontairement de la Caverne, on en est éjecté. « Il y a toujours la violence d’un signe qui nous force à chercher, qui nous ôte la paix. […] Qu’est-ce qu’il veut, celui qui dit “je veux la vérité” ? Il ne la veut que contraint et forcé. Il ne la veut que sous l’emprise d’une rencontre, par rapport à tel signe »[2], notait ainsi Gilles Deleuze dans Proust et les signes.

Tel fut souvent le carburant des « journalistes citoyens », des promoteurs d'information « dissidente » ou « résistante », des apôtres de la « réinformation »... Face à un clergé médiatique qu'ils percevaient comme sclérosé et parfois manipulateur (s’adressant à eux comme à des enfants), ils prirent leur bâton de pèlerin pour informer plus équitablement ou diversement leurs concitoyens (qu’ils voulaient traiter en adultes). Ce qui n'alla pas sans heurts, les grands médias pointant volontiers du doigt les travers de ces amateurs, leur tendance au « conspirationnisme », au « confusionnisme », à l'extrémisme... Les heurts sont on ne peut plus naturels entre des êtres obsédés par la brindille que les autres ont dans leur œil, mais qui restent foncièrement aveugles à la poutre qu'ils ont dans le leur.

Perspectivisme + Biais de confirmation = Communication (très) difficile

La réflexion entamée par le psychosociologue Jonathan Haidt, dans son livre The Righteous Mind : Why Good People are Divided by Politics and Religion[3], peut nous aider à saisir les motifs profonds du conflit. De même que nous sommes enfermés dans des « matrices morales », explique Haidt, qui nous unissent en société autour de valeurs sacrées, mais nous aveuglent aussi sur la possibilité même d'autres « matrices morales », nous sommes parfois sur la Toile pris dans des matrices informationnelles qui nous rendent aveugles à d’autres matrices formées par un autre usage des médias, d’autres cheminements, au sein de la même société. « Les sujets ont divers lustres et diverses considérations, remarquait déjà Montaigne : c’est de là que s’engendre principalement la diversité d’opinions. Une nation regarde un sujet par un visage, et s’arrête à celui-là ; l’autre, par un autre » (Essais, II, XII). Ce qui valait jadis pour les nations vaut à présent pour les individus connectés eux-mêmes. Des interprétations diamétralement opposées voient ainsi le jour – nourries parfois (mais pas nécessairement) par une propagande qui amène à la « construction d'un monde parallèle », dixit Slobodan Despot –, comme sur les conflits en Libye et en Ukraine ; et chacun est convaincu d'avoir les faits, la raison et même la morale de son côté. Nombreux sont d’ailleurs les témoignages sur le Net qui disent et déplorent cette incompréhension mutuelle, et qui parfois essaient d’en rendre compte (en faisant notamment appel à la psychologie sociale). Généralement, ils considèrent que c’est l’autre qui reste aveugle à l’évidence…

  • « Conspirationnisme » : une étape vers la majorité ou vers l'embrigadement

L’Internet peut ainsi constituer un défi en ce qu'il met potentiellement fin au « monde commun » ; ne plus croire à la même réalité, aux mêmes faits, au sein d’une même société, comme Alain Finkielkraut l’avait relevé avec dépit, une première fois suite aux attentats du 11-Septembre, puis une deuxième et même une troisième fois à la suite de ceux contre Charlie Hebdo, est un défi posé à la cohésion de nos sociétés connectées. D’autant que d’autres « ségrégations » (sociales, ethniques, religieuses) s’y ajoutent, qui amènent parfois à ne plus adhérer du tout aux mêmes valeurs. Or, sans accord (relatif) sur les faits et les valeurs, quelle société peut encore tenir debout ? Ce désaccord n’est certes pas encore d’une ampleur suffisante pour menacer l’unité sociale, mais le risque est néanmoins perceptible.

Un conflit de générations se manifeste même parfois en sus, comme l’historien Daniele Ganser l’a relevé au sujet des attentats du 11-Septembre, ses étudiants, s’informant sur le web, adhérant plutôt aux théories alternatives, tandis que leurs parents, privilégiant les médias traditionnels, optent tous pour la thèse officielle. Ici ou , sur des sites d'information alternative, on peut lire des témoignages de jeunes gens persuadés que le Net les a rendus plus conscients que leurs parents des réalités (cachées) de ce monde, ces derniers n'ayant pas bénéficié de leurs pratiques numériques et ne pouvant dès lors guère les comprendre ; ces jeunes gens se qualifient volontiers d'« éveillés » et se distinguent dans leurs discours des « autres », des « moutons », des « ignorants », des « esclaves ».

Il est assez saisissant – et dérangeant au premier abord – de constater le même type de considérations chez une partie des jeunes jihadistes embrigadés sur le Net (la plupart ont entre 14 et 25 ans), qui se perçoivent, eux, comme des « élus » choisis par Dieu pour régénérer le monde, entourés d'une masse endormie, aveugle au grand complot dont elle est victime ; la référence au film Matrix, avec le choix à opérer entre la pilule bleue (qui maintient dans le monde des apparences) et la pilule rouge (qui fait voir la vérité de la Matrice), très en vogue sur le web alternatif, est d'ailleurs présente, parmi d'autres, dans des vidéos de propagande du Front al-Nosra (voir à ce propos le rapport de Dounia Bouzar, Christophe Caupenne et Sulaymân Valsan : « La métamorphose opérée chez le jeune par les nouveaux discours terroristes »).

La ministre de l’Éducation nationale voit assez naturellement dans l’attrait qu’exercent les « théories du complot » auprès de la jeunesse l’un des défis majeurs de l’enseignement. Et elle pointe à juste titre que les jeunes de 2015 forment d’abord leurs opinions sur la Toile, alors « qu'il y a 20 ou 30 ans, 90 % de ce qu'apprenait un élève venait soit de ses parents, soit de l'école » (source : Le Lab). Un constat appuyé par Iannis Roder, professeur d'histoire-géographie dans un collège de Saint-Denis : « Aujourd'hui, il y a un problème de hiérarchisation des savoirs ; pour certains élèves, la parole de l'enseignant, c'est une parole parmi d'autres, et notamment parmi celles que l'on peut écouter sur Internet » (dont d'aucunes ont même pour vocation expresse de la contredire[4]) ; « ce n'est qu'un avis, voire pire dans certains cas ». Les sources d’autorité se sont en effet démultipliées ; et si nous pensons le plus souvent « par autorité et à crédit » (Essais, III, XII), les scissions mentales sont inévitables.

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Emmanuel Kant

Cela concerne autant – et il importe d'insister sur cette différence – des citoyens matures qui cherchent simplement (avec toute la difficulté que cela comporte) à sortir de leur état de minorité, au sens kantien du terme (Frédéric Lordon l'avait remarqué), s'inscrivant en cela dans l'héritage des Lumières, que des individus plus manipulables, souvent jeunes, aptes à être enrôlés dans quelque entreprise sectaire et violente, en particulier jihadiste (qui a volontiers recours à une rhétorique complotiste, comme premier temps de l'embrigadement[5]). Les uns et les autres peuvent s'éloigner des représentations communes, mais tandis que les premiers – dont le niveau de diplôme est d'ailleurs souvent assez élevé – maintiennent à peu près vivace leur esprit critique et leur scepticisme, les seconds – plus fragiles psychologiquement et en rupture de ban – sombrent dans un endoctrinement fatal. Pour les uns, le doute est un moment du processus d'émancipation, pour les autres, il est un premier pas vers la démission de la raison et l'adoption d'une foi qui explique tout, et qui pousse à la vengeance vis-à-vis d'un monde mensonger et profondément mauvais.

Il existe ainsi une convergence dans le parcours de tous les « métis » du numérique (mise en doute des paroles officielles, dénonciation de mensonges, de l'efficience de pouvoirs occultes, mais aussi de l'endormissement des masses, et appel au réveil – autant d'attitudes qui n'ont rien de répréhensible et qu'on pourrait même juger positivement) ; la divergence profonde entre eux s'opère une fois que le doute s'est instillé largement dans les esprits, les uns sachant vivre relativement sereinement (en tout cas pacifiquement) avec cette part de doute, de défiance, voire de conviction hétérodoxe (qui peut les amener par exemple à vouloir plus de démocratie, afin de reprendre davantage de contrôle sur leur vie commune), les autres ne le supportant pas, et se rendant aisément disponibles pour le dogmatisme le plus insensé et les actions révolutionnaires (nihilistes de notre point de vue) les plus ravageuses. Chez les uns, le doute pérenne est (plus ou moins) perçu comme une qualité, une force à faire valoir, en laquelle réside notre humanité (le philosophe Alain attendait précisément de l'homme « qu'il sache douter », car, disait-il, « c'est la marque de l'homme »[6]), tandis que, chez les autres, c'est un défaut, une faiblesse à faire disparaître aussi vite que possible.

D’évidence, nulle réponse satisfaisante n’apparaît pour le moment – afin de reconnecter tous ces esprits ensemble –, en dehors du martèlement (tel un slogan) de la vérité officielle et des valeurs républicaines par les grands médias (ou encore d'une contre-propagande en ligne face à la propagande jihadiste). Dans un environnement chaotique comme le web, et face à des événements inquiétants, voire traumatiques, il est assez naturel pour l’esprit humain de chercher à remettre de l’ordre et du sens ; la « théorie du complot » (ou ce que l'on nomme parfois grossièrement de la sorte, selon les cas de figure[7]) est une mise en ordre et en sens alternative, concurrente de celle des autorités traditionnelles (qui n’ont pas toujours donné toute sûreté). Quel que soit son degré de pertinence (qui varie évidemment selon les cas), elle fait désormais partie du paysage et nul ne l’en extirpera – dans la mesure où il semble illusoire de convertir toute une société au sage scepticisme d'un Montaigne.

  • De l'imperméabilité (apparente) des matrices
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Jonathan Haidt

Comment, dès lors, nous comprendre et coopérer ensemble ? En tout état de cause, il est vain, selon Haidt, d’essayer de convaincre l’autre qu’il a tort si vous restez en dehors de sa « matrice morale » (mais nous pourrons reprendre, nous le verrons, la même idée au sujet de la matrice informationnelle). Y pénétrer est certes de la plus grande difficulté, puisqu’entre libéraux et conservateurs (qui sont l’objet de son étude[8]), le différend est en partie (en partie seulement) inné ; Haidt évoque en effet des études qui ont mis en évidence des différences génétiques, induisant chez les libéraux une plus grande ouverture aux expériences nouvelles, sans besoin d’ordre, et chez les conservateurs une plus grande sensibilité aux signes de danger. Les uns et les autres n’utilisent d’ailleurs pas la même palette de sentiments moraux, celle des libéraux étant plus restreinte que celle des conservateurs ; alors que les premiers privilégient surtout le soin de l’autre (ne pas faire mal est le fondement de leur morale), mais aussi le souci d’équité et la liberté, les seconds ajoutent des éléments comme la loyauté au groupe, l’autorité et la sainteté, que les libéraux jugent, quant à eux, immoraux, dans la mesure où ils y perçoivent, respectivement, la base du racisme et de l’exclusion, de l’oppression, et un charabia visant à réprimer la sexualité féminine et à justifier l’homophobie. Des sensibilités à ce point différentes promettent assurément des étincelles dans les relations…

Il en va de même entre les « métis » de l’âge numérique et les individus qui en sont restés à un usage traditionnel des médias, ceux-ci forgeant leur jugement sur la base d’une quantité et d’une diversité d’informations et d’opinions plus restreinte que ceux-là. Et, de même que les libéraux ont plus de difficulté à comprendre les conservateurs que l’inverse (car, explique Haidt, pour se comprendre, il faut disposer des mêmes « fondations morales » ; or les conservateurs en mobilisent certaines que les libéraux n’ont pas), les consommateurs de médias traditionnels comprennent moins bien les « métis » du numérique que l’inverse (car, si ces derniers connaissent généralement les informations que consomment les premiers, la réciproque n’est pas vraie). Le même problème se pose d’ailleurs entre les « métis » eux-mêmes, les uns et les autres ne fréquentant pas les mêmes « bulles » sur le Net. On ne saurait pour autant en déduire, a priori, que les uns ont davantage raison que les autres. Disposer d’informations est une chose, former son jugement en est une autre – bien périlleuse (ce pourquoi Montaigne condamne les « métis », dont il reconnaît être pourtant, car ils troublent le monde, tandis que les « esprits simples » et les « philosophes » sont garants de l’ordre social et de la paix, qui faisaient cruellement défaut en son temps).

Nous avons ainsi affaire à diverses populations qui ne peuvent plus communiquer sereinement, séparées par un mur d’incompréhension, qu’elles sont d’ailleurs portées à renforcer constamment (prises dans leurs « bulles de filtres »), et de ce fait portées à se mépriser l’une l’autre. Et ce d’autant plus que nous sommes tous, êtres humains, empêtrés dans ce qu'on nomme le biais de confirmation ; c’est dire que nous forgeons, tous autant que nous sommes (et non pas certains d’entre nous seulement), des croyances sur la réalité, et que nous sommes ensuite très doués pour les argumenter, nous sommes même redoutables dans cet exercice. En revanche, nous sommes incroyablement mauvais pour aller chercher des arguments qui pourraient contrarier nos convictions, ni très accueillants d'ailleurs pour ceux que d'autres hommes pourraient nous proposer. Nous chérissons nos croyances comme nos enfants, ce qui est quelque peu excessif lorsque l'on prétend avoir le goût de la vérité ; mais nous sommes ainsi faits (autant le savoir).

Jonathan Haidt remarque (sur la base de moult études) que les gens intelligents sont très forts pour raisonner comme des avocats ou des attachées de presse, c'est-à-dire pour défendre leurs positions, mais qu'ils ne sont pas meilleurs que les autres pour penser contre eux-mêmes. Ainsi, quand nous voulons croire quelque chose, nous nous posons la question : « Puis-je le croire ? », et nous partons à la recherche d'arguments ; si nous trouvons ne serait-ce qu'une seule pseudo-preuve soutenant notre position (ce que Google ne manquera pas de nous apporter), nous pouvons cesser de penser, nous avons la « permission » de croire ; nous pourrons ainsi nous justifier face à autrui, le cas échéant. À l'inverse, si nous ne voulons pas croire quelque chose, nous nous demandons : « Dois-je le croire ? », puis nous entamons notre quête de preuves contraires, et si nous trouvons une seule raison de douter de l'affirmation qui nous gêne (Google nous en fournira vraisemblablement à foison), nous la rejetons. Chacun pourra illustrer cette situation par de nombreux exemples…

Le biais de confirmation, nous dit Haidt, n'est pas un « bug », une erreur dans notre esprit, que nous pourrions corriger une bonne fois pour toutes. C'est, au contraire, un produit de notre évolution. Il est en effet plus utile, dans une perspective de survie, de soigner sa réputation au sein du groupe dans lequel on vit que de trouver la vérité. Ne pas être rejeté du groupe est fondamental pour survivre (c'était encore plus vrai pour nos lointains ancêtres), de même que développer son influence sur les autres. L'évolution aurait donc façonné notre raison pour argumenter, voire « baratiner » face aux autres, bien davantage que pour quêter le vrai en toute impartialité.

Se connecter à la matrice de l’autre : le cœur avant la raison

La situation pourrait paraître désespérante : baratineurs contre baratineurs, enfermés dans leurs mondes respectifs, qu'ils se sont forgés au gré de leurs pérégrinations télévisuelles ou numériques, et accusant de surcroît les autres – qui voient le monde autrement – d’être de fieffés manipulateurs... Cela dit, si nous ne sommes pas bons pour argumenter contre nos propres convictions, remarque Haidt, nous sommes cependant très bons pour contredire celles des autres. Le bon raisonnement peut alors apparaître comme une « propriété émergente » de la conversation entre individus porteurs d'idéologies très différentes. D'où l'intérêt de sites anti-communautaires comme AgoraVox (assez rares, il faut le reconnaître, sans doute parce qu’ils vont à l’encontre de notre tendance naturelle au communautarisme), qui permettent la rencontre en un même lieu de pratiquement toutes les opinions imaginables, la confrontation des analyses les plus discordantes. Sinon, les hommes ont tendance à s’agglutiner entre semblables, que ce soit dans les grands ou les petits médias, les anciens comme les nouveaux, pour mieux se conforter dans leurs idées et pouvoir montrer du doigt – au loin – les mal-pensants que l’on aime tellement diaboliser.

Il existe néanmoins une condition pour que cette bonne alchimie – au sein de l’hétérogénéité des idées – puisse advenir : qu'il existe une certaine convivialité entre les débatteurs, un minimum de bienveillance, qui leur permette d'interagir poliment. La qualité du terrain émotionnel est essentielle, pour que nous soyons réceptifs au raisonnement de l'autre (il est d'ailleurs significatif que, dans le processus de désendoctrinement des jeunes recrues – parfois adolescentes – de Daesh, devenues imperméables à tout raisonnement, la première étape réside dans les manifestations d'amour de leurs parents à leur égard). C'est évidemment là souvent la limite du Net comme lieu de débats, dans la mesure où, invisibles et loin des autres avec lesquels nous échangeons, nous ne craignons pas de les maltraiter (c'est la fable platonicienne de l'anneau de Gygès réalisée), nous nous laissons aller à notre agressivité, à notre impulsivité (dirigée davantage vers des idées désincarnées, que nous voyons écrites sur l'écran, que vers un homme ou une femme qui reste largement fantomatique) ; nous sommes tentés (tant rien ne s'oppose à nos pulsions et tant il y a de stimulations qui les nourrissent) de réagir dans l'instant, de « balancer » à la face du monde nos certitudes, un peu comme pour marquer notre territoire, sans plus prendre le temps de faire mûrir nos pensées, dont l'effet sur autrui – qui ne pense pas comme nous – se révèle du coup souvent à peu près nul.

Libéré des contraintes, des limites, l’homme, loin de s’élever, tend à régresser ; et la Toile, au lieu de se retrouver investie de citoyens droits et valeureux (aptes à coopérer dans des entreprises communes), finit par ressembler à un gigantesque bac à sable, peuplé de garnements capricieux, et, de surcroît, bien inoffensifs (chacun venant dire son mot, sans songer à le tisser avec celui des autres). Sur ce nouvel espace, où règne une promiscuité d’un genre inédit, entre des messages non médiatisés par des corps (ce qui les rend incroyablement plus brutaux, le corps étant à la fois source de crainte et d’empathie, donc de respect), nous n’avons pas encore su pleinement adapter notre niveau de courtoisie pour faire, ensemble, société (nous en sommes encore souvent au stade de la horde – d’une division extrême qui ne peut que rassurer les dominants du moment). Il nous faut encore malheureusement le choc de quelque malheur, comme après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, pour manifester en ligne, sur les réseaux sociaux notamment, notre attachement les uns aux autres, à notre pays et à notre humanité commune, par-delà nos petites querelles argumentatives. Le web nous lance assurément un défi dans notre processus de civilisation, si nous voulons en tirer le meilleur.

La coexistence quotidienne, même tumultueuse, d’individus de sensibilités très différentes, comme sur AgoraVox, pourrait-elle favoriser à moyen ou long terme une certaine porosité entre les matrices, permettant aux uns de se connecter – ne serait-ce que durant le temps de l’échange – avec celles des autres ? Ou n'est-ce finalement là qu'un vain espoir ? Je laisse à chacun le soin d’en juger selon son expérience et l’évolution dont il se sent capable… Nous verrons, plus avant, que la multiplication de petites sociétés quasi parallèles en ligne ne présente pas nécessairement que des inconvénients, si l'on observe le phénomène avec davantage de hauteur.

 

Prochaine partie à suivre : « Reconfiguration ».

 

Pour aller plus loin avec moi dans de plus amples développements, je vous renvoie à mes livres : Montaigne et la coutume (Mimésis, 2015, 280 pages) et Odyssée 2.0 : La démocratie dans la civilisation numérique (Armand Colin, 2014, 320 pages) ; ce dernier livre est tiré de ma thèse de doctorat en philosophie, et se nourrit en partie de mon travail au sein d’AgoraVox durant plusieurs années.

Il s’agit d’une réflexion sur la démocratie dans le contexte du numérique, mais aussi, plus largement, sur l’homme, la liberté, la servitude, la sagesse, nos illusions, avec des guides qui s’appellent Montaigne, Kant, Alain, Tocqueville, Debray… Entre philosophie, sociologie et science politique. Avec aussi des cas concrets : la fameuse désinformation de l’AFP sur Chavez, la controverse autour du 11-Septembre, etc. Bref, un voyage de la démocratie athénienne à celle que le numérique nous promet, en passant par la Renaissance et ses guerres de religion, qui nous ramènent à nos propres « schismes » numériques, le tout à l’aune de l’Odyssée d’Homère. J’espère que cela pourra vous intéresser.

 

[1] Neil Postman, Se distraire à en mourir, Paris, Librairie Arthème Fayard, coll. « Pluriel », 2010, p. 167.

[2] Gilles Deleuze, Proust et les signes, Paris, Puf, 1970, p. 24-25.

[3] Jonathan Haidt, The Righteous Mind : Why Good People are Divided by Politics and Religion, Penguin Books, 2012. Voir la troisième partie : « Morality Binds and Blinds ».

[4] Ainsi, « Restez débranchés » se présente comme « la web-série qui vous permettra de porter la contradiction aux leçons infligées en cours et qui vous donnera enfin de vraies clés de compréhension, en citant par exemple des noms qui semblent avoir échappé à vos manuels scolaires, ainsi qu'à vos professeurs ».

[5] Voir le rapport sur la surveillance des filières et des individus jihadistes, enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 2 juin 2015. Extrait :

« Ainsi que Mme Dounia Bouzar l’a exposé devant la commission, les vidéos de l’islam radical n’apparaissent pas dès le premier abord. De nombreux jeunes visionnent d’abord sur les réseaux sociaux des vidéos qui contestent le système productif et la société de consommation. Une partie des messages s’appuie sur des faits avérés ou vraisemblables tels que des médicaments qui se sont avérés nocifs, divers scandales alimentaires, des publicités mensongères ou certaines pratiques commerciales outrancières. Ces vidéos ne sont pas malveillantes en elles-mêmes, mais leur cumul repris sous l’angle du complot immerge le jeune dans une vision du monde où la duplicité prévaut et où « on nous cache la vérité ». Le jeune a alors le sentiment d’avoir trouvé « la vérité cachée » qui explique à la fois son mal-être et l’état déplorable de la société. Il se laisse alors entraîner dans une succession de vidéos qui le dépriment, le paniquent mais aussi le galvanisent. Ces vidéos non prosélytes servent de moyen d’approche et contribuent à déstabiliser les individus fragiles, choqués par le cumul des contenus.

Une seconde série de vidéos persuade ensuite le jeune que des sociétés secrètes manipulent l’humanité et dirigent l’ensemble du monde à l’insu du peuple. La plus nocive d’entre elles serait celle des Illuminati, que les vidéos accusent de s’infiltrer partout pour asseoir son pouvoir. Certaines vidéos veulent persuader le spectateur que des symboles sataniques sont cachés partout, de l’étiquette de boissons sucrées aux billets de banque d’un dollar…

Enfin, une troisième série de vidéos persuade le jeune que seule une confrontation finale avec le monde peut sauver l’humanité grâce au « vrai islam ». Ces vidéos ont pour but de prolonger la phase d’endoctrinement en mettant en exergue des images encensant la beauté de la création d’Allah. Se mêlent à ces images réconfortantes des extraits détournés de témoignages de convertis, souvent sincères et d’interviews de pseudo scientifiques. Le jeune est alors sommé de se réveiller pour rejoindre le véritable islam, non pas celui de l’Arabie Saoudite, de la Tunisie ou de la France, mais celui des Véridiques, qui peut seul régénérer le monde lors de la confrontation finale.

Arrivent alors des vidéos de recrutement dont le but est de convertir un internaute qui ne se posait à l’origine aucune question spirituelle mais se trouvait plutôt engagé dans une volonté de se battre contre les injustices. Immergé dans une vision du monde où tout n’est que complot et mensonge, le jeune est persuadé que l’islamophobie n’est que la facette ultime du complotisme dans la mesure où cette religion constitue la seule chance de combattre les forces sataniques. Devenir un musulman rigoriste devient alors l’unique façon de détruire ces sociétés secrètes qui veulent anéantir l’humanité. »

[6] Alain, Propos sur les pouvoirs, Paris, Gallimard, 1985, p. 354.

[7] Voir l’entretien de l’historien Emmanuel Kreis avec Mediapart le 23 juillet 2012.

[8] Les deux termes renvoient à la gauche et à la droite américaines.


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31 réactions à cet article    


  • bouffon(s) du roi bouffon(s) du roi 1er décembre 2015 11:59

    @ l’auteur
    Qui lit des textes si longs et combien de personnes ? ^^


    • pemile pemile 1er décembre 2015 12:58

      @bouffon(s) du roi
      bug dans la matrice, buffer overflow smiley


    • Donatien Donatien 8 décembre 2015 00:36

      Merci Guillaume pour cet article intelligent et honnête, qui fait du bien. C’est pour ce genre d’article qu’on revient sur AgoraVox.
      Bravo ! smiley


    • pemile pemile 1er décembre 2015 12:54

      "D’où l’intérêt de sites anti-communautaires comme AgoraVox (assez rares, il faut le reconnaître, sans doute parce qu’ils vont à l’encontre de notre tendance naturelle au communautarisme), qui permettent la rencontre en un même lieu de pratiquement toutes les opinions imaginables, la confrontation des analyses les plus discordantes. Sinon, les hommes ont tendance à s’agglutiner entre semblables, que ce soit dans les grands ou les petits médias, les anciens comme les nouveaux, pour mieux se conforter dans leurs idées et pouvoir montrer du doigt – au loin – les mal-pensants que l’on aime tellement diaboliser."
      Sans interface numérique, je pense aussi que des dents voleraient aux quatre coins du forum et que cela écourterait pas mal de débat !


      • Lampion M de Sourcessure 1er décembre 2015 13:08

        « le régime représentatif n’est très généralement pas remis en question, »


        je vous recommande la méthode Coué :


        • Guillaume Cazeaux Guillaume Cazeaux 1er décembre 2015 14:40

          @M de Sourcessure

          Vous aurez remarqué, je l’espère, que ce n’est pas mon avis que je donne ici (je n’ai donc pas besoin de méthode Coué), mais celui du politologue Bernard Manin, qui se base sur des études, des enquêtes d’opinion. Si vous aviez lu l’article en entier, vous vous seriez peut-être reconnu parmi les « métis » insatisfaits qui veulent changer de système politique, mais vous auriez aussi compris que cette tendance quasi révolutionnaire reste (très) minoritaire dans l’ensemble de la population.


        • doctorix, complotiste doctorix 1er décembre 2015 16:54

          @Guillaume Cazeaux

          Je ne suis pas très sur de votre dernier constat (tendance révolutionnaire minoritaire), si j’ai aimé votre texte.
          Les idées avancent peut-être imperceptiblement, mais elles avancent.
          Les doutes s’insinuent doucement mais résolument au sein des esprits par rapport aux mensonges distribués par les mainstream (qui sont aux mains d’une dizaine d’individus en France). Les mediamenteurs sont aux abois, au point de forcer la dose jusqu’à l’absurde, ne trouvez-vous pas ?
          Regardez comme la cote de Poutine s’est inversée en France en deux mois, très certainement sous la pression des media aternatifs. Il était le diable, il est maintenant le sauveur.
          C’est sans doute un signe.
          Or il se trouve qu’une idée qui atteint 10% d’une population a toutes les chances d’aboutir à une conviction générale.
          Ne négligeons pas le travail de fourmi que nous faisons ; de mensonge révélé en scandale mis à jour, la vérité fait son chemin. Le grand soir est peut-être bien plus proche qu’il ne paraît, sous le filtre trompeur de la censure et de la désinformation. Il ne suffira bientôt plus d’un attentat bien sanglant pour faire remonter les cotes.


        • Guillaume Cazeaux Guillaume Cazeaux 1er décembre 2015 17:27

          @doctorix
          On anticipe sur les 2e et 3e parties de l’article...
          Je ne néglige pas, vous verrez, le travail de fourmi qui est fait sur les médias alternatifs et qui, un jour, portera peut-être ses fruits dans toute la société. Je disais seulement ici que les gens qui réclament, à ce jour, autre chose qu’une démocratie représentative ne sont pas très nombreux (tout simplement parce que la plupart des gens ne pensent pas à ce genre de question, ils ont d’autres préoccupations).
          Quant à savoir si ce sont les médias alternatifs qui ont fait bouger l’opinion au sujet de Poutine, je resterai assez réservé (à cause de leur audience assez faible ; nous sommes nombreux à les fréquenter, certes, mais encore franchement minoritaires malgré tout). Je crois plus à l’influence de leaders d’opinion visibles dans les grands médias, comme Zemmour et d’autres, qui vont contre la doxa sur ce genre de sujet. Vous me direz, peut-être que ces leaders sont, eux, influencés par certains médias alternatifs en ligne, ça c’est possible.


        • Lampion M de Sourcessure 1er décembre 2015 17:35

          @doctorix

          Ce qui a fait évoluer l’opinion publique sur Poutine, c’est Poutine, tout simplement !
          Ce qu’il dit et ce qu’il fait est cohérent.

        • izarn izarn 1er décembre 2015 18:01

          @Guillaume Cazeaux
          HHahahhahahha !
          Mais Poutine n’a pas besoin des médias alternatifs !
          Il suffit d’ouvrir les yeux...
          Vous savez, le peuple n’est pas si con....
          Ce sont les bobos, élites ou autres qui sont dans leur nuage, leur narrativisme illusoire sur les situations...
          « Assad doit partir » Hahahahahha !
          La Turquie dans l’UE Hahahahahhha !
          Mais vous etes...Fou !
          Nous ne faisons pas partie du meme hopital psychiatrique....


        • izarn izarn 1er décembre 2015 17:48

          N’importe quoi....
          J’ai rien compris.
          Le net n’est pas controlable. C’était le concept d’origine pour vaincre le totalitarisme.
          Et de fait détruire le totalitarisme capitaliste.
          Le politicard qui a utilisé le net est un crétin.
          Le crétinisme de nos politicards est une bénédiction de l’histoire de l’humanité.
          Grace aux crétins, l’humanité survit.
          Heureusement qu’ils sont cons, grace à Dieu !
          Préservons le con, car par sa bétise ontologique il détruit tous les pouvoirs.


          • alanhorus alanhorus 1er décembre 2015 18:03

            C’est de la philosophie« Bugs dans la matrice » ? Platon doit se retourner dans sa tombe.
            Sa théorie de la caverne mettait déjà en garde contre les faux semblants.
            Il y a internet prés à pensé internet subversif internet théorie du complot et sans doute internet manipulation mental comme dans le cas des djihadistes, alors lui donner le pouvoir que vous lui prêter me semble difficile à envisager.
            D’ailleurs qu’appelez vous « notre civilisation » dans quel espace et dans quel temps ?
            Internet à permis à beaucoup de monde de comprendre comment le pouvoir fonctionnait la théorie du complot et la compréhension du faux attentat du 11 septembre 2001 leur à ouvert définitivement les yeux, ceux qui ne sont pas d’accord sont ceux qui manipulent ou sont ceux qui manipulés.


            • hervepasgrave ! hervepasgrave ! 1er décembre 2015 18:04

              Bonjour,
              Oui texte bien long ! pour ma part et malgré un certain handicap ,ou retard dans l’art de la communication cela aurait été plus sain de réduire.
              Pour ma part, Internet est certainement un outil.
              De communication ?pas encore et peut-être jamais.Du moins au sens vraiment propre.
              Car ceux qui en détiennent les clés ,ne feront que faire obstruction et freinerons l’évolution.
              Hier, avoir un avis certes,mais il fallait du courage pour affronter les autres ! « le réel,la vie »
              Aujourd’hui que cela soi moi au tout le monde chacun est dans sa bulle et il n’y a pas de conséquence palpable,pas encore.Il faut que le temps passe,pour qu’il y ait une jonction entre virtuel et réel. Quelques exemples,positif« oui,certainement,mais je le dis timidement » mais pas de quoi en faire un plat.
              La reconfiguration de notre civilisation par le web,espoirs des pouvoirs( main mise), mais il y aura une fin à cela,quand l’immatériel rejoindras le matériel.Pas de manière épisodique,mais constante.Alors si tant est qu’il y a une reconfiguration ,elle sera la dernière ou une fin de l’internet comme nous le percevons.


              • Agor&Acri Agor&Acri 1er décembre 2015 18:32

                @ l’auteur,

                Merci pour cet article intéressant, riche, dense et bien construit.

                Sans doute répugnera-t-il ceux qui ne lisent pas les textes qui excèdent, en taille, ce que l’oeil peut englober d’un seul regard (environ 1 page A4) mais c’est le prix à payer quand on développe sérieusement un sujet.

                Les nombreuses références et multiples liens me « parlent » pour la plupart (Chouard, Lordon, Slobodan Despot, même Alain Cotta vu chez Taddei dans le passé
                ...et puis dissonances cognitives, allégorie de la caverne, ... autant de notions qui participent à la bonne compréhension du réel.

                Peut-être avez-vous oublié celle-ci, pleinement inscrite dans votre sujet (mais peut-être pas dans votre ligne éditoriale ?)  :

                Allocution de Zbigniew Brezinski (Bilderberg, commission Trilatérale, ) signalant (s’inquiétant de) l’éveil politique des masses

                Ici : Video de 6 mn

                ou là : Video de 4:30 mn

                Pour la suite,
                et si vous devez revenir sur la controverse autour du 11-Septembre, j’espère que vous signalerez bien les liens les plus dignes de foi,
                comme le site www.reopen911.info
                et le documentaire incontournable « 11-Septembre : Le nouveau Pearl Harbor »


                • Guillaume Cazeaux Guillaume Cazeaux 1er décembre 2015 18:53

                  @Agor&Acri
                  Merci pour votre commentaire.
                  Ma ligne éditoriale ne m’interdit pas de parler de Zbigniew Brezinski. J’ai évoqué dans ma thèse ses propos sur le tittytainment.
                  Quant à la controverse sur le 11-Septembre, je l’évoque dans mon livre et ma thèse (avec plein de bonnes références), mais pas trop dans cette série d’articles.


                • Guillaume Cazeaux Guillaume Cazeaux 1er décembre 2015 19:09

                  Cette controverse est même le point de départ du livre.


                • gogoRat gogoRat 1er décembre 2015 19:04

                   influencé par Alain peut-être ?
                  ‶une condition [... :] interagir poliment ♥
                  ‶nous n’avons pas encore su pleinement adapter notre niveau de courtoisie pour faire, ensemble, société ″ ♥

                   Tout en acceptant le mea culpa auquel nous sommes ici tous conviés par cette remontrance :
                      ☛ ‶ idées désincarnées [...] tentés [..] de réagir dans l’instant, de « balancer » à la face du monde nos certitudes″
                    
                   il ne saurait être question tout de même non plus de se taire et de ne plus oser venir ’dire son mot’ : mes présentes citations visant justement ici à tenter de tisser une réponse personnelle suscitée par l’appel au débat implicite sous-entendu par cet article ...

                   
                   Première remarque :
                   le bug identifié sous la forme d’un défaut de politesse, de courtoisie dans notre ’civilisation’ contemporaine est-il vraiment corrélé à la mise en oeuvre du Web ?
                   En notant qu’il ne suffit pas de se taire, ni d’éviter de croiser ses semblables ; voire ses connaissances, pour faire oeuvre de politesse ; et en comparant mon âge à celui du Web, il me semble déjà avoir un élément de réponse !


                  • Guillaume Cazeaux Guillaume Cazeaux 1er décembre 2015 19:55

                    @gogoRat
                    Je ne pense pas que le défaut de politesse dans notre société soit liée à l’existence du web. Je disais plutôt qu’il est difficile pour certains de conserver leur politesse sur le web.
                    Chacun peut bien sûr venir dire son mot, mais lorsque cela se fait avec trop de virulence ou de nonchalance, cela ne mène souvent pas à grand chose ; on se soulage, mais on ne construit rien avec les autres.
                    Le grand avantage du web, c’est de nous permettre d’échanger plus librement et potentiellement plus intelligemment que dans une situation de face-à-face (car on a plus de recul). Son grand défaut, c’est que chacun étant seul durant cet échange virtuel, il oublie (parfois) l’humain à qui il s’adresse.
                    Si rien de grand (ou de concret), politiquement, ne s’est encore réalisé via le Net, c’est largement parce que nous ne savons pas encore bien maîtriser nos pulsions derrière nos écrans.
                    Mais rien ne dit que cela soit envisageable... Si nous nous comportons bien, dans le réel, c’est que l’on a intégré l’idée que l’on pouvait être puni en cas de mauvais comportement ; sur le web, cette crainte n’existe pas. Difficile de ne pas se « déciviliser » au moins un peu dans ces conditions.


                  • hervepasgrave ! hervepasgrave ! 1er décembre 2015 20:48

                    @gogoRat
                    Bonsoir voila bien une remarque que j’attendais depuis longtemps.
                    votre commentaire et celui qui est suivi par Guillaume Cazeaux ne sont que le reflet d’une majorité d’interlocuteurs,commentateurs ,de producteurs d’articles, Dans l’idéal c’est parfait, un mais ! quand même.
                     Le savoir vivre la politesse n’a jamais changer le monde,bousculer la moindre idée !
                    Oui , pour un bon nombre cela donne le reflet d’une culture,d’un savoir et que sais-je ?
                    Mais pour moi cela ressemble malheureusement aux ridicules du 17ieme. Ne point attendre ici de lumières,messieurs.
                    J’ai charrié plusieurs fois Nabum en concluant que pour finir un petit vin blanc moelleux de derrière les fagots serait de bonnes augures (il doit me mépriser,alors que ce n’est pas le but) Le but serait de parler pour faire avancer les choses.Là cela ressemble à de la congratulation,de l’ordre de la bienséance,mais ne fait pas avancer les choses,aussi bien réel que spirituelles .
                    Mais ,je vous donnerais raison le jour ou vos bonnes cultures sortirons quelque chose de palpable.
                    A bons entendeurs,je vous salue

                     


                  • gogoRat gogoRat 2 décembre 2015 00:58

                    @Guillaume Cazeaux
                     
                     bien vu ! Pour construire avec les autres (ce que font, en partie, les millions de lignes de code indispensables à la construction et l’entretien factuels du Web qui nous permet les présents échanges écrits) il faut effectivement de l’huile de coude, en évitant tout excès de nonchalance.
                     
                     ( Pour co-imaginer, voire co-réaliser des cahiers de doléances de notre temps, il faudrait aussi bien plus : vouloir vraiment un partage démocratique de la puissance du verbe )


                  • gogoRat gogoRat 1er décembre 2015 20:04

                    ‶ les hommes ont tendance à s’agglutiner entre semblables, [...] pour mieux se conforter dans leurs idées et pouvoir montrer du doigt – au loin – les mal-pensants que l’on aime tellement diaboliser.″ 

                     ☝ - j’aurais tendance à railler cette posture en la nommant « solipsisme de groupe » : illusion d’accéder à La Vérité dès lors qu’on serait en accord avec une agglutination de ’semblables’. ( Critique maintenue quel que soit le degré de fantasme ou de réalité de cette semblablilité )

                    ‶Il est en effet plus utile, dans une perspective de survie, de soigner sa réputation au sein du groupe dans lequel on vit que de trouver la vérité. Ne pas être rejeté du groupe est fondamental pour survivre (c’était encore plus vrai pour nos lointains ancêtres), de même que développer son influence sur les autres. L’évolution aurait donc façonné notre raison pour argumenter, voire « baratiner » face aux autres, bien davantage que pour quêter le vrai en toute impartialité.″  

                     ☝ -la formulation ‶ quêter le vrai en toute impartialité ″  sous-entend l’existence d’un ’vrai’ et d’une ’impartialité’.
                     C’est ce point, surtout, qui motive ma présente réponse :
                     il me semble qu’un atout essentiel des techniques du Net, est justement de permettre un dépassement plus subtil de cet a priori sur la nature des avantages à attendre d’une mise à plat des témoignages et expressions de chacun.
                     Qu’il existe ou non une Vérité unique, ou une possibilité d’impartialité, il n’en reste pas moins que c’est la multiplicité des points de vue atteignables qui nous permet d’élargir nos champs de conscience ; pour peu que l’on accorde à chaque humain la même dignité.


                    • ddacoudre ddacoudre 1er décembre 2015 22:17

                      bonjour Guillaume C.

                      j’ai lu cet article avec intérêt, et je lirais les suivant.

                      est-ce que le net peut changer les comportements humains, oui s’ilcréé une parole, mais s’il rapporte seulement celle de l’homme qui l’utilise, alors il n’est qu’un outil de diffusion de la parole comme l’on été les divers outils que tu illustres dans ton article. chacun ont diffusé la parole humaine avec toutes les configurations et tous les paradigmes que l’homme a développé en ajoutant sans cesse par l’apprentissage des savoirs qu’il a compilé par l’oralité et l’écriture.
                      L’imprimerie a permis de toucher les masses, les médias de diffuser la parole orale et écrite, et aujourd’hui le net permet l’accès à tous ceux qui trouvent là le moyen d’une expression directe sans transiter par les organes de diffusion qui exigent un financement et un personnel ce qui les conduit souvent à devenir des monopoles et des organes de propagande. Est-ce que le net va pouvoir concurrencer cela. aujourd’hui je dis non, car ceux qui l’utilisent ne diffusent qu’une information qui leur est prés mâché par la culture qui est la leur, éducation,instruction, information médiatique. quand je fais un article sur DAESH, n’étant pas sur les lieux je filtre les sites de géopolitiques, lis ou écoute les divergences pour construire une opinion au travers de mon filtre personnel qui n’est pas objectif, mais engagé comme tout un chacun. Engagé dans le cadre d’une existence qui se construit avec l’environnement sociologique et « géohistorique » dans lequel l’on est exposé et duquel l’on retirera tout ce qui justifiera ce que l’on est devenu par mimétisme et ce vers quoi l’on tend dans la recherche de son intérêt qui inclue l’affirmation de soi et l’appartenance à une spécification sociétale qui déterminera une appartenance à la norme ou sa transgression suivant les circonstances.
                      le net met à disposition effectivement la possibilité de trouver la confirmation de ce que l’on devient ou soutient, mais ni plus ni moins qu’avant,si ce n’est que l’on ne peut pas tarir les possibilités qu’il offre et nous nous retrouvons avec la problématique de la démocratie. Il est impossible d’écouter ce qu’ont à dire 46 millions d’électeurs. Nous ne disposons d’aucun temps de rencontre pour cela, et ce sont les organismes de sondages qui donnent l’opinion des citoyens, ce que ne peut pas faire le net, même quand des sites sollicitent l’opinion de leurs habitués.
                      je crains que le net donne l’illusion de penser que l’on pourra atteindre une démocratie directe qui améliorerait celle actuelle.
                      qu’offre en fait le net, hormis l’expression du partage de son existence avec d’autre qui relève d’un besoin de considération d’une place médiatique, qui n’est occupé que par une minorité people, en dehors des liens réels familiaux, d’amitiés et de relations humaines que le net multiple et facilite.
                      il offre l’opinion et la mise à disposition de savoirs des plus divers et devient une encyclopédie de la parole et des images des vivants sans offrir la garantie d’exactitude, ce qui impose de fait de disposer au préalable de bonnes bases de connaissances pour filtrer tout ce qui circule, bien plus que dans la lecture ou l’écoute de médias, autocensuré par les diffuseurs.
                      Une étude sur l’utilisation du net pour s’informer démontre que la plupart des citoyens vont sur le net écouter les médias traditionnels, seulement 4% naviguent dans la recherche d’autres informations.

                      certainement qu’il permettra une accélération de l’existence, l’humain à pied va où il veut, avec difficulté mais où il veut avec l’animal il développe des sentes qu’il réemprunte, avec des charrettes ils ne peut passer de partout, avec la voiture ou tout autre moyen de locomotion rapide il doit tracer des voies et les sécuriser., Avec il ne peut traverser sans contrainte les frontières, et ses voies sécurisées ne vont pas où il veut. Ainsi il est contraint par son réseau de voies de circulation qui lui impose un paysage, et s’il veut aller où cela le chante il doit continuer à pied. Ce que nous avons amélioré est la facilité et la rapidité du déplacement et s’en est suivit toute une réorganisation de l’existence. Le net n’a pas de frontière seulement des filtres nationaux qui en tiennent lieu et qui peuvent être facilement transgressé.
                      Plus que les moyens de circulation ou de radio tété diffusion il permet l’universalisation humaine sans passer par une idéologie sans bouger de chez soi. Les seuls freins à ses possibilités sont les traditions culturelles des uns et des autres particulièrement la langue pour la lecture, ce qui est moins problématique pour les vidéos, et comme pour la démocratie, on utilisation est limité par l’impossibilité de pouvoir tout embrasse. Donc malgré ses possibilités quasi illimités nous le bornons de nos propres limites. Ce qui le renvoie à sa spécificité d’outil aussi utile qu’un pont par lequel transite le meilleur et le pire que l’homme porte.
                      le net mais le savoir a disposition, il en sortira forcément quelque chose puisque ceux qui s’en servent se trouvent avec un accroissement d’informations qui réorganisent leur pensée, sauf qu’elle sera digéré en fonction des capacités initiales de chacun suivant son cursus éducatif et scolaire, et il n’y aura personne pour corriger toutes distorsions qui peuvent en naitre.
                      Nos sociétés n’ont pas tiré les conséquences de l’accroissement exponentiel des savoirs. il devient urgent que l’on organise un enseignement universitaire tout au long de l’existence pour les adultes, car les savoirs disponibles et nécessaires pour comprendre la complexité du monde ne peuvent se contenir dans une scolarité qui date du temps de jules ferry. La conséquence en est une fracture intellectuelle dont les événements courant sont la conséquences et qui nous entraine vers une fascisation de la société et le net ne nous préservera pas de cela, il permettra seulement d’être utilisé comme une arme de propagande, comme cela existe déjà avec une profusion de mails dont le FN c’est fait la spécialité.
                      en attendant le prochain article2
                      cordialement.
                      http://ddacoudre.over-blog.com/55c7d999-e91f.html.
                       


                      • Guillaume Cazeaux Guillaume Cazeaux 2 décembre 2015 18:41

                        @ddacoudre
                        Merci pour votre commentaire très riche. Quelques remarques :

                        Au sujet des « organes de diffusion qui exigent un financement et un personnel ce qui les conduit souvent à devenir des monopoles et des organes de propagande » : cela rejoint l’idée de pouvoir « clérical » que je développe dans mon livre. Mais je crois que si les médias de masse deviennent des «  clergés » (ou des organes de propagande), ce n’est pas seulement pour des raisons économiques, mais aussi pour une raison qu’on pourrait dire anthropologique ; toute société, pour maintenir sa cohésion, a besoin de croyances partagées, et le plus souvent aussi d’un clergé (qu’il soit religieux, politique, médiatique...), dont la fonction (latente) est de faire respecter ces croyances. Régis Debray évoque cela, qui relève presque d’une sorte de nécessité, et qui échappe largement à la conscience des acteurs concernés (dans les médias).

                        « ce sont les organismes de sondages qui donnent l’opinion des citoyens, ce que ne peut pas faire le net, même quand des sites sollicitent l’opinion de leurs habitués. je crains que le net donne l’illusion de penser que l’on pourra atteindre une démocratie directe qui améliorerait celle actuelle. » C’est un peu, pour le moment, ce que je pense aussi...

                        Le Net « offre l’opinion et la mise à disposition de savoirs des plus divers (...) sans offrir la garantie d’exactitude, ce qui impose de fait de disposer au préalable de bonnes bases de connaissances pour filtrer tout ce qui circule. » Même avec ces bases préalables, c’est parfois difficile, mais en effet on peut se demander si une éducation plongée directement dans l’univers numérique est adéquate, si une phase d’éducation classique (à base de livres) et débranchée ne reste pas nécessaire. Ce n’est sans doute pas un hasard si les employés des sociétés high-tech de la Silicon Valley dépensent une fortune pour envoyer leurs enfants dans une école Waldorf dépourvue d’ordinateurs...

                        « Une étude sur l’utilisation du net pour s’informer démontre que la plupart des citoyens vont sur le net écouter les médias traditionnels, seulement 4% naviguent dans la recherche d’autres informations. » Très vrai, j’ai fait part de ce genre d’études dans ma thèse.

                        « malgré ses possibilités quasi illimités nous le bornons de nos propres limites. » Effectivement, on ne sort que rarement de soi, même sur le Net et malgré toutes les utopies qu’il charrie.

                        « le net mais le savoir a disposition, il en sortira forcément quelque chose puisque ceux qui s’en servent se trouvent avec un accroissement d’informations qui réorganisent leur pensée, sauf qu’elle sera digéré en fonction des capacités initiales de chacun suivant son cursus éducatif et scolaire, et il n’y aura personne pour corriger toutes distorsions qui peuvent en naitre. » C’est tout le problème de la concurrence actuelle des sources d’autorité (du savoir). On peut espérer que sur certains sites (comme AV) les distorsions des uns et des autres puissent se corriger quelque peu, mais pour d’autres publics (moins intellectuel), le risque est parfois gros.


                      • izarn izarn 9 décembre 2015 21:21

                        @Guillaume Cazeaux
                        "il n’y aura personne pour corriger toutes distorsions qui peuvent en naitre« 
                        Et si on parlait des distorsions qui naissent dans les médias officiels ?
                        On peut commettre des erreurs sur la base d’informations fausses, et d’affirmations truquées. Bien sur, errare humanum est. (Un peu de latin, tout de suite ça fait plus sérieux.)
                        Mais on les trouve partout, dans les écoles, les médias de toute sorte, dans la bouche de toutes les élites élues ou non, désormais. Et désormais, on le sait qu’ils peuvent etre dans l’erreur eux-meme !
                        Contradictoirement, on peut éliminer pas mal de distorsions, grace à l’abondance du net. Mais aussi en utilisant ses infos personnelles. L’abondance ne nuit pas, bien au contraire ! Et retourner dans le vide informationnel, ou très difficile d’accés d’il y a 40 ans, sauf pour les élites, toujours pareil, serait un régression aberrante. Un retour dans la nuit.
                         »Il n’y aura personne«  Quelle personne ? Quelle personne est capable de gérer toute l’information disponible ? Vous ?!?
                        Il faut une méthodologie, un art de penser nouveau, que hélas, qu’on ne trouve pas dans les livres anciens, ni dans les écoles.
                        L’art de penser librement est dangereux. On risque de boire de la cigue un jour ou l’autre. Et on ne l’apprend pas dans les écoles, les universités, malgrés le blabla des pseudos philosophes.
                        Cet art commence à exister. Une première des postures, est la posture scientifique, la logique.
                        Par exemple, il n’y aucune distorsion à corriger dans les propos des climatosceptiques. Leurs arguments sont valides, scientifiquement prouvés, expériences en cours à l’appui (CLOUD). Ce n’est pas de la croyance. Par contre chez les réchauffistes on est face à des postures lamentables de falsification des données (Climategate)
                        Les argumentations du COP21 sont toutes contestables, sans réels fondements scientifiques. Et souvent totalement fausses, hors des lois de la physique connue.
                        La distorsion à l’évidence c’est COP21, sans aucun doute. C’est le net qui permet de contester de telles distorsions de la réalité. Cela permet de s’apercevoir à quel point les »complotistes" tels Meyssan, ou meme Soral, et bien d’autres avaient entièrement raison sur Daesh. Et c’est Vladimir Poutine qui a assené la démonstration en bombardant cette entité préfabriquée. Poutine classifié pour sa distorsion de la réalité ?
                        La distorsion de la réalité : Mais malheureusement pour le Système avec ses enseignants, sa vérité historique officielle (Voir Annie Lacroix-Riz sur le sujet), n’est devenu qu’une énorme distorsion.
                        Le net est devenu un système de correction, qui de fait entraine le Système dans des distorsions encore plus....Disons ridicules !
                        Ce qui fait qu’au total je rejoins ce que dit Francis Cousin : Tout ce que dit le Système est faux, il faut penser l’inverse pour y voir clair !
                        C’est de la logique...


                      • Hervé Hum Hervé Hum 2 décembre 2015 23:11

                         Intéressant,

                        Après lecture de cette première partie, juste une remarque, vous écrivez notamment :

                        Nous avons ainsi affaire à diverses populations qui ne peuvent plus communiquer sereinement, séparées par un mur d’incompréhension, qu’elles sont d’ailleurs portées à renforcer constamment (prises dans leurs « bulles de filtres »), et de ce fait portées à se mépriser l’une l’autre. Et ce d’autant plus que nous sommes tous, êtres humains, empêtrés dans ce qu’on nomme le biais de confirmation ; c’est dire que nous forgeons, tous autant que nous sommes (et non pas certains d’entre nous seulement), des croyances sur la réalité, et que nous sommes ensuite très doués pour les argumenter, nous sommes même redoutables dans cet exercice. En revanche, nous sommes incroyablement mauvais pour aller chercher des arguments qui pourraient contrarier nos convictions, ni très accueillants d’ailleurs pour ceux que d’autres hommes pourraient nous proposer. Nous chérissons nos croyances comme nos enfants, ce qui est quelque peu excessif lorsque l’on prétend avoir le goût de la vérité ; mais nous sommes ainsi faits (autant le savoir).

                        Et comment se nomme se type de comportement ?

                        Dissonance cognitive !

                        Seulement cette fois ci, il faut bien comprendre que l’enjeu n’est plus d’avoir raison au sens de la vérité (intentionnalité) ou même de la réalité (matière), mais pour sauvegarder le statu quo. Ce dernier étant la relation première, c’est à dire, directrice de la cohérence dont vous faites référence.

                        Maintenant, la dissonance cognitive est vue ici comme la dissociation d’une relation de causalité.

                        Autrement dit, pour paraphraser Bossuet, car il n’y a pas mieux pour en parler, c’est vénérer les causes dont on déplore les conséquences. Cela permet de soutenir une théorie et son opposée selon les circonstances émotionnelles et non plus selon la logique de relation de causalité. Selon sa propre relation directrice et non la raison respectant les relations d’espace-temps.

                        Ce que les gens ignorent parce que tout est fait pour les y maintenir, c’est qu’il est impossible de s’affranchir d’une relation de causalité en restant sur ses conséquences. Cela n’est possible qu’en revenant et annulant la cause originelle.

                        Qu’ignorer une relation de causalité ne l’a fait pas disparaître, mais accroitre son énergie et donc sa puissance d’immanence. Qu’il faut donc obligatoirement annuler la cause, rebooter la matrice en quelque sorte avec un nouveau programme, sinon, vous êtes toujours prisonnier du programme source qui entravera toutes vos tentatives de changements.

                        Pour paraphraser un autre adage, chassez le naturel dans sa conséquence et il revient au galop par sa cause, mais chassez le naturel dans sa cause et la conséquence s’enfuira au galop.

                        Si tant est que les terroristes sont des personnes manipulés, c’est reconnaître qu’il s’agit là d’exécutants, donc, agissant sous l’emprise de sujets pensants, responsables. En d’autres termes, arrêter seulement les exécutants, est comme arrêter le marteau et non la main qui le tient. S’il n’y a qu’un marteau, la chose est entendu, mais s’il y a une infinité de marteaux alimentant la main !?

                        Ainsi la question est de savoir où donc s’arrête cette chaine de relations de causalités ?

                        La réponse est connu de très longue date par les promoteurs de cette relation, alors qu’elle tend à revenir en mémoire des métis quand la situation devient intenable, entre deux concessions faites par ses promoteurs et évidemment, bénéficiaires.

                        Je suis curieux de la suite !


                        • Hervé Hum Hervé Hum 3 décembre 2015 09:39

                          @Hervé Hum

                          Pour exemple d’actualité, la COP21 a pour but annoncé de trouver les moyens de concilier l’inconciliable, autrement dit, promouvoir la coopération à l’intérieur de la concurrence ! Absurde pour un esprit critique ne se laissant pas guider par l’émotionnel et le conditionnement. très difficile !

                          Ainsi, la COP21 est l’occasion de noter plusieurs dissonances cognitives plus ou moins graves.

                          La plus grave étant de dire qu’il est possible de résoudre un problème nécessitant régulation et gestion économique par un système fonctionnant à condition d’expansion économique. (Einstein, qui était plus grand philosophe que scientifique, avait une belle formule pour cela)

                          Prétendre coopérer là où tout est fait pour qu’il n’y ait que la concurrence (enfin, une certaine concurrence !)

                          L’autre, non moins forte mais paraissant moins grave parce que risible, est de dire qu’il faille « sauver la planète », comme si finalement, il s’agissait d’une personne étrangère, d’un pauvre à qui on demande de faire l’aumône et donc, qui ne relève pas de l’obligation, de la nécessité vitale, mais d’une simple option, choix de donner ou non.

                          Enfin, c’est ignorer que vis à vis de la planète, nous sommes juste un instant fugace et pas plus important qu’un acarien vivant sur notre peau, car même en faisant exploser toutes les armes de guerres dont dispose l’humanité, cela n’aurait pas plus d’impact pour la Terre qu’une simple caresse... Sauf pour nous même et les autres êtres vivants. Par contre, c’est complètement oublier qu’il suffit que la Terre « pète » un peu trop fort (dégazage massif), pour anéantir 80% ou plus de l’humanité.

                          Tout cela relève de la dissonance cognitive dont le but est de ne pas se mettre en danger psychologiquement, garder le sentiment de maîtrise qui nécessite celui de puissance d’être ;

                          Et à ce jeu là, si vous n’avez pas pénétrez le monde de la spiritualité, alors, vous n’avez pas les outils pour comprendre le monde dans lequel vous baignez.

                          D’ailleurs, je vous invite à réaliser une expérience de pensée, mais attention, elle peut être extrêmement dangereuse, et aboutit pour 99% des personnes à une dissonance cognitive.

                          Simplement de s’imaginer vis à vis du cosmos.... Sans spiritualité, c’est insoutenable ! Autrement dit, on ignore superbement la réalité de notre propre condition poussiéreuse pour ne garder que notre condition supérieure. Les deux sont vrais et réelles d’ailleurs, mais l’une est insupportable sans spiritualité. Le problème étant généralement lorsque vous ignorez l’un pour l’autre.

                          Bref, je doute que même les auteurs auxquels vous faites référence aient vraiment pénétré le monde de la relation de causalité et de la dissonance cognitive, juste commencé à l’effleurer....


                        • Yann Soinard 3 décembre 2015 10:42

                          Etes-vous esclave de la matrice ? Voila 16 signes que vous êtes un esclave de la Matrice.




                          • Enabomber Enabomber 4 décembre 2015 08:01

                            @Yann Soinard
                            Je n’ai bon que sur 3 points. Score à améliorer smiley


                          • joseW 3 décembre 2015 19:27

                            Des points intéressants, mais quand même pas mal d’erreurs factuelles et surtout spirituelles et d’amalgames dans cette première partie, la fin ne tient pas debout et semble pompée sur les livres de Taguieff :


                            Comment diable un jeune deviendrait un djihadiste meurtrier et sataniste au point de tuer tout ce qui l’entoure dont lui-même, sous prétexte de vouloir lutter contre le satanisme ? 

                            Evitez de projeter pas vos propres ressentis sur les autres : soyez bien persuadés que les djihadistes qui tuent tout ce qui bougent n’ont cure du satanisme des élites.... 

                            Au contraire, les prétendants djihadistes ont tendance à quitter ce mouvement manipulé dès lors qu’ils s’intéressent aux théories du complot, ne voulant pas devenir le bras armé des élites qu’ils croyaient jusqu’alors combattre (plusieurs journaux ont fait des articles sur ce point bien plus logique que le votre ou celui de Taguieff. 



                            • Guillaume Cazeaux Guillaume Cazeaux 3 décembre 2015 20:50

                              @joseW
                              Je n’ai pas tout compris à vos critiques. Quelles sont les erreurs factuelles ? Les amalgames ? Quant à la fin de l’article (sur la difficulté à échanger sereinement sur le Net), je ne vois pas quel rapport cela a avec Taguieff.

                              Ensuite, je n’ai parlé nulle part de satanisme... Je ne comprends donc pas cette remarque.

                              Je crois comprendre que ce qui vous a gêné, c’est le fait de faire un rapprochement entre « théorie du complot » et jihadisme. Pour être clair, Dounia Bouzar a mis en évidence les procédés de recrutement d’Omar Omsen, qui œuvre, non pas pour Daesh, mais pour Al-Nosra. Elle se base sur des centaines de témoignages et d’analyses des ordinateurs des jeunes recrues. Et, d’après ce qu’elle dit, les théories du complot servent comme premier moment de l’embrigadement, pour mettre dans la tête du jeune (on parle souvent d’adolescents) que tout le monde lui ment (ses parents, ses enseignants, les médias, etc.). Ensuite il y a d’autres étapes (tout est décrit dans le document dont j’ai donné le lien), on présente notamment au jeune un islam seul à même de régénérer ce monde pourri.

                              Il n’y a donc aucune généralisation à faire, et d’ailleurs je n’en fais pas, si vous lisez bien ce que j’écris. Toutes les recrues jihadistes ne passent pas par le stade « théories du complot » (Daesh dénonce même le complotisme d’Alain Soral...). Et tous les gens qualifiés de « complotistes » ne sont évidemment pas des terroristes en puissance, mais parfois des citoyens cherchant à sortir de leur état de minorité. Je me suis efforcé dans l’article d’insister (lourdement) pour éviter cet amalgame, mais vous me le reprochez quand même... ce qui me surprend.

                              Enfin vous dites : "Au contraire, les prétendants djihadistes ont tendance à quitter ce mouvement manipulé dès lors qu’ils s’intéressent aux théories du complot, ne voulant pas devenir le bras armé des élites qu’ils croyaient jusqu’alors combattre".
                              Pourriez-vous me donner des sources ? Car cela m’intéresse.


                            • Guillaume Cazeaux Guillaume Cazeaux 3 décembre 2015 22:03

                              Je précise à joseW que, dans Odyssée 2.0, j’ai un chapitre consacré aux « théories du complot » et que je me distingue, au moins dans une certaine mesure, des analyses de Taguieff et Bronner. Je ne suis pas dans une posture de condamnation, mais de compréhension. Et j’essaie d’être le plus nuancé possible.

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