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Incohérence

Pour l'essentiel, en peu de lignes : quand un système d'injustices devient tout à fait fou, il est de l'intérêt des gens au pouvoir d'offrir en propagande le plus grand nombre possible d'idioties ; car ainsi les révoltes devenues inévitables s'accrochent à tout et à n'importe quoi, et c'est ce qui donne le plus possible de chances de détruire au hasard, donc de laisser en place et en poste les plus immondes — au lieu de permettre que s'ordonne la difficile construction de valeurs humaines : en particulier la justice, dont la juste répartition des richesses.

En 2014, les barbares au pouvoir y sont par l'argent. Naturellement, ce système porte parfois aux plus grandes fortunes de purs crétins, par exemple en dictatures indispensables pour trahir leur peuple au service de colons ou envahisseurs : mais on trouve aussi des héritiers de longues lignées qui, sans être capables de comprendre eux-mêmes, savent du moins recruter des laquais d'intelligence partielle. Ceux-ci sont chargés de veiller au respect des privilèges sans paralyser l'exercice du pouvoir par des exigences d'actions trop contradictoires : pour cela, ils doivent ne jamais éclairer les foules, mais les égarer autant que faire se peut. On voit alors paraître à la surface des zigotos dont l'étiquette varie à l'infini, mais dont le trait principal est de mêler le plus respectable et le plus minable, le plus réel et le plus délirant, toujours sous prétexte d'actualité et, cela va sans dire, de liberté. En un mot, le suprême recours des brutes est

l'incohérence,

qui permet de voiler tout repère dans des torrents de tromperies ; c'est cela qui au mieux (pour elles) pérennise le présent et préserve l'avenir. Cela fonctionne même si quelques voix peuvent s'élever et dire le vrai, pourvu que le pouvoir soit prioritaire dans les moyens de diffuser, et qu'il puisse prévenir les esprits par des mensonges éhontés. Il peut alors supporter des opposants, sincères mais mal connus, qui ajoutent malgré eux à la confusion : car les vérités paraissent d'abord surprenantes. En outre, ses propres valets mêlent au fond de tricheries quelques pans de justesse : c'est l'art même de la désinformation. En tout, beaucoup de propagations de fausses nouvelles peuvent se perpétuer : car très peu de gens parviennent, à contre-courant des flots d'intoxications orientées,

– au goût de s'informer

– au courage de mesurer les violences des pouvoirs dans toutes les presses

– à la reconnaissance de ce qui vraiment importe, au lieu qu'on se laisse gagner par l'omniprésence de fausseté dite "actualité".

Il faut ajouter, à ces causes intériorisées, les forces extérieures contre la citoyenneté : contraintes immédiates de lassitude ou manques politiques, très cultivés par les "éducations" notamment nationales et religieuses.

Si on a compris cela, on peut vite sonder par exemple ce que valent les accusations de "conspirationnisme" (souvent confinées en allusions venimeuses et vagues pour éviter toute confrontation au réel, où les accusateurs ne sont pas de force) ou les diffamations menaçantes ressorties périodiquement contre Internet : ce ne sont que contorsions pour limiter les dégâts faits par l'évidence et l'honnêteté aux châteaux de cartes des propagandes-publicités. Mais en face, les défenseurs de la vérité courent le danger d'agir en vain si par exemple, sous prétexte de concrétiser, ils prennent pour cible un mensonge ou un imbécile particulier. Certes il est très regrettable qu'existent des rigolos présentés comme experts par les media de la finance (c'est-à-dire presque tout ce qui en 2014 s'imprime et se diffuse), ou des gueulards d'extrêmes droites qui se gardent de démonter les plus réels accaparements financiers dans l'action "européenne" et trans-"atlantique". Mais de tels pantins ne sont rien hors système, et il vaut bien mieux voir de haut, dire ce qui se retrouve partout et sans cesse au lieu d'en rester au faux concret "actuel" : on peut être obligé de limiter initialement son public, d'opérer avant tout une dénonciation globale du mensonge organisé, moyen de base du crime organisé.

Le cas d'Alain Soral n'est dans ce contexte qu'une occasion de dégager des traits constants dans les égarements favorables aux pouvoirs. Ses sympathies sont désormais avouées pour le F-haine. Il dit faire de l'entrisme "pour réorienter le mouvement" : mais ce genre de "ruse" est un motif de nausée supplémentaire — ceux qui se sont donné la peine (mot faible) de lire "Jusqu'où va-t-on descendre ?" ont de longue date situé cet auteur dans ses références étroitement nationalistes et religieuses, ses protestations très hypocrites et contradictoires d'ouverture (dédicace aux "petits", ensuite aux blancs... et pas un mot contre les gros vampires), et surtout l'infamie typique qui fait des victimes les "responsables-coupables de leur propre malheur" (Algériens, Roms, jeunes de banlieue) —.

Sur ce, il faut seulement aider à comprendre la force politique de

l'incohérence.

Il faut donc d'abord rappeler, faire saisir ce que fut la fascination de la prétendue alliance entre national et socialiste, dont l'abréviation devenue célèbre est nazi : des fous comme Röhm durent être physiquement liquidés par Hitler, parce qu'ils s'imaginaient que quelque chose des idéaux socialistes passerait à travers un nationalisme. Il faut faire saisir que Mussolini, prédécesseur d'Hitler, était le phare de nombreux socialistes italiens, qui furent loin de repousser assez tôt le ralliement à une nation à travers une personne. Il faut faire saisir que Franco avait la partie facile, en se moquant des Républicains espagnols hostiles à ses troupes maures et à cette "décolonisation" (! !) du Maroc. Chaque fois, une incohérence énorme, monstrueuse, était, pour la dictature à installer, un recours permettant la coopération très volontaire d'opprimés — déçus du marxisme, en Italie et Allemagne ; ou naïfs, ne voyant pas plus loin que la guerre à d'anciens colons, autour du Rif —. En effet, s'il n'y a pas de "fascination des peuples pour le totalitarisme", il y a de grandes facilités pour encourager des masses à décharger leur agressivité, accumulée parfois sous l'oppression depuis des siècles, contre des malheureux qui sont tout le contraire d'oppresseurs. L'humanité étant loin de posséder le recours de nombreux citoyens instruits, éduqués, conscients et organisés à partir des universaux humains, il y a de grandes facilités pour encourager des masses à garder bonne conscience et décharger leur agressivité à partir de repères plus ou moins apparents, jamais humainement profonds. On peut faire voir des coupables dans "les" Noirs, "les" Arabes, "les" Roms, comme ce fut le cas contre "les" juifs (et comme ce l'est encore contre "les" communistes). On peut trouver indéfiniment des exemples — vrais ou faux : hélas ce n'est pas important pour seulement exciter, inciter à la haine — de vols, et viols, et crimes, dus à des gens de n'importe quelle catégorie, socialement ou politiquement bien délimitée ou non.

A cause de tout cela, il est très difficile de faire contrôler des pulsions absurdes, de faire s'ordonner dans le respect de soi et des autres : ainsi après des guerres épouvantables, seuls quelques-uns ont compris qu'ils avaient combattu des frères au lieu d'ennemis.

Simple et compulsif, l'incohérent est, lui, directement accessible.

A partir de là, on peut traiter le cas Soral. Il est en phase avec la puissance du F-haine qui, au milieu d'un fatras de saloperies à couper le souffle, ose glisser quelques choses justes que tout le monde brûle d'entendre ou de dire : cette horreur, cette absurdité, peut compter sur la déchéance mentale due à l'"Education" (en fait domestication) nationale de Cinquième République, conjuguée au martèlement des radios et télés omniprésentes, devenu seconde nature — toute voiture aujourd'hui est vendue avec radio : les émetteurs les plus puissants sont aux mains des financiers —. Or qui perçoit d'être en butte, bon gré mal gré, à la propagande et aux délires des pouvoirs ? qui sait rester insensible à ce qui se répète partout, tout le temps ? combien d'anciens des guerres (mondiales ou coloniales) se hissent et se haussent à voir d'un côté qui ils ont servi, et de l'autre côté au contraire qui éveille en eux certaine haine sans même qu'ils s'en rendent compte ?

Quand on comprend bien ainsi le principal, peu importent les déblatérations de Soral sur les Roms ou les "z'y va" (surtout les Algériens, en fait tous les "maghrébins" et Africains : les F-haineux ne se donneront guère de mal pour distinguer "les gris" et "les Noirs"). Peu importent les protestations par Soral d'universalisme "républicain" à partir de "LA" révolution — la vraie, la pure, voire l'unique : la française —. Peu importe sa prétention à concilier sa haine des gauchistes et intellectuels de gauche avec l'adoration de Jésus, "Christ", qu'il présente comme seul vrai de gauche. De même que nazi = national-"socialiste", Soral est chrétien-"laïque" ; très national : mais s'extasiant internationalement devant... Staline ! s'en prenant aux déviants trotskistes, relisant la complexe histoire des luttes comme "simple" preuve que les ouvriers ont bien profité d'un Parti Communiste bien ferme — bien fermé...

Commode "simplification" : incohérence.

Totale. Soignée. Présentant comme synthèse un cumul de contradictions, tout ce qui peut racoler. Se montrant aussi raciste qu'Hitler, mais contre "les" Algériens ; moqueur contre "les" Noirs ou "les" Antillais — abus nauséabond mais efficace, car très peu sauront voir dans ce "les", justement, l'essence du totalitarisme

alors que l'humanisme

– rappelle sans cesse qu'il y a certes des voleurs chez les Roms, des banquiers chez les juifs, des perdus d'exil chez des gens venus d'Afrique ou d'Algérie (ou dont les parents en sont venus)

– mais n'autorise en aucun cas à dire "les" Algériens, Noirs, femmes, juifs, Roms, chrétiens, bouddhistes, Espagnols ou Japonais ou Libanais ou Argentins etc.

Il faut donc, pour s'opposer au crime, ressentir et faire ressentir tous les moments d'histoire qui permettent de juger des engrenages bien rodés de haine, démarrant sur l'incohérence et l'amalgame en "les", totalité insensée. Il faut reconnaître et faire reconnaître les sources et départs perpétuels de folie injectée dans les masses, pour les arrêter à temps et remettre à leur place les pantins Le Pen, entre autres "alternants" UMPS, et les valets Soral. Il faut l'effort, et la lutte contre le "spontané" des démagogues abusant tant qu'ils peuvent de l'incohérence médiatisée — telle qu'on l'a dénoncée ici.

Ce n'est pas s'opposer à tous les mépris, toutes les colères : c'est savoir orienter les mépris nécessaires, répandre les justes colères, contre ceux qui les méritent. Donc savoir repérer et désigner les plus dangereux barbares  : c'est-à-dire en 2014 les gros financiers, avec leurs ficelles derrière les mécaniques de tous les guignols en scène et en devanture.

 

 

On pourra trouver des éléments de compréhension, par l'éthologie politique, de la manipulation des foules sur le blog

http://effetsetfaits.blogspot.fr/

 

D'autres articles ont été publiés sur le site canadien <Mondialisation.ca>, ainsi

http://www.mondialisation.ca/comment-les-progressistes-ont-ete-distances-sur-larrierisme-dans-des-domaines-vitaux-du-savoir/5365038

 


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5 réactions à cet article    


  • Ruut Ruut 30 mai 2014 17:14

    Le problème des banlieue est de 3 points :
    1. Une justice trop lente et donc incompréhensible.
    2. Une police dépassée (a cause de la justice trop lente)
    3. Une gettorisation politiquement volontaire de ces anciens havres de vie parfaits qui alliaient a porté de pied services et activités.

    Lorsque la drogue est le premier employeur, la banlieue devient une zone de non droit.
    Les responsables en sont les maires et ses supérieurs.


    • Le421... Refuznik !! Le421 30 mai 2014 21:43

      Incohérence ?? Certainement.
      Mais cette incohérence dans les propos et les faits est, à mon avis, parfaitement voulue.
      Cohérent veut dire quelque part « rassemblé ».
      Quelque chose de cohérent est forcément plus fort.
      L’incohérence des propos crée l’incohérence des foules qui sont ainsi plus faciles à diriger.
      C’est mon avis.
      Le « bordel ambiant » est parfaitement voulu.
      L’ultime pagaille à laquelle a recours le pouvoir sur les peuples est de les conduire à la guerre. Même pour des raisons parfaitement futiles. Au Rwanda, même les belligérants ne comprenaient pas vraiment pourquoi ils s’entretuaient. On leur avait ancré dans la tête que c’était nécessaire. Et dans ce genre de folie, on arrive à quelque chose de cohérent. Une machette ne nécessite pas de cartouches...
      Horreur humaine. La pire des bestioles sur Terre, c’est nous et notre fichue « intelligence ».


      • Piotrek Piotrek 31 mai 2014 02:00

        Exact !

        L’incohérence, est à la base du fonctionnement humain, à la base du comportement social qui a permis à l’homme d’évoluer. Prenez par exemple les sentiments chez l’homme : ils sont pour la plupart totalement incohérents : l’instinct maternel peut faire prendre chez la femme des risques inconsidérés...
        L’homme moderne est toujours esclave de ses pulsions : il à tendance à accumuler plus que ce qu’il a besoin...

        Théoriquement, l’incohérence est un sous produit du processus de mémorisation. Chaque nouvelle information à mémoriser l’est dans un ensemble symbolique préexistant qui n’est pas ré indexé pour maintenir une cohérence d’ensemble.

        Du coup, rendre un individu cohérent est difficile et par définition, contre-nature. Il est par contre beaucoup plus simple d’exploiter les incohérences symboliques existantes.

        Le champion mondial incontesté de l’exploitation des incohérences chez l’homme est Frank Luntz. C’est un stratège et un expert du sondage d’opinion publique dans le parti républicain aux États-Unis.
        C’est à lui qu’on doit les expressions :
        « War on Terror » (la guerre contre le terrorisme)
        « Job Creator » (ou créateur d’emplois utilisé à la place de « riche » ou « patron »)
        « Death Tax » (ou taxe sur la mort, remplaçant avantageusement « droits de successions)
        En changeant de mots, il réussit à suggérer au citoyen lambda, le bienfait ou le néfaste d’une idée. C’est tout simplement brillant, si vous comprenez l’anglais, je vous recommande de visionner ses vidéos et les reportages qui lui ont été consacrés.

        En France nous avons maintenant les mots clé »Souveraineté« ou »Nation" qui sont immédiatement associés à un cocon protecteur dans lequel nous pourrions maitriser notre destin plus facilement que dans un monde ouvert et hostile.

        La démonstration par l’absurde est à mon avis le meilleur moyen de dévoiler l’ incohérence d’un individu.


      • trevize trevize 31 mai 2014 02:30

        @ Piotrek

        "Théoriquement, l’incohérence est un sous produit du processus de mémorisation. Chaque nouvelle information à mémoriser l’est dans un ensemble symbolique préexistant qui n’est pas ré indexé pour maintenir une cohérence d’ensemble.« Je vois assez les choses comme ça aussi, à part que la »réindexation« est possible ; c’est une fonction psy qui existe mais qu’on exploite peu, nous avons peur de nous en servir parce qu’il est toujours difficile et éprouvant de se confronter à son inconscient.
        Du coup, vu que des arrangements sont quand même parfois nécessaires, la fonction fait son boulot, mais inconsciemment (donc pas très efficacement, et de façon non contrôlée, subie) parfois, quand ça se fait par petites touches tout au long de la vie, on ne s’aperçoit de rien. L’expression la plus commune de ce genre de phénomène, c’est la crise de la quarantaine, et la plus spectaculaire, la métanoïa de Jung, l’expérience religieuse intense, ou »l’hapax existentiel" dont parle Onfray.
        Descendre dans le labyrinthe, trucider le minotaure qui vous pourrit la vie, et ne pas perdre le fil d’Ariane...
        en parler comme ça, c’est facile, quand ça vous arrive, c’est pas la même histoire ! Mais ça vaut vraiment le coup


      • Le421... Refuznik !! Le421 31 mai 2014 09:23

        Je suis toujours ennuyé quand un créateur d’article ne se préoccupe pas de savoir ce que répondent les intervenants... Ca sent l’automatisme moderne.
        Un forum, par définition, est fait pour échanger.
        Normalement.
        Suis-je cohérent ?? C’est pour cela que je tique...  smiley

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