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Jeux de dupes

On ne les aimait pas beaucoup ces immigrés, catholiques et incultes, en provenance d’Irlande et d’Italie, débarquant sans un sou à Ellis Island au début du siècle passé. L’élite protestante de la côte est, les WASPS (1), préférait les voir entassés dans les ghettos de New York et Chicago.

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On ne les aimait pas davantage, d’ailleurs, qu’aujourd’hui les moudjahidines afghans ou les djihadistes iraquiens. En revanche, on savait, et sait encore, s’en servir, quand la Raison d’état l’exige.

Meyer Lansky était un peu l’exception qui confirme la règle. D’origine russe et de confession juive, il ne collait pas vraiment à l’image traditionnel du mafieux. Toujours est-il, et comme tout le monde sait que les opposés s’attirent, l’intellectuel biélorusse s’associa rapidement avec le « capo di tutti capi », le napolitain Lucky Luciano, dans le but de transformer la « cosa nostra » en une multinationale respectable.

Las Vegas n’était, à cette époque, qu’un bled pourri au milieu du désert de Nevada. Afin d’offrir à l’élite puritaine de la côte est un divertissement que la bible interdit, le duo profita d’un changement de législation de l’état désertique pour ouvrir, en 1946, le premier hôtel casino de la ville, le « Flamingo ». L’affaire vira au fiasco pour les protagonistes, sans doute une des raisons, de la tenue le 20 décembre 1946 de la « Conférence de La Havane » qui réunit, outre les acteurs principaux, l’artiste américain, Frank Sinatra, qui enchanta l’auditoire avec ses « evergreens », Meyer Lansky et Lucky Luciano, tout juste sorti de prison, les délégations de New York, Chicago, Buffalo, Tampa et New Orleans, dans le mythique « Hotel Nacional », aujourd’hui protégé par l’UNESCO.

Ayant eu vent de l’opération, le gouvernement américain fit pression sur le dictateur Fulgencio Batista, par ailleurs un ami intime de Meyer Lansky depuis 1930, pour que Lucky Luciano reparte illico presto dans son Italie natale et ne revienne plus jamais aux Etats-Unis, un peu ingrat tout de même. Car l’armée américaine avait bien profité des services du mafieux et de ses connaissances approfondies de sa terre natale, la Sicile, pendant la Seconde Guerre mondiale, connaissances indispensables pour la préparation et la réussite du premier débarquement des troupes alliés par le sud de l’Europe. En guise de récompense Lucky Luciano fut tout de même libéré de prison et ses acolytes se virent confiés des postes de maires et autres responsabilités politiques aux Etats-Unis. (doc ARTE)

Rubén Fulgencio Batista y Zaldivar fut un des leaders, en 1933, d’une révolte militaire qui entra dans l’Histoire cubaine sous le nom de « révolte des sergents », un soulèvement d’officiers, accompagné de révoltes estudiantines, menant au renversement du gouvernement dictatorial de Gerardo Machado et à l’instauration du « gouvernement de 100 jours » de Ramon Grau San Martin, un riche propriétaire terrien, qui avait la mauvaise idée de lancer une réforme agraire, ce qui déplut fortement à l’establishment américain, un peu à l’instar de Jacobo Arbenz au Guatemala, qui fut remplacé en 1954 par une junte militaire, ou, beaucoup plus tard, Manuel Zelaya au Honduras, chassé du pouvoir en 2009 sous l’instigation de la Secrétaire d’Etat de l’époque, Hillary Clinton. De retour en 1940, il laissa à nouveau libre cours à la corruption et fut succédé par son dauphin Carlos Prìo Socarràs qui sera lui renversé par une coalition « socialiste démocratique », menée par Batista en 1952, devenu entre-temps colonel des forces armées, sous les auspices de la CIA. Le nouveau gouvernement fut immédiatement reconnu par les Etats-Unis.

Depuis la « libération » de l’ile du joug espagnol en 1897 par le Secrétaire-adjoint à la Marine de l’époque et futur Président des Etats-Unis, Theodore Roosevelt, une « décolonisation » savamment orchestrée par un attentat prétexté contre le cuirassé « Maine » au large des côtes cubaines, une duperie, montée aussitôt en épingle par la « yellow press » de l’époque du magnat William Randolph Hurst, une sorte de « Russiagate », Cuba était dirigé par une succession de dictateurs d’obédience américaine. Les richesses du pays, le tabac, le sucre, les mines de nickel et le pétrole, seront exploitées dorénavant par le nouveau colonisateur et son élite, dont le Sénateur Prescott Sheldon Bush du Connecticut, père des futurs Présidents, George Herbert Walker Bush et George Walker Bush, ainsi que du gouverneur de Floride, Jeb Bush, qui détenait d’importantes concessions pétrolières dans l’ile.

Une fois au pouvoir, Batista chargea son ami Meyer Lansky de relancer l’industrie du jeu, en concluant un accord qui prévoyait le financement public d’une série d’hôtels de luxe et de casinos haut de gamme, sous le contrôle exclusif de la pègre, et dont une partie des bénéfices finissait dans les poches du clan Batista. La Havane, qui servait simultanément de plaque tournante au trafic de drogue, dont l’exclusivité revint à Lucky Lucian, sera transformée en une sorte de Paris haussmannien avec de larges boulevards, parcs et squares

Sous le règne de Fulgencio Batista, Cuba devint, ce que le journaliste du Washington Post Karl E. Meyer appelait « une sorte de bordel des Nord-Américains » et l’historien Arthur Schlesinger parlait de la capitale La Havane d’une « ville transformée en grand casino et bordel pour les hommes d’affaires américains. » Wikipedia

Au début des années 1950 certaines parties de la population, dont les étudiants, commencèrent à grogner, ce qui incita Meyer Lansky à proposer à Batista la construction d’un canal, un peu à l’instar du Canal de Panama, traversant l’ile du nord au sud, séparant la partie affluente de l’ile, contrôlée par l’élite cubaine et américaine, de la partie pauvre de l’est dans laquelle travaillaient les journaliers des plantations de sucre et de tabac et dans laquelle des mécontentements commencèrent à se manifester autour de l’avocat Fidel Castro, qui empêcha finalement la réalisation de ce projet, ce qui n’empêcha pas Meyer Lansky à son tour à construire une cinquantaine d’hôtels de luxe supplémentaires à La Havane. (doc ARTE)

A la suite du refus par le régime Batista d’une plainte, déposée par Fidel Castro, pour violation de la constitution, des manifestations commencèrent à s’organiser.

En 1953 un groupe d’insurgés, commandé par Fidel Castro, attaqua une caserne de la ville de Santiago de Cuba, sans succès, mais le signal pour le déclenchement d’une nouvelle série de révoltes et grèves massives, réprimés dans le sang par le régime Batista, causant la mort à 20'000 manifestants, fut donné.

Acculé, Batista trouva refuge dans le Camp Columbia, une des plus importantes bases militaires américaines d’Amérique latine.

Soucieux de préserver son patrimoine d’une possible nationalisation, Meyer Lansky proposa à Fidel Castro 1 million USD pour la construction d’hôpitaux et écoles pour le peuple, ce que le dernier refusa.

Le gouvernement révolutionnaire procéda aussitôt à la nationalisation de nombreuses entreprises américaines, sans dédommagement, et se lança dans une réforma agraire en distribuant des lopins de terres en friches, appartenant à des compagnies américaines et cubaines, aux paysans, ce qui incita la CIA à financer une série d’actes de sabotage dans l’ile.

Le gouvernement américain décréta aussitôt un embargo contre Cuba et prépara, en secret, l’invasion de l’ile. Planifiée par l’administration Eisenhower, un Républicain, et exécutée par l’administration Kennedy, un Démocrate, le 15 avril 1961, avec le soutien de la mafia, une poignée d’exilés cubains, vivant aux Etats-Unis, débarquèrent dans de la baie de cochons au sud de l’ile, sans doute une des expéditions les plus hilares de l’histoire de la CIA. Toujours est-il, le Président Kennedy refusant un soutien aérien aux insurgés, les derniers furent capturés par l’armée cubaine. Préparée par le sémillant agent secret, Richard Bissell, également architecte du renversement du gouvernement guatémaltèque de Jacobo Arbenz, l’opération se rangea dans la série interminable de projets d’élimination du Lider maximo par la CIA.

Sur le plan géopolitique l’affaire faillit déclencher la Troisième guerre mondiale, car, las de ces salves de déstabilisation, Fidel Castro, s’étant soudainement déclaré socialiste, le nouvel allié, le Président du Conseil des ministres de l’Union des républiques socialistes soviétique, Nikita Khrouchtchev, dépêcha aussitôt, au mois d’octobre 1962, une série de missiles nucléaires sur place, installant une rampe de missiles à moyenne portée à 140 km des côtes de la Floride.

En échange du retrait de missiles américaines, stationnés en Turquie, pointées vers la Russie, par Kennedy, l’apocalypse fut finalement avortée.

Nous sommes en 2021 et les suppôts du pouvoir sont devenus plus présentables plus « inclusifs », plus « démocratiques » d’une certaine manière. « Contre-révolution cubaine : un mouvement d’artistes de rap, soutenu par le gouvernement américain, comme catalyseur de troubles sociaux » titre le site d’information américain « Grayzone » « Le mouvement San Isidoro, un collectif d’artistes cubains luttant pour la liberté d’expression, est devenu la nouvelle « arme d’intervention » du gouvernement américain à Cuba. »

https://thegrayzone.com/2021/07/25/cubas-cultural-counter-revolution-us-govt-rappers-artists-catalyst/

(1) White Anglo-Saxon Protestant


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26 réactions à cet article    


  • Docteur Faustroll Lampion 31 juillet 16:25

    Les révolutions de couleur font feu de tout bois.


    • xana 31 juillet 18:04

      Merci Bruno pour cette page d’histoire réaliste.


      • Rinbeau Rinbeau 31 juillet 19:03

        Deux deux jupes.. disait le bègue émerveillé sous le charme inattendu de ce vent nucléaire !

         smiley


        • ticotico ticotico 1er août 10:00

          Après une longue introduction qui rappelle des faits que pas grand monde ne conteste, vient l’essentiel du message : un article de The Grayzone proposé en lien qui vise à déligitimer les récentes manifestations à Cuba pour cause de manipulation US.

          Cet article contient sûrement une part de vérité, mais quand on gratte un peu il amène à se poser quelques questions.

          Entre autres, Grayzone attribue aux leaders du mouvement San Isidro un discours qui réclame l’incorporation de Cuba aux USA...

          Dans un pays où la fierté nationale est partagée par tous, le qualificatif d’annexionniste (utilisé depuis novembre 2020 par les médias cubains pour parler de San Isidro) est celui qui permet d’obtenir le maximum de points Godwin.

          Un cubain qui réclamerait cela aujourd’hui a autant de chances de trouver une audience qu’un français se revendiquant nazi en 1946. 

          Plutôt que de perdre du temps à extirper des bribes de vérité dans deux discours de propagande contradictoires, je pense qu’il vaut mieux donner la parole à des gens qui cherchent des solutions. Et de préférence savent de quoi ils parlent puisqu’ils vivent à Cuba, par exemple le site « La Joven Cuba », fondé par des universitaires de l’île, il se revendique « pour la justice sociale, contre l’impérialisme et pour la démocratie ». 

          Voici la conclusion d’un article publié le 30 juillet dernier sous le titre « Le parti unique face à la crise ». Il me semble que cela résume bien le problème que ne veut pas résoudre la direction actuelle du pays.

          El socialismo burocrático de Partido único crea una especie de demiurgo político que escapa al imperio de la ley, ya que se sitúa por encima de ella, acentúa el extremismo político y se separa de la ciudadanía. Hasta ahora todos los modelos con estas características, lejos de conducir a una sociedad socialista, han disimulado un capitalismo de Estado con rasgos de corrupción y elitismo.


          en français, cela donne :

          « Le socialisme bureaucratique du parti unique a créé une sorte de démiurge politique qui se soustrait au contrôle de la loi, et même se situe au dessus d’elle, accroît l’extrémisme politique et fait sécession avec la citoyenneté. Jusqu’à maintenant, tous les modèles qui ont présenté ces caractéristiques, loin de mener à une société socialiste, ont dissimulé un capitalisme d’état teinté de corruption et d’élitisme. »

          C’est très prudent dans la formulation, un peu normal pour des gens qui veulent continuer à exercer leur métier dans leur pays, mais ça dit clairement ce que les admirateurs lointains du régime cubain n’arrivent pas à admettre, c’est une petite classe qui a pris le contrôle de l’île et place ses propres intérêts devant toute autre considération.

          Autre lecture recommandée (en espagnol ) : Tendremos que hablar mas claro en Cuba https://jovencuba.com/hablar-claro/ 

          Enfin, si vous vous intéressez vraiment à l’histoire voici une interview récente d’Oliver Stone ou il aborde entre autres les intentions de Kennedy envers Cuba. Même 60 ans après, il y a encore des choses à apprendre.


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 1er août 10:51

            @ticotico
            Vous aurez compris que mon propos n’est ni une ode au communisme, ni un dénigrement de la démocratie, mais davantage une voix en faveur de l’autodétermination de tous les peuples, sans ingérence extérieure, ce qui, à Cuba, et en effet dans des nombreux pays en Amérique-Latine et au Moyen Orient, dans les affaires desquels les Etats-Unis s’ingèrent constamment depuis qu’ils soient sortis vainqueurs de la Deuxième guerre mondiale, n’est pas une condition qui prévaut.
            .
            .Ce qui jadis fut entrepris clandestinement par le gouvernement américain et ses services secrets, peut moins l’être à l’heure actuelle, à cause de la facilité d’accès à l’information par internet. C’est donc de plus en plus fait ouvertement, par l’intermédiaire d’innombrables groupes de réflexion et ONG, dont certains sont tout à fait officiellement financés par le trésor public américain, comme le célèbre National Endowment for Democracy, instauré par l’administration Reagan.

            En ce qui concerne la pensée marxiste. Elle est d’actualité comme jamais. Il faut se garder de confondre marxisme et communisme. Marx était un théoricien et aurait été un piètre politicien.

            En ce qui concerne Oliver Stone, et son appréciation des mérites de John F Kennedy, qui, par ailleurs, n’était au pouvoir que pendant trois ans, et qui, certes, à côté de Barack Obama, fut le président le plus charismatique de l’Histoire des Etats-Unis, son bilan fut apprécié fort différent par son beau-frère, le romancier et observateur avisé de la politique américaine, Gore Vidal, qui répondit à la question d’un journaliste, pourquoi il avait une photo du Président accroché au mur dans son bureau : « Ce n’est pas par idolâtrie, bien au contraire, c’est en guise de rappel constant, celui de ne plus jamais me faire avoir par un séducteur comme lui, un des plus éloquents, intelligents, charmants politiciens et, en même temps, le plus désastreux présidents que nous ayons jamais eu.* #Obama

             »Il a commencé par envahir Cuba, sans réussir son coup, pour finir par mettre de l’huile sur le feu au Vietnam en y envoyant, en plus des 600 conseillers militaires déjà en place, un contingent de 20’000 soldats, juste un mois avant de se faire assassiner. Il n’a pratiquement rien fait pour ce pays, à part soigner son image, ce culte si particulier au peuple américain, l’idolâtrie des ses présidents." fin de citation




          • sylvain sylvain 1er août 10:57

            @ticotico
            intéressant, merci pour les liens. Le problème est le même que pour tous les endroits ou a lieu une révolution colorée . A peu près a chaque fois il existe des mouvements politiques locaux qui ont leur propres idées de la situation et leurs revendication .

            Vient un mouvement social, en partie provoqué, ou simplement soutenu et manipulé par l’empire . Soit les mouvements locaux s’y joignent et seront assimilés à l’empire, soit il ne le font pas et seront assimilés au pouvoir en place, qu’il ne soutiennent pas en général .

            C’est une position merdique, et les EU nuisent ici encore une fois gravement a la société civile . Je suppose que le mieux a faire dans ce cas est de ne pas suivre le mouvement et de faire savoir le plus fort possible pourquoi, ou, si on est assez fort, de le récupérer


          • ticotico ticotico 1er août 11:13

            @Bruno Hubacher

            Merci de votre réponse. Ce qui se passe à Cuba mérite toute notre attention, et le refus de l’ingérence me semble impératif.
            Beaucoup d’observateurs qui voient ce pays de loin et se pensent « progressistes » estiment qu’à partir du moment où il y a une intention impériale concernant Cuba cela disqualifie toute pensée ou action des citoyens de l’île qui n’approuvent pas leur gouvernement. Et eux-mêmes s’estiment qualifiés pour décider de ce qui est bon pour un pays qu’ils ne connaissent qu’à travers un prisme idéologique périmé.

            C’est cela que j’essaie de faire comprendre, il y a pas mal de gens à Cuba qui sont capables de pensée autonome, qui vivent tous les jours les conséquences des décisions absurdes des dirigeants du pays et sont capables d’en analyser les mécanismes.

            Si vous lisez l’espagnol le site que je cite (La Joven Cuba) est fortement imprégné de culture marxiste et essaie d’éviter qu’une vision bornée et figée de la politique rende inévitable une prise de contrôle par une fraction favorable aux USA.

            A propos d’Oliver Stone, prenez connaissance de son interview, il présente un Kennedy qui voulait mettre un terme à la guerre du Vietnam et rétablir les relations avec Cuba. Est-ce vrai ? Peut-être le saurons nous un jour ?


          • Docteur Faustroll Lampion 1er août 16:29

            @Bruno Hubacher

            Les informations contenues dans votre article ainsi que votre analyse de la situation permettent de comprendre le niveau de pression qui règne en ce moment dans cette zone géographique, Haïti étant juste en face et les populations cubaine et Haïtienne partageant de larges pas de leurs histoires et de leur culture, et on comprend pourquoi les autorités françaises éprouvent le besoin de reconfiner Martiniquais et Guadeloupéens. Votre éclairage est particulièrement intéressant pour comprendre certains enjeux.
            C’est donc parce que j’apprécie vos propos que je me permets de reprendre votre réponse à un commentaire. Vous avez écrit :
            « mon propos n’est ni une ode au communisme »
            Certains mots sont tellement surchargés de malentendus que, personnellement, je ne les utilise plus qu’avec des pincettes, et encore.
            Castro ne s’est découvert des affinités avec la famille communiste qu’à partir de l’implication de Che Guevara dans l’action de conquête de l’indépendance, et surtout quand l’URSS a décidé de faire de Cuba un poste avancé à l’époque de la « guerre froide » qui était tiède à ce moment-là. Si la notion de communisme est déjà discutable en ce qui concerne le régime stalinien, il est encore plus aventureux de l’appliquer au régime castriste qui a bricolé un système spécifique pour conserver une autonomie chèrement acquise, ce qui est déjà énorme, mais ne permet pas de le résumer par un mot qui reste un objet théorique pertinent mais ne s’est jamais traduit nulle part par la réalisation du projet dont il est porteur. 
            Pour ce qui est de la « démocratie », même si les étasuniens ont décrété représenter le parangon de ce qu’ils considèrent comme l’idéal de la bonne marche d’une société humaine, les réalités internes et externes qu’ils incarnent sont tellement éloignés de l’image d’Epinal que leurs médias véhiculent, que la notion de « démocratie » elle-même s’en trouve vidée, comme l’exuvie d’une libellule après sa métamorphose.
            Il s’agit donc d’opposer un régime et un peuple plus ou moins nationalistes et farouchement attachés à leur indépendance à un système impérialiste écrasnt tout sur son passage pour imposer sa domination, et non pas « communisme » et « démocratie ».
             


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 1er août 17:35

            @Lampion
            Ce que je trouve particulièrement perfide, c’est l’instrumentalisation de la jeunesse, en l’occurrence celle de Cuba, mais cela se passe un peu partout dans le monde, en Europe aussi, par le biais d’ONG, associations culturelles, la musique etc., une jeunesse par ailleurs sciemment dépolitisée et nourrie au néolibéralisme, génération après génération, depuis bientôt quarante ans, dans nos universités et autres institutions d’enseignement, une doctrine, économique à la base, mais qui est devenu une sorte de religion, dont les effets se font sentir jusqu’au domaine de la science comme on peut le constater actuellement avec la crise sanitaire.

            Une déprogrammation de la société, à commencer par nos élites, sera compliquée. 


          • Docteur Faustroll Lampion 1er août 18:08

            @Bruno Hubacher

            eh oui ! libertarianisme et créationnisme sont les deux mamelles de la globalisation !
            ce qui est désolant c’est d’en constater les méfaits chez des gens instruits de votre propre famille
            mais ce qui est particulièrement pénible, c’est d’entendre les intéressés clamer triomphalement que « les idéologies » son mortes (pour eux idéologies = nazisme et stalinisme, la leur étant considérée comme la vérité révélée).


          • Aristide Aristide 2 août 11:58

            @Bruno Hubacher

            Vous aurez compris que mon propos n’est ni une ode au communisme, ni un dénigrement de la démocratie, mais davantage une voix en faveur de l’autodétermination de tous les peuples, sans ingérence extérieure, ce qui, à Cuba, et en effet dans des nombreux pays en Amérique-Latine et au Moyen Orient, dans les affaires desquels les Etats-Unis s’ingèrent constamment depuis qu’ils soient sortis vainqueurs de la Deuxième guerre mondiale, n’est pas une condition qui prévaut.

            Je suis dans l’attente de ce même genre d’exercice sur l’URSS et les heureux pays qui ont été soutenus tout particulièrement en Hongrie, Tchécoslovaquie et Pologne .... On pourra même rajouter les interventions africaines totalement désintéressées menées par Cuba en Angola ...

            ce culte si particulier au peuple américain, l’idolâtrie des ses présidents.

            C’est vrai que l’on ne voit pas cela en visitant le mausolée du Kremlin, ... ahhh, ces ricains ....


          • Aristide Aristide 2 août 12:02

            @Bruno Hubacher

            Une déprogrammation de la société, à commencer par nos élites, sera compliquée. 

            Et pourtant, le Cambodge a bien essayé et obtenu quelques succès, ..... 


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 2 août 12:02

            @Aristide
            C’est vrai. Quel est votre argument, et, surtout, Que proposez-vous ?


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 2 août 12:06

            @Aristide
            vous profiterez d’ajouter à votre analyse l’analogie avec les khmers-rouges 


          • Aristide Aristide 2 août 13:39

            @Bruno Hubacher

            Quel est votre argument,

            Argument ? Simplement que votre article désignant un seul pays comme hégémonique est une falsification. Tous les pays dont la puissance est suffisante l’ont fait, le font et le feront. Les USA, l’URSS avant et la Chine maintenant et pour longtemps ... Pour nous Européens, Anglais, Allemands et Français, ... je crains que nous ne soyons que spectateurs ....

            et, surtout, Que proposez-vous ?

            Je vous retourne la question que proposez vous hormis la désignation d’un seul coupable ? Rien ....


          • Aristide Aristide 2 août 13:42

            @Bruno Hubacher

            vous profiterez d’ajouter à votre analyse l’analogie avec les khmers-rouges 

            Il n’ont pas été les premiers , ni les derniers qui rêvent de comme vous .. comment vous dites ? Ah, oui, « déprogrammer la société » ... 


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 2 août 14:02

            @Aristide
            Si on parle d’hégémonie, on constate que le budget militaire annuel des Etats-Unis représente le triple de celui de la Chine et onze fois celui de la Russie, pendant que la Chine sera bientôt la première puissance économique de la planète.

            Je vous ferait remarquer que la Chine n’a jamais agressé un autre pays et son ascension économique, elle la doit au libéralisme américain. En ce qui concerne la Russie, on lui avait promis un pacte de non-agression après la chute de l’Union soviétique, au lieu de cela on, les américains en tête, a procédé au dépeçage de son économie, profitant d’un ivrogne à la tête de l’ancien empire.

            Je vous vois venir avec les droits de l’homme, et je vous ferais également remarquer que le parti communiste chinois a réussi à sortir 800 millions de chinois de l’extrême pauvreté en l’espace de trente ans, le salaire moyen chinois ayant quadruplé depuis la dernière crise financière en 2008, pendant que le salaire moyen américain a augmenté de 17% en quarante ans, comparé à un gain de productivité de 70% pendant la même période de temps.

            En ce qui concerne l’Europe, elle n’est nullement obligée de copier le modèle économique de qui que ce soit, ni celui des américains ni celui des chinois. Le problème est qu’elle n’en a pas. 

             


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 2 août 14:08

            @Aristide
            Si vous considérez que nos élites ne sont pas « programmées », ou si vous préférez, soumises à un dogme, celui du néolibéralisme et par extension celui du capitalisme, il est vrai que nous ne partageons pas la même analyse de la situation dans laquelle se trouve notre société actuellement. 


          • Aristide Aristide 2 août 14:25

            @Bruno Hubacher

            Pour un qui ne voulait mettre en balance « communisme » et « libéralisme ». Quelle description de ce paradis communiste, je regrette de ne pas avoir eu la chance de vivre là-bas, .... M’enfin, c’est fini.

             Je vous ferait remarquer que la Chine n’a jamais agressé un autre pays

            Il parait que quelques tibétains ne sont pas tout à fait d cet avis, mais bon comme vous êtes pour l’autodétermination .... ce doit être un simple oubli ...

            les américains en tête, a procédé au dépeçage de son économie, profitant d’un ivrogne à la tête de l’ancien empire.

            Quelle finesse d’analyse !!! C’est donc les délires d’Eltsine qui ont convaincus tous les pays de l’empire comme vous dites, de prendre leur indépendance ... Ces peuples dont vous soutenez le droit à choisir seraient donc incapables ?

             le salaire moyen chinois ayant quadruplé depuis la dernière crise financière en 2008, pendant que le salaire moyen américain a augmenté de 17% en quarante ans, comparé à un gain de productivité de 70% pendant la même période de temps.

            D’ailleurs les RNB par habitant comparés sont assez ... évidents ....


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 2 août 14:44

            @Aristide
            Voyez-vous c’est un peu le problème de la culture de débat actuellement, celui de tout prendre personnel, je vous cite « pour un qui ne voulait mettre en balance ». Je ne veux rien du tout et si, factuellement, je dis de âneries, je suis tout ouïe.

            Bien-sur, le Tibet, j’oubliais, l’éternel problème par où commencer. Nous pourrions aussi commencer par Charlemagne. Nous aurions une autre discussion.

            Quelle finesse d’analyse", merci. En ce qui concerne Eltsine, si, quand-même on a profité un peu. Non ?

            En ce qui concerne le dernier paragraphe. Je ne comprends pas où vous voulez en venir. Si vous dites que mes chiffres sont fausses, donnez-mois le vrais, soit, salaire moyen chinois entre 2008 et 2020, salaire moyen américain entre 1979 et 2020 corrigé du taux d’inflation vs gain de productivité sur la même période.


          • Aristide Aristide 2 août 14:50

            @Bruno Hubacher

            Si vous considérez que nos élites ne sont pas « programmées », ...

            Les élites ? Vous parliez de la société !!! 

            il est vrai que nous ne partageons pas la même analyse de la situation dans laquelle se trouve notre société actuellement. 

            Comment donc vous analysez ? Allons, vous vous contentez dans cet article et dans vos réponses à essayer de faire passer les USA comme les seuls responsables de nos malheurs et à réhabiliter les vieux rêves communistes !!!

            Vous allez même jusqu’à parler de « programmation de la société » alors que la liberté la plus large existe, que les critiques, les combats, les luttes existent ... mais pas chez ceux que vous portez comme exemple ...

            celui du néolibéralisme et par extension celui du capitalisme,

            Si vous avez autre chose en stock que les vieilles lunes et autres projets mortifères, ... Un peu à la manière du NPA qui abandonne LCR ... 


          • Bruno Hubacher Bruno Hubacher 2 août 15:39

            @Aristide
            Encore une fois, détendez-vous et ne prenez pas les choses personnel. Je n’essaye ni de convaincre qui que ce soit, ni de désigner « des responsables », je propose une analyse, qui vaut ce qu’elle vaut, et tant qu’elle est contestée sur le plan strictement factuel, je ne n’y vois pas d’inconvénient.
             
            En ce qui concerne la « programmation de la société », là, décidément, j’ai l’air d’avoir échoué à me faire comprendre. Le néolibéralisme est une doctrine qui s’est infiltrée peu à peu depuis quarante ans, jusqu’aux cercles de la science, comme vous pouvez l’observer actuellement avec la crise sanitaire.

            J’ai d’ailleurs proposé un article à ce sujet en juin 2020, si cela vous intéresse.

            https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-fable-de-la-liberte-224838

            En ce qui concerne la « chose en stock », c’est assez simple, inverser les réformes néolibérales, soulagement massif de la charge fiscale sur le travail et augmentation massive d’impôts sur le revenu sur le capital, crédit sans intérêt, octroyés par les pouvoirs publics à toutes les nouvelles entreprises crées, à condition qu’elles soient organisées sous le régime de coopératives de travail, gratuité de tous les services publics pour tout le monde, logement, alimentation de base, santé, transport, éducation, culture, en lieu et place d’un revenu inconditionnel de base, qui n’est rien d’autre qu’une compensation pécuniaire qui se dépréciera par l’inflation, un phénomène d’actualité que vous pouvez observer actuellement et observerez encore davantage dans un avenir proche, malheureusement.. Ren de bien sorcier comme vous voyez. Rien de nouveau non plus d’ailleurs.  


          • Aristide Aristide 2 août 16:04

            @Bruno Hubacher

            Pour les chiffres, je vous ai donné les statistiques de la banque mondiale, un RNB dix fois inférieur en Chine ... et sa progression assez désespérante, c’est le revenu de tous les chinois qui est significatif pas de la seule frange qui travaille dans le secteur salarié. Le Salaire n’est pas un bon indicateur, la Chine est encore un pays ou l’agriculture est encore au niveau de l’industrie autour de 30 % !!! Ces millions d’agriculteurs chinois n’ont pas de salaire mais des revenus ! Aux USA la part de l’agriculture est de l’ordre de 1% !!!. Et même si, le rapport de revenus entre Chinois et Américains est de 1 à 10 !!! Et puis passer d’un salaire de misère proche de l’esclavage à un salaire même multiplié par quatre !!!

            Comme pour la démocratie représentative, ce système économique qu’est le libéralisme est le pire, à l’exception de tous les autres qui ont démontré leur inefficacité ou pire produit de plus grandes injustices ... 

            Mais bon, si les jeunes cubains manifestent, c’est surement parce qu’ils sont manipulés ... 


          • CN46400 CN46400 3 août 13:18

            @Aristide

            « Mais bon, si les jeunes cubains manifestent, c’est surement parce qu’ils sont manipulés ...  »

            Vous avez raison, mais la vérité est facile à déterminer, il suffit que les USA lèvent le « bloquéo », vous êtes pas le plus mal placé pour le leur demander, ils ne refusent rien à leurs amis...

             Mais vous avez raison sur la Chine, les salaires comme les revenus ne disent pas tout. Ce qui compte c’est le ressenti individuel de l’évolution du niveau de vie, le lendemain par rapport à la veille. Et sur ce terrain, il ne semble pas y avoir photo....



          • Aristide Aristide 4 août 11:43

            @CNC46400 

             Ce qui compte c’est le ressenti individuel de l’évolution du niveau de vie, le lendemain par rapport à la veille. Et sur ce terrain, il ne semble pas y avoir photo....


            C’est sur qu’une assiette de riz pour celui qui devait lecher les cailloux, ...

          • ETTORE ETTORE 3 août 22:07

            Merci Bruno Hubacher, pour cette page d’histoire, qui fait mieux comprendr, ne serais ce,( comme le dit seraphin lampion) certaines con-pressions actuelles, sur les ultra marines Françaises.

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