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La basilique gauloise de Constantin ; suite du débat - AgoraVox le média citoyen

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La basilique gauloise de Constantin ; suite du débat

Certains lecteurs pourraient ne pas prendre au sérieux le contenu de mes articles du fait qu’ils n’ont pas eu, à leurs yeux, la caution d’une grande maison d’édition. Cela me fait doucement sourire quand je vois comment, aujourd’hui, ces grandes maisons d’édition manipulent le public à des fins mercantiles. Bien sûr que j’aurais préféré être soutenu par une grande maison d’édition plutôt que de publier moi-même en auto-édition. Bien sûr que j’aurais aimé être soutenu par le ministère de la Culture. Bien sûr que j’aurais souhaité que des responsables politiques me soutiennent dans ma démarche qui consiste à expliquer, historiquement, qu’en matière de religion, rien ne descend du ciel. Mais comme cela ne s’est pas fait, plutôt que de voir mes travaux et mes réflexions passer aux oubliettes, merci à Agoravox de me donner la possibilité de les expliquer. Merci aux commentateurs qui veulent bien faire l’effort de comprendre ce que j’écris et d’accepter de débattre avec moi.

Dans la suite du débat de mon dernier article, nous nous trouvons face à deux versions possibles http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/iveme-siecle-la-basilique-gauloise-87057.

Il y a celle à laquelle je crois : une prophétie annonçant la venue d'un jésus, christ, telle qu'elle est exprimée dans le protévangile de Jacques et telle qu'elle est illustrée dans les fresques de Gourdon ; et cela avant les évangiles . Pour moi, les chapiteaux de la cathédrale/temple de Chalon-sur-Saône ne veulent montrer, au IIIème siècle, qu'une femme/population qui "voit" son christ dans le ciel, en esprit, de la même façon que Constantin l'a vu dans sa fameuse vision. Pour moi, les chapiteaux d'Autun proposent un accomplissement de cette prophétie dans le jeune empereur Constantin. Cela suppose donc qu'il existait en pays éduen deux courants théoriquement séparés : un courant judaïque messianique animé par l'espérance de la venue divine d'un empereur sauveur et un courant nazaréen croyant en un jésus déjà venu. Mon avis est que ce jésus déjà venu, dit de Nazareth, n'était pas autorisé à être représenté dans les chapiteaux d'Autun... pas encore. La situation, à Rome, est bien différente. Voyez le chapiteau de mon précédent article. En opposition aux deux courants précités qui professent, en pays éduen, l'unicité de Dieu, Galère professe toujours la religion romaine des deux dieux séparés - Jupiter et Neptune - et martyrise les chrétiens... j'interprète : ceux qui croient dans un christ à venir comme ceux qui croient dans un christ déjà venu.

L'autre version est le jugement que porte le professeur André Chastagnol sur Constantin dans son ouvrage sur le Bas-empire. « L’empereur n’apparait pas uniquement comme le serviteur de Dieu, son envoyé sur terre, l’instrument de sa puissance et de sa gloire ; il est avant tout l’image du Christ accomplissant comme lui ce qui est dit dans l’Ecriture ; son apparition dans l’Histoire est prévue de toute éternité ; son rôle est celui d’un Demiurge, d’une Providence ; l’empire, et non seulement l’Eglise, est à l’image de cette monarchie céleste ». Je complète par le commentaire d'Antenor :  une espérance de messie judaïque qui n’est toujours pas venu... ou qui n’est toujours pas revenu en ce qui concerne Jésus de Nazareth. puisque dans les Evangiles, Jésus ne revient après sa mort que sous la forme d’un "esprit" et non sous celle du "Fils de l’Homme" comme il l’avait annoncé. Depuis la crucifixion, les Chrétiens attendent toujours la venue du Fils de l’Homme. Si j’en juge par les chapiteaux d’Autun, Constance Chlore et Hélène espéraient qu’il s’agisse de leur fils.

Pourquoi je ne crois pas à cette version. A Gourdon, le mot Luc de la fresque centrale pourrait, en effet, signifier qu'il s'agit de l'évangéliste. Le christ représenté serait alors Jésus de Nazareth ; il en serait de même à Chalon et à Autun où, en quelque sorte, il ressusciterait dans Constantin. Le problème est que, dans l'une des fresques, ce christ fait l'offrande des prépuces, qu'il porte le nom de Cléopas et que dans une autre, il descend du ciel en Apollon guerrier. Pour moi, le mot Luc de la fresque centrale ne désigne pas l'évangéliste mais tout simplement le dessin représentant le boeuf/éléphant. Pour moi, les fresques éduennes de Gourdon sont une prophétie liée au protévangile de Jacques que les magistrats éduens ont récupérée pour lui donner un accomplissement en Constantin dans les chapiteaux d'Autun.

Ce qu'on peut affirmer dès maintenant, c'est le lien qui existe entre les fresques de Gourdon et les chapiteaux d'Autun. Ce lien n'a rien d'étonnant dès lors qu'on accepte de placer Bibracte à Mont-Saint-Vincent dont Gourdon est très proche. Ce rapprochement entre la nativité de Gourdon et celle d'Autun, je l'ai, certes, bien mis en évidence dans mes ouvrages mais je n'avais pas remarqué le soin avec lequel le sculpteur avait copié la fresque dans le détail. Et même, ce qui est fabuleux, on arrive à deviner dans la fresque les montants du lit, les carrés du coussin qu'on ne voyait pas vraiment jusque-là, ainsi que la main gauche de Joseph.

On m'accuse de manquer de méthode ? C'est absurde ! Ce sont mes contradicteurs qui en manquent.

Rappelons aux partisans du mont Beuvray les grands principes de la recherche définis par les archéologues eux-mêmes (Qu'est-ce-que l'archéologie, de Paul Courbin, 1982, éditions Payot).
Les théories n'existent que pour être remises en question ou affinées.
Même si elles bousculent les idées reçues, il faut prendre en considération les idées nouvelles qui s'inscrivent dans un processus logique de découverte hypothético-déductive.
Les systèmes imaginés doivent se retrouver dans la réalité et ne pas être contraires au bon sens. Une hypothèse doit être prouvée. Une hypothèse, si elle ne peut être prouvée, doit être validée. (c'est-à-dire confirmée par d'autres faits) « ... étant bien entendu qu'une véritable nouveauté doit être accueillie d'un œil à priori bienveillant, même si les choses ne sont pas encore tout à fait au point, parce que le progrès et l'avenir de la recherche reposent en définitive sur des tentatives de ce genre ; ce n'est pas l'ancienneté ou la nouveauté d'un point de vue qui fait sa valeur : c'est son contenu. » Plus que l'objet, c'est l'homme que cherche l'archéologue ; plus que l'homme, c'est le sens.

C'est clair : entre la thèse tragiquement erronée de Bibracte au mont Beuvray et celle de Bibracte à Mont-Saint-Vincent, comment peut-on encore hésiter ?

Pourquoi il est important de bien interpréter les chapiteaux d'Autun. En effet, en y trouvant une iconographie qui s'inscrit dans le prolongement du protévangile de Jacques et de la prophétie de Gourdon, je confirme ma version.

Je sais qu’il est difficile de me croire quand, dans mon interprétation des chapiteaux de Chalon et d’Autun, je dis que le Jésus, Christ ou Apollon représenté est une "apparition" à celui ou plutôt à celle qui ouvre les yeux de la foi. Je suis bien conscient qu'il est difficile de me croire quand je dis que les images et scènes chrétiennes qui sont dans notre subconscient collectif nous viennent, pour certaines, beaucoup plus du protévangile de Jacques et des fresques de Gourdon que des évangiles. Comment peut-on me croire quand je sors des archives un premier christ nommé Cléopas, qui n’a pas réussi certes, mais dont l'image est devenue la référence. Et tout cela, en concurrence et parallèlement avec un christ de Nazareth au visage inconnu qui est venu dans les évangiles.

Voici deux chapiteaux d'Autun particulièrement riches de significations. Pour ma part, je ne vois dans le premier que le thème biblique du sacrifice d'Isaac appliqué à Constantin et dans le second, la coutume juive de l'hospitalité ou, me semble-t-il, le personnage assis sur le siège de sénateur d'Autun est "lavé" tandis que celui qui est assis sur celui de Bibracte attend de l'être (?). Bref, je ne vois, à Autun, aucune évocation que je pourrais rattacher à l'évangile, ni dans les chapiteaux, ni dans le tympan, ni dans son texte. Pour moi, le personnage qui trône dans sa mandorle est le Dieu judaïque, peut-être avec le visage de Constance-Chlore. Le personnage du trumeau devrait logiquement représenter Constantin.

Note : mon interprétation du protévangile de Jacques. Relégué injustement au rang des textes apocryphes, publié sous ce titre erroné, Jacques a écrit sa "Nativité de Marie, Révélation de Jacques" peu de temps après la mort d'Hérode, donc avant les évangiles ; je cite : Comme les troubles avaient éclaté à Jérusalem, à la mort d’Hérode, je me retirai dans le désert, et là, dans l’attente que les événements se calment, j’ai écrit cette histoire, rendant gloire au Seigneur Dieu qui me l’a inspirée en me donnant sa grâce et sa sagesse. C'est un long récit où il nous raconte poétiquement et allégoriquement l'histoire d'une tribu d'Israël - Joseph - auquel a été confiée une jeunesse exilée particulièrement pieuse - Marie. Ensuite, l'auteur prophétise en annonçant qu'est sorti d'elle, ou que sortira d'elle, un christ qu'on appellera Jésus, lequel sera le vengeur (qui sauvera Israël). Le long déplacement avec l'âne pour aller se faire recenser, la naissance dans la grotte, l'adoration des mages, tout cela est narré en détails. Dans son évangile, Luc a résumé brièvement les parties qui lui semblaient les plus importantes et Mathieu a repris ce que Luc avait gardé du texte de Jacques. Il fallait comprendre que le mot "révélation" signifiait "prophétie".


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6 réactions à cet article    


  • pissefroid pissefroid 17 janvier 2011 17:34

    Je n’ai pas de savoir pour faire un commentaire technique ou littéraire.
    Par contre les textes que vous présentez sont passionnants à lire.


    • Emile Mourey Emile Mourey 17 janvier 2011 20:47

      @ pissefroid.

      Ce n’est pas toujours facile d’être clair car le sujet est complexe. Heureusement, Agoravox est un outil très pédagogique qui permet de présenter les images avec le texte. J’aime bien cette formule. Un article, comme celui-ci, me demande plus d’une journée de travail mais je je fais avec plaisir, quelque fois très tard dans la nuit.

      En revanche, je ne comprends pas que nos concitoyens s’intéressent aussi peu à ces sujets pourtant passionnants : seulement dix votes dont quatre défavorables !!!


    • vince733 18 janvier 2011 14:43

      @Emile Mourey

      Merci de nous faire partager vos connaissances et votre rigueur. Merci également de mettre toute cette connaissance à notre portée et de ne pas la considérer comme une affaire de « spécialiste ».

      Les raisons du désintérêt sont multiples et propres à chacun. Le retour de nos concitoyens vers l’histoire et le sacré est amorcé, mais lent.


    • Antenor Antenor 17 janvier 2011 18:36

      Les deux chapiteaux suivants, s’ils illustrent sûrement la vie politique de l’époque à laquelle ils ont été sculptés, sont clairement tirés des passages consacrés aux tentations auxquelles Jésus est soumis dans le désert d’après Mathhieu (4-1) et Luc (4-1).

      http://www.romanes.com/Autun/Saint_Lazare_d_Autun_0057.html

      http://www.romanes.com/Autun/Saint_Lazare_d_Autun_0044.html

      Ou alors, il faut trouver un texte prophétique ou essénien antérieur aux Evangiles qui utilise des images identiques dans lesquels les auteurs des Evangiles ont pu puiser.

      Si ce chapiteau évoque la lapidation d’Etienne narrée dans les Actes des Apôtres, cela confirmerait l’influence de Luc dans la région.

      http://www.romanes.com/Autun/Saint_Lazare_d_Autun_0069.html


      • Emile Mourey Emile Mourey 17 janvier 2011 20:17

        @ Antenor

        Les images sont revenues.

        Je parlais d’autres chapiteaux. Le premier fait référence à l’ancien testament : le sacrifice d’Isaac. Difficile d’y voir une référence évangélique. Le deuxième se rapporte à la coutume juive du lavement de pieds. Que l’évangile ait repris le thème, oui, mais il ne l’a pas inventé sauf, peut-être pour l’inverser. Il est vrai que là aussi, c’est le christ Constantin qui lave les pieds mais je rapprocherais plutôt la scène des discours d’Eumène. Eumène remercie Constantin qui restaure (lave) Autun, à droite, mais lui signale que Bibracte, à gauche, attend d’être restaurée, elle aussi. Il s’agit là d’un message très terre-à-terre et politique et assez peu évangélique.

        En ce qui concerne les chapiteaux que vous m’indiquez, je possède l’image en grand. Il est vrai que le personnage en robe porte une auréole crucifère, ce qui est étonnant, mais son visage est manifestement celui d’une jeune fille. Je l’identifie à Flavie (Autun) et le jeune garçon qui la suit, plus petit, à Bibracte. Quant au démon, que l’on retrouve sur d’autres chapiteaux, c’est l’ennemi juré des Eduens de cette époque, Galère, qui essaie de s’emparer du pouvoir absolu (le globe, celui sur lequel Jésus/Constantin pose la main dans le chapiteau dit de la sainte famille).

        En ce qui concerne le deuxième, j’en ai donné mon interprétation dans l’article précédent.

        Quant au troisième, c’est une scène de lapidation. J’y vois plutôt une référence à la persécution de Galère.

        Que pensez-vous du rapprochement que je fais entre la nativité de Gourdon et celle d’Autun ? Je trouve cela absolument fabuleux... fabuleux de naïveté mais aussi d’intelligence. Nous sommes bien loin des pauvres Gaulois du mont Beuvray.


        • Antenor Antenor 18 janvier 2011 21:57

          @ Emile

          Il y a indubitablement un air de famille entre les fresques de Gourdon et les chapiteaux d’Autun, surtout si on les compare à ceux de Vézelay dont la thèmatique est beaucoup plus floue.

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