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Accueil du site > Tribune Libre > La localisation de Bibracte toujours au point mort

La localisation de Bibracte toujours au point mort

Il y a un peu plus d’un mois, la Bourgogne accueillait Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture. Cette visite eut lieu à Cluny. Elle donna lieu à un reportage « Des racines et des ailes » sur la très célèbre abbaye. Vaste chantier de restauration.

Une petite demi-journée aurait suffi au ministre pour se rendre, non loin de là, sur le site du mont Beuvray que son illustre oncle a érigé, quelques années plus tôt, en site national, autre grand chantier. Curieux, ce désintérêt des responsables de la culture pour le musée archéologique européen qui s’y trouve, un des grands travaux, pourtant, du septennat mitterrandien !

Où est l’erreur ?

Dans le débat qui m’a opposé sur Agoravox à Samosatensis, j’ai critiqué les trois arguments qui l’autorisent à penser que le mont Beuvray était le site de Bibracte. Je résume :

I. Concernant l’étendue et les fortifications du site.

11. César n’a jamais écrit que Bibracte était l’oppidum le plus étendu mais de beaucoup le plus important (longe maximo). Par ailleurs, aucun texte antique ne permet de dire qu’on puisse classer les oppidum en fonction de leur étendue.

12. Les murailles de Bourges contre lesquelles César dressa ses grands ouvrages de siège sont d’une autre nature que les terrassements du mont Beuvray. Je ne puis admettre que Bibracte ait été moins bien fortifiée.

13. La relative importance de la population qui y séjourna, aux deux premiers siècles avant notre ère, ne s’explique pas par la fondation d’une capitale éduenne - les textes font remonter les Eduens beaucoup plus tôt - mais, dans le contexte de la guerre des Gaules, par l’installation des Germains d’Arioviste, puis par celle des Boïens (tout s’éclaire et s’explique si l’on identifie le mont Beuvray à la Gorgobina des textes, site stratégique dominant le pays éduen).

II. L’importance des vestiges d’amphores mises au jour.

21. Suivant la logique militaire, l’implantation au mont Beuvray d’une garnison arverne en surveillance du pays éduen et en protection de la Loire - Gorgobina, alias Gergobina, la petite Gergovie - explique qu’il a fallu la ravitailler en huile certes, mais aussi en vin. L’arrivée massive de guerriers germains venus en renfort à partir de - 78, explique le "décuplement" du ravitaillement. Leur remplacement sur le site par les guerriers boïens explique la diversité remarquée par les spécialistes.

22. Cette abondance d’amphores vinaires ne s’explique pas si le site était Bibracte et la population, des civils, druides et notables, davantage portés à la tempérance et surtout, à la conservation des contenants. Le fait qu’on n’ait jamais trouvé autant de débris d’amphores sur les sites des autres capitales gauloises montre bien que nous avons ici affaire à un cas particulier : le ravitaillement d’une troupe ou d’une tribu récemment implantée.

III. L’importance des monnaies mises au jour.

31. De même, le fait qu’on n’ait jamais trouvé autant de monnaies sur les sites des autres capitales gauloises montre bien que nous avons ici affaire à un cas particulier : un lieu "mystique" où les Eduens enterraient leurs morts (en jetant les dites monnaies dans le bûcher). Nous retrouvons ce même phénomène chez les Arvernes, sur le plateau de Corrent.

32. A cela s’ajoute le fait que les Gaulois cachaient leurs trésors dans le sol en cas de danger. Or, il apparaît à la lecture des Commentaires que Gorgobina a été prise d’assaut, au moins une fois.

Quant à Wikipédia, où j’ai violemment été pris à partie par son représentant Luscianusbeneditus, voici ci-après quelques extraits de son argumentation.

Sur le fond les "travaux" de ce monsieur Mourey sont une vaste imposture. Il n’y a aucune méthodologie, non seulement les bases de la pratique historique sont bafouées en permanence, mais même les règles de tout raisonnement sain, à commencer par le rasoir d’Ockham. Ce monsieur ignore tout - et veut tout ignorer - des découvertes archéologiques et des méthodes archéologiques et historiques depuis plus d’un siècle. Il n’a jamais publié dans un cadre scientifique ni en revue, ni en colloque, ni même chez un éditeur réel. Pourquoi devrait-on parler de lui alors qu’il n’a jamais fait l’effort de se mettre au niveau du débat scientifique ? Que son avis est même pas minoritaire mais tout simplement inexistant dans le domaine scientifique considéré. Qu’il peste contre WP comme il inonde de courrier les spécialistes de la question depuis des années… Ses élucubrations sont des délires d’interprétations qui ne résistent pas une seconde à l’examen des faits et sont, au fur et à mesure des découvertes, un peu plus ridicules chaque jour : si le Beuvray était un site aussi mineur qu’il le prétend on se demande bien pourquoi on y a retrouvé la plus ancienne basilique monumentale construite à la romaine de toute l’Europe non méditerranéenne. Pauvres lecteurs d’Agoravox tenus dans l’ignorance des réalités souvent passionnantes de l’archéologie du Beuvray et sommés par ce monsieur de croire que de toute éternité les seules constructions qui vaillent sont celles des villages médiévaux de la Bourgogne et de l’Auvergne, puisque selon lui l’Atlantide de Platon n’est rien d’autre que la description d’une petite bourgade auvergnate aux maisons médiévales. Qu’ajouter de plus quand on en est là ? Non réellement il n’y a pas de problème :-) Luscianusbeneditus (d) 19 novembre 2009 à 08:52 (CET)...

 Par ailleurs répondre à ce monsieur n’aurait aucun intérêt, il suffit de le lire pour voir que ses récriminations sont sans fondement car il ignore tout des régles de WP et pour se convaincre qu’il serait complètement inutile de perdre du temps à essayer de le convaincre : il est en dehors de toute rationnalité.Luscianusbeneditus (d) 20 novembre 2009 à 12:56 (CET)

Ce document provient de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion_utilisateur:Luscianusbeneditus ».

Pauvres lecteurs d’Agoravox ! Si vous avez l’occasion de vous rendre sur le mont Beuvray. Si vous êtes autorisé à consulter l’importante documentation que conserve la bibliothèque du musée, et si, par le plus grand hasard, il vous arrivait de trouver une étude argumentée concernant l’identification de ce site à Bibracte, faites- moi signe, car à ma connaissance, il n’y en a pas ... et il n’y en a jamais eu.

N. B. Je n’ai jamais dit que le mont Beuvray était un site mineur. Je n’ai jamais dit que Gergovie était une petite bourgade. J’ai seulement voulu expliquer qu’on se faisait une idée absolument délirante et irréaliste du texte de Platon.


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5 réactions à cet article    


  • Emile Mourey Emile Mourey 9 octobre 2010 09:59

    Au lieu de : un lieu « mystique » où les Eduens enterraient leurs morts (en jetant les dites monnaies dans le bûcher), lire : un lieu « mystique » où les Eduens brûlaient leurs morts (en jetant les dites monnaies dans le bûcher).


    • Antenor Antenor 9 octobre 2010 18:41

      Dans la phrase de César décrivant le mur gaulois, (début de 7-23) « aggere » pourrait-il être traduit par « petites pierres » plutôt que par « terre » ? Recouvrir de terre des poutres en bois comme le propose la traduction classique me semble être le meilleur moyen de les faire pourrir à vitesse accélérée. Et même d’un point de vue défensif, quel intérêt d’insérer des poutres dans un talus en terre ? Une palissade ornant le sommet du talus serait plus logique. Il y a quelques années on parlait de 20000 habitants au Mont-Beuvray, aujourd’hui c’est 5000 et demain ?

      Précédant l’agglomération, un sanctuaire à la fonction mal définie a été bâti dès le 3ème siècle avant J.C. au sommet du Mont-Beuvray.

      Comme Augustodunum, Bibracte désignait déjà peut-être à la fois la ville d’Autun et la citadelle de Mont-Saint-Vincent comme peut le laisser deviner le préfixe « bi ». Bibracte pourrait-il être la contraction de « Bi-Briga » (la double forteresse) ? Que le Mont-Beuvray soit appelée « Montagne de Bibracte » dans ce contexte serait assez cohérent.

      Corent = médiolanum arverne ?


      • Emile Mourey Emile Mourey 10 octobre 2010 09:21

        @ Antenor

        Il faut revenir au bon sens paysan. Il est bien évident que les poutres insérées dans le soi disant rempart reconstitué par les archéologues du mont Beuvray sont condamnées à pourrir si cela n’est pas déjà fait. Il n’est pas nécessaire de sortir de Saint-Cyr pour comprendre cela.

        Il faut revenir au bon sens paysan et oublier les traductions du Gaffiot. Il existe deux sortes de retranchement : celui qu’on construit dans l’urgence et qui n’est pas prévu pour durer et celui qu’on élève pour protéger durablement. Dans mon interprétation du texte césarien d’ Alésia, ce premier type de retranchement comporte, en façade le vallum et derrière, l’agger. Ce vallum, c’est le fossé et probablement aussi le devant, un devant le plus vertical possible depuis le fond du fossé. Il est constitué soit de pierres, soit de mottes de gazon. Derrière, l’agger ne peut être que du tout-venant. Quand en fin d’étape, les légions s’entourent d’un vallum, il faut comprendre que cela ne se limite qu’à un fossé dont on rejette la terre du côté du camp pour faire une butte que l’on surmonte parfois d’une palissade sommaire. Quand, au siège de Bourges, César élève un agger de presque 24 mètres de haut, il faut comprendre que c’est une rampe d’accès constituée d’un tout venant de branches de toute sorte maintenues dans un assemblage lié, ce qui explique que les Gaulois ont pu l’incendier. En ce qui concerne le deuxième type , beaucoup plus soigné, destiné notamment à être l’enceinte d’une capitale, ce ne peut être qu’un rempart à la grecque, c’est-à-dire en pierres cimentées au mortier de chaux. Un des types de mur décrit par Vitruve est constitué de deux parois de pierres en façade, à l’intérieur desquelles on entasse un tout venant de pierraille et de terre. C’est ce type de construction qui existait encore pour construire les châteaux du XVII ème siècle. A Avaricum, c’est ce type de construction que les Gaulois ont construit mais en le renforçant en façade par des longues poutres en bois horizontalement continues et séparées par des intervalles réguliers. C’est ce que César décrit sous le nom de murus gallicus.

        Au mont Beuvray, la construction des grandes enceintes appartient au premier type : construction dans l’urgence et sans souci de durabilité, ce qui va dans le sens de mon interprétation : arrivée des Germains sur le site dans le contexte d’une opération militaire du type coup de main. Les véritables remparts de Bibracte, il faut les localiser à Mont-Saint-Vincent, et ceux de Gergovie, au Crest.

        Briga désigne un pont. Le terme se retrouve en anglais et aussi en allemand.


      • Antenor Antenor 10 octobre 2010 00:06

        @Emile

        Il y a très peu de monnaies arvernes au Mont-Beuvray. Par contre, la part des monnaies séquanes est très importante. Les Séquanes étant asservis par Arioviste, rien d’étonnant à ce qu’ils soient contraints de financer ses expéditions guerrières.

        http://www.mcu.es/museos/docs/MC/ActasNumis/Apport_des_decouvertes.pdf

        Reste le mystère de la monnaie « Kaletedu » : éduenne ou séquane ?


        • Emile Mourey Emile Mourey 10 octobre 2010 09:40

          @ Antenor

          C’est possible que les Germains aient perdu au mont Beuvray quelques monnaies séquanes mais je pense surtout que le principal des monnaies était des monnaies d’offrande éduennes. La monnaie Kaledetu ne peut-être, selon moi, qu’éduenne. Il n’y aucune raison de l’attribuer aux Séquanes. L’affaire est d’importance car c’est en se basant sur cette monnaie mise au jour dans les fouilles d’Alésia qu’on met les Séquanes en deuxième position après les Arvernes parmi la troupe des assiégés. C’est tout à fait contraire aux textes. Ce sont les Eduens qui ont pris la part la plus importante dans le combat. Quant aux Arvernes, comme leur présence sur le site du Beuvray n’a été qu’à l’échelon d’une garnison, garnison probablement évincée par les Germains, je ne vois pas logiquement pourquoi ils y auraient laissé des monnaies.

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