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Accueil du site > Tribune Libre > La source première de vérité est-elle la Joie ?

La source première de vérité est-elle la Joie ?

"Du côté où il y a le plus de joie, c’est là qu’il y a le plus de vérité". Cette phrase est prononcée par Doña Prouhèze dans le Soulier de satin de Paul Claudel (1929). Elle est à même de nous éclairer dans la recherche de ce qu'est la vérité. Où trouver la vérité ? Quelles formes prend-elle et en quoi se différencie-t-elle de la réalité ?

I - "Du côté où il y a le plus de joie, c’est là qu’il y a le plus de vérité" (Paul Claudel) : analyse

On relèvera tout d'abord que la citation de dit pas que la joie est la source d'émotion exclusive de la vérité. Mais elle place la joie au-dessus des autres émotions et des autres sources de vérité. Nous allons examiner cette proposition.

Quelles sont les émotions ? L'époque retient essentiellement six émotions : la joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût, la surprise. Ce choix correspond aux émotions constatables dans les expressions du visage. Toutes les émotions expriment une vérité. Par exemple, la peur ne nous gagne pas par hasard, elle nous alerte sur un danger réel. Mais, on peut voir qu'il y a des émotions positives et d'autres négatives. Les émotions positives ? En fait, il n'y en a qu'une émotion qui soit vraiment positive, c'est la joie. Les autres émotions nous éloignent du monde : la peur nous conduit à nous en préserver, à nous tenir à l'écart. Le dégoût nous fait aussi nous tenir éloignés de certaines choses et de certaines gens. La tristesse nous fait fuir, tout comme les gens tristes. La colère aussi est une émotion qui sépare les gens plus qu'elle ne les rapproche. La joie en revanche rapproche les gens entre eux et rapproche les êtres humains de la vie. La joie unit, tandis que les émotions négatives produisent le résultat opposé.

Outre la joie, il est une émotion qui n'est pas négative, c'est la surprise. Mais la surprise est une émotion qui trahit l'impréparation. Elle nous fait perdre nos moyens au moins momentanément. On ne peut donc pas dire que ce soit une source perpétuelle de joie, toutes les surprises n'étant pas bonnes : il y a aussi les mauvaises surprises. Mais les philosophes ont développé une notion qui s'en rapproche : l'étonnement. Cette notion est source de joie, mais n'est pas une émotion. L'étonnement serait en quelque sorte de la surprise apprivoisée, recherchée, délibérée. Il n'en demeure pas moins que l'on peut dire que l'émotion de la surprise se trouve ainsi à la base d'une source de joie : l'étonnement. La philosophe Jeanne Hersch.a écrit un splendide petit ouvrage sur ce thème : "L'étonnement philosophique" (éditions Folio essais). La philosophe y retrace les manifestations de cet esprit d'étonnement, cette "capacité à s'interroger sur une évidence aveuglante", à travers les âges, de Socrate jusqu'à Jaspers. Il y a une semaine, Jean d'Ormesson publiait dans le Figaro un article "Le grand bonheur de l'étonnement", une thèse ainsi résumée : "En trois générations, les Grecs ont tout inventé. Ils ont découvert l'alpha et l'oméga de la philosophie : l'étonnement."

Si l'étonnement repose en partie sur l'esprit de surprise, il est aussi et surtout le cousin de la joie. En fait, n'est-il pas partie prenante de la joie ? La joie est donc bien l'émotion qui contient le plus de vérité. Elle crée la fusion entre les êtres, entre les atomes. La joie nous fait grandir. Et, conclusion qui s'impose du croisement de ces deux affirmations : la vérité nous fait grandir.

La joie dont parle Claudel inclut la souffrance de la séparation. C'est sur ce point que le lecteur ne sera pas forcément d'accord. De même qu'il ne sera pas spontanément séduit par l’oxymore du « sacrifice joyeux » par lequel Rodrigue et Prouhèze renoncent l'un à l'autre alors qu'ils s'aiment. Cette joie de la souffrance est d'origine autobiographique : « Le Soulier est mon œuvre la plus importante, celle qui résume toute ma vie », dit Paul Claudel le 15 avril 1931 à Henri Hoppenot. C'est ici que l'on peut dire que l'écrivain produit de la vérité, car il invente une fiction mais en y engageant son être, l'authenticité de son émotion vécue. De plus, cette joie issue de la souffrance est totale, absolue. Dona Prouhèze : « Qu'ai-je voulu que te donner la joie ! Ne rien garder ! Etre entièrement cette suavité ! Cesser d'être moi-même pour que tu aies tout ! Là où il y a le plus de joie, comment croire que je suis absente ? Là où il y a le plus de joie, c'est là qu'il y a le plus de vérité ! Je veux être avec toi dans le principe ! Je veux épouser ta cause ! Je veux apprendre avec Dieu à ne rien réserver, à être cette chose toute bonne et toute donnée qui ne réserve rien et à qui l'on prend tout ! Prends, Rodrigue, prends mon cœur, prends, mon amour, prends ce Dieu qui me remplit ! »

La joie n'est pas le bonheur

Claudel ne confond pas les deux idées. D'ailleurs, une grande part de souffrance entre dans la composition de ce qu'il appelle la joie. Mais à y bien réfléchir, n'a-t-il pas un peu raison ? Le bonheur n'est-il pas une abdication de Joie ? A combien de joie pure renonçons-nous pour nous garantir un bonheur tranquille et confortable ? La joie n'est pas tranquille, elle ne réside pas dans l'installation et la vie ordinaire. Joie ou bonheur, il nous faut choisir. Bonheur ou vérité, il nous faut choisir.

Ce point méritait d'être souligné, mais passons, car je ne voudrais pas jouer les rabat-joie !

II - Quelles sont les autres sources de vérité ?

Ainsi que nous l'avons vu dans l'article précédent, "comment créons-nous la vérité ?", on peut affirmer sans trop de risque d'erreur que :

- 1 - La vérité n'existe pas à l'état naturel, elle se crée.

Ne confondons pas, en effet, la vérité avec la réalité, qui existe en dehors de nous et qui ne fait l'objet d'aucune interprétation ni d'aucune élaboration de notre part. La réalité s’exprime d’elle-même, pas la vérité qui a besoin d’un interprète. La vérité est le plus souvent (quand elle n'est pas purement artificielle) de la réalité décodée, interprétée puis retraduite.

La représentation mentale du monde par la conscience et par la perception des sens, n'est pas la réalité elle-même. On ne peut pas donner le nom de réalité à des représentations mentales, aux images. D’une certaine façon, on peut dire que l’esprit humain est une caverne au sens de Platon. Nous n’accédons à la réalité que par l’image. Ces représentations sont nos vérités mais elles ne coïncident pas parfaitement avec la réalité et, en tous cas, elles ne font pas partie de la réalité : je ne vois pas les images qui sont dans votre tête et aucun scanner ni machine ne permet de les montrer. Ce n’est pas du réel. La confiance que nous avons dans la perception de nos sens est aussi une forme de vérité, établie par l'expérience et l'acuité des sens.

Le cerveau n'est pas l'origine de ces vérités. Il ne fait que traiter les vérités. Une émotion est une réalité puis, quand elle est ressentie par nous, elle devient notre vérité. Mais, le cerveau n’est pas à l’origine des émotions, il ne fait que prendre connaissance de cette réalité physique du corps et de la façon dont elle est ressentie (ce qui devient alors la vérité). De même, le désir se manifeste sans l’ordre du cerveau. Dans ces deux cas - émotions et désir - le cerveau doit lutter pour garder la maîtrise, preuve qu’il n’est pas l’auteur de ces états.

- 2 - Il existe trois sources naturelles de la vérité chez l'être humain.

La partie supérieure de l'individu est celle de la tête et des mains. C'est là qu'est le siège de la conscience et de la perception et donc de la première source de vérité.

Le deuxième étage est le buste. C'est le siège des besoins et des émotions. L'estomac serait le cerveau des émotions.

Enfin, la troisième partie comporte le désir et la motricité. Comme le corps ne ment jamais, ces deux niveaux sont les sources de vérités authentiques. Quand les mots disent une chose et les corps le contraire, c'est le corps qu'il faut croire !

Le bon, la brute et le truand. Cette image peut être plus parlante : le truand est la partie inférieure : il ne pense qu’à forniquer et utilise ses jambes pour fuir ses responsabilités. La brute passe tout son temps à satisfaire ses différents besoins sans jamais songer à partager avec les autres sauf par intérêt bien sûr. Enfin, le bon a découvert l’importance de l’Autre qu’il voit comme un égal et il se montre moins égoïste que les deux autres. Mais il faut quand même la troisième source de vérité (dieu, la morale) pour parvenir à des comportements socialement acceptables.

- 3 - L'Etre humain s'est créé une 4ème source de vérité

L’être humain ne pouvant pas se satisfaire des trois origines naturelles de la vérité, et ayant besoin de sens, il a créé une quatrième source de vérité : la religion. Cette quatrième source de vérité vient justifier les valeurs que l’Homme s’est créées : le bien et le mal, en particulier. Malheureusement quelquefois au détriment des autres vérités. C’est ainsi que les vérités du corps ont été longtemps niées par la religion catholique, les vérités divines prétendant se substituer à toutes les autres, allant même souvent jusqu’à refuser les preuves de la science.

Cette quatrième source de vérité permet aussi à l'être humain de régler les contradictions qui créent des tensions entre les trois sources naturelles de vérité.

L'invention du mal, notion qui n'existe pas à l'état de nature, vient de cette source.

III - Deux niveaux de vérité : la vérité du Créé et la vérité propre à l'Humanité

En définitive, si l'on fait le bilan de ces diverses sources, on peut déclarer qu'il existe deux niveaux de vérité : la vérité du Créé et la vérité inventée. La vérité du Créé (issue de la réalité externe et interne) est la vérité supérieure, celle qui relève de tout ce qui est créé : le Réel, l'Univers, l’Etre. Le Créé avec majuscule désigne tout ce qui est créé dans l’univers et qui dépasse le contrôle de l’homme. La vérité du Créé est la seule vraie vérité.

Tout ce qui relève du langage, de l'art, des lois, des valeurs, de la foi, c'est de la vérité inventée par l'Homme.

Toute la vérité de premier ordre, la vérité vraie, celle du Créé, n'est pas accessible à notre conscience. Beaucoup de vérités ne nécessitent pas un passage par la conscience, parce que la vie cherche avant tout l’efficacité. Ces vérités n’en sont pas moins des vérités. C’est ainsi que notre cerveau décode des signaux à l’insu de notre conscience. Il peut par exemple saisir les signes de disponibilité sexuelle chez l’autre (pupilles dilatées, par exemple) sans que nous soyons conscients de cette opération. A chaque fois que notre corps réagit en conformité avec la réalité à laquelle il doit s'adapter, il est dans la vérité. Il y a conformité avec la réalité et donc vérité. C'est ainsi que la vérité est validée par nous en permanence et sans l'intervention de notre conscience, à notre insu !

Une des vérités fausses mais consolantes est celle qui consiste à se faire croire que notre libre arbitre décide de tout. Encore une (belle) invention de l'Homme ! Nos gènes comme nos habitudes et notre inconscient, sont les plus grands artisans de nos choix de tous les jours. Le libre arbitre est surestimé parce qu’il nous valorise.

La vérité est du côté de la joie et la joie nous fait grandir autant qu'elle nous fait nous unir. La vérité de la joie est celle qui nous fait grandir, c'est notre humus, notre terreau de confiance et de joie partagée, la "terre des hommes" comme disait Saint-Exupéry.

Pour conclure, on peut dire que la vérité est liée au Créé mais plus exactement à la Création, car elle est une chose qui n’est jamais définitivement arrêtée. Cela expliquerait pourquoi les hommes sont aussi passionnés pour créer sans cesse du nouveau, par l'art ou par d'autres voies : par recherche de la vérité !

La vérité n’est pas figée, c’est un flot continu. Elle n’est pas statique non plus. Elle est changeante et évolutive. On peut dire que la Vérité est un canal. Et c'est ainsi que nous revenons à Claudel : et si ce canal était la joie ? Les croyants disent que la joie et la vérité sauvent. Pour les paraphraser d'une manière toute athée, je concluerai par ce mot : "Et c'est ainsi que la joie est grande !"

 

Crédit photo : Le Soulier de satin, adapté au cinéma en 1985 par Manoel de Oliveiria.


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76 réactions à cet article    


  • pallas 28 juillet 2017 10:44
    Taverne

    Ce qui incombe est d’etre soit meme, dans un monde auquel on peut se réalisé.

    Sa n’est pas le cas ici fort heureusement.

    Nous vivons tous dans une cage dorée ou infernal, mais au final dans une prison.

    Elle n’est pas mental mais physique, c’est le sens même de l’Enfer.

    La vérité n’est pas la joie, le paradis serai pour moi un cauchemars à contrario.

    L’Enfer : c’est la solitude éternel.

    Paradis : la soumission éternel.

    Actuellement il y a beaucoup d’articles parlant de « l’existence », et pas que sur Agoravox, je regarde ça d’une manière émouvant.

    La raison est simple, vous pressentez un drame, vous êtes nombreux dans ce cas, mais sans possibilité de mettre le doigt dessus.

    C’est la 6 emes extinction massive d’espèce, la réalité est là, la vérité est que vous n’êtes que des ersatz de forme de vie, donc des marionnettes dans cette pièce de théâtre.

    Cordialement


    • Pascal L 28 juillet 2017 11:20

      @pallas
      « L’Enfer : c’est la solitude éternelle.
      Paradis : la soumission éternelle. »

      C’est curieux d’opposer la solitude et la soumission, un peu comme si les relations humaines n’étaient que soumission. L’amour peut nous rendre libre ou esclave, cela dépend de la manière dont l’autre l’envisage. On peut aimer les autres pour soi-même et se les approprier ou les aimer pour eux-même sans chercher de contrepartie et les libérer. C’est cette deuxième forme qui est enseignée par le Christ et son paradis ne peut être soumission.

    • Jean 28 juillet 2017 11:22

      @pallas
      « Ce qui incombe est d’etre soit meme, dans un monde auquel on peut se réalisé. » lol, même mon traducteur panda/humain jette l’éponge.... smiley


    • pallas 28 juillet 2017 11:48

      @Jean

      C’est savoureux votre commentaire, ainsi que l’autre au dessus, vous ne faites que confirmer mes dires.

      Vous demandez être pris au sérieux, commencer par faire Séant d’acte réfléchi.

      D’une part sa ne fonctionne pas avec moi, de plus vous devenez les exemples de ce que je dénonce.

      C’est magnifique.


    • Taverne Taverne 28 juillet 2017 12:34

      @pallas

      (Réponse du poète) Il faut tendre l’arc de la joie pour viser le bonheur. Seul l’arc permet de « tendre vers », les autres armes ne sont pas nobles et n’apportent qu’un bonheur médiocre. Et, tel Héraclès, vous pouvez tendre votre arc même derrière des barreaux.


    • pallas 28 juillet 2017 13:18

      @Taverne

      Je souhaiterai que vous fassiez un article sur la Tchétchénie, de ce qui se passe la bas.
      Ou bien dans d’autre nation.

      En vérité, je m’intéresse beaucoup plus aux gamins vendu comme esclave sexuel, et cela dans absolument tous les pays de la planète, sa c’est la réalité, un cauchemars permanent.

      Je ne vois pas de bonheur et de joie de voir une fille se prostituer et auquel elle semble trouver sa normal.

      Tout comme je ne trouve pas normal que les gosses de riches sont prêt à assassiner leurs propres parents, vivant tous dans un milieu dorée.

      C’est l’Enfer ici, cage dorée ou infernal.

      Je vous conseil « Akira », vous m’avez donnez l’occasion de le relire à nouveau, merci bien.

      Votre joie n’est rien qu’un masque, moi je porte celui des ténèbres.

      Salut


    • popov 28 juillet 2017 10:51

      Joie, étonnement, surprise.


      Et l’émerveillement ?

      • Taverne Taverne 28 juillet 2017 14:28

        @popov

        L’émerveillement mais pas l’éblouissement.


      • popov 28 juillet 2017 15:14

        @Taverne


        Oui, c’est bien ce que j’ai dit : émerveillement. 

        Savoir s’émerveiller comme un enfant.

      • JL JL 28 juillet 2017 11:08

        Ce n’est pas la joie qui dit ce qui est vrai mais la vérité qui procure la joie.

         
        La joie est une récompense qui nous pousse à rechercher le beau, le bon, le vrai. 
         
        A ce titre, la joie est en effet, la source de toute chose.
         
        Les psychopathes sont-ils aptes à éprouver de la joie ? J’ai entendu parler de « joie mauvaise » : la Schadenfreude.

        • Pascal L 28 juillet 2017 11:37

          @JL
          « la Schadenfreude » La joie du malheur d’autrui. L’expression du visage n’est pas du tout la même. Cela ressemble plus à une grimace qu’à une expression de joie. Il s’agit donc bien là d’une émotion différente de la joie.


        • JL JL 28 juillet 2017 16:39

          @Pascal L
           

          « Changement d’herbage réjouit les veaux »
           
           Dis moi qu’est-ce qui te met en joie, et je te dirai qui tu es.


        • Emma Joritaire 28 juillet 2017 11:23

          "En fait, il n’y en a qu’une émotion qui soit vraiment positive, c’est la joie.« 

          La joie est, comme l’amour, aveugle.

           »La joie (...) rapproche les gens entre eux et rapproche les êtres humains de la vie.« 

          C’est bien ce que je disais. Elle rend aveugle.

           »La joie unit...« 

          Mais de façon aussi momentanée que superficielle.

          Exemple extrême : l’explosion de joie qui a salué l’a victoire des »Bleus" lors de la Coupe du Monde de Football 1998. Une semaine après, le soufflé était retombé.


          • pallas 28 juillet 2017 12:10

            @Emma Joritaire

            Vos propos sont justes, tout comme ceux de l’autre fille avec un pseudo étrange d’arme à feu soviétique.

            Sa m’apaise.

            Salutation.


          • Taverne Taverne 28 juillet 2017 14:27

            @Emma Joritaire

            C’est une réalité que la joie soude et rassemble. La joie soude et rassemble aussi les parts éparses de notre être, elle ne fait qu’Un de nous-même.

            Une joie est un flux. Comme un feu de joie, elle ne s’arrête pas tout net. Elle survit longtemps après être passée et le souvenir de la joie est encore de la joie.


          • kalachnikov kalachnikov 28 juillet 2017 15:27

            @ Taverne

            La joie n’est qu’un affect, une conséquence. Rattaché au principe du plaisir/déplaisir. Ce qui soude et rassemble, ce n’est certainement pas la joie, ça ce n’est que l’effet d’être rassemblé.


          • Taverne Taverne 28 juillet 2017 15:36

            @kalachnikov

            Je ne partage pas votre point de vue. Je dirai que c’est la tristesse qui n’est qu’une émotion dérivée, qu’un effet produit par les choses et les évènements. La joie me semble au contraire est une émotion à part entière. Elle peut se délier de tout ce qui est contingent. Elle peut même se détacher de tout plaisir et, comme dans l’oeuvre de Claudel, être associée à la souffrance.


          • Taverne Taverne 28 juillet 2017 15:38

            En fait, la joie véritable résulte de lexigence. C’est en cela aussi qu’elle se distingue des autres émotions ? Quelle autre émotion serait le fruit de l’exigence ? Je n’en vois aucune.


          • kalachnikov kalachnikov 28 juillet 2017 15:56

            @ Taverne

            Si elle résulte, c’est donc un effet. Qu’est-ce donc que l’exigence ?


          • Emma Joritaire 28 juillet 2017 18:33

            @Taverne


            "C’est une réalité que la joie soude et rassemble. La joie soude et rassemble aussi les parts éparses de notre être, elle ne fait qu’Un de nous-même.« 

            Mais c’est éphémère : C’est d’ailleurs ce qui la rend intéressante. Une triop longue durée la banaliserait. Comme tout ce qui dure. Surtout à notre époque.

             »...le souvenir de la joie est encore de la joie."

            Mais lorsqu’elle a été collective, son souvenir est individuel et il n’a plus ni la même saveur ni la même portée.


          • Emma Joritaire 28 juillet 2017 18:39

            @kalachnikov

            « Ce qui soude et rassemble, ce n’est certainement pas la joie, ça ce n’est que l’effet d’être rassemblé. »

            Je suis entièrement de votre avis, et dans ce cas-là, on peut parler d’euphorie. Elle peut avoir des effets calamiteux, comme celle du 13 mai 1958, sur le Forum à Alger.

            En oubliant son aspect éphémère, certains en ont déduit qu’une majorité d’Algériens était acquise à l’Algérie française. Sans

            Sans l’euphorie du 13 mai, il n’y aurait peut-être pas eu de putsch des généraux et d’OAS...

            En tout cas, c’est ce que je pense.


          • pallas 28 juillet 2017 18:46

            @Emma Joritaire

            Vous me stupéfier, vraiment.

            Je ne peut pas dire mot.

            Bonne soirée a vous


          • Emma Joritaire 28 juillet 2017 21:32

            @pallas

            « Je ne peut pas dire mot. »

            C’en est presque gênant pour moi.

            « Bonne soirée a vous. »

            Et moi, je vous souhaite de retrouver votre vocabulaire d’ici demain matin smiley


          • kalachnikov kalachnikov 28 juillet 2017 23:38

            @ Taverne

            L’exigence est-elle ce postulat qu’on a longtemps appelé ’dieu’ ? Un impérarif quelconque, improuvé, improuvable ?

            Ps : c’est dans le Théétète, je crois, que Platon parle de l’émerveillement comme la faculté du Philosophe, ’capable de s’étonner de ce dont nul ne s’étonne’. Quelque chose de ce genre.


          • Taverne Taverne 28 juillet 2017 23:53

            @kalachnikov

            Je ne dirai pas dieu car je ne suis pas croyant. Mais la joie est la seule émotion qui peut varier en qualité. De la joie facile et vulgaire à l’extase, à la joie du croyant. Donc, je dirai une exigence de qualité de joie avant tout.

            Sur l’exigence de joie, lire par exemple Gide : les nourritures terrestres.

            « Nathanaël, ne cherche pas, dans l’avenir, à retrouver jamais le passé. Saisis de chaque instant sa nouveauté irressemblable et ne prépare pas tes joies — ou sache qu’en son lieu préparé te surprendra une joie autre. »


          • kalachnikov kalachnikov 29 juillet 2017 00:02

            @ Taverne

            Platon dit aussi, par Socrate, que philosopher, c’est s’élever du particulier au général. Or, tu renvoies au principe du plaisir/déplaisir et à la singularité individuelle puisque si tes plaisirs sont raffinés, un autre trouve son content à se palucher devant youporn. Et les deux se valent absolument.


          • kalachnikov kalachnikov 29 juillet 2017 00:09

            Et je le redis : pour vouloir la Vérité, il faut avoir la conscience du Mensonge. On ne se redresse pas en disant ’je veux la Vérité’ comme si c’était une envie de pisser mais parce qu’on étouffe. Et c’est donc par là, vers le Mensonge que ça se passe. Et ça n’a rien de joyeux.

            ’Toi aussi tu t’écrieras : ’Comment ? Tout est faux ?!’ [Nietzsche, in le Zarathoustra]

            ’La vie est la farce à mener par tous’. [Rimbaud]


          • Taverne Taverne 29 juillet 2017 00:23

            @kalachnikov

            La joie et le plaisir ne sont pas les mêmes choses. Le plaisir est la libération d’une tension ou la satisfaction d’un besoin. La joie est une émotion.

            L’exigence de vérité dans la joie plutôt que des joies fausses...


          • Taverne Taverne 29 juillet 2017 00:30

            @kalachnikov

            C’est réduire la vérité que de la voir comme étant simplement le contraire du mensonge. Il y a aussi le secret, qui est différent du mensonge, sinon les langues n’auraient pas créé un mot spécial pour le désigner.

            Vivre dans la vérité offre cet avantage que l’on perçoit facilement le mensonge car il sonne faux dans un univers de vérité, il détonne. Mais dans nos sociétés, vérité et mensonge se confondent tellement que l’on ne parvient plus à distinguer le mensonge de la vérité (le retrait permet d’y voir plus clair). Cela est dû au fait que mensonge comme vérité sont mis au service de l’utilité et de l’efficacité (en communication notamment). La vérité n’est plus un but mais elles est devenue un simple moyen au même titre que le secret ou le mensonge.


          • kalachnikov kalachnikov 29 juillet 2017 00:39

            @ Taverne

            Donc elle n’est pas conditionnée par le principe du plaisir/déplaisir et conséquemment n’a rien à voir avec l’égoïsme, l’autoconservation, etc ? Serait-elle absurde ?


          • Taverne Taverne 29 juillet 2017 12:27

            @kalachnikov

            Tout cela est lié mais seule la joie permet à l’être de s’augmenter. Le plaisir retranche plutôt : il éteint le désir. Alors que la joie appelle toujours plus de joie.


          • kalachnikov kalachnikov 29 juillet 2017 14:23

            @ Taverne

            Je n’entends pas ça ainsi ; avant la jactance, il y a la pensée et la vérité en tant que concept ne peut exister que depuis le mensonge, le mensonge précède. Et puisque le mensonge est un concept universel, quel est ce mensonge universel ? Voilà une belle tâche pour un philosophe, dévoilement, apocalypse...

            ’Une petite fille morte dit : ’je suis celle qui pouffe d’horreur à l’intérieur des poumons de la vivante... Qu’on me sorte tut de suite de là !’ [Artaud]

            ’Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c’est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, — j’ai vu l’enfer des femmes là-bas ; — et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.’ [Rimbaud]

            Ps : Claudel, c’était quand même un bon catholique qui montra toute l’étendue de sa charité à sa soeur Camille.


          • kalachnikov kalachnikov 29 juillet 2017 14:25

            @ Taverne

            Je veux bien mais philosophiquement c’est tout de même niveau postulat, pétition de principe, etc. Non ?


          • Taverne Taverne 29 juillet 2017 14:38

            @kalachnikov

            « le mensonge précède » : vous n’allez quand même pas nous re sortir le paradoxe de l’histoire de la poule et de l’oeuf ?

            La vérité ne s’oppose pas qu’au mensonge, elle s’oppose aussi aux erreurs, aux apparences, aux illusions, aux croyances, au déni, aux secrets...


          • kalachnikov kalachnikov 29 juillet 2017 14:50

            @ Taverne

            Imaginons l’humanité à l’Aube. Selon vous, étendant le bras et désignant le monde, Adam dit-il ’voici la Vérité’. Ou bien plutôt dit-il ’je veux retrouver la Vérité’ parce que d’une part il l’a connue et la connait au moins intuitivement et parce que d’autre part, il a une connaissance/conscience au moins intuitive du mensonge*.
            Ce qui va de soi ne s’énonce pas et ne se formalise pas. Tout notre monde logique est construit ainsi ; il y a quelque chose dans l’ombre ; vous pouvez faire la même avec le concept liberté (pensable uniquement par le prisonnier ; satiété, etc).

            *une angoisse existentielle si le terme mensonge vous déplait ; une sorte de mal être diffus. Ce que Hölderlin appelle ’gravité lorsque dans un poème de jeunesse il relate une promenade au bord du Neckar.

            Dans les reflets du soir
             Etait le fleuve. Un sentiment sacré
             Frémit dans tout mon coeur ; et soudain je ne plaisantai plus,
            Soudain je fus plus grave, loin de nos jeux d’enfants.
            Frémissant je murmurai : il faut prier !’’


          • Taverne Taverne 29 juillet 2017 15:05

            @kalachnikov

            D’abord, il y a un paradoxe dans votre démarche : « imaginons » et donc « mentons ». Mentons pour comprendre la vérité ? Et c’est ainsi que l’on s’invente un Adam, une Eve, un dieu à prier.

            Ensuite, vous évoquez la vérité qui répond à un besoin de l’esprit. Ce n’est pas la plus fiable. La vérité existe d’elle-même ; elle n’est liée à aucun besoin de l’esprit. Le désir est une vérité, les émotions en sont une autre. Quand l’esprit ressent trop intensément un besoin de vérité, il a tendance à l’inventer pour se satisfaire.


          • kalachnikov kalachnikov 29 juillet 2017 15:14

            @ Taverne

            Quand je dis ’imaginons’, je veux signifier ’rejouons la scène’. Voilà, le monde est vierge, diriez-vous ’voici la Vérité’ ? Bien sûr que non car ce qui va de soi ne se formalise pas. En reavanche vous pourrez dire ’je veux la Vérité’ et vous ne pourrez le faire que depuis - au moins - l’intuition du mensonge. Donc, le mensonge précède. (si nous avions uen conscience claire de ce mensonge de l’Etre, car c’est de cela dont il est question, nous n’aurions pas la présente discussion) ;


          • Taverne Taverne 29 juillet 2017 15:35

            @kalachnikov

            Si l’on rejoue la scène, on crée la vérité sous forme de récit, ce qui est un travers commun. Mais bon, je vais moi aussi rejouer la scène. C’est la scène du malheur ! L’homme subit le malheur et il ne le comprend pas alors il cherche le sens. Il crée une vérité qui l’aide, un « mensonge vital » comme dit le médecin dans Le Canard sauvage d’Ibsen.

            - Dieu protège l’homme du malheur,
            - A défaut, Dieu le frappe du malheur pour lui faire payer sa faute (y compris la faute de n’avoir pas assez bien prié),
            - En dernier ressort, Dieu envoie le malheur sans l’expliquer : « c’est la volonté de Dieu », « les voies du Ciel sont impénétrables ». Voici notre homme rassuré : il y a toujours une cause qui fait sens.

            Alors, l’homme prie pour remonter du troisième niveau vers le premier. Si ses prières ne sont pas entendues et que le malheur frappe encore, c’est qu’il n’est pas digne du niveau un.

            Il est de l’intérêt des prédicateurs et des prêtres de faire croire que tout est mensonge pour imposer leur vérité. C’est comme le médecin qui veut faire croire que tout le monde est malade pour vendre sa médecine.

            Mais cette vérité plonge les hommes dans un mensonge.


          • kalachnikov kalachnikov 29 juillet 2017 22:35

            @ Taverne

            Je ne suis ni prédicateur ni prêtre de la même façon que tu n’es pas philosophe mais plutôt un moraliste puisque tu juges sans vérifier et en fonction de principes moraux. On n’est pas dans l’amour de la Vérité, là ; comme si la Vérité devait ménager, faire plaisir, être commode, etc. Si tel état le cas, on aurait mis la patte sur Elle depuis des lustres.


          • Taverne Taverne 29 juillet 2017 23:43

            @kalachnikov

            Je suis désolé que vous vous soyez senti visé personnellement par une remarque d’ordre général.

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