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La volonté de Dieu (réflexion à connotation plus politique que métaphysique)

La volonté de Dieu ( réflexion à connotation plus politique que métaphysique )

 

On assiste dans le monde, et en France, à la diffusion d’une conception théocratique de l’Etat. Forme d’Etat qui est pratiquée dans nombre de pays du Moyen Orient.

Et qui se serait peut-être installée jadis dans nos contrées (autour d’une autre appareil dogmatique), si, en France ou à côté, les rois n’avaient pas été en conflits fréquents avec la Papauté.

 

L’idée d’un tel Etat a un aspect séduisant sous un certain rapport : un Etat théocratique serait vertueux puisque ses dirigeants obéiraient censément à la volonté de Dieu (*) .

On comprend que dans le monde contemporain cette perspective de société vertueuse fasse des adeptes.

Puisque dans ce monde : - l’argent est roi, - les politiques utilisent leurs prérogatives pour déréglementer, et font sauter les protections sociales, - les conflits d’intérêts et d’autres formes de corruption gangrènent les classes dirigeantes, - l’usage de la menace et le recours à la force armée ( on pense aux USA) sont devenus le moyen habituel de se procurer les matières premières, de s’assurer des débouchés et de se garantir l’usage par les autres, de sa propre monnaie, la vie est dure pour les humbles.

Adeptes parmi lesquels certains, sortes de nouveaux "croisés" d'un nouveau genre, vont même jusqu’à porter les armes pour l’instaurer.

On comprend également qu’en face, les titulaires de charges publiques soient quelque peu démunis intellectuellement. Puisqu’ils ne s’interrogent pas sur les causes du phénomène, et ne se montrent capables (quand ils découvrent l'ampleur des conséquences du phénomène) que de penser à créer des fichiers « S » et d’essayer, à grand peine parfois, de tenir leurs listes à jour en vue de déjouer les attentats.

 

Les concepteurs de l’Etat théocratique nous paraissent, de leur côté, avoir une stratégie particulièrement intelligente … Qui marche (1) .

 

§ 1.

Si l’on se réfère aux divers écrits de penseurs de l’Etat théocratique fondé sur la Charia, ces derniers se proposent de commencer par convertir à l’islamisme … les Musulmans.

Cela nous paraît bien pensé.

Convertir les Musulmans à la cause des « islamiques » est évidemment moins difficile que de convertir les païens ou les fidèles d’autres religions, ou les tenants de la démocratie à un régime qui y tourne le dos.

Et puis, si l’opération réussit, et compte tenu des effectifs respectifs des communautés peuplant le pays « attaqué », les tenants de l’Etat théocratique disposeront d’une masse de manœuvre importante. Sur le terrain et dans les bureaux de vote.

En attendant le jeu naturel du rapport de forces, l’affaire suit son chemin. L’acceptation de la Charia par touches successives, semble progresser. Si l’on en juge notamment : -  par le nombre de femmes qui sortent voilées, nombre que l’on voit croitre à l’œil nu d’années en années, -  par l’installation dans des institutions officielles des Frères musulmans, -  par le succès des établissements d’enseignement se réclamant de cette confession … Sans compter que certains quartiers de banlieues vivent de facto sous l’autorité de politico-religieux, alors même que ces territoires … se trouvent en France.

§ 2.

Les tenants de l’Etat théocratique ont eu l’astuce de ne pas se présenter comme des penseurs ou des militants politiques, oeuvrant pour la mise en place d’un nouveau régime politique.

Car ils auraient, le cas échéant, été combattus, probablement de manière vigoureuse et efficace.

Ils ont (évidemment) choisi le terrain religieux.

Qui est celui des déclarations de droits, et des lois sur la liberté de conscience et sur la liberté des cultes. Terrain sur lequel, ils pouvaient donc compter, pour progresser, et en cas de difficultés, sur l’aide de défenseurs des droits et des libertés. Que l’on peut toujours trouver quelque part (ou fabriquer), et actionner.

Et pouvaient profiter des « ressorts » humains habituels, comme la passivité, la naïveté, la lâcheté, la bêtise, la cécité aux pièges des syllogismes, les calculs personnels, ... Travers bien utiles à ceux qui connaissent un tant soit peu les techniques de manipulation.

Et là encore, cela a très bien marché.

a) Quand les « démocrates » et les « laïcs » du début du XXIème siècle (maintenant) ont été confrontés à cette poussée de mouvements politiques prônant l’installation d’Etats religieux, ils ont adopté une attitude contraire à celles des Républicains de la IIIème République ( 2) .

Ils ont en effet, et en dernière analyse, systématiquement trouvé les arguments qui donnaient une sorte de légitimité aux revendications (à objet politique mais à formulation religieuse), des politiques « intégristes »

Entre autres exemples : il faut céder aux injonctions des Frères musulmans qui exigent que les piscines soient interdites au public certains jours … pour que les femmes soient autorisées par leurs maris à sortir de chez elles pour aller s’ébattre dans l’eau. Il faut mettre à disposition des médecins femmes, … pour que les femmes puissent être soignées. Il faut trouver des surveillantes d’examen femmes qui contrôlent l’identité des candidates en dehors de la présence des autres étudiants… de manière à ce que les jeunes filles puissent suivre des études supérieures. Etc… etc…

On rappellera également les initiatives de certains politiciens, prenant de vitesse les « intégristes » (lesquels ont du bien « rigoler »), et visant à rétablir le délit de blasphème (sic).

b) Les thèses contraires ( affirmant la supériorité du principe de la laïcité) furent anéanties par les juges.

Sans avoir à multiplier les exemples on fera référence dans le cadre français à la jurisprudence Kerrouaa ( CE 2 novembre 1992). Dans laquelle le Conseil d’Etat a réussi le tour de force de déclarer illégal un règlement intérieur d’un établissement scolaire interdisant le port du voile, en exploitant de simples dispositions législatives contre le principe constitutionnel de la laïcité (sic).

c) Les personnes, écrivains, chroniqueurs, … qui s’aventurèrent publiquement dans des prises de position critiques, firent l’objet de procédures judiciaires (débouchant parfois sur des condamnations).

d) Quant aux politiques, ils s’appliquèrent souvent, surtout lorsqu’ils avaient en tête la carte électorale, ou les contrats avec certains émirats ou monarchies, à trouver une position médiane.

Par exemple selon la dialectique du quinquennat actuel (selon laquelle « il y en a pour tout le monde »). Consistant d’une part à rappeler que la constitution traite de laïcité, et d’autre part à déclarer qu’il ne leur est guère possible de s’opposer à la mise en œuvre de pratiques ou de principes … contraires (v. la déclaration idéale typique d’octobre 2019 du ministre de l’éducation nationale)

 

Conclusion ?

Ces constatations appellent naturellement à se poser la question (empruntée aux animateurs de chaînes d’information en continu) : Que va-t-il se passer demain ?

Comme c’est demain, on n’en sait rien. On peut simplement ouvrir des pistes d’observation.

 

Comme le pouvoir politique est largement inspiré par les détenteurs du pouvoir économico-financier, il faudra observer quelle tournure prendront les relations de ces forces avec les détenteurs du pouvoir religieux.

Elles ne pourront être bonnes que si le pouvoir religieux laisse le monde des affaires … continuer à faire ses affaires. Et si le monde des affaires, via les politiques, laisse le pouvoir religieux ordonner à ses ouailles de s’habiller, de manger d’une certaine façon, ou même de repenser, sur un fondement théologique, les découvertes de la science.

 

En réalité, l’examen de la situation actuelle semble permettre d’émettre l’hypothèse que les relations en question pourront être pacifiques (3).

Déjà, puisque les membres de la sphère politique pratiquent (déjà), et avec constance, une forme de conciliation (que l’on a rappelée ci-dessus).

Et parce que le décideurs ne sont pas critiqués, lorsqu’ils vendent les aéroports ou la Française des jeux, par les politico-religieux qui tiennent certains quartiers défavorisés sous l’empire de leurs règles.

Enfin, et de manière plus générale, parce que l’hypothèse que les êtres humains soient doublement encadrés, en tant que citoyens (abandonnés par l’Etat dé-régulateur) et en tant que fidèles (trouvant dans la religion ce que l’Etat leur a retiré), est une situation qui présente de multiples intérêts.

 

A surveiller …

 

Marcel-M. MONIN

m. de conf. hon. des universités

 

(*) d’où le titre.

(1) Nous signalons aux lecteurs un peu pressés, que nous ne parlons pas ici de « La République En Marche », mouvement politique français récent, auquel nous consacrons toutefois quelques mots dans le point d) du paragraphe 2.

(2) Quand les Républicains du début du XX siècle ont voulu faire échapper la société à l’emprise intellectuelle et politique des religieux catholiques, ils ont adopté une stratégie de combat. Entre autres exemples, en votant la loi (de 1901) sur les associations : Les associations se constituent librement … sauf les associations étrangères et … sauf les congrégations ; congrégations ( catholiques) qui géraient les écoles prestigieuses (les écoles des Jésuites) qui formataient l’élite de la société à des réflexes anti républicains.

(3) la législation pourra alors être adaptée pour permette une cohabitation de systèmes de règles particuliers, dérogeant, un petit peu, puis un peu plus, … à l’ancienne loi commune. Y compris dans l’usage de la langue. Domaine dans lequel il n’y aura d’ailleurs pas grand chose à faire quand on appliquera comme il faut la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. ( v. le commentaire de l’article 2 de la constitution dans : « textes et documents constitutionnels. Analyses et commentaires ». Dalloz-Armand Colin)


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10 réactions à cet article    


  • Pierre Régnier Pierre Régnier 22 octobre 15:54

    J’invite à lire et faire lire ce livre que je crois d’une très grande importance :

     

    J’étais prêtre et ne suis plus chrétien

    de Charles Condamines

    éditions l’Harmattan, 2019


    • zzz999 23 octobre 08:11

      @Pierre Régnier

      Il faut bien comprendre que les religions du livre et la catholique en particulier on autant de légitimité spirituelle que les pharisiens du temps de Jésus, c’est à dire aucune : il sont trahi lourdement les enseignements du Christ dans de nombreux domaines.


    • Pierre Régnier Pierre Régnier 24 octobre 09:56

      @zzz999

      Je comprends très bien que la religion catholique en particulier a trahi les enseignements du Christ. Voyez ici :

       

      https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-eglise-catholique-le-confirme-c-218245


    • Ruut Ruut 22 octobre 16:37

      Vous avez raison l’UE est une Théocratie.


      • Sozenz 22 octobre 16:57

        @Ruut
        il ne peut pas y avoir de théocratie . ( dans l absolu )
        Faire des choses Humaines comme diriger des hommes , des etats , de la politique etc ; est contre Dieu
        Celui qui utilise Dieu a ses propres fins est un escroc .
        les textes sont fait pour un travail intime et individuel et doit être consenti par libre arbitre 


      • sweach 22 octobre 17:35

        En France depuis 1905, nous avons séparé l’église de l’état, donc pour nous occidentaux, cette notion de « charia » est relativement vague.

        Pour un occidental les notions de politique et de religion sont bien séparé, tout le monde est libre d’adhérer à n’importe qu’elle politique qui va suivre la majorité et chacun est libre d’avoir sa foi si celle-ci se plie aux lois de la Politiques.

        Avec la charia c’est différent, politique et religion sont liés et si vraiment on veut distinguer les deux notions, c’est à la politique de se plier aux lois de la religion.

        On peut voir la charia comme un model politique comme un autre, il n’est juste pas compatible avec la démocratie, comme la dictature ou le communisme.

        Comme avec d’autre model politique, rien n’est discutable ou modifiable, on doit se plier aux règles et afin de les justifier la religion est utilisé comme argument.

        Mais ne vous trompez pas, même en démocratie on fait pareil, il suffi juste que la majorité croit en quelques chose pour justifier des lois, c’est actuellement le cas avec le réchauffement climatique par exemple.


        • Yann Esteveny 22 octobre 19:05

          Message à Mr Marcel MONIN,

          Je vous cite :

          "On assiste dans le monde, et en France, à la diffusion d’une conception théocratique de l’Etat. Forme d’Etat qui est pratiquée dans nombre de pays du Moyen Orient. Et qui se serait peut-être installée jadis dans nos contrées (autour d’une autre appareil dogmatique), si, en France ou à côté, les rois n’avaient pas été en conflits fréquents avec la Papauté."

           J’ignore ce que l’expression « nos contrées » désigne mais s’il s’agit de territoires et de peuples de l’Europe, je vous réponds qu’en France tout comme en Europe et tout comme d’autres civilisations dans le monde, se référer à Dieu pour la légitimité du pouvoir est fréquent et est souvent le marque d’une civilisation avancée. Ce n’est ni une nouveauté, ni un principe archaïque, mais une conception politique respectueuse du lien entre peuple, souverain, territoire et Dieu. Les « conflits » entre rois de France et la papauté ou si vous préférerez entre le Lieutenant du Christ et le Trône de Pierre sur la primauté du pouvoir ne remettent en rien ce principe premier : la légitimité politique doit venir de Dieu et la politique doit être en accord avec la volonté de Dieu.

          Nous vivons une époque en France de déchristianisation terminale avec sacralisation du Veau d’Or. Les notions de peuple, souverain, territoire et Dieu veulent même être effacées des consciences. Les esprits aux faits de cela expliqueront si nécessaire à qui veut l’entendre qui les a remplacées et par quoi. Quant à la prospérité en France des salafistes, des frères musulmans, des fichiers « S » et des terroristes, beaucoup peineront à envisager de croire que ce n’est pas une oeuvre catholique mais précisément celles de leurs adversaires actuellement au pouvoir. Ce résultat est qu’une conséquence très minime de la destruction de la catholicité dans notre patrie depuis plusieurs siècles. Beaucoup s’émeuvent des conséquences sans vouloir en comprendre les causes.

           Respectueusement


          • Jonas Jonas 23 octobre 00:06

            "Forme d’Etat qui est pratiquée dans nombre de pays du Moyen Orient. Et qui se serait peut-être installée jadis dans nos contrées (autour d’une autre appareil dogmatique), si, en France ou à côté, les rois n’avaient pas été en conflits fréquents avec la Papauté."

            Par définition, la Papauté, c’est le pouvoir spirituel, qui définit l’ordre moral et chapeaute le pouvoir temporel. Cela n’a donc rien à voir avec les théocraties islamiques du Moyen-Orient, où il n’existe pas de séparation entre pouvoir spirituel et temporel.


            • Pascal L 23 octobre 00:16

              « On assiste dans le monde, et en France, à la diffusion d’une conception théocratique de l’Etat »

              Cette conception a toujours existé depuis le premier homme qui a inventé le pouvoir. Posséder le pouvoir temporel seul est toujours un exercice dangereux qui peut mal se terminer. Posséder les conscience est une manière de stabiliser le pouvoir. Thiers déclarait « Je demande que l’action du curé soit forte, beaucoup plus forte qu’elle ne l’est, parce que je compte beaucoup sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l’homme qu’il est ici pour souffrir. » Nous étions en plein concordat. Ce concordat n’a jamais été fait pour que l’Eglise contrôle le pouvoir, mais pour que le pouvoir contrôle l’Eglise. D’ailleurs, pendant tout le concordat, les biens de l’Eglise n’ont pas cessé d’être confisqués, montrant par là la cupidité de ceux qui nous gouvernent, reprenant d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre.

              Déjà au XVIIème siècle la nomination par l’Etat d’évêque et de prieurs pris parmi la noblesse était une opération de confiscation des biens de l’Eglise. Les Evêques et les prieurs en question n’avaient même pas besoin de croire en Dieu.

              L’indépendance des Catholiques n’a jamais été supportée par aucun pouvoir. Les tentatives récentes de M. Valls pour faire pression sur l’Eglise Catholique en bloquant la nomination de l’évêque de Metz nous a montré qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Entre les martyrs du premier siècle et les guillotinés de la révolution française, le soutien des Eglises plus conciliantes avec l’Etat (protestantisme, gallicanisme, culte de l’être suprême, franc-maçonnerie) l’arrestation et la détention de Papes, les massacres Cathares mis sur le dos de l’inquisition, il n’y a pas d’époque sans que le pouvoir cherche à détruire l’Eglise Catholique. Même l’empereur Constantin qui a autorisé le Christianisme a voulu en faire une religion a sa dimension. Nous lui devons le schisme avec l’Eglise Orthodoxe.

              Plus récemment, la loi de 1905 a été pensée comme le coup de grâce contre cette Eglise qui devait disparaître par la suppression de la totalité de ses ressources. Malheureusement pour l’Etat, l’Eglise y a retrouvé sa liberté. La guerre de 14 a beaucoup fait pour la réconciliation nationale.

              « un Etat théocratique serait vertueux puisque ses dirigeants obéiraient censément à la volonté de Dieu »

              Obéir à la volonté de Dieu ? quels moyens Dieu met en œuvre pour obtenir cet obéissance ? absolument rien. Dieu nous a créé libre et n’intervient pas pour nous contrôler. Pour un Chrétien, Dieu est totalement amour, et il ne pourrait vous contraindre sans s’opposer à son amour. Il vous laisse même la liberté de recevoir son salut et d’aller au paradis. Sauf que pour beaucoup d’hommes (de femmes) de pouvoir, vivre une éternité dans l’amour avec une transparence sur tout leurs actes, ça ne peut être un choix possible.

              Dans l’islam, Dieu n’est pas amour. Il faut donc des lois pour contraindre les adeptes à vivre ensemble. Cela est tout de suite plus séduisant pour ceux qui détiennent le pouvoir. Ceux-ci s’affranchissent tout de même du respect des lois qu’ils imposent à leurs citoyens.

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