Subversion en Gaule d'hier et d'aujourd'hui - AgoraVox le m�dia citoyen

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Subversion en Gaule d’hier et d’aujourd’hui

Oui, c’est bien le sens de subversion ou de r�volution qu’il faut donner au mouvement que Vercing�torix a d�clench� en Gaule en s’appuyant sur une population de mis�reux et de malheureux (DBG VII, 4) que C�sar dit �tre issue de la pl�be (VII, 42). Et c’est bien avec l’intention de mettre en place cette r�volution que Drapp�s et Luct�rius marchaient vers la province, suivis - toujours d’apr�s C�sar - d’une troupe de gens sans aveu, d’esclaves, de bannis et de voleurs (VIII, 30).

C�sar avait exig� des notables �duens qu’ils lui envoient en renfort, � Gergovie, une arm�e de 10 000 fantassins.

Voici ce que dit tr�s exactement le "De bello gallico" : � environ quarante kilom�tres de Gergovie, Litavic arr�ta soudain la marche de son arm�e. Il r�unit tous ses hommes et leur posa la question suivante : « Soldats ! Quel chemin faut-il prendre ? (note de l’auteur : celui qui m�ne � C�sar ou celui qui m�ne � Vercing�torix ? Les soldats pensent qu’ils vont au secours de C�sar) D�cidez vous-m�mes ! Je viens d’apprendre que nos nobles cavaliers, tous ces hommes que vous connaissez pour leurs m�rites, ont �t� tu�s par les Romains (Litavic ment. C’est une ruse pour dresser ses soldats contre C�sar). Accus�s de trahison, on ne leur a m�me pas laiss� le temps de s’expliquer. Ecoutez le t�moignage de ceux qui ont �chapp� au carnage. Pour ma part, j’ai perdu mes compagnons et tous mes proches, je ne peux prononcer un mot de plus, tant ma douleur est grande. »
Alors, il fit avancer des hommes � qui il avait expliqu� ce qu’il fallait dire
(ces hommes mentent. Les nobles Eduens r�appara�tront par la suite, bien en vie). Ils confirm�rent ce que Litavic avait d�clar� : « Les nobles Eduens �taient morts. On leur avait reproch� d’�tre entr�s en pourparlers avec les Arvernes. Quant � eux, ils avaient r�ussi � se cacher dans la foule des soldats et ils avaient ainsi �chapp� au massacre. »
Une grande clameur s’�leva des rangs. Les Eduens conjur�rent Litavic d’�tudier lui-m�me les mesures qu’il fallait prendre. « R�fl�chissons un peu, r�pondit celui-ci : le temps est-il aux d�lib�rations ? Avons-nous une autre solution que celle de rejoindre Gergovie et de nous rallier aux Arvernes ? Apr�s le crime abominable qu’ils ont commis, les Romains vont maintenant accourir pour vous massacrer, n’en doutez pas ! Si nous avons du cœur au ventre, vengeons nos morts ! » Puis, montrant les citoyens romains du convoi de ravitaillement, il ajouta : « Massacrons ces voleurs ! »
(Il compromet ses soldats de fa�on qu’ils ne puissent plus revenir � l’amiti� romaine).
Le bl� et les vivres furent alors livr�s au pillage et les Eduens s’en rassasi�rent. Dans leur fureur aveugle, ils s’en prirent aux marchands, les soumirent aux plus effroyables tortures et les mirent � mort (DBG VII,38) ».

Fausse information ou information orient�e, intoxication, compromission, nous d�couvrons ici les trois r�gles d’or de la guerre subversive. Ces trois r�gles seront strictement appliqu�es par Mao-Ts�-Toung dans sa conqu�te du pouvoir ; je cite Wikipedia : il d�couvre une m�thode sovi�tique qu’il n’oubliera plus par la suite : les purges. Il parvient � asseoir une certaine autorit� en proc�dant ainsi � un r�gime de la terreur, s’appuyant sur le pr�texte de contrecarrer des anti-bolch�viques...

Subversion vient du latin subvertere : renverser. La subversion d�signe un processus par lequel les valeurs et principes d’un syst�me en place sont contredits ou renvers�s. Chacun peut lui conf�rer un sens positif ou n�gatif en fonction de sa propre position... (cf Wikipedia).

Premi�re question : L’op�ration "subversive" de Litavic a-t-elle suffi pour faire basculer la population du c�t� de l’insurrection ? R�ponse : En partie, oui, en partie, non !
Deuxi�me question : Quel a �t� l’�v�nement d�cisif qui a fait basculer le reste de la population h�sitante contre C�sar ? R�ponse : La r�pression de Cenabum et le massacre par les Romains des 40 000 habitants d’Avaricum.
Troisi�me question : Pourquoi l’�chec gaulois � Al�sia ? R�ponse : L’abandon pr�matur� d’une strat�gie de gu�rilla et le retour � une strat�gie de guerre classique.

Des organisations populaires face au pouvoir des druides et des nobles cavaliers.

Le texte qui suit est une traduction litt�rale du De bello gallico. En Gaule, non seulement dans toutes les cit�s, mais dans tous les pagus, dans toutes les localit�s et m�me jusqu’au sein des familles, il y a des associations � la t�te desquelles sont plac�s ceux qu’on estime avoir le plus de poids. En toutes choses et en tous projets, la d�cision leur revient en dernier ressort. Cette fa�on de faire a �t� institu�e depuis longtemps, semble-t-il, pour venir en aide aux petites gens contre ceux qui sont plus puissants qu’eux. Un responsable d’organisation ne peut accepter que les siens soient accabl�s ou tromp�s ; s’il agit autrement, il perd toute autorit� aupr�s d’eux.
Ce syst�me occupe la premi�re place dans toute la Gaule
(Haec eadem ratio est in summa totius Galliae DBG VI,11).

Entre la traduction courante " le m�me syst�me r�git la Gaule consid�r�e dans son ensemble" et ma traduction, que les professeurs de latin donnent leur avis ! Je suis pr�t � d�battre sur le sens que C�sar donne au mot "summa".
Ce petit d�tail est tr�s important, car si ce syst�me d’associations populaires - probablement de type compagnonnage - occupait la premi�re place en Gaule, cela signifie que les druides et les nobles cavaliers n’en occupaient que la seconde.
Ainsi s’explique la prudence des druides quand ils demandaient � C�sar d’intervenir contre Arioviste (sans avoir consult� au pr�alable les repr�sentants du peuple). DBG I, 20.
Ainsi s’explique l’ex�cution de Celtillos qui eut des vell�it�s de pouvoir personnel. DBG VII, 4.
Ainsi s’explique la conduite de Vercing�torix, oblig� de s’incliner plus d’une fois devant la d�cision des conseils.

Y a-t-il, aujourd’hui en France, une aspiration � un r��quilibrage du pouvoir actuel pour revenir � l’image de ce qui existait dans la Gaule ind�pendante ? Peut-�tre si l’on en croit la proposition de jury citoyens lors des �lections pr�sidentielles. Y a-t-il une aspiration � la suppression du pouvoir actuel et � son remplacement par un pouvoir populaire ? Apparemment oui en ce qui concerne les �lecteurs qui ont vot� pour les partis d’extr�me gauche. Mais ces �lecteurs sont-ils conscients que pour un parti r�volutionnaire, le but est la subversion du syst�me, c’est-�-dire un bouleversement de fond en comble (but d’ailleurs clairement affich�) ?

Strat�gie subversive classique pour la mise en place d’un pouvoir dit populaire.

Initi�e par les id�ologues bolcheviques, pens�e et mise en application avec succ�s par Mao-Ts�-Toung, cette strat�gie a inspir� les mouvements de lib�ration, en Indochine et en Alg�rie dans leurs combats contre les arm�es fran�aises et inspire encore aujourd’hui les mouvements r�volutionnaires (il s’agit l� d’un lieu commun ; il suffit de consulter Wikipedia).

Le paragraphe qui suit est un extrait r�sum� de l’enseignement que j’ai re�u � l’�cole de contre-gu�rilla d’Arzew. C’est un enseignement tir� des pr�ceptes que propose Mao-Ts�-Toung pour conduire une guerre r�volutionnaire.

1re phase : frapper les esprits : des incidents, des scandales sont mont�s en �pingle. Il faut sensibiliser l’opinion et la placer face � un probl�me. Les instigateurs du mouvement cherchent � paralyser l’action publique en r�pandant syst�matiquement le soup�on.

J’ajoute pour les temps qui courent et concernant notre pays : la d�lation et la d�sinformation sont de r�gle. On m�lange le faux et le vrai. On utilise l’ironie caustique. On explore toutes les possibilit�s d’actions judiciaires pour neutraliser l’action publique et pour renforcer le soup�on. On fait pression sur les juges ou on les accuse d’�tre partisans. On stigmatise les repr�sentants de l’autorit�. On les compare aux nazis et, en cas de r�action, on crie � la censure.

2e phase : gagner la complicit� passive de la population. Dans un climat de tension et de nervosit�, le pouvoir se livre � des actes de r�pression impopulaires. Les instigateurs du mouvement cherchent � rallier � leur cause la population par la persuasion, l’intimidation, la menace, accompagn�e d’agressions verbales et physiques et suivie m�me d’exp�ditions punitives. La population ne d�pose plus plainte et n’informe plus le pouvoir. Elle devient silencieuse tandis que les derniers d�fenseurs de l’ordre se font attaquer ou d�missionnent.

Phases suivantes : gagner la complicit� active de la population en incitant les citoyens � entrer dans des organisations que le mouvement contr�le et � s’engager toujours davantage au sein de ces organisations. Mise en place de structures socio-politiques parall�les � celles du pouvoir pour les contrecarrer dans un premier temps, les �quilibrer dans un deuxi�me temps, les remplacer dans un troisi�me temps. Infiltration dans les organismes publics et noyautage des rouages de l’�tat jusqu’� sa d�liquescence et sa chute.

La parole est l’arme de combat par excellence. Les protagonistes qui agissent � visage d�couvert sont sp�cialement entra�n�s au d�bat public, jusqu’� conna�tre par coeur des r�ponses qui leur permettent de faire face � toutes les situations (cet entra�nement au d�bat n’est d’ailleurs pas la sp�cifit� des mouvements trotskistes. En ce qui concerne les points suivants, il faut vraiment �tre aveugle pour ne pas s’en rendre compte).
Ne pas laisser � l’adversaire le fil du d�bat. Toujours reprendre la main.
L’attaquer sur ses points faibles ou sur des erreurs de d�tail pour le d�cr�dibiliser sur le reste.
L’accuser de ce dont on risque d’�tre accus� (violence, intol�rance, manipulation, d�lations, mensonges, etc.)
D’un cas particulier, g�n�raliser (tous pourris, tous vendus, tous riches, tous m�chants...)
L’important n’est pas dans la raison mais dans la subjectivit� (ce que ressent un auditoire dont une partie est d�j� conquise).
Surfer, au d�part, sur tous les mouvements contestataires, en marge et d’opposition, religieux ou la�cs, pour exister et se faire conna�tre, m�me s’il faut ensuite les combattre, suivant l’avantage qu’on peut en retirer.

Un cas int�ressant : la ville d’Asni�res.

Situ�e dans la banlieue nord-ouest de Paris, la mairie d’Asni�res-sur-Seine m�ne depuis plusieurs ann�es une politique de densification controvers�e. Les �quipements publics restent tr�s insuffisants compte tenu du dynamisme d�mographique de la commune : la population est actuellement estim�e � 85 000 habitants au moins (d’apr�s Wikipedia). Une explosion de la population d’origine modeste, en partie immigr�e, une urbanisation faite dans l’urgence, des zones inondables � probl�mes, une dette importante, une opposition politique tr�s active, tous ces �l�ments repr�sentent un terreau favorable pour une entreprise de subversion.

Apparemment, la phase de mise en place de structures socio-politiques parall�les n’est pas atteinte. Cette phase critique o� il est demand� aux citoyens acquis au mouvement de s’engager activement, en nombre cons�quent, dans des organisations contr�l�es par ce mouvement, exige un sens du b�n�volat et une disponibilit� difficilement conciliables avec le temps qu’on passe devant un �cran de t�l�vision.
Le blog www.asnierois.org, association Adada, en publiant dans sa rubrique, Les Canc’asni�res, le compte-rendu d’une brave m�nag�re acquise au mouvement mais qui ne se rend � un meeting du maire que pour avoir acc�s au buffet, montre bien la difficult� d’�duquer politiquement les masses populaires pour les amener � s’engager activement dans un processus r�volutionnaire. Pour avoir le r�cit complet, faire "asnierois canc’asni�res" sur votre moteur de recherche.

Il n’emp�che qu’� Asni�res, avec l’explosion des blogs d’opposition dits citoyens comme celui-ci, le climat, aux dires de certains, serait devenu d�testable (premi�re phase), qu’une partie de la population soutient ces blogs tandis que l’autre partie, toujours aux dires de certains, commencerait � avoir peur (seconde phase). Faire "asni�rois climat d�testable" sur votre moteur de recherche, puis peur. Lisez Le Parisien, 31/10/2003 : Les « menaces de mort » qui agitent Asni�res. Lisez L’Express du 06/09/2006, je cite : « Insult�, menac�, poursuivi par un vrai d�ferlement de haine, qui l’oblige parfois � rentrer chez lui sous protection polici�re, Taittinger (l’ancien maire), par ailleurs malade, jette l’�ponge en d�cembre 1998. » Et je ne parle pas des cocktails molotov et autres joyeuset�s.

Et pourtant, Asni�res est une ville dynamique et en plein essor o�, malgr� les difficult�s que j’ai �voqu�es, les conditions sont r�unies pour y bien vivre. La municipalit� en charge des affaires joue la carte du dialogue, de l’interactivit�, de la proximit� et de la transparence. Malheureusement, la ville a h�berg� - et elle h�berge toujours, apparemment - un groupe anarchiste actif dont elle se serait bien pass�e, surtout en la personne de l’anarchiste Paul Rassinier (†) consid�r� comme le p�re du n�gationnisme des chambres � gaz (cf Nadine Fresco dans Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier fran�ais).

Mouvement r�volutionnaire parmi d’autres, l’anarchisme, qui croit qu’une nouvelle soci�t� plus acceptable peut �merger naturellement du peuple sous forme de g�n�ration spontan�e, ne cache pas sa volont� de remplacer, m�me brutalement, l’ordre existant par un autre ordre, la fin justifiant les moyens pour y parvenir. Les textes d’�tude et de propagande concernant cette soi-disant philosophie abondent sur le web. Il suffit de les consulter. Il est vrai qu’il y a des variantes. On pourra �galement lire un article paru sur Agoravox le 6 juillet qui en fait l’apologie ainsi qu’un commentaire du responsable du blog d’Asni�res cit� ci-dessus, ancien instituteur, sympathisant anarchiste, pour le moins.

Post scriptum : bien que j’aie �vit� jusqu’� maintenant d’aborder des questions d’ordre politique, j’ai cru devoir �crire ce texte suite aux commentaires "no correct" qui ont suivi mon article du 19 juillet. Mais aussi � la m�moire de mes camarades morts au combat, non pas contre le peuple alg�rien - qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! - mais dans leur lutte bien r�fl�chie face au risque d’extension des subversions sovi�tique et chinoise (je peux donner mon t�moignage et d�velopper mon argumentation si besoin est).

Au moment o� Agoravox cherche sa voie dans son r�le de contre-pouvoir, je n’ai pas la pr�tention d’avoir bien ou tout dit concernant les risques de d�rapage qu’il y a � s’opposer, non pas aux institutions comme le veut la subversion, mais aux d�rives de certaines actions politiques. Je me contenterais, pour conclure, d’�voquer la grande figure de R�gis Debray, ancien compagnon de Che Guevara, qui a fait une distinction tr�s claire entre les pays de dictature o� la r�volution n’avait pas eu lieu et ceux, dont la France, qui avaient conquis la d�mocratie et qui veulent la garder (citation de m�moire qui n’est contest�e par personne). Egalement le g�n�ral Delaunay, auteur d’un ouvrage que je n’ai pas encore lu La Foudre et le Cancer et au sujet duquel Roger Mucchielli, ancien officier de la division Leclerc, agr�g� de philosophie, �crit : « C’est le cancer moral qu’�voque le g�n�ral Delaunay ; il atteint � la fois les hommes et les institutions, il tue les esprits et les cœurs, il dissout les intelligences et les volont�s. La subversion s�me la confusion entre le bien et le mal, la v�rit� et l’erreur, le juste et l’injuste ; elle intoxique, d�sinforme, ridiculise, culpabilise ceux qu’elle veut d�stabiliser. La subversion est un moyen sp�cifique de la r�volution, que les agents subversifs en soient conscients ou non. »
(Faire Mucchielli Delaunay foudre cancer pour retrouver cette citation.)

E. Mourey

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