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Grève des chômeurs


 Il y a une idée qui me trotte dans la tête depuis pas mal de temps : une grève des chômeurs.

Si tous ceux qui suivent des formations, des bilans de compétences, qui travaillent dans des CDD dont ils savent pertinemment qu’il n’y aura pas de CDI au bout et qu’après 2, 4, 6 mois, ils seront obligés de rechercher encore du travail, sans être sûr d’en trouver, cette fois.. Si tous ceux-là, donc, refusaient ne serait-ce qu’un mois de faire quoi que ce soit d’autre que de postuler uniquement pour des postes en CDI...Ces "chômeurs au chômage" auraient une force extraordinaire. Ils démontreraient par leur action que :

1- Premièrement, la plupart des chômeurs, des exclus des emplois protégés , ne sont pas des inutiles, mais bien au contraire font vivre des tas de gens : le business de l’exclusion est très porteur. Au moins, on ne risque pas de manquer de boulot dans le créneau ! Si les chômeurs ne jouent plus le jeu et ne recrutent pas les services de ses « professionnels de l’exclusion », ses derniers se retrouvent dans la merde.

2- Les recruteurs comptent tellement sur les CDD pour leurs missions, ces fameux CDD représentent une telle masse par rapport au marché du travail, que les conséquences économiques d’une cessation quasi complète de ce mode de recrutement aurait des conséquences économiques intéressantes.

3- Il y a un problème économique : les chômeurs sont « un public captif ». Ils sont souvent obligés de suivre les formations, d’aller aux rendez-vous, aux bilans de compétences, etc. qu’on leur propose, sinon, on leur supprime leurs allocations. Et sans allocations, le chômeur est mort. Je propose, dans ce cas, une « grève du zèle ». On suit la formation, le bilan, le « truc », mais on ne fout rien à l’intérieur. Il faut faire en sorte qu’on ne puisse rien reprocher légalement à un « chômeur chômeur ».

4- Il y a un problème logistique : une grève, il faut la rendre visible. Pour cela, il faut que des associations s’occupent de la communication et de l’organisation de manifestations. Ce n’est pas tout de foutre le bordel en faisant grève, si personne ne s’en aperçoit, et ne sait pas que les problèmes économiques qui surviennent sont dus à la grève des chômeurs, évidemment, ça ne sert à rien.

5- Il y a enfin le problème le plus important, quasi insurmontable : la volatilité et le manque de cohésion du groupe. Ce n’est pas un hasard si les recruteurs préfèrent embaucher en CDD. Les chômeurs ne protestent pas, ne s’organisent pas, ne se syndiquent pas. Il faudrait trouver un moyen de fédérer les chômeurs et c’est le plus difficile car, dans la galère du chômage, chacun roule pour soi. Mais si les chômeurs pouvaient s’organiser pour faire la grève, alors les conséquences économiques et sociales pourraient être spectaculaires…

par LeHérisson (son site) lundi 4 mai 2009 - 21 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par patroc (xxx.xxx.xxx.236) 4 mai 2009 14:12

     Vous inquiétez pas, quand le nombre des chômeurs longue durée atteindra un certain seuil, que la misère enflera, c’est pas la grève qu’ils vont faire !..

  • Par Sophie456789 (xxx.xxx.xxx.194) 5 mai 2009 22:43

    Faire la grève, RÉSISTER en tant que chômeuse, c’est ce que je fais depuis des années après avoir cherché du boulot comme une folle (1800 candidatures sur trois ans envoyés... pour rien, car je suis trop vieille, trop chère, et mon profil trop "atypique").

    Par chance, je suis passée à travers les mailles de l’inutile ANPE, ce qui m’a permis d’échapper au harcèlement et aux prestations bidons qui engraissent des opérateurs privés pour qui le chômage est une manne financière.

    Je refuse les emplois au Smic (je gagnais 1700 € net quand j’ai perdu mon travail), les CDD, les contrats aidés. Moralité : comme il n’y a que ça sur le marché du travail, je reste au chômage et je pratique une "résistance passive" qui me vaut d’être aujourd’hui à l’ASS (équivalent du RMI, 450 € par mois). J’ai donc sombré dans la grande pauvreté. Mais c’est un choix.

    Car je préfère être économiquement pauvre parce que je n’ai pas de travail plutôt qu’être pauvre... en travaillant : c’est une question de DIGNITÉ. Pour avoir été longtemps une travailleuse pauvre quand j’ai commencé ma vie professionnelle (mère célibataire, le loyer qui bouffait la moitié de ma paie), j’estime que j’ai déjà donné. Ça suffit. Car ma dignité ne réside pas dans la servitude volontaire et l’exploitation (j’ai 20 ans d’expérience que je refuse de brader), le fait d’avoir un emploi - Qu’est-ce que vous faites, dans la vie ? - pour être comme tout le monde. J’assume ma différence, ma marginalité.

    Je suis économiquement pauvre, mais RICHE intellectuellement. Car le chômage m’a fait redécouvrir le temps pour soi, la lecture, l’écriture, la méditation, l’analyse. Je suis une pionnière de la décroissance et de l’anti-productivisme. Je me demande comment j’ai pu supporter tout ça (m’engouffrer dans des embouteillages pour aller au boulot, subir la connerie de mes petits chefs, en faire toujours plus, puis consommer bêtement pour me défouler de tout ça le week-end) aussi longtemps !

    Je ne me lamente pas sur mon sort. Si ce n’est la peur de l’avenir qui me tenaille régulièrement (c’est ça, la précarité), je me sens plus LIBRE que je ne l’ai jamais été et je réalise que je vis les meilleures années de mon existence. Je reconnais que la "valeur travail", que mes parents m’ont inculquée et à laquelle j’ai longtemps cru, n’était qu’un leurre qui ne m’a apporté que de trop rares satisfactions.

    Le site Actuchomage, c’est moi qui l’ai créé en 2004 avec un ami, lui aussi chômeur de longue durée : nous en sommes fiers, et nous sentons plus utiles à la société en animant cet outil d’information et de réflexion fait par des chômeurs pour les chômeurs qu’en allant bosser pour des clopinettes.

    Merci pour cet article qui a l’avantage de poser de vrais questions.

  • Par Sophie456789 (xxx.xxx.xxx.194) 5 mai 2009 23:24

    Une vraie question : pourquoi les chômeurs ne se mobilisent pas ? Pourquoi les associations rament ?

    Parce que le chômage est vécu comme une HONTE. Il faut des années de pratique pour s’en débarrasser (je sais de quoi je parle) et oser enfin « s’afficher chômeur  ». Et les vrais responsables du chômage font tout pour que leurs victimes se sentent coupables : le discours dominant les accuse en permanence de tous les maux.

    Ainsi, le chômage n’est pas détecté comme un outil économique à part entière qui permet au libéralisme de prospérer. Pour les capitalistes, le chômage n’est pas un problème mais une SOLUTION : il fait baisser le coût du travail, reculer les droits des salariés, sape la protection et la contestation sociales. Le chômage rapporte.

    Ignorant ce fait, que font les gens ? On leur inculque la « valeur travail » à n’importe quel prix, un leurre idéologique qui les emprisonne, les exploite, et les frustre. Pour se défouler et apaiser momentanément leurs frustations, comme je l’ai fait moi-même, ils vont chercher un peu de compensation en participant à la grande messe consumériste qui, elle aussi, est un leurre qui ne comble rien. Ainsi, ils font tourner la machine : (sur)travailler, (sur)consommer, ce qui produit de la « croissance  », sacro-saint credo dominant qui mesure tout sauf… le bonheur. Mais de cette croissance ils voient bien peu la couleur.

    Grâce à ce système infernal articulé sur la consommation, le productivisme et la croissance, tout le monde fonce, tête baissée, droit dans le mur alors que nous vivons dans un espace fini aux réserves naturelles limitées.

    Les chômeurs ne s’imaginent pas à quoi ils échappent. Ils ne s’imaginent pas non plus la force qu’ils représentent. Et les associations n’y peuvent rien : elles n’ont aucun pouvoir (les syndicats les méprisent), font ce qu’elles peuvent, leur tâche est trop immense et le mensonge trop énorme.

    La « chômeur pride », hélas, ce n’est pas pour demain !

  • Par Sophie456789 (xxx.xxx.xxx.194) 6 mai 2009 04:19

    Parce que je suis pauvre, ma consommation d’électricité est, justement, des plus raisonnables. Je ne peux me permettre aucun gaspillage, ni en nourriture, ni en eau.
    Si chacun faisait attention, ce serait un progrès.
    Quant à retourner aux grottes, non : vous caricaturez, ce n’est pas ce que je prône.
    Mais changer de mode de vie, oui. C’est incontournable et même urgent.

    Et je ne fais pas preuve de "manque de participation et solidarité vis-à-vis de mes semblables" (les chômeurs) puisqu’au contraire j’agis bénévolement et quotidiennement sur un site internet que j’ai créé et qui les informe, les aide, vise à les déculpabiliser et à se battre. Notre site s’adresse aussi aux salariés qui constituent, contrairement aux apparences, la majorité de nos lecteurs. Ils comprennent que le chômage est un laboratoire social : les mesures qu’on expérimente sur les chômeurs et les précaires ont pour but d’être étendues au salariat tout entier.

    Croyez-moi - et c’est la question posée par l’article que nous commentons -, si les 3,5 millions d’inscrits à Pôle Emploi pratiquaient une résistance passive, la machine serait vite grippée. C’est parce que les chômeurs ont peur et honte que ce système perdure. Même chose pour ceux qui travaillent : si les 18 millions salariés mettaient en application mon raisonnement en cessant de nourrir la machine, ceux qui les exploitent et profitent de la peur qu’ils sèment en eux seraient obligés de les traiter avec la considération qu’ils méritent. Le rapport de force s’inverserait enfin.

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