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Arcelor, plutôt mourir ?

Les récentes décisions annoncées par Guy Dollé, le Président d’Arcelor, pour résister à l’OPA de Mittal ont tout d’une « poison pill »... A ceci près qu’on ne sait pas très bien qui l’avalera.

Arcelor, plutôt mourir !

3001060323arcelorweb Première mesure, Dofasco, la société canadienne récemment acquise et que Mittal prévoyait de revendre à Thyssen en cas de succès de sa propre OPA, est désormais enfermée à double tour dans une fondation de droit néerlandais. Les gardiens indépendants de celle-ci ne pourront pas céder les titres de la société dont ils ont la garde, en cas d’OPA hostile sur Arcélor. Une opération assez originale, mais dont on peut se demander si elle ne se retournera pas contre Arcelor, en cas d’échec de l’OPA. Ce montage ne paraît guère propice en effet à une optimisation de la structure financière du groupe. Et je ne suis pas certain non plus qu’il résisterait vraiment à une intégration complète d’ Arcelor dans Mittal. Il s’agit donc au mieux d’une mesure de retardement.

La deuxième mesure est encore plus discutable, pour ne pas dire dangereuse. Arcelor annonce en effet un dividende exceptionnel à verser à ses actionnaires, ainsi qu’un rachat de son propre capital. En clair, Arcelor va "rendre" de l’argent à ses actionnaires, soit sous la forme de dividendes, soit en rachetant à un niveau élevé ses propres actions, ce qui, par effet mécanique, augmentera la valeur unitaire de chaque action. Avec, comme effet secondaire, le passage au laminoir de la trésorerie de la société. L’idée qui semble prévaloir consiste donc à vider les caisses afin de rendre l’opération extrêmement onéreuse pour Mittal. Réaction immédiate de ce dernier, diminuer la part de cash contenue dans son offre... et mettre en valeur l’augmentation sensible du cours de sa propre action, proposée en échange. Du vent contre de l’air...

Dans ce jeu de Monopoly géant, on se demande finalement si Arcélor n’est pas en train d’organiser son propre suicide, afin de ne se rendre à Mittal que mort. Jusqu’à présent, Mittal a maintenu ses propositions, jugeant sans doute que ces effets d’annonce destinés à le décourager mériteraient d’abord d’être confirmés. Les actionnaires, eux, se taisent et attendent de choisir la meilleure solution, tout en se remplissant les poches, sous les effets conjugués de l’appréciation de la valeur de l’action et des promesses de dividendes améliorés qui leur sont faites.

Mais si Mittal renonçait ? Il est à craindre que dans ce cas, Arcelor ne se trouve confronté simultanément à un endettement massif et à un écroulement de la valeur de son action. On imagine les mesures que le management d’Arcelor se devrait de prendre ensuite, afin de résister simultanément à un renchérissement des taux d’intérêt et à une éventuelle diminution du cours de l’acier. Il est à craindre que, dans ce cas, le patriotisme économique ait un coût très élevé, et que la pilule empoisonnée, si habilement préparée à l’attention des Mittal, ne soit finalement servie aux collaborateurs d’Arcelor, sous le regard éploré des syndicats et de tous les tenants d’une économie administrée.



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Réactions à cet article

  • Par Stéphane (---.---.---.142) 7 avril 2006 13:08

    Oui, effectivement toutes ces mesures semblent pour le moins assez alambiquées....et traduisent une gène certaine à trouver une parade efficace a contrer l’offensive de Mittal.

    Je ne connais pas toutes les subtilités juridiques de la fondation Néerlandaise mais Colette Neuville a déjà réagi assez négativement ce qui est plutôt mauvais signe.

    En ce qui concerne le « super dividende » la manoeuvre est curieuse car, comme vous le dites ,vider les caisses pour séduire l’actionnaire a un côté un peu suicidaire.

    A ce stade, ce qui est certain c’est qu’il y aura un « avant » et un « après » Mittal. Le mois dernier s’est tenu à Luxembourg un séminaire pour tous les cadres dirigeants d’Arcelor.Le message était clair :« finies les vacances ».Obligation derésultat,rendement accru etc.J’ai cru percevoir chez mes anciens collègues un revirement d’attitude : certains semblaient nettement plus favorables à une fusion.

    En supposant que les mesures défensives « passent » je ne vois pas très bien ou Arcelor trouvera les moyens pour relancer la dynamique...

    A suivre !

  • Par (---.---.---.253) 7 avril 2006 15:43

    Arcelor fait face à un pb particulier :
     son assaillant, se drapant dans dans les règles de marchés qu’au passage il ne subit pas (société controlée à 90% par la famille MITTAL, Arcelor ne peut faire une contre-offre)
     fait une offre à 75% en actions dépourvues des droits attachés à celles détenues par la famille MITTAL,
     et à 25 % en cash, qu’il paiera en vendant des actifs à un court bradé pour avoir ces liquidités.

    Il est donc naturel qu’Arcelor essaye de se défendre devant une offre qui est très intéressante pour MITTAL qui a besoin de cash et qui veut éliminer un concurrent.

    Pour la suite, contrairement à ce que dit MITTAL, Arcelor n’hypothèque pas son avenir. Il est probable que les investisseurs préféreront souscrire à une augmentation de capital d’Arcelor plutôt qu’à celle d’une société comme MITTAL avec un capital verrouillé par une famille disposant de droits de vote décuples.

  • Par Claude DP (---.---.---.95) 7 avril 2006 18:56

    D’accord avec vous sur le fait qu’une OPA hostile devrait au moins pouvoir être réciproquée pour être acceptable, ce qui n’est pas le cas de Mittal. Pour le reste à quoi sert cette défense acharnée, sinon à défendre l’équipe de management en place ? A un prix qui risque d’être très élevé pour la société. Stéphane nous indique qu’il semble qu’elle s’y prépare déjà. A la fin de l’opération et que ce soit Mittal qui triomphe ou Arcelor qui ait victorieusement résisté, les caisses d’ Arcelor seront vides, une de ses filiales principales devenue intouchable (Thyssen a annoncé ne plus être interessé) et tous les actionnaires spéculateurs envolés, ce qui provoquera une chute importante de l’action. Il ne restera plus qu’à remonter la pente à coups de restructurations...Donc quoiqu’il arrive les temps vont être difficiles chez Arcelor. Et tout ça pour sauver une équipe de management qui n’agit plus en fonction des intérêts à long terme des actionnaires qu’elle représente, mais pour la satisfaction à cours terme de ses propres intérêts. C’est en celà que ces OPA hostiles sont toujours dangereuses.

    • Par Stéphane (---.---.---.39) 7 avril 2006 23:24

      Cher Claude DP,

      Vous avez mis le doigt sur le point sensible : le management et la vision à long terme. Le management d’Arcelor est très introverti(replié sur un esprit de caste) et manque d’une vision globale. Incontestablement,il y a une supériorité technologique chez Arcelor( ce que Guy Dollé appelait « le parfum » vs « l’eau de toilette »)mais aujourd’hui les rentes de situation ne durent guère longtemps... En revanche ,Mittal a fait preuve d’un réel sens stratégique en termes de parts de marché.

      A mon sens il ne serait pas idiot de combiner les deux mais les cultures d’entreprise(surtout de management) sont trop différentes.

      En ce qui concerne le gvt Luxembougeois j’observe que depuis un mois le ton a nettement changé.Stratagème ? N’oublions pas que le Lxg ne possède que 5, ? % presqu’autant que la région Wallonne Belge qui a clairement fait entendre qu’elle se rangerait du côté du plus fort.(dans tous les cas de figure la +value serait loin d’être négligeable...)

      Quelque soit l’issue de ce bras de fer il est incontestable qu’Arcelor s’est fait pièger et a fait preuve d’une grande incurie.Car les ambitions de Mittal(et sa structure de capital) étaient connues.

      L’opération de Dofasco était orientée essentiellement sur la marché automobile americain.(tôles minces)Je ne suis pas grand stratège mais je me pose la question s’il n’aurait pas mieux valu investir dans de la tôle forte de grande largueur destinée aux pipes.Quand l’on voit l’importance des projets de pipes dans la décade à venir (en particulier dans la région de la Caspienne) la question mérite d’être posée d’autant plus que le marché automobile a tendance à stagner(mis à part la Chine) et que les véhicules s’allègent de plus en plus.

      Quoi qu’il en soit, la partie est loin d’être finie et il ne faut pas exclure des revirements...

  • Par (---.---.---.47) 7 avril 2006 19:25

    Juste 2 commentaires :

     Le Gouvernement Luxembourgeois qui s’oppose à cette opération, n’est-il pas un actionnaire à long terme ?

     A l’inverse un certain nombre de fonds intéressés par cette OPA, seraient plutôt des actionnaires à très court-terme.

  • Par (---.---.---.63) 7 avril 2006 20:18

    Un petite précision, Arcelor peut à tout moment faire revenir dans son giron le groupe Dofasco. Elle a nommé les 3 administrateurs qui se rangeront à son avis. De plus, elle reste maitre de l’operationnel et peut rapatrier les dividendes. Pour moi, cette mesure n’affaiblit pas Arcelor mais Mittal.

    Quant au cash, Arcelor prevoit un cash flow de plus de 4 milliards par an, ce qui lui permettra de relever la tête rapidement car même avec les distributions de cash annoncées, son gearing restera inferieur à 50%.

    • Par (---.---.---.63) 8 avril 2006 14:34

      Oui, mais c’est toujours 5 milliards d’euros perdus instantanément (enfin, d’ici la fin de l’année 2006). Autant d’énergie gaspillée, partie en fumée, pour maintenir l’équipe dirigeante en place et non pour investir. La question n’est pas de relever la tête rapidement, mais de prendre la tête du classement tout de suite ou de céder la place à plus fort que soi.

      2006 sera une année de vaches maigres pour Arcelor...

  • Par Claude DP (---.---.---.170) 7 avril 2006 21:46

    Concernant la structure de « gouvernance » néerlandaise...Dès lors qu’elle est démontée, elle rend immédiatement Arcelor réattaquable non ? Par ailleurs, le périmètre de Dofasco devient très difficile à modifier et à intégrer éventuellement au périmètre opérationnel d’ Arcelor. Enfin sa conservation par une autorité indépendante peut réserver des surprises, si cette autorité est réellement indépendante ou bien être également réversible par Mittal. Pour ce qui concerne le cash, je n’avais pas entendu parler d’un extra-dividende ni d’un rachat d’actions au prix fort avant cette opération. D’autant que Dofasco a semble-t-il été payé assez cher ...Je serais donc surpris qu’il n’y ait pas de conséquences sur la trésorerie du Groupe, dans un contexte de hausse des taux. Quid de l’investissement ? Et quelle résistance à une concurrence commerciale frontale avec Mittal. Le gouvernement Lux restera à bord, mais avec qui ?

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