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Les économistes hérétiques

En matière de science économique, la tendance des dernières années a été de présenter au public le même point de vue, celui de l'école d'économie dominante du moment, celle qu'on appelle par abus de langage l'école néo libérale. Après un bref retour sur les différentes écoles d'économie et l'histoire des sciences économiques, je proposerais au lecteur une brève présentation de quelques économistes à travers des vidéos que je souhaite partager et voir diffuser au plus grand nombre. Libre ensuite au lecteur de se documenter plus en avant sur les personnes en question et surtout sur leurs idées.

Histoire des sciences économiques 

L'histoire économique remonte aux débuts de l'histoire humaine. On retrouve des textes qui traitent d'économie dès l'antiquité en Grèce, Mésopotamie ainsi qu'en Inde. L'économie moderne a commencé à la renaissance avec le mercantilisme. C'est une doctrine économique qui prône l'enrichissement d'une nation par l'utilisation du commerce extérieur et du protectionnisme pour limiter les importations associé à une unification du marché national. Une telle politique permet alors à la nation d'accumuler l'or et l'argent c'est à dire de la monnaie. La richesse d'une nation est aussi associée à sa population et le mercantilisme voit apparaître les débuts des théories sur la monnaie ainsi que la notion de plein emploi source d'une meilleure distribution des richesses. Le mercantilisme fut la doctrine dominante en Europe occidentale durant environ 3 siècles (1450-1750) . 

La doctrine mercantiliste fût remplacée par les théories de l'économie dite classique introduite par Adam Smith dans son ouvrage sur la Richesse des nations en 1776. Ouvrage où il synthétise les connaissances de l'époque et développe une théorie unifiée. Sa théorie prône un certain libéralisme économique qui ne peut exister qu'au sein d'un État garant de la paix, de la justice et d'un service public. Si l'histoire ne voit en Adam Smith qu'un économiste libéral, il était avant tout un professeur de philosophie morale. L'ouvrage qui l'a fait entrer dans l'histoire économique traite d'économie politique, de droit, de psychologie, de politique et d'histoire et met en évidence l'interdépendance des ces disciplines. Il a de plus introduit la notion économique de bien public et exige de l'état qu'il prenne en charge les activités économiques qui ne saurait être rentables mais qui présentent un intérêt collectif, justifiant ainsi l'interventionnisme d'état.

Les économistes et faiseurs d'opinion modernes s'appuient souvent sur l'économiste Ricardo et sa théorie des avantages comparatifs qui justifierais selon eux le libre échange à l'échelle mondiale. Selon Maurice Allais, si la théorie de Ricardo est juste, les libéraux actuels en font une interprétation erronée pour justifier la politique de mondialisation (3)(4).C'est à partir du 19ième siècle que va se développer différentes écoles d'économie ou de science économique.

Les principales sont l'école autrichiennes, le keynésianisme et ses dérivés et l'école néo classique. C'est cette dernière doctrine économique qui domine la politique depuis les années 70.

L'école autrichienne fût fondée par Carl Menger dans son ouvrage de 1871 "Principes d'économie". Cette école prône une politique économique libérale basée sur le libre-échange et le rejet de toute intervention de l'état. Avec Keynes, l'état doit jouer un grand rôle et intervenir dans l'économie car il récuse la théorie de la main invisible. De plus, selon lui l'offre ne créer pas sa propre demande (Loi de Jean-Baptiste Say (5)) d'où le risque de surproduction qu'il faut compenser par un soutien public à la consommation mais surtout à l'investissement. L'école néo classique s'est construite au cours des années 50 et 60 avant de triompher dans les années 70 sous l'influence de Friedrich Hayek (6) . Celle-ci cherche à donner à l'étude de l'économie une légitimité scientifique. Pour cela, les économistes néo classiques ont souvent recours à des formalismes mathématiques. Remarquons que comme pour les sciences physiques, un calcul mathématique juste n'est pas le garant d'un résultat correspondant à la réalité objective. En effet, cela dépend de la validité des hypothèses, de la prise en compte de tous les mécanismes en jeu ainsi que de la bonne utilisation des approximations. Le choix des hypothèses reste subjectif et sujet à controverse, que la suite des raisonnements s'appuie sur des calculs mathématiques ou non. L'école néo classique prône un libéralisme économique, le principe de la répartition naturelle des richesses, le principe de l'autorégulation des marchés et de leur aptitude à conduire vers un optimum du système économique (sous condition de concurrence pure et parfaite). Selon cette doctrine, les crises sont dues à des interventions extérieures notamment celles des états. L'état doit se cantonner en matière économique à garantir l'existence d'une concurrence pure et parfaite. De plus, la monnaie et le système monétaire est considéré comme neutre économiquement.

La science économique dans les médias

Ceux que l'on nomme les néo libéraux sont les personnes qui se rattachent à l'école néo classique moderne. Il y a souvent une confusion entretenue dans les médias entre libéralisme économique, le capitalisme et néo libéralisme. Le néo libéralisme correspond à la politique économique basée sur les idées de l'école néo classique. Le libéralisme économique qui est commun à plusieurs écoles économiques prône la liberté d'entreprendre, d'investir, de vendre, la liberté des prix, des choix de consommation et de travail. Selon les différentes écoles, ce libéralisme économique est associé à une intervention plus ou moins forte de l'état dans l'économie. Est capitaliste tout système économique autorisant la propriété des moyens de production. Dans nos structures actuelles cela correspond à la possibilité pour des particuliers ou des personnes morales (y compris l'état) de posséder des entreprises ou associations. Pour être capitaliste, une société n'a donc pas besoin d'un libéralisme économique poussé, du libre-échange ou d'une concurrence pure et parfaite. Remarquons d'ailleurs que le communisme est un système capitaliste dans lequel c'est l'état qui détient tous les moyens de production ! Depuis de nombreuses années, les médias ne donnent la parole qu'aux économistes néo libéraux ce qui laisse penser que tous le sont et que si d'autre existent, ce sont des marginaux. Avec la crise entamée depuis 2007, la politique néo libérale de mondialisation est souvent pointée du doigt, et la visibilité d'autres économistes augmente ce qui les conduira peut être à une démarginalisation.

Les économistes ne sont pas tous néo libéraux

Voici un petit florilège d'intervention vidéo de divers économistes : 

 

Économistes atterrés : Frédéric Lordon par BTrenaissance
 

Sauver les banques : jusqu'à quand ? (Frédéric... par stemol

Économistes atterrés : Dominique Plihon par BTrenaissance
 

économistes atterrés : Till van Treeck par BTrenaissance
 

Le système financier international 1/6 par Marianne2fr
 

Le système financier international 2/6 par Marianne2fr
 

Le système financier international 3/6 par Marianne2fr
 

Le système financier international 4/6 par Marianne2fr
 

Le système financier international 5/6 par Marianne2fr
 

Le système financier international 6/6 par Marianne2fr
 

Liem Hoang Ngoc - Vive l'impôt ! (1/2) par Nouveau-PS
 

Liem Hoang Ngoc - Vive l'impôt ! (2/2) par Nouveau-PS
 

Liêm Hoang Ngoc 2 par Nouveau-PS

Liêm Hoang Ngoc 3 par Nouveau-PS
 

Thomas Piketty démonte la propagande 1 par tsameti

 

Références :

(1) Economie sur wikipédia

(2) Mercantilisme

(3) Maurice Allais

(4) "La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l'évidence empirique", Ed. Clément Juglar, Paris, 1999

(5) Jean-Baptiste Say

(6) Friedrich Hayek

(7) L'école néoclassique




par _Ulysse_ (son site) mardi 23 août 2011 - 38 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par hunter (---.---.---.55) 23 août 2011 13:31
    hunter

    Salut à tous

    Bon papier, très complet, mais par pitié, pourrait-on enfin arrêter de parler de « science », quand on évoque l’économie ? L’économie essaie de se donner une façade scientifique, en particulier en appelant à la rescousse la mathématique, mais le résultat n’est pas probant !
    Physique, Chimie, Mathématique sont des sciences !

    Quant à l’économie, je sais qu’on la range parfois dans les « sciences humaines », mais vu la teneur du système actuel, je dirais plutôt que c’est devenu une pseudo science inhumaine !

    Bonjour chez vous

    H /

  • Par abelard (---.---.---.6) 23 août 2011 18:20

    Merci pour cet article, c’est intelligent et bien construit... A un petit oubli près.

    Dans votre « brève histoire de la pensée économique » vous avez juste oublié de mentionner un certain Karl Marx.
    Bizarre alors que son « Capital » constitue une oeuvre majeure de la pensée économique et philosophique... Et que les évènements actuels ne peuvent être compris correctement que grâce à certains outils qu’il a forgés.
    Mais il est vrai que parler de Marx aujourd’hui en le débarrassant de ses oripeaux Lénino/staliniens dégage toujours une entêtante odeur de souffre. Alors qu’on peut toujours parler d’Hayek malgré Pinochet...

  • Par ZEN (---.---.---.196) 23 août 2011 19:01
    ZEN

    Excellent article
    Dans un article qui date de 2008, o.Bonnet (ou Mauduit, je ne sais plus), dans Mediapart pointait déjà la faillite d’une certaine école d’économistes et d’un certain enseignement de l’économie. Un certain aveuglement dû à un certain type de formation.
    J’ en livre ici un passage significatif, car l’accès est réservé ::

    "...Pourquoi la plupart des économistes n’ont-ils rien vu venir ? Pourquoi certains se sont même complètement fourvoyés ? Et pourquoi « les jeunes stars de la macroéconomie n’ont rien à dire sur la crise », pour reprendre l’accablant constat de Thomas Philippon, économiste enseignant à l’université de New York ?Parce que l’école de pensée dominante est incapable de théoriser les « crises endogènes », répond sans hésiter Michel Aglietta, économiste au Cepii. « Pour ces économistes libéraux, qui s’appuient sur l’hypothèse des marchés efficients*, toute crise vient forcément de l’extérieur, et elle est donc par nature imprévisible ! » explique Aglietta.Lui défend une autre approche, plus minoritaire, dite de l’instabilité financière, formulée par l’Américain Hyman Minsky. ..De son côté, Thomas Philippon, auteur du Capitalisme d’héritiers (Ed. du Seuil, 2007), pointe du doigt la « trop forte segmentation de la recherche académique ». Faute d’« économistes généralistes », personne, ou presque, n’a pu observer la propagation de la crise, surgie d’un coin obscur du droit immobilier américain (le contrat subprime) pour se propager à l’économie réelle, passant par les dernières innovations de la finance (les mécanismes de « titrisation » et de crédit dérivés). « Il aurait fallu plusieurs cerveaux dans la même tête pour voir venir les choses », résume Philippon.Gilles Raveaud, professeur d’économie à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-8, reprend l’argument, pour le pousser un peu plus loin : « Depuis des années, on a assisté à un morcellement du savoir économique terrifiant, avec l’apparition de spécialistes très pointus, ici sur le travail, là sur le commerce international... On se retrouve à l’université avec des thésards très calés sur leur sujet, mais dénués de toute culture générale en économie ! » Et Raveaud, qui connaît bien la recherche américaine pour avoir enseigné deux ans à Harvard, de s’inquiéter de ces manquements : « Un économiste peut traiter du chômage, sans rien connaître aux marchés boursiers ou aux banques... C’est conforme à la théorie de l’équilibre général, selon laquelle on peut analyser le fonctionnement d’un seul marché pris séparément, celui du travail par exemple, puisqu’on suppose que les autres sont naturellement à l’équilibre. Mais cela ne tient pas ! »

    En fait, la macroéconomie des dix dernières années a subi de lourdes transformations. Vexés de ne pas pouvoir prétendre au statut de scientifiques purs et durs, la plupart des économistes ont versé dans un formalisme mathématique effréné, sur les conseils de Milton Friedman et ses collègues monétaristes. Profusion de courbes, modèles et équations, qui ont éloigné les chercheurs du monde « réel ». Les maths sont devenues une fin en soi. Aveu de Thomas Philippon : « Nous étions devenus des enfants gâtés, puisque nous n’avions pas connu de vraie crise depuis longtemps. Sous la présidence Clinton, la politique monétaire était devenue répétitive. Notre intérêt pour le réel s’est donc logiquement atténué. » Une enquête étonnante, réalisée auprès des doctorants en économie des grandes facs américaines (téléchargeable ici), confirme ces propos. Plus de la moitié des personnes interrogées (51%) estiment que « connaître l’économie de façon approfondie » est « sans importance »... Et à peine 9% des thésards se disent convaincus du contraire (« connaître le réel est très important »)...

  • Par _Ulysse_ (---.---.---.251) 23 août 2011 15:11
    _Ulysse_

    En effet, pour Keynes la création monétaire doit rester le fait de l’état ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

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