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Le nucléaire pousse ses pions

Christian Bataille, député socialiste du Nord et ardent partisan de l’énergie nucléaire vient, une nouvelle fois, de prêter sa plume au lobby nucléaire. Dans son bulletin Energie et politique de janvier 2007, il prend clairement position contre Ségolène Royal, qui s’est déclarée favorable à la fermeture de la plus vieille centrale française, celle de Fessenheim (photo), qui aura 30 ans en 2008.
Sur son site Désirs d’avenir, la candidate socialiste a en effet publié, le 15 janvier, une Lettre à la présidente de Stop Fessenheim, dans laquelle elle écrit : "Il sera dès lors possible et souhaitable de procéder, au plus vite, à l’arrêt définitif des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, la plus âgée de nos centrales. Je suis préoccupée, comme vous l’êtes, de la sécurité de ces installations qui sont exploitées bien au-delà de la durée initialement prévue de leur vie industrielle".
Christian Bataille, lui, reprend mot pour mot les arguments d’EDF, qui souhaite prolonger la vie de ses réacteurs jusqu’à 40 ans, voire 50 ans. "Arrêter des centrales nucléaires en état de fonctionnement est un gaspillage énergétique national", estime le député, qui fonde son argumentation sur les rapports réalisés par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Or, cet office est, de notoriété publique, un poste avancé du lobby nucléaire. Les rapports rédigés par Christian Bataille et son ami UMP Claude Birraux, député de Haute-Savoie, sont le fruit d’auditions d’industriels et de scientifiques qui parlent d’une seule voix.

Voici un extrait du passage que nous consacrons à l’Office dans notre livre Députés sous influences (Fayard, 2006) :

L’Office est une structure excessivement masculine (en 2006, on dénombrait seulement trois sénatrices et aucune députée), composée de parlementaires plus âgés que la moyenne et très sensibles au discours « scientiste », qui croient au salut universel par le progrès scientifique. Leurs rapports et leurs avis valent parole d’évangile pour l’écrasante majorité des parlementaires, qui ne comprennent pas grand-chose à ces questions complexes. « Nous travaillons sur des sujets éloignés des préoccupations quotidiennes, admet Claude Birraux. On nous fait confiance car notre conseil scientifique de 24 membres fait autorité et nous permet d’avoir accès à des spécialistes dans tous les domaines. Nous effectuons régulièrement des auditions et des visites dans des laboratoires, en France et à l’étranger » . Bref, les travaux de l’Office suscitent peu de controverse, sauf de la part des Verts.
Les membres de l’Office consacrent une large partie de leur temps aux questions énergétiques, et en particulier au nucléaire. Les deux plus célèbres défenseurs de l’atome ? Claude Birraux (UMP, Haute Savoie) et Christian Bataille (socialiste, Nord). Le premier est un dinosaure du Palais Bourbon : élu pour la première fois en 1978, le vice-président du Conseil général de la Haute-Savoie n’a jamais perdu son siège depuis. Il a même amélioré son score à chaque élection. À 61 ans, il compte bien se représenter en 2007. Tout comme le second, professeur de lettres, ex-membre du Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, qui a rejoint l’Assemblée en 1988. Christian Bataille, membre influent de la franc-maçonnerie, a présidé la Fraternelle parlementaire lors de la précédente législature.

Bien que l’un soit dans la majorité, l’autre dans l’opposition, ces deux-là sont inséparables. Birraux-Bataille : le duo est si bien rodé que leurs deux noms sont désormais accolés comme ceux des ascensoristes Roux et Combaluzier. Le député de Haute-Savoie s’amuse de la comparaison : « j’espère seulement que ce n’est pas Ascenseur pour l’échafaud ! ».
Lorsqu’ils souhaitent donner un peu de publicité à leur action, Christian Bataille et Claude Birraux organisent, ensemble, des colloques à l’Assemblée. Le 24 mars 2003, ils ont convié le gratin du secteur aux deuxièmes rencontres parlementaires sur l’énergie nucléaire, consacrées à la question des déchets radioactifs. Sponsors officiels de la journée : l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), le spécialiste du combustible et du retraitement des déchets nucléaires Areva (ex-Cogema), son concurrent britannique British Nuclear fuels (BNFL), le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et EDF. Le 21 juin 2004, les duettistes coprésidaient une nouvelle rencontre sur le thème « perspectives énergétiques : la place du nucléaire dans le monde ».
Cette belle harmonie a pour origine une fréquentation assidue et de longue date des milieux de l’énergie. Christian Bataille s’est retrouvé plongé dans la piscine radioactive dès le début des années 90. À l’époque, les premières tentatives du gouvernement pour trouver des sites de stockage de déchets radioactifs s’étaient heurtées à une forte opposition de l’opinion, suscitant des manifestations violentes. « Nous étions au bord de l’insurrection dans le Maine et Loire et les Deux-Sèvres », se souvient le député du Nord . En février 1990, l’Etat décida donc d’un moratoire. Pour calmer les esprits et préparer l’opinion, Christian Bataille fut chargé de réfléchir, non seulement aux choix techniques mais également à la meilleure façon de faire accepter par les populations concernées l’installation de centres de stockage, pudiquement appelés laboratoires. Pourquoi lui ? « Je n’étais ni cadre à EDF ni chercheur au CEA, donc neutre », explique-t-il. Son appartenance à la franc-maçonnerie fut certainement déterminante. « Comme la plupart des membres de l’Office, je crois aux vertus du progrès scientifique. Je défends une philosophie éclairée, qui s’oppose à l’obscurantisme des anti-nucléaires » dit-il.
La loi du 30 décembre 1991, relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs, votée à la suite de ce rapport, est restée sous le nom de “loi Bataille”. Depuis, le député du Nord n’a cessé de s’intéresser aux questions nucléaires, sur lesquelles l’Office produit régulièrement des rapports.

Dans une lettre ouverte à Monsieur Bataille, le président de France Nature environnement estime que "cet Office n’est que la chambre de résonance des auditions que vous voulez bien y effectuer, et non un organisme scientifique en tant que tel, producteur d’études soumises à la critique de ses pairs scientifiques".
Lobby nucléaire contre lobby écolo. L’affiche n’est pas nouvelle, mais elle attire toujours !

par Hélène Constanty (son site) mardi 13 février 2007 - 43 réactions
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  • Par Cassandre (xxx.xxx.xxx.48) 13 février 2007 14:40

    Lobby contre lobby = ripoux contre ripoux ?

    Ne cédez-vous pas à l’erreur journalistique courante de ne voir sur tous sujets que des OPINIONS aussi défendables les unes que les autres, et dont les conflits toujours indécis chatouillent agréablement l’intérêt du lecteur blasé ?

    C. Bataille a de nombreux mérites : il connaît le sujet, il a à son actif une loi sur les déchets nucléaires qui fonctionne globalement bien malgré les tentatives de sabotage du lobby écolo (bien embêté qu’on traite ce problème qu’il a décrété insoluble une fois pour toutes).

    Or, votre article semble vouloir disqualifier par avance et par principe ce qu’il écrit au motif qu’il fait partie d’un lobby. Je ne trouve pas cet amalgame honnête, qui vous dispense de traiter le fond.

    Le fond est que Mme Royal s’est aventurée à promettre une réduction rapide de l’électronucléaire incompatible avec la lutte contre le changement climatique, et contraire à la position de N. Hulot dans son pacte écologique.

    C. Bataille l’a donc renvoyée à ses chères études, avec succès apparemment puisque cette proposition ne figure pas dans les "100 propositions" que l’on peut lire sur le site "desirsdavenir".

  • Par Baquiast - Automates Intelligents (xxx.xxx.xxx.108) 13 février 2007 15:19

    L’Office Parlementaire OPECST est le seul lieu où les parlementaires français peuvent s’informer des choix scientifiques et techniques. Le nucléaire n’est évidemment pas leur seul domaine. Ils évaluent également de façon très pertinente les politiques spatiales européennes et mondiales, ainsi que bien d’autres sujets. Voyez la liste d eleurs rapports. C’est regrettable effectivement que l’Office ne comporte pas plus de membres jeunes et femmes, mais les candidats manquent, car les sciences et techniques n’intéressent pas en France. Diaboliser l’Office comme le fait l’auteur de ce texte est irresponsable, ou plutôt cache la volonté de diaboliser tout ce qui est science et technique en France, des nanotechnologies au spatial et au nucléaire. Allez savoir pour qui roulent de tels jetteurs d’anathèmes. JPB

  • Par degonde (xxx.xxx.xxx.247) 16 février 2007 16:16

    A Cassandre encore

    Il y a quelque chose de troublant dans votre souçi de"passer la pointe" et qui laisse perplexe.En effet vous semblez penser que la question de ce passage ne se pose pas avec la structure de la production actuelle,dominée par du nucléaire.Or il n’en est rien.En fait aujourd’hui ce passage est assuré par le thermique à combustibles fossiles(gaz,fuel, charbon)pour pouvoir fournir rapidement l’appoint pour atteindre quelque chose comme 83000 Mwe, observé recemment.Le nucléaire on le sait est incapable de répondre aux variations rapides de la demande.Il n’y a pas qu’en hiver que le problème se pose.

    Pendant la canicule de 2003, on a pu voir non sans surprise, l’imposant système nucléaire en grande difficulté, obligé de recourir à des dérogations sur la température des rejets d’ean chaude des réacteurs dans les fleuves,obligé d’arroser ses batiments réacteurs pour les refroidir, obligé(discrétement, on a sa dignité tout de même !)de solliciter les co-générateurs pour qu’ils rallument leurs installations pour fournir à EDF pas loin de 1000 Mwe !Les cogénérations , c’est aussi du thermique à flamme mais de très haut rendement et généralement au gaz.

    Bref,le nucléaire est lui aussi-et c’est renversant- victime du réchauffement climatique plutôt que remède contre.....

    Là encore, la réponse à ce problème de passage de la pointe se trouve du coté de la maitrise de la demande d’électricité plutôt que de celui d’un accroissement continu de la production. En effet,la réduction de la demande abaisse non seulement la valeur moyenne de la puissance demandée mais aussi l’ampleur de ses fluctuations autour de cette valeur. Exemple:l’isolation poussée des batiments du secteur résidentiel-tertière peut attenuer considérablement la pointe hivernale de chauffage et parallèlement la pointe(apparue plus recemment) éstivale de la climatisation. Le batiment à énergie positive ou nulle existe déjà !!

  • Par Cassandre (xxx.xxx.xxx.171) 13 février 2007 16:50

    Je suis un promoteur du réalisme et du sens des priorités.

    Pas de ma faute si ça pousse à ne pas sortir du nucléaire pour l’électricité avant de savoir par quelle porte, et si je sais faire la différence entre les kWh annuels (qui permettent de remplacer n’importe quelle source par n’importe quelle autre) et les kW instantanés, qui réclament une puissance disponible répondant à la demande chaque seconde.

    J’attends encore de voir un scénario chiffré qui respecte cette contrainte sans recourir à un supplément de centrales à flamme avec émissions supplémentaires de CO2.

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