• jeudi 24 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > International > Géorgie : immolée à l’autel du gaz et du pétrole ?
70%
D'accord avec l'article ?
 
30%
(33 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Géorgie : immolée à l’autel du gaz et du pétrole ?

L’indifférence historiquement avérée de l’Occident envers la petite Géorgie fut notoire au point de devenir un lieu commun de la littérature géorgienne dès la fin du XVIIIe siècle. C’est parce qu’il n’y avait guère de choix, que le mariage de raison avec la grande Russie, tsariste et orthodoxe, s’est imposé, à ce moment-là de l’histoire, comme absolument inévitable face à la menace ottomane. Le Traité de Griboïédov, signé en 1783, a scellé, d’un seul trait, le sort du pays pour des siècles à venir. La Géorgie entrait sous le protectorat de la Russie laquelle, pour sa part, s’engageait à la défendre de l’invasion turque. Il n’échappait évidemment à personne que le voisin du Nord avait un appétit gargantuesque et finirait sans doute par annexer son voisin du Sud. Ce fut chose faite en 1801. Avec quelques intermittences, la domination russe a perduré, on le sait, jusqu’à l’éclatement de l’URSS dans les années 90. Éclatement que regrette (le mot n’est pas assez fort) le Premier ministre russe au prénom prophétique[1].

 La situation qui se dessine aujourd’hui avec la présence des observateurs de l’Union européenne sur le sol géorgien, crée l’impression d’avoir considérablement changé la donne. De cette présence, le ton incisif de Hansjörg Haber, chef de la mission européenne déployée en Géorgie, marquerait le tempo. « Nous ne sommes plus tout seuls face à l’envahissante Russie ! » se disent à présent les Géorgiens. « Le lien tant souhaité avec l’Occident est noué ! Le vœu de la lumière venue de l’Ouest est enfin accompli ! Le monde entier, désormais, connaîtra le dessein secret [2] de cette Russie néo-stalinienne ! »

 Tout cela est sans doute vrai dans un sens. Il ne s’agit pas, sûrement pas, des apparences trompeuses. Que l’obscurantisme des nouveaux despotes russes, loin de renforcer la Russie, la mène lentement vers son propre démembrement, transparaît aisément de la plus élémentaire des analyses. Tout aussi évident est le caractère incongru du dialogue entre les Russes et les Européens déployés actuellement sur le territoire géorgien. Ça ne peut pas durer comme ça…

 Mais si les apparences ne sont, en effet, pas entièrement trompeuses, reste la vérité, gênante pour beaucoup, selon laquelle cette guerre déséquilibrée et sauvage pouvait bel et bien être évitée. Sur ce point, tout le monde s’accorde. Seulement, dès lors qu’on accepte ce constat, il faut aller jusqu’à en désigner le responsable. Très vite, l’irresponsabilité du président géorgien se voit pointée du doigt. « Il a voulu tester Moscou, il a été servi », dit Hélène Carrère d’Encausse à peine quelques jours après l’éclatement du conflit. Or, c’est là, me semble-t-il, un point d’achoppement de beaucoup de ceux qui voient les choses à travers le prisme, non d’une « victorieuse Russie », mais des événements avérés. Car je ne crois pas que la responsabilité de cette guerre incombe, un tant soit peu, aux Géorgiens, pas plus qu’à leur président. C’est l’avis que partagent d’ailleurs la majorité des journalistes russes qu’on peut écouter sur les ondes de l’Echo Moskvi. L’ex-conseiller de Vladimir Poutine ne vient-il pas, dans son surprenant témoignage, d’étayer cette thèse par des arguments difficilement réfutables ? Andreï Illarionov, l’ex-conseiller de Poutine, occupait toujours son poste au Kremlin, quand les dirigeants russes commençaient, dès 2004, nous dit-il, à tisser leur plan de renversement du régime de Saakashvili, et à « préparer la guerre avec la Géorgie ». 

 Tout le monde convient que l’accession par la Géorgie au statut de Candidat à l’adhésion à l’Otan, lors du sommet de Bucarest en avril dernier, aurait freiné les élans néo-impérialistes de la Russie de Poutine. Dès le début de la guerre du mois d’août, l’Otan réitère son soutien à la Géorgie. Avec une ferveur centuplée, la Géorgie dit aspirer à en devenir membre. Rien, pourtant, ne semble en mesure d’infléchir le « non » de la France et de l’Allemagne, deux seuls pays à ne pas vouloir de la Géorgie au sein de l’Alliance Atlantique. Si l’on nous parle sans cesse des conséquences néfastes que déclencherait, paraît-il, la colère russe suite à l’adhésion de la Géorgie à l’Otan, personne, hélas, ne semble se soucier de prendre, dans un sens inverse, une entière mesure de ce que la très probable non-adhésion de la Géorgie à l’Otan causera sur le plan de la politique intérieure des pays de Caucase. Soyons conscients : le « non » franco-allemand interdit à la Géorgie tout espoir de la paix prochaine. Et qui sait s’il n’y va pas de la survie du pays tout court ?

 Il va de soi que les raisons invoquées en défaveur de cette adhésion suscitent, dans ces conditions, la plus grande attention. Celles-ci sont peu nombreuses, et à peine plus fondées que les arguments du ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, qui « excelle » véritablement dans le genre. Quelques exemples.

 La chancelière allemande considère que l’octroi du MAP (Plan d’action en vue de l’adhésion) à ces deux pays (Géorgie et Ukraine), qui leur donnerait de facto le statut de candidat officiel à l’Otan, reste prématuré. Quelle infâme hypocrisie ! La même chancelière allemande, en visite en Géorgie peu après le déclenchement des hostilités, n’a-t-elle pas émis un avis exactement contraire à celui-ci lors d’une conférence de presse à Tbilissi ? Son attitude face à Medvedev, qu’elle avait rencontré le jour même, fut d’ailleurs exemplaire de fermeté et de franchise.

 Plus franc que Mme Merkel, le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, dit que l’adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie n’est pas « dans l’intérêt de l’Europe ».

 Étrange stratégie ! Dans les berceaux de la démocratie européenne, les arguments du gaz et du pétrole l’emporteraient-ils sur celui de la liberté, la liberté de choisir ses amis, la liberté de tout pays souverain d’adhérer à un camp qui lui semble propice à son développement ? Outre le fait que, sous couvert de la diplomatie et du bon sens, il s’agit de cautionner les agissements barbares de la Russie de Poutine - au risque de contribuer à ce qu’ils le deviennent de plus en plus dans les années à venir -, il s’agit d’ériger en principe une espèce d’opportunisme paresseux. Oui, paresseux, parce que la dépendance énergétique de la France et de l’Allemagne envers Moscou n’est pas si fatale qu’on nous le laisse croire.

 Sur cette question – centrale -, deux observations.

 Première observation.

 Lors de la rencontre du 8 septembre dernier entre Medvedev et Sarkozy, le président en exercice de l’Union européenne a martelé ceci à l’issue des négociations que l’on sait difficiles : Si, à la date du 10 octobre, le plan de paix n’est pas respecté, nous prendrons, dans un délai de cinq jours, des mesures appropriées.[3] Des rumeurs diverses et variées ont circulé depuis en Géorgie sur la nature exacte de ces mesures. Toujours est-il que chaque Géorgien était persuadé, l’Europe unie a la force de contrer l’invasion russe ; ce qui veut dire, outrepasser sa dépendance gazo-pétrolière envers la Russie. Chose inconcevable, nous dit-on aujourd’hui (?).

 Seconde observation.

 Le revirement que l’on a observé dans les déclarations de Mme Merkel est la preuve que de longs débats au sein du gouvernement allemand ont précédé sa prise de position officielle concernant l’immaturité de la Géorgie. Il y aurait donc des pro et des contre. La discussion entre ces deux camps était loin d’être gagnée d’avance, ce qui démontre, une fois de plus, que la dépendance de l’Europe envers la Russie en matière du gaz et du pétrole n’est pas si fatale qu’on essaie de la dépeindre.

 Tout pousse à croire que le problème n’est pas sans issue. Le véritable enjeu ne semble guère plus grand que « du pain grillé à manger le matin », car, comme le disait, en conclusion, un article paru sur lemonde.fr : « Il y a d’un côté la justice historique, morale, et de l’autre le bon sens  : ‘Il faut que j’aie du pain grillé à manger le matin’, se dit-on en Europe. ‘Or, pour griller le pain, il faut du gaz russe.’ »

 Et pour avoir du gaz (et du pétrole) russe, il faut une belle offrande. À l’autel des hydrocarbures, bien entendu.



[1] Vladimir en russe signifie littéralement « domine le monde ».

[2] Pas si secret que ça, m’objectera-t-on. Le ministre russe des Affaires étrangères en personne n’hésite-t-il pas à le divulguer sur les chaînes de télévision russes en parlant de l’intention de « tester » la réaction de l’Europe ?

[3] Je cite de mémoire.

par Georges Akhobadze vendredi 14 novembre 2008 - 79 réactions
70%
D'accord avec l'article ?
 
30%
(33 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par John Lloyds (xxx.xxx.xxx.14) 14 novembre 2008 14:03
    John Lloyds

    Y en a globablement marre de cet hégémonie américaine qui cherche à recupérer toutes ces nouvelles républiques péri-russes par l’intermédiaire de l’OTAN, et dont les suppôts viennent jouer les pleureuses, au joli prétexte de la paix, quand Moscou tape du point sur la table. Non mais vous voulez quoi, que Poutine attende que l’administration étatusienne soit aux portes de Moscou pour lever le petit doigt ? Croyez-moi, on n’en a pas fini avec ces affaires, dont la prochaine sera probablement l’Azerbaïdjan, où les récentes visites de Rice n’annoncent rien de bon, vous verrez que Kouchner finira par hurler au génocyde devant le conflit du Haut-Karabakh.

  • Par wesson (xxx.xxx.xxx.183) 14 novembre 2008 14:30
    wesson

    Bonjour l’auteur,
    j’’ai écouté Jeudi matin Monsieur Saakachvili, président en exercice de la Géorgie, s’exprimer en Français lors de l’émission d’information matinale de France Inter (le 7-10).

    Et franchement, j’ai eu de la peine pour cette personne dont le propos constant a été d’une part de nier sa responsabilité dans le début du conflit, de nier les morts abkhaze notamment dans le bombardement géorgien de tskhinvali, de comparer le kremlin au régime nazi, et - cerise sur le gateau - d’expliquer que la russie projette d’envahir toute l’Europe.

    Et ça a ramé sec pour essayer de se justifier, il faut dire qu’il est difficile pour un président de donner des leçons de démocratie lorsque on s’est fait élire par des élections notoirement bidonnés, et lorsque on fait tirer sur l’opposition qui manifeste.

    C’était plus qu’évident qu’il s’agit là d’un personnage falot, une espèce de marionnette qui récitait avec peine sa leçon apprise, et qui était totalement incapable de déployer un quelquonque argumentaire en dehors de cela. 

    A la suite de cette interview, je pense pour ma part qu’il est évident que tand que ce personnage sera à la tête de l’état géorgie, rien de bon ne pourra arriver à ce pays. 

    Et le fait qu’il vienne de limoger son premier ministre ne dit rien qui vaille sur la stabilité politique de cette poudrière télécommandée par les USA.




  • Par octavien (xxx.xxx.xxx.93) 14 novembre 2008 14:32
    octavien

    Bonjour,
    je crois que vous prenez vos désirs pour des réalités et que votre hystérie contre les russes prend le pas sur une réflexion sereine.

    Tout d’abord vous pouvez dire ce que vous voulez ce sont les troupes géorgiennes qui ont entamé les hostilité. Même si les russes ont manoeuvré contre un homme qu’il estime hostile, personnes n’a forcé Saakashvili à donner l’ordre à ses troupes de bombarder Tskinvali(désolé pas sur de l’orthographe). Imaginer autre chose relève de la théorie du complot digne des théories fumeuses sur le 11 septembre.

    Ensuite vous dites en préliminaire que l’Europe ne se soucie pas de la Géorgie, mais je ne vois pas pour qu’elle raison elle se soucierait d’accueillir et de défendre (dans l’OTAN ou l’EU) un pays qui déclenche des guerres seul dans son coin et qui ne se soucie de l’Europe que lorsqu’il trouve en face plus fort que lui ?

    Enfin j’ai vérifié, sur Internet je vous l’accorde, la signification de Vladimir : il semble que c’est plutôt la domination de la paix plutôt que du monde.

  • Par Alexandre (xxx.xxx.xxx.174) 14 novembre 2008 17:15

    Toujours les mêmes "salades" pour petits enfants nourris au lait des médias (dont l’objectivité s’est illustrée récemment en présentant l’élection d’Obama comme l’évènement le plus important depuis la pierre taillé) où les Russes sont " barbares", et les Géorgiens de pauvres petites victimes que l’Europe doit défendre contre les visées expansionnistes de son grand méchant voisin.

     Tous les faits montrent que l’armée de Saakashvili a sauvagement attaqué la population ossète dans la nuit du 7 au 8 aout, provoquant la mort de 2000 civils, sur une population de 35000 habitants, que les Ossètes armés ont courageusement résisté contre des chars qui tiraient sur tous les immeubles d’habitation ( des documents filmés existent qui - très curieusement - n’ont pas été diffusés par les télés françaises), et que cette armée sanguinaire, encadrée par des conseillers américains, a fui dès que la 58e armée russe (qui était en manoeuvre dans le Caucase nord) est venue au secours des Ossètes, le surlendemain.

     Ceux qui se demandent pourquoi l’armée géorgienne n’a pas bombardé l’entrée du tunnel qui relie l’Ossètie du sud à celle du nord, pour couper la route à l’armée russe, doivent savoir que le but de cette opération était de terroriser la population ossète en massacrant tous les civils rencontrés pour la faire fuir vers le nord par ce tunnel, ce qui s’est produit, et que le stratège Saakashvili pensait que les Russes n’oseraient pas intervenir, l’appui des américains s’étant manifesté les jours précédant l’offensive.

     Les dirigeants européens connaissent la réalité des évènements, et une instruction pour en établir la vérité est en cours au Conseil de l’Europe, sur la base de documents irréfutables fournis par les autorités ossètes( pour établir une tentative de génocide de la population) et des témoignages des observateurs de l’OSCE qui étaient sur place, dont les conclusions reprises par le jounal allemand "Die Welt" confirment ces accusations.

     La vision pétrolifère et gazière de l’attitude de l’Europe est de la géopolitique de bistrot qui ne prend pas en compte le fait évident que les Russes ont autant besoin de vendre leur pétrole et leur gaz que les Européens de le leur acheter, que l’on ne construit pas des oléoducs et des gazoducs en deux jours, que les sources d’approvisionnement sont plus diversifiées que les acheteurs, et donc que dans ce genre de commerce l’acheteur est au moins sur un pied d’égalité avec le vendeur.

     La raison de l’attitude de l’Europe par rapport à la Géorgie est donc plutôt à chercher du coté de la solidité mentale et morale des dirigeants.
     

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox