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Le vote électronique expose à un rapt de la démocratie, à moins que...

Cet article prospecte l’idée de fiabiliser le vote électronique en donnant au votant le moyen de vérifier (par répondeur, web, SMS) son vote. Le vote est stocké dans une base de données cryptée qui afin d’éviter les falsifications serait gérée en duplication par des organisations concurrentes et représentatives. Ces organisations compteraient les votes en parallèle, toute triche devenant alors visible et traçable. Même si cette approche s’avérait fiable pour des votations peu importantes, ce qui reste à étudier, elle ne remplacerait pas si tôt le seul garant de la démocratie : le bureau de vote et son système « papier ». 

C’est une idée que j’ai eu il y a quelques années, évidemment ce système de vote ne serait pas la panacée mais au moins çà ouvrirait un peu les perspectives en terme de votations référendaires, ou même simplement consultatives plus fréquentes, puisque ne nécessitant pas une logistique humaine significative (bureaux de vote, ...). Le but de mon article est de passer l’idée à ceux qui voudraient la développer (je n’ai aucune crainte qu’elle soit dévoyée car elle me paraît par essence éthique) et de récolter des contre-arguments, car à part quelques conditions que je développerai si dessous je n’arrive pas à voir pourquoi çà ne fonctionnerait pas. On ne peut pas penser à tout, j’ai probablement dû rater un angle de vue, puisque l’idée est si simple !... A moins que, dans le contexte infra-intellectuel auquel les médias nous soumettent, ce genre d’idée simple soit difficile à concevoir ? Je reste dubitatif.
 
Les lecteurs déjà au courant du grave défaut inhérent au vote électronique peuvent sauter le paragraphe qui suit.

En bref, pourquoi le vote électronique est dangereux pour la démocratie

Oui, le vote électronique (wikipedia/Vote_électronique) est dangereux pour la démocratie car une modification de donnée en mémoire informatique — mémoire de travail ou de stockage — ne laisse a priori strictement aucune trace. Il est très difficile d’empêcher une malversation par un programme pernicieux qui serait caché dans une partie de la mémoire, ou amené par une carte ajoutée à un port de communication de la machine. Après falsification, qui peut s’opérer durant ou après le vote, il n’y a plus aucun moyen de retrouver ce qu’il s’est passé : pas d’empreintes, pas de documents, le « crime parfait ». De plus, le fait pour certains élus d’acheter ces machines et logiciels dans des Etats américains de grande tradition politique néo-conservatrice n’est pas neutre, c’est un scandale à ajouter à la stupidité irresponsable de faire confiance à ces machineries numériques pour assurer la pérennité de la démocratie en France. Ce sont des élus locaux qui font çà ils devraient être bien placés pour comprendre l’importance de la confiance dans le fonctionnement de la démocratie, et bien non ! Heureusement ils ne sont pas si nombreux et surtout ces comportements sont dénoncés au public sur internet. Il faut ainsi espérer que de moins en moins de machines à voter seront utilisées en France mais ce ne sera pas facile (c’est un système très développé dans certains pays). Pour finir sur ces machines à voter j’estime probable que chaque système vendu comporte potentiellement une porte dérobée, implicitement ou explicitement vendue avec, comme peut l’être l’escalier de service pour un bâtiment. Même des logiciels certifiés ou open source ne sont pas fiables puisqu’ils peuvent être altérés juste au moment crucial par un sous-programme suffisamment bien caché aux certificateurs ou aux opérateurs. 

Une solution inespérée ?

Cernons le problème sous l’angle suivant : le problème pour l’électeur est celui de ne pas pouvoir vérifier, a posteriori, si son vote a bien été pris en compte sans altération, et sans ajout de votes fantômes. Et bien alors, pourquoi ne pas donner au votant la possibilité de vérifier après-coup la valeur de son vote ?

Cette hypothèse nécessite plusieurs conditions, toutes pouvant normalement être remplies du moins pour des votations de type référendum local pour commencer. 1ère Condition : sauvegarder la valeur de chaque vote dans une base de données. Ce qui amène à la 2ème condition : crypter le système par un système suffisamment fiable (un système à clés asymétriques tel qu’SSL — les cartes bancaires — conviendrait).

Il faut aussi éviter que les personnes en charge des données de vote puissent trafiquer les votes, d’où la 3ème condition : cette base de données des votes serait, après la votation, dupliquée sur les systèmes informatiques de plusieurs établissements publics voire partis politiques, la condition essentielle étant que les dépositaires doivent représenter les principaux courants de pensée, afin d’être sûr qu’aucune collusion d’intérêt ne puisse amener tous les dépositaires de données à truquer leurs réponses de connivence.

On peut même automatiser la vérification de son vote dans les divers répertoires de données, mais il faut que plusieurs programmes de vérification concurrents existent, et qu’il aient si possible leur code libre, afin encore une fois d’éviter le risque de falsification de données.

Bien sûr, tout le monde ne vérifierait pas son vote. Mais si des résultats sont discordants entre les gestionnaires, il serait alors possible d’inciter les votants à le faire (ce pourrait devenir un « devoir » républicain). Vérifier de manière systématique pose un problème puisque la clé de cryptage n’est connue que du votant concerné. Ce qui serait crypté est le numéro d’électeur de chaque votant. Afin de pouvoir procéder au comptage et d’établir une 2ème barrière à la modification frauduleuse des données de vote, elles seraient codées avec la signature numérique de chaque votant (dont je vous invite à approfondir l’intéressant mécanisme connu depuis les années 70’s et qui mérite d’être connu : wikipedia/Cryptographie_asymétrique). Le votant serait anonyme, à part naturellement au moment de la définition des listes (après leur établissement les électeurs doivent être indiscernables, ce qui semble possible). A part aussi durant l’acte de vérification (n° de portable, adresse IP) mais cela peut être remédié.

En bref, un vote quasi-anonyme et quasi-infalsifiable...

Gestion

On pourrait confier la gestion de cette base de votes dupliquée aux 5 organisations politiques les mieux placées dans les résultats, en plus d’un institut public dédié à cela. Si l’anonymat est garanti il n’y a pas de risque. Pour être certain que les calculs de résultats soient parfaitement indépendants, il faudrait que chacun code entièrement son propre programme, sur des machines de provenance totalement différentes. Dans le cas contraire, un bout de code malicieux ou une machine piégée à cet effet pourrait falsifier les votes, mais il faudrait que le leurre opère sur les cinq centres de gestion. Cela est peu probable, tant que cette indépendance totale de gestion est respectée pour éviter les collusions. Au pire, en cas de doute on bascule la base (même falsifiée 5 fois de la même façon) sur un opérateur chargé de vérifier chaque vote (chaque votant devant s’y connecter pour vérifier son vote).

Evidemment il y a un autre problème, celui de la confiance, au cas où les données de vote risqueraient d’être décryptées. C’est pourquoi ce système ne peut marcher que dans une démocratie suffisamment stable, et pour des données pas trop vitales. Un gouvernement à tendance totalitaire verrait vite l’intérêt de connaître les votes de ses administrés. Mais encore faudrait-il qu’il le puisse : la cryptographie à clé révélée est un système plutôt solide.

Ah, et puis, à terme, ce ne sera plus la peine d’organiser des bureaux de vote, sauf pour les rares votants n’ayant ni le téléphone ni internet. Puisque chacun pourra vérifier son vote, la triche au moment de la saisie serait aussi inévitablement détectable. Le vote par internet ou par téléphone accroît le risque de tractations d’achats de votes mais ce risque existe déjà et il suffirait le cas échéant d’adapter la législation.

Conclusion

En somme, chaque gestionnaire de sa propre version de la base de vote est incité à ne pas falsifier ses données, sinon ses résultats apparaitront différents des autres. Et si tous les résultats sont différents il suffit de faire vérifier les votes par chaque votant.

Vous trouverez peut-être des failles à cette proposition (dans ce cas çà aura été un coup d’épée dans l’eau) ou probablement, des limitations auxquelles je n’ai pas pensé. Il va de soi que je ne prétends pas qu’on puisse remplacer tout de suite les bureaux de vote manuels avec un tel système ! Lequel reste à définir dans ses détails... S’il s’avérait qu’il tienne la distance, il faudrait commencer par le tester sur des consultations locales. 

On pourrait aussi imaginer grâce à un tel système sortir de l’enfer des pseudo-sondages (pseudo car faisant l’objet de corrections non-publiées donc anti-scientifiques malgré leurs allégations). Pour des sondages par « vote vérifiable », des problèmes supplémentaires se poseront, notamment la représentativité des votants (il suffirait d’ajouter des questions pour segmenter l’étude) et le biais de motivation (problème quasi-insoluble tant des sondages que des votations). Sans parler des nombreux autres problèmes inhérents aux sondages, tels que celui des réponses faussées (pour 10 000 raisons conscientes ou non, exemple : pour se valoriser) et des questions mal posées (peut-être sciemment !!!). Malgré cela je pense qu’un tel système pourrait être plus fiable que les sondages actuels.

Pour résumer, peut-être suffit-il de mettre-en-oeuvre un processus de vérification de vote concurrentiel en soignant l’architecture logicielle, pour obtenir un système de vote électronique fiable, chose qui paraissait jusqu’alors impossible. Honte à moi si quelqu’un a déjà évoqué cette idée quelque part. ^_^ En fait, beaucoup la trouveront iconoclaste : confier des fichiers de vote à des partis politiques aussi peu compétents en informatique et aussi peu démocratiques en interne que l’UMP et le PS... Certes, ce que je propose nécessite l’hypothèse de partis politiques compétents et démocratiques... Mais peut-être que ce système leur permettrait de s’amender ? Hmmm, je ne le pense pas, il faudra des têtes nouvelles et des partis qui n’ont pas ces pratiques anti-démocratiques qui collent irrémédiablement à la peau...

Liens

• article de ZDNET donnant un état synthétique de la situation : Vote électronique : progrès ou péril démocratique ?

• un article de 2006 : Machines à voter : recette pour une fraude électorale parfaiteUn informaticien néerlandais vient de démontrer à quel point les ordinateurs de vote (dont s’équipent plus d’une centaine de villes en France) sont faciles à pirater  ; ce site (www.ordinateurs-de-vote.org) est un bon lanceur d’alerte 

• article sur les probables fraudes de Bush grâce au vote électronique : Le coup d’Etat électronique de George Bush

Liens sur Agoravox

• Votez pour l’inéluctable vote électronique, article récent plutôt pro-vote électronique ; c’est vrai que c’est tentant (sauf pour les « professionnels » de la politique !) et d’ailleurs ma proposition va dans ce sens ! 

• La démocratie est-elle soluble dans le vote électronique ?, article moins récent et peut-être plus lucide sur les dangers...

Photos

Machine américaine récente (2008), by-nc-nd

Machine américaine plus ancienne, by-nc-sa

 

par joelim lundi 15 février 2010 - 53 réactions
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  • Par Matif (xxx.xxx.xxx.53) 15 février 2010 10:09

    Beaucoup de "si" et d’usage du conditionnel dans votre article, ce qui devrait vous alerter sur le caractère irréaliste de vos propositions (les scientifiques étudient ce problème depuis des années, il y a beaucoup d’articles disponibles sur internet sur ce sujet).

    La possibilité de vérifier son vote ouvre la porte aux pressions et achats de vote
    http://www.ordinateurs-de-vote.org/...
    http://www.rue89.com/2007/07/26/le-...

    Pas de possibilité de contentieux électoral (il faut étudier le code électoral de près !)

    http://www.ordinateurs-de-vote.org/...

    En résumé : NON NON NON

    Voir l’avis de l’ASTI, fédération de 30 associations professionnelles et scientifiques d’informaticiens (plus de 5000 membres) :
    « l’ASTI recommande que [...] pouvoirs publics, partis politiques et société civile ne recourent en aucune manière au vote électronique anonyme [...]. »

    Signer et faire signer la pétition nationale pour le maintien du vote papier (déjà plus de cent mille signatures), c’est important !
    http://www.ordinateurs-de-vote.org/...

  • Par Elisa (xxx.xxx.xxx.154) 15 février 2010 10:13

    Une chose est sûre en matière d’informatique : tout ce qui est fait par un logiciel peut être défait.
    Et ceci de manière tout aussi confidentielle dans un sens que dans l’autre !

    Je ne vois pas pourquoi il est absolument nécessaire de substituer à une urne matériellement visible et contrôlable une système qui par essence sera opaque.

    L’innovation technologique n’est pas nécessairement une avancée démocratique.

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.89) 15 février 2010 11:28
    non666

    Il n’y a pas de raisons véritables au remplacement du systeme actuel, en fait.

    Il est fiable, controlable, et son cout est somme toute modique.
    Certains montrent du doigt ce cout justement pour justifier le passage a l’electronique.
    Mais si il y a bien UN cout que je ne suis pas pret a reduire, c’est celui-la.

    J’accepeterais, par mesure d’economie, qu’on reduise le nombre des chambres de parlementaires (Assemblée Nationnale, Senat, Conseil Economique et Social).
    Au moins deux des 3 pourraient etre supprimée sans que cela nous coute quoique ce soit en representativité....
    On pourrait meme reduire le nombre des deputés, si l’on voulait....

    Mais donner la main a l’electronique , (et c’est un informaticien qui vous le dis) JAMAIS.
    Ce n’est pas un hasard si c’est dans les communes des "amis de Sarkozy" que ce type de vote se repands actuellement.
    Le controle de l’EPAD et de l’argent du 92, le departement le plus riche de france, la "Mairie de Paris" des Sarkozy, est a ce prix.....

  • Par non666 (xxx.xxx.xxx.89) 15 février 2010 15:23
    non666

    Surement.
    On pourrait meme se passer de parlement, faire comme les suisses, une véritable démocratie directe.
    Seulement voila, le vote electronique N’EST PAS assorti d’une remise en cause des parlements et de leur utilité, il N’EST PAS assorti d’une generalisation des referendum.
    AU CONTRAIRE meme, puisque la reforme constitutionnelle de Sarkozy remet entre les mains des parlements (les concurrents directs de la consultation populaire directe) le droit de valider ou pas la necessite des referendums.
    Du coup le seul "avantage" du systeme electronique est la POSSIBILITE de tricher pour ceux qui organisent les elections : rien de plus.

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