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Accueil du site > Actualités > Société > Comprendre l’emprise : la relation « en-pire »

Comprendre l’emprise : la relation « en-pire »

« Le sentiment de notre existence dépend pour une bonne part du regard que les autres portent sur nous : aussi peut-on qualifier de non humaine l’expérience de qui a vécu des jours où l’homme a été un objet aux yeux de l’homme ». [Primo LEVI, « Si c’est un homme », 1947.]

Certains d’entre vous l’auront probablement compris, le petit jeu de mots de ce titre évoque l’Empire comme souvent cité par celles et ceux qui dénoncent l’avènement d’un nouvel ordre mondial, mais là n’est pas le sujet de cet article. Quoique…

Le vingtième siècle a été marqué par des crimes contre l’humanité perpétrés par des « foules[1] » sous l’emprise de leurs dirigeants. Il restera dans l’histoire comme un triste exemple des systèmes totalitaires déployés sur des nations tout entières. Mais l’emprise est un procédé de domination sur autrui qui ne se manifeste pas uniquement à l’échelle d’un pays.

Étymologiquement « empire » et « emprise » sont de même origine. Leurs définitions respectives données par le CNRTL sont très proches l’une de l’autre et ces deux termes appartiennent à la famille vocabulaire du verbe transitif « prendre » et de ses participes passés et adjectifs « pris, prise ». Cette similitude révèle le caractère universel du concept de relation d’emprise pour peu que nous gardions constamment à l’esprit la notion de gradualité (fréquence, intensité et durée) qui y est afférente (nous sommes tous sous emprise à un degré ou un autre).

L’utilité de cette approche est très simple : comprendre les mécanismes en œuvre dans une relation d’emprise permet de s’en déprendre et donc, dans un certain sens, de reprendre le contrôle de notre libre arbitre qui, contrairement à certaines croyances, ne nous est pas acquis, mais doit être conquis.

Qu’est-ce qu’une relation d’emprise ?

 

Définitions :

Nous devons ce concept à Roger DOREY qui l’introduisit dans le champ psychanalytique en ces termes : « Une double constatation s’impose d’emblée lorsqu’on prend en considération la notion d’emprise. D’une part on observe, en parcourant la littérature psychanalytique, qu’un nombre relativement limité de travaux y font référence et le plus souvent d’ailleurs de manière assez confuse. D’autre part, et en opposition avec cette remarque, on est réellement saisi par l’importance clinique de tout ce qui peut être cerné comme gravitant autour de ce pôle que nul autre concept ne permet de traduire de façon satisfaisante. Par la manière même dont il a introduit cette dimension dans le champ analytique, FREUD, certainement, n’est pas totalement étranger à cet aspect des choses. Il voit en effet dans l’emprise la finalité d’une pulsion spécifique, non sexuelle, d’abord rattachée à la cruauté infantile puis au sado-masochisme, enfin, à partir de 1920, à l’action proprement dite de la pulsion de mort. Or, tout donne à penser que cette pulsion d’emprise (Bemächtigunstrieb) est une notion très ambiguë qui rend compte de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons sur le plan conceptuel. Il semble bien que la notion ne puisse trouver de véritable fécondité que si l’on considère l’emprise comme un mode très singulier d’interactions entre deux sujets, qui ne se réduit pas à l’activité d’une seule tendance, mais correspond à un agencement complexe de la relation à l’autre, dont la dynamique pulsionnelle reste entièrement à préciser. C’est dire que l’emprise ne prend son plein sens que dans le champ de l’intersubjectivité et que c’est là, précisément, qu’elle doit être abordée, à savoir en tant que “relation d’emprise” »[2].

Ce texte datant de 1981 a entraîné de nombreuses réflexions et développement qui ont contribué à sortir la psychanalyse de son champ d’investigation privilégié (i.e. l’intrapsychique) pour le confronté à l’interpsychique (les liens intersubjectifs qui se tissent dans les familles, les groupes ou les institutions) comme en avaient déjà pris l’initiative, en France, quelques chercheurs regroupés en associations telles que celles du Collège de Psychanalyse Groupale et Familiale et de la Société Française de Thérapie Familiale Psychanalytique rapprochant (« re-liant ») ainsi la psychanalyse de la sociologie initiée par Gustave LE BON. Ce qui ne fut pas du goût de certains et notamment des « puristes » de la discipline[3].

Cette annotation me permet de donner une définition correspondant aux descriptions les plus récentes de la relation d’emprise : « L’emprise est une relation de soumission de l’autre, considéré comme une simple chose. Elle s’établit au moyen de manipulations et de stratégies « perverses » plus ou moins subtiles qui se déploient dans les dimensions interpersonnelles, familiales, institutionnelles, sociales et politiques. Elle constitue toujours un meurtre ou une tentative de meurtre psychique, le plus souvent symbolique, commis parfois pour la « bonne cause »… lorsque l’autoritarisme, qu’il ne faut pas confondre avec l’autorité bien comprise contenue dans des règles démocratiquement admises, constitue une valeur familiale ou sociale partagée. Les stratégies d’emprise peuvent être utilisées par les personnes mal traitantes dans une dimension perverse et dans la répétition de maltraitances transgénérationnelles »[4].

Entre temps, dans un dialogue avec Paul DENIS[5], Roger DOREY avait pris soin de préciser son concept : « Dans la relation d’emprise, il s’agit toujours et très électivement d’une atteinte portée à l’autre en tant que sujet désirant qui, comme tel, est caractérisé par sa singularité, par sa spécificité propre. Ainsi, ce qui est visé, c’est toujours le désir de l’autre dans la mesure même où il est foncièrement étranger, échappant, de par sa nature, à toute saisie possible. L’emprise traduit donc une tendance très fondamentale à la neutralisation du désir d’autrui, c’est-à-dire, à la réduction de toute altérité, de toute différence, à l’abolition de toute spécificité  ; la visée étant de ramener l’autre à la fonction et au statut d’objet entièrement assimilable ».

Par la suite, bien que cette notion reste relativement mal comprise des professionnels et du grand public, de nombreux chercheurs tels que, par exemple, Boris CYLRUNIK, ont pu en décrire le but et les principes : « Dans la relation d’emprise, c’est bien simple : l’un des deux, pour son profit ou son plaisir, néantise le monde mental de l’autre. S’il néantisait le monde physique de l’autre, nous n’aurions pas de peine à nommer « crime » une telle relation. Mais pour le monde mental, il a fallu de longs débats, pour comprendre que la néantisation du monde mental d’un autre est un crime dont il faut analyser les processus de destruction et de reprise de néo-développement résilient »[6].

Pour le psychiatre Cédric ROOS, auteur d’une étude exemplaire portant sur une analyse pluridisciplinaire du sujet : « La relation d’emprise est un phénomène universel et ubiquitaire, écueil sournois et redouté qui menace toute relation humaine. L’interaction de deux ou plusieurs individus ou groupes d’individus, dans quelque milieu que ce soit, peut en effet conduire à une relation d’emprise. Celle-ci peut s’exercer, entre autres, au travers d’un pouvoir totalitaire en politique, par l’entremise de la propagande dans les médias, les dérives sectaires des religions, mais aussi dans les entreprises, les institutions, les familles, les couples et dans la sexualité à travers les situations de harcèlement, de maltraitance, d’inceste, d’abus sexuel… »[7].

Selon ces quelques définitions, nous pouvons subsumer sans peine que la relation d’emprise est une relation établie sur un mode asymétrique dominant/dominé. L’escroquerie du premier consistant alors à faire croire au second que nous bénéficions tous des mêmes droits et privilèges alors que dans les faits il se comporte comme si « tous les hommes sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres »[8]. La relation d’emprise interdit toute possibilité de reconnaissance de « l’altérité », de l’autre distinct de soi, tout en le maintenant soumis au groupe, prisonnier et esclave. Véritable main basse sur l’esprit, elle s’établit sur la base d’une communication déviante non repérée comme telle, qui a cours dans les organisations collectives de type « clanique » (désigné aussi sous les termes de « clientélisme » ou encore de « communautarisme ») dont l’exemple le plus évident est celui de la secte, mais que certaines familles (dites « ordinaire »), des organisations ou « réseaux » (d’influence), etc. peuvent également imiter.

Toutefois, la compréhension d’une relation d’emprise et de ses conséquences délétères sur la psyché humaine (« meurtre psychique ») ne saurait être réduite à une cause unique (la communication paradoxale, déviante ou perverse et ses corolaires qui sont la mystification et la disqualification). Une analyse plus approfondie de la nature de ce type de rapports à autrui peut nous permettre de mieux appréhender ce schéma relationnel qui incite « l’homme à être un loup pour l’homme » (bien que cette métaphore donne du loup, animal social par excellence, une image qui ne lui sied guère).

 

Les caractéristiques d’une relation d’emprise[9] :

Trois dimensions complémentaires caractérisent la relation d’emprise dont la spécificité correspond à trois courants sémantiques issus du terme « emprise » qui sont : le sens ancien (1), utilisé en droit, le sens commun (2) et le sens étymologique (3).

(1) La première dimension évoque l’idée de prise, de capture ou encore de saisie qui, en langage juridique, désignait une atteinte portée par l'administration à la propriété privée immobilière, comportant une prise de possession régulière ou irrégulière. Il s’agit donc d’une action d’appropriation par dépossession de l’autre ; c’est une mainmise, une confiscation représentant une violence infligée et subie qui porte préjudice à autrui par empiètement sur son domaine privé, c’est-à-dire par réduction de sa liberté.

(2) La deuxième dimension, inséparable de la précédente, est celle de l’ascendant intellectuel ou moral exercé par quelqu'un ou quelque chose sur un individu. Autrement dit, elle introduit la notion de domination dans la relation d’emprise. Ce second courant sémantique suggère l’exercice d’un pouvoir suprême, dominateur, voire tyrannique par lequel l’autre se sens subjugué, contrôlé, manipulé, en tout état de cause maintenu dans un état de soumission et de dépendance plus ou moins avancé.

(3) Et enfin, la troisième dimension apparaît comme la conséquence ou la résultante des précédentes, laquelle va inscrire une trace, l’impression d’une marque, chez la personne « emprisée » qui dès lors perd son statut de sujet pour être reléguée à celui d’objet. Celui qui exerce son emprise grave son empreinte sur l’autre, y dessine sa propre figure.

A noter que pour Reynaldo PERRONE et Martine NANNINI[10], abordant la relation d’emprise sous l’angle du courant systémique des thérapies familiales, ce rapport à autrui est marqué par trois pratiques relationnelles spécifiques, qui sont : l’effraction, la captation et la programmation  ; dont les définitions données par leurs auteurs expriment le moyen par lequel une personne est spoliée de son libre arbitre, de son intégrité psychique et de sa dignité. L’appropriation-dépossession se fait par effraction ; la domination s’opère par captation afin de gagner la confiance de la (ou des) personne-s visé-e-s, fixer son attention et la priver de sa liberté ; et enfin la programmation est le procédé par lequel une personne est marquée du « sceau » de son agresseur (son empreinte).

Ces diverses approches renseignent sur le pourquoi et le comment de l’emprise qui, dans le cadre des relations interindividuelles, ne s’expriment pas de but en blanc. Pour asseoir son pouvoir sur autrui et rallier le plus d’affidés à sa cause, « l’empreneur[11] » (« l’emprenant » ou « l’empriseur[12] ») élaborera minutieusement diverses stratégies d’emprises et les mettra en place graduellement tout en prenant soin de ne pas dévoiler ses véritables intentions. C’est ce que nous allons maintenant disséquer en gardant à l’esprit qu’entre une personne et un groupe, seul diffère le degré (fréquence, intensité et durée) de la mise sous emprise.

 

De la prise à l’emprise :

« Par définition, la dynamique s’insinue par paliers successifs, souvent impossible à repérer à l’œil nu. En fait, sa progression est plutôt circulaire avec des allers-retours constants entre les forces en jeu et par intégration progressive des étapes franchies (Nda : d’où le décervelage qui en résulte). Le plus souvent l’onde de choc est beaucoup plus large qu’il n’y paraît et les personnes impliquées beaucoup plus nombreuses qu’on pense : enfants d’un couple, collègues de travail, club de sportifs, groupe de jeune… Et cette spirale absorbe tous les acteurs, victimes comme bourreaux, personne n’échappe à sa toxicité, personne n’en sortira indemne. »[13]

La relation d’emprise se développe par assimilation et « incorporation » (engramme), mais pour que le mouvement s’amorce, il faut un « fait » générateur qui l’impulse.

Cette première étape repose sur la séduction et c'est essentiellement grâce à elle que « l'empriseur » s'attire les faveurs de sa cible (personne ou auditoire) : « il s'agit d'une véritable action de séparation, de détournement, de conquête qui parvient à ses fins par l'étalement de ses charmes et de ses sortilèges, c'est-à-dire par l'édification d'une illusion dans laquelle l'autre va s'égarer. Cette séduction, en fait, prend valeur de fascination »[14]. Elle aurait pour fonction de subjuguer les « emprisés » et d’enflammer les foules (ou le cœur d’un « partenaire » en situation de couple). Cependant, cette séduction est à sens unique : « l'empreneur » cherche à « ensorceler » son « objet » sans se laisser piéger par l'attraction que ce dernier pourrait exercer sur lui.

Lorsque les personnes sont suffisamment engagées dans la voie tracée par l’instigateur de la relation d’emprise, l’emploi de la force peut succéder à celui de la séduction et le système devient alors autonome. Mais en cas de « rébellion », les périodes de séduction peuvent réapparaitre. C’est donc par une alternance de phases de séduction et de violence que croît la relation d’emprise. Les personnes soumises à ce traitement sont « sidérées[15] » et n’ont pas d’autres choix que de répondre à cette situation en développant des stratégies d’adaptation pour réduire leur état de stress à un niveau acceptable (ou supportable). L’état de sidération a pour conséquence d’entrainer une dissociation mentale interdisant aux personnes « dissociés » d’analyser et de comprendre la situation afin de trouver solution et délivrance.

La relation d’emprise se clive et devient circulaire entraînant tous ses acteurs vers une régression qui, dans certains cas, devient dramatique puisqu’elle équivaut à un « meurtre psychique » quand elle ne finit pas par un véritable meurtre ou un suicide.

Cette séduction n’est cependant opérationnelle que si l’interdit de pensée est implicitement posé par l’usage d’une rhétorique particulière. Tout en admettant qu’il soit très difficile de cerner le déclenchement des processus générant une relation d’emprise, et, plus encore, toutes les raisons qui l’ont orchestrée, Geneviève PAYET nous indique que « le problème réside au cœur même de la dialectique perverse qui s’est construite » entre le dominant et le dominé, entre « celui qui impose et celui qui subit ». Cette dialectique perverse n’est ni plus ni moins que la communication paradoxale (déviante ou perverse, selon les auteurs) que j’ai longuement présentée lors de mon précédent article[16].

Comprendre ce qu’implique une relation d’emprise dans toute son étendue nécessite de réunir des connaissances et des compétences issues de divers horizons. La principale difficulté de la tâche consistant à percer le code lexical propre à chacune des disciplines invoquées afin d’en faire ressortir les liens qui les unissent plutôt que de se concentrer sur leurs différences. Il suffira alors de réduire les positions paradoxales en les explicitant pour ne garder que ce qui est cohérent. Ce n’est qu’ainsi que, comme a très bien su le faire Cédric ROOS, nous pouvons être à même d’observer « ses paliers successifs difficiles de voir à l’œil nue » se dérouler sous nos yeux, et ce dans des dimensions aussi différentes que celle du couple, des groupes, des institutions ou des nations.

 

En résumé :

« La relation d’emprise obéit à des règles communicationnelles singulières qui prédisposent la personne sous emprise en paralysant ses défenses (Nda : j’ai largement décrit les contours de cette communication dans la première partie de cet article). Elle vit la relation dans une sorte d’état second, de rétrécissement de la conscience. Confuse, elle perd tout sens critique ce qui permet chez elle la coexistence paradoxale d’un non-consentement et d’une acceptation (Nda : cette coexistence paradoxale est l’un des symptômes majeurs d’une dissociation qui doit conduire le clinicien ou le praticien à poser un diagnostic d’EPST complexe). C’est ce que RACAMIER dénomme le “décervelage” »[17].

Les trois ordres organisationnels d’une relation d’emprise sont : 1- une captation par appropriation/dépossession grâce à une séduction unilatérale (ou « narcissique ») ; 2- une domination et un isolement s’exerçant sur la personne « emprisé » (souvent désigné comme « bouc émissaire ») avec recours à la violence psychique et/ou physique, mais faisant le plus souvent appel à la discrimination, aux manipulations, aux harcèlements, etc. ; 3- l’apposition d’une empreinte dans le psychisme de la cible qui s’adapte à la situation en abandonnant toute prétention de compréhension et en adoptant des réponses automatisées pouvant aller à l’encontre de ses intérêts (non perçus comme tels en raison de la dissociation provoquée), et ce, afin de réduire les dissonances cognitives que lui impose la communication paradoxale.

Le système de communication déviante (paradoxale ou perverse) que les contraintes paradoxales instaurent dans les rapports à autrui contient en germe tous les ingrédients qui mènent, à terme, à une relation d’emprise dont l’expression = appropriation-dépossession (effraction) + domination (captation) + empreinte (programmation) = décervelage è facilitation du « conformisme » individuel ou social.

 

Conclusion :

La relation d’emprise est définie par : (1) l’atteinte aux droits les plus élémentaires des personnes « emprisées » (dignité et intégrité psychique ou physique) ; (2) le caractère unilatéral de l’entreprise de séduction exercée sur une cible (personne, public ou peuple) ; (3) la « marque de fabrique » de « l’empreneur », faiseur de paradoxes (i.e. le « paradoxeur » décrit lors de la première partie de cette présentation).

Dans la plupart des déséquilibres relationnels avec inégalité patente, les personnes dominées perçoivent la puissance des dominants, mais ne peuvent y répondre parce que ces derniers se sont approprié les « rênes du pouvoir ». Cela ne les empêche pas de faire usage de leur esprit critique en dénonçant les injustices perpétrées par ces déséquilibres.

Dans la relation d’emprise, la manipulation mentale qui s’y joue n’est jamais explicite (inégalité latente). Elle s’exerce insidieusement à l’insu de ses victimes qui sont « sidérées », hypnotisées et captées par « l’empreneur » grâce, notamment, à l’usage d’une dialectique éristique soigneusement « huilée ». Les victimes ignorent les conditions de leur mise sous emprise et ne perçoivent pas les manœuvres de l’instigateur ni ses véritables intentions. Ce dernier sait se « fondre dans la masse » pour répondre aux attentes de ses proies et parvenir ainsi à « coloniser » leur psychisme en lui imprimant sa « marque ». Cette opération, véritable entreprise de dépersonnalisation, consiste en un « effort pour rendre l’autre fou » et ceux qui s’y adonnent le mieux sont ceux qui prétendent – suprême paradoxe – pouvoir nous apporter les remèdes aux maux qu’ils nous infligent. C’est le principe fondamental sur lequel reposent toutes tortures, qu’elles soient physiques ou psychiques. À la seule différence près que, s’agissant de tortures mentales, celles-ci sont parfois imposées inconsciemment, en toute méconnaissance de cause des dommages provoqués sur la psyché d’autrui : c’est en cela que notre époque peut être qualifiée « d’âge de la barbarie communicationnelle » (cf. première partie ).

La relation d’emprise est un système relationnel susceptible de survenir dans tout rapport humain et contre lequel il n’existe pas de moyen absolu de se prémunir, mais pour se sortir de cet engrenage destructeur ou, préventivement pour ne pas y entrer, une prise de conscience de la violence sournoise qui s’y joue et des mécanismes conduisant à une telle relation sont indispensables.

Si dans mes écrits j’ai longuement pu traiter des mécanismes en jeu instituant ce type de relation et de la personnalité archétypale de « l’empreneur » (parties 1, 2, 3, 4 et 5), bien que ne les ayant pas développés exhaustivement, je n’ai fais qu’aborder sa « violence sournoise » en la qualifiant parfois de « meurtre psychique » sans en donner d’autre explication que phénoménale. Il serait intéressant et instructif de visualiser l’impact de ces phénomènes sur le développement de notre cerveau pour mieux comprendre de quoi il en retourne. Ce qui devrait probablement faire l’objet d’un prochain billet.

 

Philippe VERGNES


[1] Cf. Gustave LE BON, « La psychologie des foules », 1895.

[2] Roger DOREY, « La relation d’emprise », 1981.

[3] En aparté, il est intéressant de noter les divergences des courants psychanalytiques que l’on peut se représenter par trois niveaux. De l’étude exclusive de l’intrapsychique (niveau I), certains psychanalystes ont étudié l’interpsychique des relations duelles (niveau II = relation à deux comme en fait état le texte de Roger DOREY), d’autres se sont orientés vers l’intersubjectivité, c’est-à-dire, l’observation et l’analyse des individus interagissant entre eux dans une pluralité de relations (niveau III = psychodynamique). Ramené au sujet qui nous concerne ici, ce champ d’investigation ne se résume plus à l’observation et à l’analyse de la dyade bourreau-victime, mais s’étend également au triptyque bourreau-victime-spectateurs.

[4] Gérard LOPEZ, « La relation d’emprise », sur le site de la préfecture de la SARTRE.

[5] Entretien rapporté par la Revue Française de Psychanalyse, « L’emprise », 1992/5.

[6] Jean-Pierre VOUCHE, « De l’emprise à la résilience », 2009, p. . Citation de Boris CYLRUNIK, auteur de la préface.

[7] Cédric ROOS, « La relation d’emprise dans le soin », p. 9 du fichier PDF, en lecture libre sur Internet.

[8] Georges ORWELL, « La ferme des animaux », p.

[9] D’après le texte de Roger DOREY, « La relation d’emprise », 1981.

[10] Reynaldo PERRONE et Martine NANNINI, « Violence et abus sexuel dans la famille – Une vision systémique des conduites sociales violentes », 1995.

[11] « L’empreneur » signifiait en vieux français : celui qui entreprend (ici une entreprise guerrière). Dérivatif du mot « emprendre » qui avait de nombreuses significations dont celle de : faire prendre, allumer, enflammer ayant aussi donné le substantif masculin de « emprenant » : assaillant, et « empris » : pris, saisi (cf. pages 71 et 72 du dictionnaire GODEFROY de l’ancienne langue française du IX au XV siècle). Ainsi, lorsqu’on entend dire « qu’il n’y a pas de fumée sans feu », a-t-on pris soin de vérifier qu’un « empreneur » n’est pas à l’origine de ce « feu » (la rumeur) ?

[12] « L’empriseur » et « l’emprisé » sont des termes utilisés par Jean-Claude MAES dans son livre : « Emprise et manipulation : Peut-on guérir des sectes ? » pour désigner les personnes qui initient l’emprise et celles qui la subissent.

[13] Geneviève PAYET, « L’aide-mémoire en psychotraumatologie » sous la direction de Marianne KÉDIA et Aurore SABOURAUD-SÉGUIN, 2008, page 84.

[14] Roger DOREY, « La relation d’emprise », 1981.

[15] Nous verrons l’importance de ce concept majeur en psychotraumatologie dans un prochain article.

[17] Cédric ROOS, « La relation d’emprise dans le soin », 2006, p. 54.

 


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14 réactions à cet article    


  • Rincevent Rincevent 26 avril 2013 11:41

    A propos de la confusion qui peut s’installer chez « l’empris » et qui l’empêche d’y voir clair, un formateur m’avait donné une définition choc, en jouant sur les mots : confusion = fusion à la con… Je ne l’ai jamais oublié.


    • Philippe VERGNES 26 avril 2013 14:00

      Bonjour Rincevent,

      Votre formateur avait doublement raison : il faut parfois pouvoir exprimer simplement des notions complexes telles que celle de la relation d’emprise et de son corollaire indissociable qui est la communication déviante (ou paradoxale détaillée dans la première partie de cet exposé). Cela permet de toucher des personnes qui ne se sentent pas concernées par la problématique décrite (quelle qu’elle soit) et c’est aussi une aide à sa compréhension.

      C’est le rôle des allégories, métaphores ou autres aphorismes et jeu de mots. Le tout étant de ne pas céder aux sirènes de la « simplification » (réduction) abusive des concepts en leur retirant par-là toute leur « substance ». Les exemples de ce genre « d’excès » sont malheureusement nombreux. Difficile est la conduite à tenir pour éviter ce genre de piège, mais concernant « la fusion à la con » afin d’étayer votre exemple : j’adhère pleinement tant la « fusion » est ce que recherche « l’empreneur » avant d’assoir son pouvoir sur autrui.

      Merci pour votre commentaire,

      Cordialement.


    • volt volt 26 avril 2013 14:35

      Bonjour,


      il y a de tout dans ce texte.

      d’abord le constat que oui Freud ne fut pas prolixe sur la question, 
      ensuite vous avancez cette suite de définitions qui deviennent de plus en plus précises, 
      enfin votre positionnement final qui dit en clair : 
      il nous suffira de la synthèse, par-delà les différences d’écoles ou de vocabulaires, pour y voir plus clair sur un tableau plus complet.

      c’est sur votre méthode que l’on pourrait ne pas être d’accord :

      1/ vous commencez par attribuer l’emprise aux foules, alors que le créateur de la notion de « pulsion d’emprise » aura constaté, notamment dans « psychologie des foules et analyse du moi », combien ce sont d’abord elles qui peuvent être l’objet de l’emprise...

      2/ vous évoquez rapidement l’enracinement de la pulsion d’emprise dans l’infantile, ou sinon comme montage pulsionnel, sans vouloir interroger plus loin cette origine tout de même lourde de conséquences ; il ne semble pas que « cruauté » ou « sadisme infantile » pourraient y tenir lieu de concepts suffisants...

      3/ vous qualifiez un peu rapidement la psychanalyse en son confinement intrapsychique, mais ce n’est même pas une psychanalyse des années 20 ou 30 que vous décrivez de la sorte... passons sur les apports majeurs de Freud sur la question, par lesquels Lebon est dépassé ; votre relecture de la psychanalyse ne saurait faire l’économie de Lacan, et pourtant...

      4/ le propre de Lacan justement, et sur lequel vous passez en silence complet, sera de dire autour de cette question, en gros, deux choses :

      A - la psychanalyse, notamment sur ce problème, ne saurait faire l’économie d’une relecture de Hegel, entre autres via Kojève, particulièrement de : la dialectique du maître et de l’esclave, et surtout de la lutte dite de « prestige » entre les consciences, pour la reconnaissance, et qui est bien une lutte à mort - pas physique, mais justement psychique.

      B - la psychanalyse enrichie du « stade du miroir » reconnaît dans le mouvement de formation du moi lui-même une instance imaginaire commandée par la captation par l’image où le premier à être sous l’emprise, c’est... le moi lui-même comme formation paranoïaque ; conséquence de cette dépendance du moi à son miroir : 
      toute confrontation à l’autre si elle peut passer par le langagier est aussi tributaire de ce vaste jeu d’images, où le mouvement d’emprise devient en quelque sorte « de nature », puisque la captation de l’autre devient un sous-chapitre de la captation continue de soi - les textes de Lacan sur l’agressivité sont très clairs sur cette question. Voilà pourquoi on pourrait dire que Lacan à la fois n’accorde plus aucune place à la puslion d’emprise telle que formulée par Freud comme une sous-rubrique, tout en lui accordant la place d’honneur puisqu’il la place aux commandes de la formation de l’instance du moi.

      si l’on ne tient pas compte de cette prégnance de l’emprise au sein même de l’intrapsychique, il devient difficile, dans l’interpsychique, de différencier ce qui relève du normal et du pathologique ; si la séduction ouvre le jeu de vos trois étagements, alors toute relation est d’emprise... mais ce qui va permettre de distinguer l’emprise pathologique ne relève pas seulement des mécanismes employés au dehors, il ne saurait faire l’économie d’une analyse des insuffisances narcissiques internes qui forcent à cette mise en scène extérieure.




      • Philippe VERGNES 26 avril 2013 18:44

        Bonjour Volt,

        Et merci pour ce commentaire critique sur lequel j’essaierais de revenir plus tard un peu plus longuement. Je doute cependant du fait qu’il puisse y avoir de nombreux lecteurs qui parviennent à vous suivre dans votre raisonnement, la psychanalyse, et notamment le courant lacanien, n’a malheureusement pas bonne presse. J’essaie de contourner ce problème dans mes écrits, ce qui n’est pas toujours si simple.

        Par contre, qu’est-ce qui peut vous faire dire que je « commence par attribuer l’emprise aux foules » ??? Je ne souhaitais pas dans ce texte prétendre autre chose que ce vous rajoutez : "alors que le créateur de la notion de « pulsion d’emprise » aura constaté, notamment dans « psychologie des foules et analyse du moi », combien ce sont d’abord elles qui peuvent être l’objet de l’emprise...«  Nous sommes bien d’accord sur ce point-là, mais apparemment pas dans la façon de le dire (de mon point de vue) ou (et ?) de l’interpréter (du votre).

        Je suis par ailleurs bien d’accord avec le reste de votre développement, mais comme j’ai déjà pu vous le signifiez, je n’ai pas de culture »lacanienne« . Une lacune que vous m’avez déjà invité à combler de part vos remarques postées à la suite de certains de mes précédents articles. J’y songe, j’y songe... d’autant que j’ai largement abordé la communication qui a lieu dans une relation d’emprise lors de mon précédent article et que si le temps me le permet, je complèterais cet article par une note sur le langage spécifique qu’emploie »l’empriseur". Bref, ce sujet est très loin d’être circonscrit en quelques billets seulement.

        Bien à vous !


      • volt volt 26 avril 2013 21:36

        Justement, comme le disait Lacan lui-même, « Je suis un traumatisé du malentendu. Comme je ne m’y fais pas, je me fatigue à le dissoudre. Et du coup, je le nourris »...


        Non, c’est juste que votre point de départ sur les foules, sans plus, la manière, y ajouter ma maladresse... le reste évidemment, nous sommes d’accord.

        Sur la question de votre « contournement » - enfin clairement avoué ! - oui... Vous ne pouvez pas, il me semble, dans le champ que vous entendez défricher, en faire l’économie... - ou du moins raisonner en termes d’antipathies, compréhensibles (vous n’êtes pas le seul, Lacan réactive la position de l’analyste comme sophiste à notre époque, et en cela oui il dérange, c’est son but, et même une bonne partie de son propos).

        Bref, ayant parcouru la tanière de la bête en long et en large, je peux vous épargner bien des désagréments, et sur ce sujet précis de l’emprise, deux petits textes - (je vous jure que ça ne totalisera pas dix pages .. une cuillerée pour le tiers monde), « le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je » et « l’agressivité en psychanalyse » - pourraient vous être très utiles, sans pour autant avoir à les citer directement, au vu des allergies dont vous semblez l’heureux comptable.




        bien à vous, et bonne chance dans votre rigoureux travail.

      • Philippe VERGNES 27 avril 2013 14:02

        Bonjour Volt,


        Merci pour ces précisions !

        Appréhender un auteur selon le sens où je l’entends est toujours « délicat » pour moi. Il faut dire que lorsque je commence, je ne m’arrête généralement pas à ces quelques écrits. Ma principale préoccupation réside justement dans le fait de ne pas mésinterpréter sa pensée ce qui alourdit et complique considérablement la tâche. Ces « perversions » des écrits (ou paroles) d’autrui sont s’y fréquentes (surtout en psychanalyse) que j’évite de parler en lieu et place de quelqu’un dont j’appréhende mal le fil directeur de son œuvre. Et puis, il existe tant d’auteurs intéressants que l’on ne peut tous les étudier, mais la citation de LACAN m’interpelle « profondément » dans le sens où je ne connais que trop ce genre de paradoxe. smiley !!!

        Sur mon point de départ, malheureusement, et comme dans la plupart de mes textes, je rédige un premier jet (qui dépasse largement le cadre des articles proposés à la modération), puis je reviens dessus en supprimant les paragraphes qui s’éloignent le plus du sujet afin de tenter de l’alléger un peu pour le rendre plus digeste. Dans cette opération (c’est même, je crois, un de mes défauts pouvant induire de la confusion) je supprime des passages qui font lien.

        J’avais bien noté dans nos échanges précédents que vous aviez « parcouru la tanière de la bête en long et en large » et je prendrais connaissance de vos liens avec le plus grand intérêt. Lorsque j’ai rédigé mon précédent billet (cité en lien dans cet article qui y fait longuement référence), j’ai été surpris du manque d’étude, voir d’intérêt, que les psychanalystes ont porté aux paradoxes et aux peu d’écrits que l’on trouve sur le sujet. Si vous aviez des références autres celles que j’ai pu fournir (H. SEARLES, P.-C. RACAMIER, D. ANZIEU et R. ROUSSILLON), je serais preneur et vous en remercie d’avance.

        Sur la question de mon « contournement », j’ajouterais qu’elle tient surtout du fait de chercher à comprendre comment sensibiliser des tierces personnes à cette problématique. C’est-à-dire comment impliquer les « spectateurs » qui ne se sentent absolument pas concernés lorsqu’ils sont les témoins de ce genre de « crime », car désormais tous les chercheurs qui maîtrise le sujet s’accordent à le reconnaître, c’est bien sur les « spectateurs » qu’ils faut agir pour faire évoluer une situation d’emprise (ou de harcèlement, etc.). Or, s’il y a consensus sur le moyen d’enrayer ce fléau, personne ne propose véritablement de méthode. La sensibilisation ne fonctionne que très peu et cela me fait penser aux expérimentations en psychologie sociale telles qu’initiées par Kurt LEWIN et les 3 % de « résultats » positifs qu’il était péniblement parvenu à atteindre selon une argumentation « traditionnelle ».

        Bref, c’est un très très vaste sujet qui, comme j’ai déjà pu l’indiquer dans un de mes précédents articles en citant le rapport de la HAS sur la « Prise en charge de la psychopathie », se situe au carrefour su social, du politique, du juridique et du psychiatrique. C’est dire les différentes visions que l’on peut avoir sur la question. D’autant que dans ce texte où « il y a de tout » (en fait, une courte et déjà bien longue présentation de deux courants psychologiques - psychanalyse et systémique - qui ont étudié la relation d’emprise), j’ai du me contraindre à ne pas faire mention des concepts issus de la psychologie sociale qui enrichissent également nos connaissances sur ce thème.

        Votre conclusion vise également juste, pour les raisons évoquées ci-dessus, j’ai également du supprimer une citation de Michel FOUCAULT et les quelques paragraphes qui l’accompagnée pour ne pas trop égarer le lecteur : « Il y a des moments dans la vie où la question de savoir si on peut penser autrement qu’on ne pense et percevoir autrement qu’on ne voit est indispensable pour continuer à regarder et à réfléchir. La seule espèce de curiosité qui vaille la peine d’être pratiquée avec un peu d’obstination est non pas celle qui cherche à s’assimiler ce qu’il convient de connaître, mais celle qui permet de se déprendre de soi-même » (« L’usage des plaisir »).

        Nous sommes bien d’accord et conscient du problème, l’un des principaux freins à sa compréhension réside malheureusement dans le fait de pouvoir trouver des solutions qui permettent de lever les inhibitions et sortir les « masses » (les plus proches « spectateurs » d’une situation d’emprise suffiraient) du dénis dans lequel ils se trouvent pour que l’aide aux victimes de ce fléau puisse se faire sans limitation comme c’est actuellement le cas.

        Bonne journée et merci encore pour vos judicieuses interventions.


      • Franckledrapeaurouge Franckledrapeaurouge 26 avril 2013 17:37

        Bonjour,


        Juste une idée

        « l’homme à être un loup pour l’homme »

        Certain homme sont des tirex pour les autres,

        C’est bien non ?? Non c’est mieu !!

        Allez faut bien rire un peu non....

        Cordialement

        Franck



        • Philippe VERGNES 26 avril 2013 18:17

          Bonjour Franckledrapeaurouge,

           smiley smiley smiley  !!!

          Vous faîtes bien de préciser, l’image du Tirex est effectivement bien plus appropriée. En modifiant un peu votre analogie, cela me fait penser aux « Raptors » du film « Jurassic park » de Steven SPIELBERG.

          J’y songerais dans pour mes prochains articles ! smiley

          Cordialement


        • epicure 26 avril 2013 21:40

          L’un des signes les plus visibles d’emprise, c’est quand une personne contrôle littéralement les fréquentations et les activités de sa victime.
          La victime arrête de fréquenter des amis, même des parents, la victime ne fréquente que les personnes choisies par l’empriseur, manipulateur, ses mouvements sont souvent limités, parfois la victime ne sort plus de son lieu de domicile ou ses sorties sont surveillées, réduites, chronométrées.
          C’est un phénomène connu avec les sectes, où les adeptes coupent toute relation avec le monde extérieur, ne vivant que dans la secte, pour la secte.
          Je suppose que cela fait partie de la phase programmation de la victime.


          • Philippe VERGNES 27 avril 2013 10:26

            Bonjour epicure,

            C’est effectivement dans le cadre que vous décrivez que la relation d’emprise a été le plus étudiée. Les sectes en sont bien entendu l’exemple le plus flagrant. Il est toutefois malheureux que nous réduisions la compréhension de ce phénomène aux seules problématiques des sectes ou de certaines familles « dysfonctionnelles », car son implication outrepasse les limites de ces dernières.

            Certaines organisations ou mouvements qui se radicalisent n’ont rien à leur envier comme le dénoncent à l’heure actuelle de plus en plus de chercheurs. Et c’est heureux...

            J’aime à répéter une citation de Carl Gustav JUNG : « Lorsque tout va bien, les fous sont dans les asiles, en temps de crise, ils nous gouvernent »... A méditer !!! smiley

            Cordialement


          • Laurenzola Laurenzola 27 avril 2013 00:03

            Effectivement, la justesse de notre perception du monde réside dans notre capacité d’empathie, une phrase à elle-seule résume très bien la clé du mystère :

            Aime ton prochain comme toi-même, ne voyons pas en l’autre un simple mirroir, mais un semblable.

             


            • Philippe VERGNES 27 avril 2013 10:13

              Bonjour Laurenzola,

              Merci pour ce petit cours de philosophie.

              J’ai bien aimé les positions de KANT et D’ADAM SMITH ; un peu moins celles de LEVINAS et de FREUD. Cet article est très intéressant, notamment pour son rappel à la règle d’or qui en découle : « Ne fait pas à autrui ce que tu n’aimerais pas que l’on te fasse ».

              C’est tout à fait dans le fil du sujet, « l’empreneur » n’ignore pas cette règle d’or, mais la revendique seulement pour les autres.

              "... la justesse de notre perception du monde réside dans notre capacité d’empathie«  : oh comme je vous approuve. Cependant, la capacité d’empathie est fortement variable d’un individu à l’autre et paradoxalement, ce sont les personnes les »moins« empathiques (exemple la figure archétypale de »l’empreneur") qui sont persuadés détenir une vision du monde la plus proche du réel. Cruelle ironie de notre société actuelle !!!

              Vous avez dit perversion ??? smiley

              Cordialement


            • Bur K Bur K 28 avril 2013 15:38

              Bonjour Philippe Vergnes, 

              J’ai lu avec un grand intérêt votre article. Mon expertise ne me permet pas de le commenter précisément, mais je perçois clairement les effets dans le monde du pouvoir politique, de l’emprise telle que vous la définissez.

              J’ai beaucoup étudié Gustave Lebon et en particulier sa psychologie des foules, ouvrage de référence au premier rang pour mes recherches en histoire et politique (orientation philosophie). J’ai lu aussi dans vos commentaires sur un autre sujet (article de Loup Rebel), dans lequel vous évoquez l’emprise au service du maintien du peuple au stade infantile. Je m’apprête à soumettre un billet soulevant la question des chefs en démocratie, et je m’appuie sur les analyses de Loup Rebel que j’ai trouvé particulièrement éclairées, notamment au regard de vos propos.

              Je vous souhaite un bon dimanche.


              • Philippe VERGNES 29 avril 2013 12:30

                Bonjour Bur K,

                J’ai pu lire quelques uns de vos commentaires avisés sur le sujet qui vous préoccupe et que vous maîtrisez bien mieux que vos contradicteurs (comme c’est bien souvent le cas d’ailleurs).

                J’ai pu constater que vous étiez particulièrement érudit sur votre thème de prédilection et les problèmes que vous évoquez m’interpellent grandement, mais je ne dispose malheureusement pas de suffisamment de temps pour m’y atteler autant que sur celui qui fait principalement l’objet de mes écrits. Disons que l’un et l’autre sont complémentaires, ce que vous avez du percevoir en vous attaquant à la question des chefs en démocratie (cf. ma citation de Carl Gustav JUNG ci-dessus dans ma réponse à epicure).

                D’un point de vue sociologique, les apports de cette discipline (que je n’ai pas eu la place d’insérer dans mon article) éclairent, eux-aussi, la relation d’emprise sous des aspects non négligeables (le must des ouvrages sur le sujet étant celui écrit par Robert CIALDINI et publié en 1984 : « Influence et manipulation » où il y décrit de manière particulièrement explicite les 8 grands principes manipulatoires par lesquels nous sommes tous mis sous influence). Mais d’autres disciplines comme celle de la psychologie cognitive et comportementale ont pu décrire des états de soumission obtenus expérimentalement sur les rats ou les chiens (selon des principes « pavloviens »). C’est le cas notamment d’Henri LABORIT et de son concept « d’inhibition de l’action » et de Martin SELIGMAN et de sa théorie de « l’impuissance apprise » (ou résignation acquise ou apprise).

                Si jusqu’à présent je n’ai pas traité de ces approches de la problématique que je décris dans mes textes, c’est simplement parce que je compte le faire dans un prochain article qui leur sera spécialement dédiées.

                Toutefois, dans le cadre de ce qui vous intéresse, je ne saurais trop vous recommander le livre d’Andrzej LOBACZEWSKI, « La ponérologie politique, étude de la genèse du mal appliqué à des fins politiques » et bien d’autres références encore qui fustigent « l’inconscience » de nos dirigeants (comme celle entre autre chose du livre de Christophe DELOIRE, « Circus poliicus »).

                Bref, une histoire qui n’en finit pas de se répéter tout simplement parce que l’on néglige un aspect de la personnalité humaine que je dénonce sans mes écrits. Même des anthropologues tel que Emmanuel TODD ou des économistes tel que Frédéric LORDON se mettent à l’étude des problématiques psychiatriques pour pouvoir comprendre l’absurdité de notre société actuelle dont l’exemple qui l’illustre le mieux est la politique économique actuellement menée de par le monde.

                « … Lorsque l’on est confronté à des phénomènes sociaux bizarres, il faut se rendre aux hypothèses psychiatriques en tout dernier ressort. Quand on a épuisé toutes les autres, mais malgré tout il faut bien dire que toute cette affaire à tous les aspects d’une histoire de fous, et très honnêtement, je ne sais pas comment l’expliquer autrement. Donc j’essaie de résister et de ne pas me rendre à cette hypothèse mais tout m’y porte. Parce que voilà, on a… je vous rappelle la séquence en quelques mots, la finance somptueuse et arrogante s’est mangée un gadin qui fera date à l’histoire de l’échelle du capitalisme. Mais la finance n’a jamais le bon goût de choir seule. C’est-à-dire qu’elle entraîne tout le monde avec elle. Il s’en est suivi une récession carabinée avec une explosion du chômage. On a sauvé les banques grâce à l’action des banques centrales et puis aussi en passant aux frais du contribuable et les banques se sont carapatées en s’estimant quitte après avoir remboursé leur prêt auprès de l’Etat français. Sauf qu’elles nous ont laissé derrière : la contraction du crédit, la récession, l’explosion du chômage, l’envolée des déficits et des dettes, et les plans d’austérité. C’est-à-dire double dose pour le chômage. Et nous en sommes là avec des plans d’austérité qui sont généralisés dans toute la zone européenne et qui n’ont rigoureusement aucune chance d’aboutir aux objectifs qu’ils se sont donnés. Alors, le cas typique… c’est la Grèce évidemment. La pauvre Grèce, martyr de la politique économique européenne, est en train de sombrer sous nos yeux et plus on vient à son secours puis on lui administre de quoi la tuer définitivement. C’est ça qui est extraordinaire. Donc si vous voulez, il y a de la part de la politique économique, une persévérance dans l’erreur qu’une ancienne maxime latine, dans son temps, avait qualifié de diabolique : on fait un premier plan de secours, on serre la vis comme c’est pas possible et évidemment il se passe l’exact contraire de ce que l’on attendait. C’est-à-dire que la récession est tellement violente que les recettes se contractent plus vite qu’on ne coupe les dépenses et donc les déficits continuent d’augmenter et les dettes d’exploser. Moyennant quoi la Grèce ne peut toujours pas plus payer que par le passé. On revient à son chevet avec un deuxième plan de secours qui rend le plan d’austérité encore plus dur que par le passé. Bon ! J’veux dire… on peut prolonger la série autant qu’on veut, il se passera ce qui est déjà annoncé, c’est-à-dire que la Grèce fera défaut. Alors, à partir de là, si la Grèce fait défaut on entrera en terres inconnues… là, on va passer le 38ème parallèle… » (Extrait de l’émission radio de Daniel MERMET, « Là-bas si j’y suis » du vendredi 16 septembre 2011)

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