Aux Etats-Unis, c’est sans rire que lors d’un show télévisé sur la Fox qu’on ne présente plus, qu’un journaliste de la chaîne, Glenn Beck, a accusé son président Barack Obama d’être raciste
après sa sortie contre la police, « stupide » avait-il dit, après l’arrestation rocambolesque de son ami le professeur noir de l’Université de Harvard, Henri Gates Jr. En Italie, el cavaliere aka Silvio Berlusconi est encore victime d’un scandale sexuel avec l’escort-girl Patrizia D’Addario qui peut lui valoir son poste. Cette dernière organise ce vendredi, 31 juillet, à Paris, dans l’antre de la boîte mythique Le Globo, un show intitulé : I love Silvio. Avis aux amateurs. En Hexagone, la douce France de Loft Story, de la Ferme Célébrité, de Secret Story et des vertus, on apprend avec stupeur que les autorités qui veulent légiférer sur le port de la burqa en l’interdisant ont reçu deux communications des services de sécurité au début du mois qui indiquent qu’il n’y a que…367 femmes qui portent ce voile intégral et qu’il y a dans ce petit groupe, de nombreuses françaises converties. Fichtre. « Jamais sans mon pantalon » aurait été le titre phare du film que la belle journaliste soudanaise, Loubna Ahmed al-Hussein, dont le jugement a été ajourné hier pour port de « tenue indigente » par un Tribunal de Khartoum. Elle connaîtra son sort le 4 août prochain. Quelle connerie !
Chacun ses problèmes. De Rome en Italie à Washington aux Etats-Unis en passant par Paris en France et Khartoum au Soudan. Le cas soudanais contrairement aux autres évoqués plus haut n’est pas vraiment marginal, c’est une attaque en règle contre la liberté religieuse, les femmes et une manœuvre politique de Khartoum pour intimider les opposants à son régime. Le cas ubuesque de Loubna Ahmed al-Hussein, journaliste au quotidien soudanais Al-Sahafa, classé à gauche, travaille aussi à la section communication de la Mission des Nations unies au Soudan. Elle bénéficie donc d’une immunité diplomatique mais, le Gouvernement semble n’avoir cure.
Que s’est-il passé ?
Le 3 juillet dernier, la charmante journaliste Loubna Ahmed al-Hussein se trouvait dans un restaurant de Khartoum lorsque la police y a fait irruption et ordonné à 13 femmes portant un pantalon de les suivre au poste. Mme Al-Hussein et deux autres femmes, compte tenu de leur statut social, ont requis les services d’un avocat. Deux jours plus tard, les 10 autres femmes, dont une majorité de chrétiennes, donc originaires du Sud du pays, ont été convoquées au poste de police. Elles y ont été fouettées. Selon la loi islamique (charia) en vigueur au Soudan, la sanction a été de 10 coups de fouet. Où le bât blesse, c’est que la région du Sud à majorité chrétienne et animiste est exempte de cette loi. John Garang, l’ancien leader du Sud qui mena un long combat pour que les lois islamiques ne soient pas appliquées aux populations du Sud doit se retourner dans sa tombe. L’obscurantisme a encore de beaux jours devant lui.
Pourquoi Loubna défie-t-elle le pouvoir ?
La journaliste indique qu’elle en a assez du silence des femmes de son pays qui se laisse flageller pour rien. Ainsi, elle a déclarée : « Des milliers de femmes sont châtiées à coups de fouet mais elles restent silencieuses. La loi est utilisée pour harceler les femmes et je veux dénoncer cela ». Courageuse, elle est donc prête à subir ce châtiment. Elle risque comme flagellation, 40 coups, assortis d’une amende de 250 livres soudanaises soit 100 dollars américains. Comble du malheur, elle a débarqué devant le Tribunal vêtue de son pantalon, ultime « provocation ». Il est d’ailleurs étonnant de ne pas voir les défenseurs des droits de l’homme se lancer à corps perdu dans ce combat pour les droits des femmes. Mais où sont-ils passés ? Sont-ils plus préoccupés par leurs petits intérêts et trouvent ridicule le combat de cette femme courage ? Les seuls échos d’une autorité émane du secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon qui a fait part de sa "profonde préoccupation" en déclarant : "L’usage du fouet est contraire aux normes internationales. J’invite tous les protagonistes à respecter leurs devoirs conformément à l’ensemble des textes internationaux pertinents".
Que se passe-t-il au Soudan ?
Les langues se délient. La lutte pour l’égalité s’organise après le courage sans faille de Loubna Ahmed al-Hussein. De nombreuses personnalités, musulmanes ou chrétiennes sortent de leur silence, de leur stupeur, de leur torpeur, pour dire ce qu’ils pensent de cette loi scélérate qui ne s’applique qu’aux femmes. Ainsi, un éminent professeur de droit de l’Université de Karthoum, Zouhal Mohammed El-Amine qui assistait hier à la parodie de procès intenté contre la journaliste a déclaré à l’AFP (Agence France presse) « Nous sommes ici pour soutenir Loubna, parce que traiter les femmes de cette manière est arbitraire et incorrect », ajoutant : « Les femmes ne devraient pas être humiliées de cette manière. » Une autre journaliste, Amal Habbani, est dans le collimateur de la police, après avoir apporté son soutien à Loubna Ahmed, dans un article au vitriol dans le journal Ajrass Al-Horreya. Pour elle, Loubna Hussein a été inhumainement traitée. Elle risque une forte amende si d’aventure, elle est reconnue coupable.
Allain Jules