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« Robespierre a été un grand dirigeant de la démocratie en acte »

Entretien avec l’historienne Florence Gauthier, qui a présenté et annoté le Tome XI des Œuvres de Maximilien Robespierre lors de l’édition du Centenaire de la Société des études robespierristes en 2007. Elle nous fait part de sa réaction suite au droit de préemption exercé par le gouvernement pour les manuscrits inédits de Robespierre, tout en essayant de nous défaire de cette vision caricaturale de Robespierre, présenté à tort comme un tyran sanglant ancêtre des totalitarismes de tous bords.

J.G. : Mme Gauthier, vous avez consacré une grande partie de vos recherches  [1] à Robespierre succédant à des noms prestigieux d’historiens tels Albert Mathiez  [2] ou Georges Lefebvre . La préemption au nom du gouvernement des manuscrits de Robespierre le 18 mai dernier supposait la réunion sous quinzaine des fonds nécessaires à leur acquisition. C'est chose faite. Cela doit être un soulagement ?

Florence Gauthier : Bien sûr, c’est une excellente nouvelle et pour deux raisons. Que ces documents manuscrits restent à la disposition du public et puissent être consultés et étudiés est une très bonne chose. Il existe en France plusieurs institutions comme les Archives Nationales ou la Bibliothèque Nationale, dont la fonction est de conserver ce type de documents, uniques et fragiles, et de les mettre à la disposition du public. La seconde raison : ces documents de Robespierre se trouvaient dans les papiers des héritiers de la famille Lebas. On espère toujours qu’il en existe d’autres qui réapparaîtront !

Pour Robespierre, on dispose de la quasi totalité des textes qu’il a publié ou qui ont été publiés, de son vivant. Mais il reste les manuscrits, dont la correspondance, qui sont des documents très précieux et dont on ne connaît encore qu’un petit nombre. Mais, on vient de le voir, plus de deux siècles après, des textes, dont on ignorait l’existence, reviennent soudain au jour, c’est formidable ! et il faut remercier et inviter les héritiers, qui en possèdent, à les rendre au public.

Je rappelle un autre exemple comparable ! En 1951, dans le contexte de l’après-guerre, les héritiers de la famille Carnot ont déposé des manuscrits en leur possession à la Bibliothèque Nationale. Parmi eux, un manuscrit de Saint-Just du plus grand intérêt, intitulé De la nature, de l’état civile (sic), de la cité ou les règles de l’indépendance, du gouvernement et qui a été publié dès 1951 par Albert Soboul, puis par Alain Liénart en 1976 [3] . Vous voyez, il y a de grands moments dans l’histoire des archives !

Dans votre livre Triomphe et mort du droit naturel en Révolution 1789-1795-1802, un très long passage [4] est consacré à Robespierre. Ce dernier, selon vous, avait compris la contradiction entre le pouvoir économique et la liberté politique. Cette problématique n’est-elle pas d’actualité ?

Cela vous a frappé ! Et je pense que les situations, toutes proportions gardées, sont comparables. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, une offensive du système capitaliste, ou, si vous préférez, du système de « l’économie de marché » se préparait. Cette histoire est racontée, en ce qui concerne la Grande Bretagne, qui était alors la puissance européenne en état de la diriger, par Karl Polanyi et Edward Palmer Thompson [5]. Il s’agissait d’une offensive pour imposer le système en Angleterre même d’une part et, d’autre part, pour diriger les nouvelles conquêtes impérialistes en direction de l’Afrique et de l’Asie, ce qui sera réalisé tout au long du XIXe siècle.

Polanyi et Thompson racontent comment s’est opérée l’offensive du système capitaliste en Angleterre afin de contrôler le marché des subsistances au niveau de la production céréalière et de leur commercialisation. L’offensive était en train de fabriquer ce que l’on appelle aujourd’hui l’arme alimentaire, qui nécessite de détruire tout le système de protection économique, social, juridique et mental précédent, afin de lui substituer un pouvoir qui s’impose par un moyen de contrainte, ici, la hausse des prix des denrées de première nécessité. Ce pouvoir économique est animé de l’esprit de profit qu’un peu plus tard, Karl Marx, qui était sensible à ce changement d’esprit, a exprimé par la métaphore d’un monde brutalement plongé « dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

À la fin du XVIIIe siècle, la France subit la même offensive portée par une nouvelle école d’économistes, les physiocrates puis les turgotins, qui, depuis les années 1760, tentèrent des réformes pour « libérer » la production et le commerce des subsistances des formes de contrôle qui protégeaient la population des désastres de la spéculation. Ces offensives réformatrices se sont traduites par l’apparition de « troubles de subsistances » d’une ampleur inouïe : l’objectif des économistes était de hausser les prix des subsistances sans que les salaires suivent ! le résultat fut de causer des « disettes factices » et de désespérer les salariés les plus faibles, qui avaient faim, dépérissaient et mouraient d’inanition. On comprend que des révoltes populaires aient suivi.
E.P. Thompson a montré en Angleterre que ces révoltes populaires révélaient une conscience remarquable, qu’il a appelée « l’économie morale de la foule », marquée par des mesures cohérentes pour faire baisser les prix, en discutant avec les marchands et les autorités locales. Il a encore attiré l’attention sur les capacités populaires à concevoir des réponses d’ordre politique, économique et moral pour leur propre vie et celle de la société tout entière.

En France, où la population rurale représentait plus de 85%, les « émotions populaires » prirent une ampleur considérable et conduisirent à une révolution pour répondre à cette offensive des économistes, dans le but de l’interrompre et de construire une autre perspective historique ! La convocation des États généraux en 1789 a donné la parole au peuple : les cahiers de doléances et les élections des députés ont préparé une révolution qui fut la réponse à cette offensive du capitalisme.

Dès le mois de juillet, les paysans proposent un nouveau contrat social fondé sur une réforme agraire qui prévoit le partage de la seigneurie, forme dominante de la propriété du sol à l’époque : une partie de la seigneurie au seigneur, une autre à la paysannerie. Mais les seigneurs refusèrent et provoquèrent cinq ans de guerre civile. Cependant, ils échouèrent et la Convention montagnarde réalisa cette grande réforme agraire en 1793-1794, qui supprima la féodalité en faveur des paysans et démantela le processus de concentration de la propriété des terres dans les mains des gros propriétaires comme des gros producteurs en France. Cette réforme agraire constitua un frein sérieux, pour environ un siècle, à l’offensive du capitalisme agraire. La France est restée un pays de paysannerie jusqu’aux débuts du XXe siècle, et le peuple vécut là moins mal que dans les pays où l’exode rural ruinait, affamait, désespérait, déshumanisait ses victimes, comme on peut le voir à une échelle aujourd’hui, qui est devenue celle de la planète…

Dans les villes comme dans les campagnes, la spéculation sur le prix des denrées de première nécessité a permis à la démocratie communale d’organiser un système alternatif avec une Commission générale des denrées de première nécessité en liaison avec les greniers communaux, chargés de contrôler la fourniture des marchés publics et l’équilibre entre les prix des denrées, les bénéfices du commerce et les salaires populaires.

Le peuple mit en avant, parmi les droits de l’humanité, celui qui lui paraissait le principal : le droit à l’existence et aux moyens de la conserver ! Vaste programme… Et il le concevait en liaison directe avec ses pratiques démocratiques d’assemblée générale communale où tous les habitants, hommes, femmes et même enfants, venaient délibérer et prendre des décisions : ce fut la commune, héritée des anciennes pratiques populaires, qui devint la cellule de base de cette démocratie des droits de l’homme qui a pu vivre de 1789 à 1795.

Ce que « l’économie morale de la foule » en Angleterre et « l’économie politique populaire » en France ont révélé, ne saurait être confondu avec ce qu’une interprétation camoufle en « révolution bourgeoise », sans commettre un bien étrange contresens doublé d’un non sens !

Quels furent les grands combats menés par Robespierre ?

Lui, comme d’autres, comme Marat, Billaud-Varenne, Louise de Kéralio, Saint-Just, Mailhe, Claire Lacombe, Dufourny, Grégoire, Théroigne de Méricourt, Coupé et tant d’autres… étaient des Amis du peuple [6] et des amis des droits de l’humanité tout entière. Ils l’ont montré en luttant contre les multiples formes d’aristocratie, qu’elle soit politique, économique, colonialiste, esclavagiste ou conquérante en Europe !
Robespierre a pris la défense du peuple dès la convocation des États généraux, qui a suscité des résistances farouches des privilégiés. En effet, Louis XVI avait fait appel au conseil élargi du roi qu’étaient ces États généraux, organisés depuis le XIVe siècle et convoqués en cas de crise politique grave. Ce fut le cas en 1789 ! et Louis XVI avait convoqué le Tiers-état formé de toute la population roturière (environ 26 millions de personnes), de la noblesse (350.000 individus) et du clergé (120.000 individus). La forme de suffrage était relativement démocratique : une voix par chef de famille (homme ou femme). Or, les privilégiés refusaient ce suffrage et le roi dut les contraindre de se soumettre à ce suffrage.

La Convocation des États généraux fut une première expérience pour faire reconnaître les pratiques démocratiques et la souveraineté populaire. Robespierre y a participé à Arras et s’est retrouvé au premier rang, lors de ces batailles. Élu député, il a défendu avec énergie les droits du peuple. Par exemple, l’offensive menée par les tenants d’une « aristocratie de la richesse », comme le fit Siéyès, consistait à imposer un suffrage réservé aux riches et à supprimer les assemblées électorales communales pour les éloigner en les plaçant au niveau cantonal (déjà !). Robespierre a lutté toute sa vie pour maintenir les pratiques populaires communales, qui concevaient la démocratie comme la participation de chaque habitant aux délibérations et prises de décision : les femmes comprises. Il a défendu les droits économiques en reprenant le droit à l’existence comme le premier des droits imprescriptibles de l’humanité :

« La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là : la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter. » [7]

Sa critique du droit de propriété privée porte sur la nécessité de distinguer entre les produits de première nécessité et ceux qui ne le sont pas. Il conçoit alors que le droit de propriété ne peut être privé sur les premiers, mais a un caractère social et de bien commun et doit demeurer sous le contrôle de la société :

« Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière, il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle et qui soit abandonnée à l’industrie des commerçants. Toute spéculation mercantile que je fais aux dépens de la vie de mon semblable n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide. » [8]

Robespierre a encore mis en lumière l’existence de deux formes d’économie politique, l’une « tyrannique », qui est celle des systèmes féodal ou capitaliste et colonialiste, fondée sur un droit illimité de propriété privée, qui met la vie des gens en danger, l’autre qu’il a appelée une « économie politique populaire » [9]. Cette dernière est fondée sur un droit de propriété limité et contrôlé par les lois, de telle sorte « qu’il ne puisse préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l’existence, ni à la propriété de nos semblables », et qu’accompagnent des droits sociaux précis :

« La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire sont une dette de celui qui possède le superflu : il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée » [10], et non abandonnée au hasard de la charité privée !

Je précise que « la propriété de nos semblables » renvoie à la conception qu’avait Robespierre selon laquelle tout droit est une propriété de chaque être humain, comme le droit à la vie, le droit à son propre corps contre les différentes formes d’esclavage, la liberté, l’exercice de ses facultés etc… sont des droits et des propriétés, qu’il considère comme de droit naturel, par opposition au droit de propriété des biens matériels qui n’est pas de droit naturel, mais dont l’exercice relève du débat politique et de la loi.
Robespierre a ainsi lutté pour fonder une république démocratique, dans laquelle la souveraineté populaire n’était pas seulement écrite sur le papier de la Constitution, mais une conscience et une pratique réelles. Avec Grégoire en particulier, il s’est battu pour faire respecter la souveraineté des autres peuples, avec l’objectif de construire une alliance de républiques démocratiques, dans le but d’empêcher la France de continuer de mener une politique de puissance conquérante, mais aussi de se protéger des offensives impérialistes éventuelles : c’est une dimension de leur combat trop souvent négligée ! On retrouve les mêmes préoccupations chez Thomas Paine, par exemple, sujet britannique, citoyen des États-Unis d’Amérique au moment de leur guerre d’indépendance et député à la Convention en France de 1792 à 1795. Ajoutons aussi chez Emmanuel Kant, qui a théorisé son Projet de paix perpétuelle (1795) à la lumière du grand cycle révolutionnaire qui s’est développé au tournant du XVIIIe siècle, et qui a eu connaissance de la Révolution de Saint-Domingue/Haïti, première révolution faite par des esclaves insurgés en Amérique.

Actuellement, Robespierre est vu comme un tyran sanguinaire, père des totalitarismes. Que répondez-vous à ce portrait largement répandu par certains médias et politiciens ? Comment expliquer cette contradiction alors que pour Robespierre « Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement, et révoquer ses mandataires » ?

C’est de bonne guerre pourrait-on dire ! Robespierre est attaqué par des tenants du despotisme monarchique ou aristocratique qui n’aiment décidément ni le peuple ni la démocratie et encore moins les droits de l’humanité. Or, Robespierre a été un grand dirigeant de la démocratie en acte, un des législateurs fondateurs d’une république des droits de l’homme et du citoyen, qui construisait une souveraineté du peuple réelle fondée sur le principe, que nous ne connaissons plus, de députés qui étaient des commis du peuple, responsables devant les électeurs et qui pouvaient même être destitués en cours de mandat, s’ils avaient perdu la confiance du peuple. Nous ne connaissons plus cette pratique, qui appartient à une démocratie respectueuse de la souveraineté populaire et dont la constitution sépare le législatif, expression de la conscience sociale, de l’exécutif, chargé d’exécuter strictement les lois et contrôlé lui-même par le législatif. Voici ce qu’en disait Robespierre dans un discours à la Convention, le 10 mai 1793 :

« Je veux que les fonctionnaires publics nommés par le peuple puissent être révoqués par lui, selon les formes qui seront établies, sans autre motif que le droit imprescriptible qui lui appartient de révoquer ses mandataires.
Il est naturel que le corps chargé de faire les lois surveille ceux qui sont commis pour les faire exécuter ; les membres de l’agence exécutive seront donc tenus de rendre compte de leur gestion au corps législatif. En cas de prévarication, il ne pourra pas les punir, parce qu’il ne faut pas lui laisser ce moyen de s’emparer de la puissance exécutive, mais il les accusera devant un tribunal populaire, dont l’unique fonction sera de connaître les prévarications des fonctionnaires publics. (…)
À l’expiration de leurs fonctions, les membres de la législature et les agents de l’exécution, ou ministres, pourront être déférés au jugement solennel de leurs commettants. Le peuple prononcera seulement s’ils ont conservé ou perdu sa confiance. »
 [11]

Si l’on compare avec notre système actuel dans lequel la séparation des pouvoirs est inexistante, on constate que la réalité du pouvoir se trouve concentrée dans la personne d’un président élu au suffrage universel comme un monarque. Si son parti obtient la majorité à la Chambre des députés, il n’y a plus de législatif séparé de l’exécutif, mais un parti présidentiel qui pratique la confusion des pouvoirs : l’exécutif ne peut guère être contrôlé par le législatif, dont ce devrait être la fonction. Ajoutons à cela que le peuple, souverain sur le papier de la Constitution, est de fait impuissant, puisqu’il ne dispose d’aucune institution lui permettant de révoquer les élus en cours de mandat. Quant aux contrôles de constitutionnalité, ils sont confiés à des comités et commissions dont les membres sont nommés par le président lui-même… Il faut alors compter sur la probité –la vertu ou l’amour des lois selon Montesquieu- mais force est de constater que celle-ci n’est pas la chose du monde la mieux partagée par la classe politique actuelle !

Enfin, pour reprendre cette inquiétante affirmation formulée par François Furet, en 1979, selon laquelle la Révolution française serait « la matrice des totalitarismes du XXe siècle », elle est à la fois inquiétante et fantaisiste. LES totalitarismes, au pluriel : fascismes, nazisme, stalinisme ? cela fait beaucoup ! Et répondre à cette énorme ignorance est difficile ici. J’ai déjà beaucoup écrit sur cette question et je prie le lecteur de bien vouloir s’y reporter. Je renvoie aussi au livre de Jean-Pierre FAYE, Dictionnaire politique portatif en cinq mots, Idées Gallimard, 1982, qui a réfuté cette étrange assertion avec sérieux et finesse.

Jean-Pierre Faye a aussi attiré l’attention sur le rapprochement surprenant entre droits de l’homme et terreur, qui est une énigme et qui date de la Révolution française. Il explore encore la question de la répression au nom de la liberté :

« Comment se peut-il que le temps de la Terreur, répression s’il en fut, est en même temps, et contradictoirement, fondation des libertés antirépressives d’occident ? »

On pourra en reparler, quand vous voudrez, mais il faut rappeler qu’il s’agit d’un gros morceau car c’est une histoire qui dépasse le seul cadre de la Révolution française.

Dans votre livre L’aristocratie de l’épiderme. Le combat des Citoyens de couleur sous la Constituante, 1789-1791 vous avez écrit que le rapprochement entre terreur et Déclaration des droits de l’homme et du citoyen avait été employé par les députés du parti colonial esclavagiste de Saint-Domingue. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Le livre de Jean-Pierre Faye a signalé cet étrange rapprochement et m’a incitée à en rechercher l’histoire. Étudiant les politiques coloniales pendant la Révolution, j’ai découvert que le parti des planteurs de la colonie de Saint-Domingue -qui était alors le premier producteur de sucre mondial et le fleuron de l’empire du roi de France- s’est farouchement opposé à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, votée le 26 août 1789. Il est vrai que l’article premier : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits », condamne le commerce d’esclaves et l’esclavage. Des colons de Saint-Domingue parvinrent à se faire admettre comme députés dans l’Assemblée constituante en juillet 1789, mais la Déclaration des droits votée, ils décrivirent leur inquiétude à leurs commettants :

« Enfin, notre circonspection est devenue une espèce de terreur, lorsque nous avons vu la déclaration des droits de l’homme poser, pour base de la constitution, l’égalité absolue, l’identité de droits et la liberté de tous les individus. » [12]

Ces colons établissaient le rapprochement entre droits de l’homme et terreur et éclairent cette « énigme qui hante le mot terreur ». Le rapprochement entre les deux termes fut repris par le côté droit de l’Assemblée, comme le fit Malouet le 11 mai 1791, en proposant d’exempter les colonies de la Déclaration des droits, à cause de l’esclavage :

« La population des colonies est composée d’hommes libres et d’esclaves. Il est donc impossible d’appliquer aux colonies la déclaration des droits sans exception. » [13]

Et l’Assemblée accepta, en 1791, de donner aux colonies une constitution spécifique qui les excepteraient de l’application des droits de l’homme, à cause de l’esclavage !

Mais plus intéressant encore est de voir se développer le rejet de la théorie politique fondée sur la déclaration des droits, pendant la révolution, et qui aboutit finalement, après le 9 thermidor an II-27 juillet 1794, à l’abandon pur et simple de toute déclaration des droits naturels de l’humanité depuis la Constitution de 1795. En 1802, Bonaparte qui venait de prendre le pouvoir par un coup d’état militaire, reconquit une partie des colonies françaises. Or, celles-ci avaient connu l’abolition de l’esclavage votée par la Convention montagnarde le 16 pluviôse an II- 4 février 1794 et appliquée à Saint-Domingue depuis 1793, puis à la Guadeloupe, Sainte-Lucie et en Guyane en juin 1794. Bonaparte échoua à Saint-Domingue, qui devint la République indépendante d’Haïti en 1804, mais réussit à la Guadeloupe et en Guyane où il rétablit l’esclavage ! Des gens qui avaient réussi à se libérer de l’esclavage furent alors remis dans les fers. Et cette histoire, il faut le dire, est restée dans l’obscurité jusqu’à très récemment ! 

Pour finir sur ce point, l’éclipse de la déclaration des droits de l’homme dans le droit constitutionnel français, s’est prolongée jusqu’en… 1946 ! jusqu’à ce que la guerre contre le nazisme réveille l’urgence de se référer à des droits de l’humanité. Et la Constitution de 1946 a alors renoué avec la Déclaration des droits de 1789 qu’elle a mise dans son préambule.

Pour terminer, quel regard portez-vous aujourd’hui sur la place et la manière dont la Révolution française est perçue et enseignée dans l’enseignement secondaire ? Comme l’apprentissage du français ou des mathématiques, l’enseignement de l’histoire semble être particulièrement attaqué par les différentes contre-réformes de ces dernières années…

C’est le moins que l’on puisse dire ! et j’ai envie d’ajouter que la classe politique qui nous gouverne a bien du souci à se faire en matière d’éducation à commencer par la sienne ! Les scandales se suivent et prennent des proportions de plus en plus inquiétantes ! Cette classe politique, qui a continué de confisquer la république démocratique en France, est corrompue, moralement, jusque dans son intimité. On savait qu’elle embrassait la carrière politique comme un moyen d’obtenir une bonne place rémunérée, qu’elle pratiquait la politique par la corruption financière en détournant des fonds publics et en obtenant des pots-de-vin. Le discours sécuritaire du président de cette république corrompue a pris un sérieux coup lorsqu’on a appris que dans certains « quartiers », les écoliers doivent se terrer sous les chaises pour éviter les balles de la mafia locale qui règle ses comptes alentour !

Qu’elle s’en prenne à la culture, rien de plus cohérent avec son effondrement moral et politique auquel nous assistons et qui va s’accentuer… jusqu’où ? Les dégâts sont déjà considérables et, on peut le constater aujourd’hui, l’École gratuite, publique et obligatoire est déjà à l’état de ruine… Quant à l’enseignement de l’histoire, il a été réduit à la portion congrue dans le secondaire. Les résultats se font déjà sentir à l’Université… Jusqu’où ? qui peut le dire aujourd’hui ?

Article également publié par le site du Canard Républicain : http://www.lecanardrépublicain.net/

[1] Œuvres de Maximilien Robespierre, Tome XI, Compléments (1784-1794), édition du Centenaire de la Société des études robespierristes, présentée et annotée par Florence Gauthier, Maître de Conférences à l'Université Paris VII - Denis Diderot, 2007. Pour le bonheur et pour la liberté. Discours de Robespierre. Choix et présentation par Yannick Bosc, Florence Gauthier et Sophie Wahnich. Éditions La fabrique, 2000.

[2] Albert MATHIEZ (1874-1932), historien, professeur à l’Université de Dijon puis à la Sorbonne et à l’École des Hautes Études, est le fondateur de la Société des Études Robespierristes et des Annales Historiques de la Révolution française. Parmi ses nombreux ouvrages, citons La Révolution française et La réaction thermidorienne dont le premier chapitre est consultable sur le site revolution-française.net.

[3] On trouvera cette édition dans SAINT-JUST, Théorie politique, Paris, Seuil, 1976, par Alain Liénart.

[4] Extrait consultable sur le site du Canard Républicain : Robespierre théoricien du droit naturel à l'existence.

[5] Karl POLANYI, La Grande transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, (Londres, 1945) Paris, 1983 et Edward P. THOMPSON « L’économie morale de la foule dans l’Angleterre du XVIIIe siècle », (1971) trad. de l’anglais dans Florence GAUTHIER, Guy IKNI éd., La Guerre du blé au XVIIIe siècle, Paris, Passion/Verdier, 1988.

[6] Il s’agit du beau titre que MARAT a donné à son journal, de 1789 jusqu’à son assassinat, le 13 juillet 1793.

[7] ROBESPIERRE, Pour le bonheur et pour la liberté, Paris La Fabrique, 2000, Discours à la Convention, 2 décembre 1792, p. 183.

[8] Id., ibid.

[9] Ibid., Discours à la Convention du 10 mai 1793, p. 256.

[10] Id., Projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen présenté à la Convention, 24 avril 1793, articles 8, 10, 11, p. 235. Ce projet a été adopté par la Société des Amis de la liberté et de l’égalité, séante aux Jacobins, le 21 avril 1793.

[11] Ibid., Discours à la Convention, 10 mai 1793, p. 253.

[12] Lettre de la députation des colons de Saint-Domingue, 11 janvier 1790, citée et commentée dans F. GAUTHIER, L’aristocratie de l’épiderme. Le combat de la Société des Citoyens de Couleur 1789-1791, Paris, CNRS, 2007, p. 165.

[13] Archives Parlementaires, t. 25, Malouet à l’Assemblée constituante, 11 mai 1791, p. 752.

[14] Œuvres de Maximilien Robespierre, Tome XI, Compléments (1784-1794), édition du Centenaire de la Société des études robespierristes, présentée et annotée par Florence Gauthier, Maître de Conférences à l'Université Paris VII - Denis Diderot, 2007. Pour le bonheur et pour la liberté. Discours de Robespierre. Choix et présentation par Yannick Bosc, Florence Gauthier et Sophie Wahnich. Éditions La fabrique, 2000.

[15] Albert MATHIEZ (1874-1932), historien, professeur à l’Université de Dijon puis à la Sorbonne et à l’École des Hautes Études, est le fondateur de la Société des Études Robespierristes et des Annales Historiques de la Révolution française. Parmi ses nombreux ouvrages, citons La Révolution française et La réaction thermidorienne dont le premier chapitre est consultable sur le site revolution-française.net.

[16] On trouvera cette édition dans SAINT-JUST, Théorie politique, Paris, Seuil, 1976, par Alain Liénart.

[17] Extrait consultable sur le site du Canard Républicain : Robespierre théoricien du droit naturel à l'existence.

[18] Karl POLANYI, La Grande transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, (Londres, 1945) Paris, 1983 et Edward P. THOMPSON « L’économie morale de la foule dans l’Angleterre du XVIIIe siècle », (1971) trad. de l’anglais dans Florence GAUTHIER, Guy IKNI éd., La Guerre du blé au XVIIIe siècle, Paris, Passion/Verdier, 1988.

[19] Il s’agit du beau titre que MARAT a donné à son journal, de 1789 jusqu’à son assassinat, le 13 juillet 1793.

[20] ROBESPIERRE, Pour le bonheur et pour la liberté, Paris La Fabrique, 2000, Discours à la Convention, 2 décembre 1792, p. 183.

[21] Id., ibid.

[22] Ibid., Discours à la Convention du 10 mai 1793, p. 256.

[23] Id., Projet de déclaration des droits de l’homme et du citoyen présenté à la Convention, 24 avril 1793, articles 8, 10, 11, p. 235. Ce projet a été adopté par la Société des Amis de la liberté et de l’égalité, séante aux Jacobins, le 21 avril 1793.

[24] Ibid., Discours à la Convention, 10 mai 1793, p. 253.

[25] Lettre de la députation des colons de Saint-Domingue, 11 janvier 1790, citée et commentée dans F. GAUTHIER, L’aristocratie de l’épiderme. Le combat de la Société des Citoyens de Couleur 1789-1791, Paris, CNRS, 2007, p. 165.

[26] Archives Parlementaires, t. 25, Malouet à l’Assemblée constituante, 11 mai 1791, p. 752.


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48 réactions à cet article    


  • bravecounass 7 juin 2011 14:17

    Merci, ce genre d’article remonte le niveau de ce site sur lequel la prose de qualité est aussi rare que la vertu en politique.


    • ffi ffi 7 juin 2011 15:34

      Robespierre a encore mis en lumière l’existence de deux formes d’économie politique, l’une « tyrannique », qui est celle des systèmes féodal ou capitaliste et colonialiste, fondée sur un droit illimité de propriété privée, qui met la vie des gens en danger, l’autre qu’il a appelée une « économie politique populaire »

      Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi Robespierre n’a pas remis en question le décret d’Allarde et la loi Le Chapelier qui ont saisi et aboli le régime des corporations (1791). Ce régime, comme il est indiqué dans le livre d’Etienne Boileau « Le livre des métiers », limitait le nombre d’établissement par patron (en général 2) et le nombre de salarié par établissement (en général à 4). N’était-ce pas le meilleur système pour éviter l’extension illimitée de la propriété ?

      Turgot, physiocrate et libéral, avait déjà tenté d’abolir cette organisation économique, devant le tollé, Louis XVI avait annulé ces réformes.

      Roberpierre, en ne revenant pas sur ces lois limitant de fait la propriété, et interdisant aux ouvriers de s’unir pour garantir leur activité, a permis la mise en place du capitalisme. La terreur Robepspierriste ne fut-elle donc utile que pour faite avaler cette amère pilule au peuple ?

      Pour ce qui est de l’esclavage, il est inexact de dater sa condamnation à la révolution. Elle doit se dater en 1537, dans l’encyclique Veritas ipsa. Tout catholique, tenu à obéir au pape, ne devait y participer. L’installation de régimes d’exception, dans les colonies conquises, comme Saint-Domingue, par le fait accompli, pour les non catholique est certes critiquable, mais il convient de remarquer que, tant en métropole et en Nouvelle-France, toute forme d’esclavage y était proscrite.

      En fait, cet article ne rapporte aucun fait concret, mais nous sert quelques bons mots, ce que tous les politiciens contemporains, y compris les pires, pratiquent régulièrement. Sa longueur n’a d’égal que l’absence d’information réelle. Il s’agit de se complaire dans un récit mythologique sur Robespierre. Les mots et les opinions à son sujet n’ont pas d’importance. Ce qui compte se sont les faits. Robespierre est bel et bien mouillé dans la Terreur :

      Mesures :
      - Suppression de toutes les congrégations religieuses le 18 août 1792
      - Suppression des universités le 15 septembre 1793.
      - Suppression des académies en décembre 1793.
      - changement du calendrier (Big brother en action ...)
      ...
      La Terreur fit de plusieurs dizaines de milliers, peut-être plus de 100 000 victimes.

      Les historiens ont tenté d’établir le profil social des victimes de la Terreur : les études font apparaître que 31 % des condamnés à mort sont des artisans ou des compagnons, 28 % sont des paysans[86]. Au total, 80 % des victimes appartiennent au Tiers État[87].

      La révolution, c’est l’histoire de l’installation du capitalisme en France, la soumission du peuple à ce fait dans le sang...


      • .jk. 7 juin 2011 18:04

        merci

        un commentaire qui relativise la vision idyllique de l’auteur

        qu’en dit l’auteur ?


      • Brath-z Brath-z 7 juin 2011 21:00

        L’auteure, dans Triomphe et mort du droit naturel en révolution, révèle que, contrairement à ce qu’a avancé l’historiographie communiste à partir du milieu des années 1930, la loi Le Chapelier fut effectivement abolie, ce dès janvier 1793, en même temps que les autres dispositions légales prises en 1791. L’installation du « gouvernement révolutionnaire » a en effet aboli l’état institutionnel antérieur, y compris la loi Le Chapelier. Par contre, dans de nombreuses régions, et jusqu’en 1795, les responsables publics, souvent ancien cadres de la royauté, n’ont pas appliqué les nouvelles dispositions.


      • ffi ffi 7 juin 2011 22:53

        Réponse extraordinairement floue :

        1)
        - dans quelle régions les protections ouvrières, abolies par la première période révolutionnaire, ont-elles été remise en place ?
        - dans quelles régions, et par quels « cadres royalistes » ces protections ouvrières n’ont pas été remises en place ?

        2) Dans les régions où les protections ouvrières ont été remises en place, quelle fut la loi qui les a aboli une seconde fois après ce bref intermède ?

        Donnez-moi des faits précis et des noms précis SVP. Merci.


      • Brath-z Brath-z 8 juin 2011 04:37

        J’ai réagit en quelques minutes juste après la lecture de l’article. Je m’en vais vous citer in extenso la partie de Triomphe et mort du droit naturel en révolution (F. Gauthier, Paris, PUF), sans reproduire toutefois les citations et notes de bas de page, ainsi que les références :

        Chapitre 2 : Droit à l’existence ou loi martiale ? in Deuxième partie : Liberté, Égalité

        « Que l’on nous permette ici un développement sur la loi martiale. L’historiographie de la Révolution française des XIX et XXè siècles a curieusement »oublié« son existence, et de na mentionne qu’à l’occasion de la fusillade du Champs-de-Mars, le 17 juillet 1791, à Paris. C’est A. Ado qui dans ses travaux sur les mouvements paysans a retrouvé bien des preuves de son application. Par ailleurs, l’historiographie a séparé la loi Le Chapelier de la loi martiale, sans doute parce que la loi Le Chapelier visait, entre autres, le droit de grève. Mais cette distinction dans les formes de répression qui souligne l’interdit du droit de grève, et »oublie« l’application de la loi martiale à toutes les autres formes du mouvement populaire, a un caractère anachronique, comme si la grève avait été, dans tous les temps et dans tous les lieux, la seule forme d’expression et de résistance des exploités.
        [Je coupe ici un passage où l’auteure cite March Bloch sur les révoltes agraires]
        La loi martiale a visé systématiquement toutes les formes d’expression populaire : la révolte agraire, les troubles de subsistance, les coalitions d’ouvriers, d’artisans, de moissonneurs, les mouvements armés comme les manifestations pacifiques y compris le droit de pétition, le droit de réunion et d’expression.
        [Je coupe ici un (long) passage où l’auteure cite in extenso les articles organisant la loi martiale]
        La loi Le Chapelier du 14 juin 1791 est, elle aussi, un complément précis de la loi martiale, ce que nous allons maintenant démontrer.
        L’objet de cette loi est de »prévenir tant les coalitions que formeraient les ouvriers pour faire augmenter le prix de la journée de travail [note personnelle : ces coalitions étaient interdites sous le système des métiers, et portaient le nom de « caquehans » ou « taquehans »], que celles que formeraient les entrepreneurs pour la faire diminuer.« 
        La loi Le Chapelier interdit le droit de réunion aux citoyens d’un même état, le droit de faire entre eux des conventions tendant à n’accorder qu’à un prix déterminé les secours de leur industrie ou de leurs travaux, le droit des mêmes de s’attrouper ainsi que le droit d’envoyer adresses et pétitions aux corps administratifs et municipaux, ainsi que de s’exprimer par affiche ou lettre circulaire.
        [...]
        Ce que fait la loi Le Chapelier, c’est de (sic) qualifier ces attroupements de »séditieux« , relevant donc de l’application de la loi martiale : [ici, citation du texte de la loi Le Chapelier]
        [Je coupe un passage où l’auteure détaille et cite les lois des 20 et 26 juillet 1791]
        Nous pensons avoir démontré que la loi Le Chapelier est un complément de la loi martiale. La loi du 26 juillet 1791 synthétise nettement la loi martiale du 21 octobre 1789 et ses compléments du 23 février 1790, du 14 juin 1791 [note personnelle : loi Le Chapelier], du 20 juillet 1791.
        [...]
        En ce temps-là, on ne dissociait pas loi martiale et loi Le Chapelier. Pourquoi l’aurait-on fait ? [...]
        On peut s’étonner de l’esprit sélectif de l’historiographie, qui isola de l’ensemble de la loi martiale, la loi Le Chapelier, parce qu’elle réprimait ce qui apparu plus tard la forme par excellence des luttes de classe : la grève. N’a-t-on pas été jusqu’à croire que la loi martiale ne fut pas même appliquée, sauf à Paris, le 17 juillet 1791 ?
        [Ici l’auteure cite Jaurès, qui distingue entre loi martiale et loi Le Chapelier]
        Commentant la loi Le Chapelier, Jaurès s’étonne longuement que Robespierre comme Marat n’aient pas »compris« le caractère de classe de cette loi.
        [...]
        Or, Robespierre dénonce la loi martiale sous toutes ses formes, et n’établit pas de hiérarchie dans la répression du mouvement populaire.
        A l’époque de la Révolution française, la révolte agraire, les émotions de subsistance, les coalitions d’ouvriers, urbains et ruraux, étaient donc présents ensemble, et inséparables du régime seigneurial maintenu par la Constituante, du processus de formation du marché privé de gros, et de l’entreprise capitaliste, agraire en particulier.
        Si l’on veut bien poser la question dans les termes où elle se posait à l’époque : Robespierre a-t-il dénoncé la loi martiale qui tendait à réprimer toutes les formes du mouvement populaire, en établissant le despotisme du pouvoir exécutif militaire ? Il répondra : oui, sans cesse, et ce, jusqu’à son abolition votée par la Convention le 23 juin [note personnelle : et pas janvier, je me suis trompé dans mon message ci-dessus] 1793. Nous y reviendrons. »

        J’espère qu’une citation aussi importante n’est pas illégale. Mme Gauthier (ou son éditeur), si vous lisez ceci et jugez que cela contrevient à la législation en vigueur sur la propriété intellectuelle, contactez je vous prie l’administration d’Agoravox pour qu’ils censurent ce message.

        Elle y revient donc en pages 102 et 103 de son ouvrage (chapitre 5 : Notes sur la loi martiale, suite, toujours dans la deuxième partie) en citant les débats législatifs sur l’abolition de la loi martiale, et en mettant en avant ceux mentionnant la loi Le Chapelier (quoiqu’elle ne soit pas explicitement nommée ; l’habitude de discuter les textes législatifs antérieurs n’avait pas encore été prise).

        Tout cela pour dire que oui, Robespierre a combattu et même obtenu l’abolition de la loi Le Chapelier.
        Quant au système des métiers (dit aussi « corporations »), il n’a jamais été rétabli, mais il a persisté dans certaines professions et dans certaines régions (je pense notamment au Limousin et aux Ardennes) jusqu’au milieu du XIXème siècle, malgré son interdiction officielle. On conçoit alors que la Convention Nationale aurait eu du mal à imposer son interdiction autrement que de jure (ce qu’elle a maintenu). Pour en savoir plus sur les difficultés de l’administration républicaine à imposer les mesures de la Convention et des comités et la « continuité administrative » avant et après 1789 (et jusqu’à l’Empire, et même après la Restauration !), vous pouvez consulter une bonne dizaine d’articles parus dans les Annales historiques de la Révolution Française, ainsi que les ouvrages de nombreux historiens. J’ignore par contre si une monographie a été spécialement consacrée au sujet. Cela serait intéressant.

        Pour répondre à votre question  : « N’était-ce pas le meilleur système pour éviter l’extension illimitée de la propriété ? » je répondrais par « non ».
        Suivant les provinces, suivant les corps, suivant les statuts octroyés, les métiers revêtaient des formes bien différentes. Il est certain que leur existence freinait l’accumulation de la fortune, au même titre que les innombrables octrois disposés partout sur le territoire, ainsi que les droits particuliers et la présence dans le même espace économique de dizaines de devises différentes (ce qui faisait la fortune des agents de change). Mais tout cela n’empêchait pas l’extension illimitée de la propriété, qu’elle soit mobilière ou immobilière, encore moins de la fortune. En témoignent les innombrables fortunes accumulées dans les villes (un exemple illustre : Jean Boinebroke, drapier de Douaix, qui se tire depuis qu’on a analysé les documents relatifs à son testament une réputation - à mon avis en partie injustifiée, quand on connaît les ressorts de l’économie urbaine médiévale - d’exploiteur sans vergogne chez bien des historiens du bas Moyen-Age).


      • Brath-z Brath-z 8 juin 2011 04:43

        Quant à la législation qui, à partir de 1795, a privé les travailleurs de toute possibilité de protection sociale, c’est celle qui a suivi la fermeture de la Société des Amis de la Liberté et de l’Égalité (dit « club des Jacobins ») et l’interdiction des réunions populaires, y compris sous la forme de comités municipaux. Toute réunion publique a été interdite. Sachant qu’à l’époque, le seul moyen de fournir une protection sociale aux salariés revêtait la forme d’une réunion (par simple nécessité technique), ne serait-ce que pour organiser la mise en place d’une caisse d’entraide mutuelle (pratique interdite au XVème siècle par les métiers, autorisée en même temps que le droit de pétition en 1789 puis limité par la loi martiale avant d’être réautorisée après juin 1793), on comprend toute la perversité de cette législation.


      • lala 8 juin 2011 09:31

        Ne pas se tropmper la révolution francaise fut une révolution bourgeoise la terreur une arme au service de la bourgeoisie.


      • ffi ffi 8 juin 2011 16:04

        Brath-z :
        Quand j’évoquais l’extension limité de la propriété, c’était en rapport avec la limitation légale du nombre d’établissement et du nombre de salariés (Imaginez-vous : il n’y aurait que 2 supermarchés Leclercs en France, mais ils y aurait 2 supermarchés Martins, 2 supermarchés Garcia, etc...). Ensuite, les législations étant internes et propres à chaque corps, cette limitation n’était donc pas présente partout.

        Pour le reste, vous ne parliez que de La loi Le Chapelier, et pas du décret d’Alarde qui a aboli les corporations et saisis leurs biens ?

        Mais je ne comprends toujours pas la raison pour laquelle il fallut attendre la loi Waldeck-Rousseau pour autoriser les syndicats, si cette possibilité existait déjà ?

        C’est de plus très étonnant que vous parliez de caisses d’assistances mutuelles interdites sous l’ancien régime, car, selon ce qu’affirme le « livre des métiers » (Etienne Boileau), les corporations (donc les métiers) disposaient de caisses de bienfaisance dont les fonds étaient abondés par les travailleurs et dont l’objet était de financer des oeuvres de charité à destinations des membres du corps de métier (retraite des travailleurs agés, travailleurs blessés, malades, ou formation d’orphelins aux métiers).

        La saisies des biens des corporations et leur mises en ventes avait, me semblait-il, mis fins à ces bonnes oeuvres et cassé toutes ces solidarités internes aux métiers.

        Mais vous me dites que ces caisse d’entraide mutuelle auraient été interdites au XVème siècle par les métiers. A quelle occasion ? Etaient-ce des decisions internes dans les milliers de corps sociaux autonomes de l’ancien régime ? Etait-ce un lit de justice particulier du Roi ?

        Mais ici, il y a un article.
        En fait, il semble que le système corporatiste fut progressivement pris en main par les maîtres (les patrons). Il y eu une première forme de lutte des classes. Les valets (ouvriers-salariés) itinérant tentèrent de s’unir (naissance du compagnonnage). Extraits.

        A partir du XVIe siècle, édits et sentences faisant défense aux ouvriers de s’assembler se multiplièrent**. Les réunions de compagnons furent interdites par l’autorité royale (ordonnances de 1539, 1534, 1566…) à laquelle s’ajouta celle de l’Eglise. En effet, tous les rites mystérieux entourant le compagnonnage, les libations, les réunions, les « mères », les masques, bâtons, rubans et autres attributs attirèrent les foudres de la justice royale et de la justice ecclésiastique.

        Au XVIIe siècle, après toute une série de procès de 1643 à 1655 contre les cordonniers et ouvriers du textile et du cuir, Michel-Henry Buch tenta de créer une structure « honnête » avalisée par la Sorbonne et l’Etat. On créa à Paris, à Lyon et à Soissons des « couvents-coopératives » mais ceux-ci devinrent à leur tour des foyers de résistance aux autorités des corporations et aux maîtres.

        ...etc

        Ca manque de précision : Faudrait faire le tri entre fantasme et réalité. L’histoire économique de l’ancien régime : un monde totalement inconnu... Et certainement pas pire que celui du monde contemporain.


      • Brath-z Brath-z 8 juin 2011 21:19

        Vous le mentionnez vous-même : cette limitation à deux établissements n’était pas valable partout. Et puis, techniquement, il était extrêmement difficile à l’époque pour une entreprise industrielle (je ne parle pas des banques) d’entretenir plus de deux établissements, ce quelle que soit son importance (voir par exemple les immenses teintureries et draperies parisiennes, qui employaient chacune plus d’une centaine de salariés permanents, à quoi il fallait rajouter autant de travailleurs « indépendants » employés à un moment ou à un autre dans le processus de fabrication). En fait cette limitation était une régulation de la concurrence des « gros » industriels soutenus par les consortiums bancaires (et oui, déjà !) plus qu’une règle économique générale.

        Effectivement, je ne parle pas du décret Alarde car lui ne fut jamais aboli. Je l’ai mentionné plus haut : « Quant au système des métiers (dit aussi »corporations"), il n’a jamais été rétabli, mais il a persisté dans certaines professions et dans certaines régions (je pense notamment au Limousin et aux Ardennes) jusqu’au milieu du XIXème siècle, malgré son interdiction officielle« .

        Pour ce qui est des »syndicats« , si la loi Waldek-Rousseau a été la première à leur donner un statut légal, leur première reconnaissance légale date du milieu du second Empire, avec la reconnaissance officielle des »associations d’ouvriers« (à peu près au même moment où Napoléon III autorisait l’Internationale à séjourner et à mener ses activités en France). La forme particulière du groupement ouvrier revendicatif qu’est le syndicat n’existait pas avant cette période.

        Pour ce qui est des caisses de bienfaisance, elles existaient déjà et en grand nombre, en effet. Certaines étaient entretenues par les corporations elles-mêmes, d’autres (la majorité) par les institutions charitables de l’Église. Cette forme particulière de protection sociale aux démunis (mais pas aux travailleurs !) constituait, avec le temps de travail, la pierre angulaire du système salarial au Moyen-Âge et jusqu’au XVIIIème siècle. En gros, le salaire effectivement perçu à la fin de la journée par l’ouvrier n’était que la moindre partie de sa rémunération, la partie la plus importante lui étant fournie sous la forme de bienfaisances et (surtout) de la location d’un toit (l’Église possédait à la fin du XVIIème siècle presque 25% du parc locatif français, jusqu’à plus de 30% à Paris) à un prix abordable et sans conditionnement aux ressources (une veuve, par exemple, qui n’aurait pas pu payer son loyer après la mort de son mari, n’était pas expulsée, de même pour un ouvrier qui ne pouvait plus travailler après un accident). Les institutions charitables de l’Église et même les caisses des corporations étaient principalement alimentées par les plus riches, au travers notamment des testaments et des dons (le rôle social des plus riches était totalement différent d’aujourd’hui).
        En revanche, à partir du XVème siècle, on a étendu la notion de »caquehan« ou »taquehan« (à l’origine, il s’agissait de révoltes ouvrières armées, puis, à partir du XIIIème siècle, le terme a désigné les réunions ouvrières fixant un salaire minimum) aux réunions ouvrières créant des caisses d’entraide mutuelle. Ces caisses d’entraide mutuelle n’étaient pas des caisses de bienfaisance. Elle servaient principalement à assurer un revenu aux ouvriers pendant les périodes chômées (l’ouvrier urbain moyen était employé à la journée et se retrouvait fréquemment au chômage un jour sur trois ou quatre), ce qui remontait mécaniquement le coût du travail. Les diverses législations particulières interdirent à partir du XVème siècle (période où presque chaque métier avait sa caisse d’entraide mutuelle) pareilles pratiques. Les plus riches corporations furent les premières où elles furent interdites (probablement parce qu’y dominaient les employeurs) et, petit à petit, cela s’étendit à toutes.

        Effectivement, le monde économique de l’Ancien Régime est particulièrement méconnu aujourd’hui. Rien à voir avec notre monde actuel. Ainsi un travailleur pouvait être payé pour 24h de travail par jour ! Ce système reposait en fait sur deux piliers principaux :
        - les institutions charitables précédemment citées
        - le temps de travail : il s’agit d’une norme fixée pour chaque métier, sur la base de laquelle on fixe une rémunération par accord mutuel (étant entendu que l’accord profiterait le mieux à celui qui est favorisé par le rapport de force). Ainsi, un tondeur de drap était payé en moyenne pour 18h de travail quotidien en hiver et 14/15 en été (tout le jour, en été), alors que son travail effectif comprenait environ 8h à 10h de travail par jour maximum. L’employeur »payait« le tondeur à dormir sur son lieu de travail en attendant que le drap sèche, en gros. De même, on pouvait être rémunéré pour 10 jours de travail même si on n’avait passé que 4 jours à effectivement travailler. Dans le cadre d’une économie de la demande (où on est sûr de vendre le produit de toutes façons), cette logique qu’aujourd’hui on qualifierait d’ »antiéconomique" était tout à fait rentable.
        Les articles de Mathieu Arnoux (http://gam.ehess.fr/document.php?id=124) sont à cet égard particulièrement éclairant.


      • Le Canard républicain Le Canard Républicain 10 juin 2011 03:00

        Réponse de Florence Gauthier à ffi ou dans le sang de la loi martiale, le drapeau rouge de la classe ouvrière :

        Je suis désolée de vous avoir tant ennuyé, ffi, mais je vais répondre à quelques questions que vous vous posez, comme l’adhésion à la loi Le Chapelier que vous attribuez à Robespierre. Vous serez heureux d’apprendre que cette attribution est une erreur et qu’il l’a combattue avec vigueur. Car, et je suis bien d’accord avec vous sur ce point, ce sont les faits qui comptent.

        La Loi Le Chapelier fait partie de la loi martiale, voici comment.
        Depuis la Grande Peur de juillet 1789, date de l’entrée du peuple sur la scène révolutionnaire, et qui cumula une immense jacquerie contre la seigneurie et une « révolution municipale » dans toutes les villes et communes rurales, la majorité des députés de l’Assemblée constituante prit peur, à son tour. Mais, cette majorité avait peur du peuple : elle tenta de le faire taire par le compromis de la Nuit du 4 août 1789 qui proclamait : « l’Assemblée abolit entièrement le régime féodal », mais qui éluda à plus tard son application…

        L’Assemblée constituante voulait se donner des moyens (...).

        Pour lire la suite : http://www.lecanardrépublicain.net/spip.php?article493


      • ffi ffi 10 juin 2011 12:39

        @Brath-z : merci pour vos intéressantes informations (et pour le temps que vous y avez pris).
        @Canard Républicain : merci pour le lien et pour votre sollicitude.


      • La Terreur et la Vertu 11 février 23:04

        @ffi
        Ce monsieur ffi ne sait pas de quoi il parle. Robespierre a instauré le droit de vote universel, qui a immédiatement été aboli lors de sa chute par le Ventre de la Convention, rétablissant ainsi le suffrage censitaire. Il fallait donc payer pour voter et seuls les plus riches qui payaient le cens votaient. Ainsi, l’on a un cercle vicieux : les plus riches, donc les bourgeois, votent pour les bourgeois, puis l’on se retrouve avec des députés bourgeois, libéraux économiquement, qui pensent d’abord à leur porte-monnaie plutôt qu’à ceux qui crèvent de faim. 
        Justement, pour ceux qui n’ont même pas de quoi s’acheter du pain pour survivre, Robespierre s’est battu contre ce Ventre afin d’obtenir le loi du maximum, fixant un prix à ne pas dépasser pour les denrées de base. Pour Robespierre, la propriété doit être donc limitée, quand le Ventre, dont fait partie Barère, crient la peine de mort pour ceux qui touchent à la propriété. La devise des Girondins fut même pour un temps « Liberté, Egalité, Propriété ».
        Autre chose : Robespierre fait établir trois usines nationales d’armement, les premières : deux à Paris et une à Brest. Les industriels, évidemment, voient l’industrie privée, donc leur porte-monnaie, menacée par l’industrie d’Etat.
        Donc, quand ce monsieur ffi traite Robespierre de capitaliste, il me fait bien rire.

        Quand il l’inculpe d’avoir supprimé les congrégations religieuses, il ment. C’est l’Assemblée Législative, par le décret du 18 août 1792, supprime les congrégations séculières principalement enseignantes et hospitalières et l’article 11 de la loi du 18 germinal an X (8 avril 1802), donc bien après la Révolution, confirme la suppression. Cela n’a absolument rien à voir avec Robespierre, c’est une décision votée au sein de l’Assemblée. Il en est de même pour la  suppression des académies, votée à la Convention, et non ordonnée par Robespierre.La suppression des universités eut lieu notamment grâce au projet Condorcet, du personnage du même nom. Les universités devaient être remplacées par des lycées.


        Robespierre n’est pas non plus celui qui dirige tout, et nous n’avons aucune preuve qu’il ait approuvé la loi le Chapelier. Dire le contraire est une aberration visant à maximiser la vue mauvaise de Robespierre. S’il n’est pas revenu sur cette loi, il n’en et pas forcément pour.

        Monsieur ffi ferait bien de se renseigner quelque peu avant de réciter pareilles injures envers celui qui a qui a donné la citoyenneté aux Juifs, qui a proposé l’abolition de l’esclavage, qui a fait voter la reconnaissance des enfants naturels, qui a défendu le suffrage universel, qui a proposé le non cumul des mandats, qui a imposé le contrôle des prix des denrées de base quand ses ennemis de toujours, les possédants, proposaient la peine de mort pour ceux qui voulaient imposer des limites à la propriété ; il voulut l’abolition des colonies, il s’est opposé à la politique de déchristianisation extrême et brutale des Girondins et des Dantonistes, il a soutenu la tolérance religieuse tout en refusant le fanatisme religieux, voulait l’abolition de la peine de mort dans un contexte de démocratie, etc... De plus, il était un des seuls à s’opposer à la guerre que les Girondins voulaient tellement : il avait compris que le régime n’était déjà pas stable de l’intérieur, et que s’il devait être menacé en plus de l’extérieur, il faudrait un régime d’exception pour maintenir la République : la Terreur. 

        Quand un inculte néothermidorien critique le Grand Artisan de la Révolution, lui-même à l’origine de notre devise nationale, Liberté, Egalité, Fraternité, je ne puis m’empêcher de pleurer de rire.

      • jef88 jef88 7 juin 2011 19:05

        En somme : VIVE LA GUILLOTINE  !


        • Brath-z Brath-z 7 juin 2011 21:08

          Robespierre était un adversaire acharné de la peine de mort.


        • rakosky rakosky 7 juin 2011 19:16

          J’ai eu la chance d’avoir Florence Gauthier comme professeur et comme beaucoup de ses étudiants j’ai été marqué par le contenu de ses cours et son approche de l’enseignement
          Je me souviens de la fougue ,de la passion raisonnée avec laquelle elle défendait l’héritage de la Révolution française , de Robespierre et des Jacobins
          Je me souviens en particulier de très longs développements sur la question de la Corse et de la partie française Saint Domingue,l’opposition constante de Robespierre à l"esclavage ,à la colonisation ,à la guerre de conquêtes
          Je crois que ce qui nous a le plus marqué ,c’est la rigueur et l’honnêteté fondamentale de son approche pédagogique,l’appel constant à notre esprit critique et à notre intelligence
          Nous étions noyés sous des liasses de documents,des dizaines de pages polycopiées reprenant les minutes des débats dans les Assemblées sur toutes les grandes questions et dans ces liasses où nous étions plongés et parfois un peu perdus nous devions comprendre et analyser quels étaient les clivages,les positions de principe des uns et des autres
          Avec Marc Belissa ,Serge Bianchi et beaucoup d’autres,elle fait partie de ceux qui ont aidé toute une générations à résister à tous les mensonges et les reniements sous lesquels on a voulu nous noyer...


          • Brath-z Brath-z 7 juin 2011 21:07

            J’ai également eu cette chance, et je dois dire que je souscris à 100% à votre appréciation !

            Je nuancerai cependant un point : quoique ses écrits soient bien plus fins et nuancés, elle a une certaine tendance, lors de ses cours, au manichéisme. Lorsqu’on a abordé le cas de Barnave, par exemple, la consigne explicite était de lui dénier toute qualité, quand bien même force était pour moi de reconnaître que, malgré toutes les sal*peries qu’il a commises, c’était un très bon orateur.


          • rakosky rakosky 7 juin 2011 23:32

            Concernant Barnave ,voici le texte du discours qu’il prononça devant l’Assemblée constituante pour justifier le maintien de l’esclavage dans les colonies

            À Saint-Domingue, près de 450’000 esclaves sont contenus par environ 30’000 blancs. (…) Il est donc physiquement impossible que le petit nombre de blancs puisse contenir une population aussi considérable d’esclaves, si le moyen moral ne venait à l’appui des moyens physiques.

            Ce moyen moral est dans l’opinion qui met une distance immense entre l’homme noir et l’homme de couleur, entre l’homme de couleur et l’homme blanc, dans l’opinion qui sépare absolument la race des ingénus des descendants des esclaves à quelque distance qu’ils soient.

            C’est dans cette opinion qu’est le maintien du régime des colonies et la base de leur tranquillité. Du moment que le nègre qui n’étant pas éclairé, ne peut être conduit que par des préjugés palpables, par des raisons qui frappent ses sens ou qui sont mêlés à ses habitudes ; du moment qu’il pourra croire qu’il est l’égal du blanc, ou du moins que celui qui est dans l’intermédiaire est l’égal du blanc, dès lors, il devient impossible de calculer l’effet de ce changement d’opinion. (…)

            Ce régime est absurde, mais il est établi et on ne peut y toucher brusquement sans entraîner les plus grands désastres. Ce régime est barbare, mais il y aurait une plus grande barbarie à vouloir y porter les mains sans avoir les connaissances nécessaires, car le sang d’une nombreuse génération coulerait par votre imprudence, bien loin d’avoir recueilli le bienfait qui eût été dans votre pensée.’ ”, Séance parlementaire du 23 septembre 1791.

            Je crois n’avoir rien lu de plus infâme et cynique dans toute l’histoire de la Révolution...


          • Brath-z Brath-z 8 juin 2011 04:47

            Entièrement d’accord avec toi ! Quoique dans le genre, ce bon vieux Boissy d’Anglas ai fait fort après le 10 Thermidor...

            Mais ne faisons pas retomber toute la responsabilité de cette infamie sur Barnave : il n’était, dans l’affaire, que la courroie de transmission de son oncle Bacon de la Chevalerie, et des grands propriétaires terriens de Saint Domingue.
            Ceci-dit, c’est dans son opposition à Barnave que j’ai trouvé le seul acte glorieux et honnête de Brissot.


          • velosolex 7 juin 2011 20:04

            Bravo pour cet article plein d’intelligence, qui remet les pendules un peu à l’heure.
            On oublie effectivement les apports de Robespierre pour continuer à le diaboliser, en faire une image infernale et symbolique, utile à tuer toute idée révolutionnaire.
            L’ombre de Robespierre est resté en effet celle de la guillotine, une image digne du théâtre des horreurs.
            Pas un nom de rue s’appelant Robespierre.
            Alors que les plaques du maréchal Joffre, ce grand boucher et falsificateur de l’histoire, faussaire de la guerre de 14-18, sont toujours bien accrochées.


            • BOBW BOBW 7 juin 2011 20:36

              Dans la Série télévisée « La caméra explore le Temps »(septembre57 à–mars 66) avec le grand acteur jean Négroni,Alain Decaux et Stellio Lorenzi avaient fait un trés bon portrait historique impartial de Robespierre, il y était précisé que le reproche principal de Terreur qui lui était imputé venait surtout du climat à l’époque et que même des « grands hommes » d’État comme De Gaulle auraient été trés probablement pires ?...


              • Axel de Saint Mauxe Axel de Saint Mauxe 7 juin 2011 21:47

                Robespierre est une ordure révolutionnaire et ses fils spirituels ont envoyé des millions de français au cimetière.


                Cet article est une odieuse propagande républicaine et démocratique.

                Il est temps de sortir du mensonge historique, de la formidable imposture égalitaire, destructrice d’individualités, inversant les valeurs, méprisant les meilleurs au profit des médiocres et des plus misérables, et qui, de génération en génération, tente de nous transformer en esclaves.

                Le refus de l’héritage révolutionnaire est une priorité pour quiconque a un minimum de volonté et de respect de lui même. C’est le premier pas vers une émancipation individuelle salutaire.

                • rakosky rakosky 8 juin 2011 00:17

                  Monsieur ,je comprends tout à fait la rage que vous pouvez éprouver contre Robespierre,elle est un hommage du vice à la vertu
                  Je crois qu’il y a une chose fondamentale que que l’on ne pardonnera jamais ni à Robespierre ni à Lénine,c’est d’avoir gagné une guerre civile qui leur a été imposé par les classes dirigeantes
                  Dans les deux cas,la bourgeoisie et les classes dirigeantes portent la totale responsabilité du premier sang versé ,du déclenchement de la guerre civile et de la guerre étrangère
                  Nous ne sommes pas condamnés aux défaites ni à la mitraiile,nous aussi nous savons vaincre ...


                • Brath-z Brath-z 8 juin 2011 04:51

                  Pour ce qui est de Lénine, j’avoue ne pas vraiment m’être intéressé de près à la question. Mais rappelons une chose sans cesse : Robespierre fut, de TOUS les personnages publics de l’époque, le SEUL à refuser inconditionnellement la guerre. En voyait-il les effets pervers ? Se doutait-il que la couronne chercherait à cette occasion à trahir la patrie ? Je ne sais pas, mais il a donné à cette occasion à l’humanité toute entière un mot d’ordre immortel : « la liberté ne s’exporte pas à la pointe des baïonnettes » !
                  Une maxime que les ahuris partisans du « devoir d’ingérence » devraient méditer.


                • ffi ffi 10 juin 2011 13:39

                  Ok, mais peut-être que Robespierre n’avait pas bien compris la nature de l’ennemi ?
                  Si il a combattu la couronne, qui était l’institution chrétienne, mais qu’il a perdu, la couronne n’en est pourtant pas revenu pour autant...
                  .
                  La question est donc : contre qui Robespierre a-t-il perdu ? Contre quel ennemi ?
                  .
                  Je ne vais pas y aller par quatre chemin : la présence de l’oeil-qui-voit-tout sur la déclaration universelle des droits de l’homme. Le fait que l’on m’a rapporté : 477 députés francs-maçons sur 605 à la réunion des états généraux. L’omniprésence des sociétés maçonniques dans toutes les institutions au crépuscule de l’ancien-régime (armée, académies, famille royale)... La Franc-maçonnerie fut crée à Londres au début du XVIIIème. Le plus probable n’est-il pas que ces réseaux de sociétés secrètes furent « téléguidés » de Londres, par les oligarchies du commerce atlantique, pour en finir avec l’institution du « roy très chrétien », afin de trouver des débouchés économiques sur un continent trop protectionniste ?

                  Robespierre, se trompant d’ennemi, aurait alors participé à leur oeuvre, mais lorsqu’il ne fut plus utile, car il devint dangereux par la tempérance qu’il prônai, il fut éliminé.

                  Robespierre, pris dans une situation troublée, prenant l’allié pour l’ennemi, et l’ennemi pour l’allié, tout en désirant réellement agir pour le bien.


                • Brath-z Brath-z 12 juin 2011 09:09

                  C’est amusant que tu mentionnes ce fait, ffi, car j’ai justement relu hier le discours de Maximilien Robespierre sur l’Angleterre et ses manœuvres en 1789 et après. Je copie ici le passage le plus explicite :

                  Maximilien Robespierre, Rapport sur la situation politique de la République, prononcé devant la Convention Nationale le 27 brumaire an II (17 décembre 1793)

                  « Il est connu aujourd’hui de tout le monde que la politique du cabinet de Londres contribua beaucoup à donner le premier branle à notre révolution. Ses projets étaient vastes ; il voulait, au milieu des orages politiques, conduire la France, épuisée et démembrée, à un changement de dynastie, et placer le duc d’York sur le trône de Louis XVI. Ce projet devait être favorisé par les intrigues et par la puissance de la maison d’Orléans, dont le chef, ennemi de la cour de France, était, depuis longtemps étroitement lié avec celle d’Angleterre. Content des honneurs de la vengeance et du titre de beau-père du roi, l’insouciant Philippe aurait facilement consenti à finir sa carrière au sein du repos et de la volupté. L’exécution de ce plan devait assurer à L’Angleterre les trois grands objets de son ambition ou de sa jalousie, Toulon, Dunkerque et nos colonies. Maître à la fois de ces importantes possessions, maître de la mer et de la France, le gouvernement anglais aurait bientôt forcé l’Amérique à rentrer sous la domination de Georges. Il est à remarquer que ce cabinet a conduit de front, en France et dans les États Unis, deux intrigues parallèles, qui tendaient au même but : tandis qu’il cherchait à séparer le midi de la France du nord, il conspirait pour détacher les provinces septentrionales de l’Amérique des provinces méridionales, et comme on s’efforce encore aujourd’hui de fédéraliser notre République, on travaille à Philadelphie à rompre les liens de la confédération qui unissent les différentes portions de la république américaine.

                  Ce plan était hardi ; mais le génie consiste moins à former des plans hardis qu’à calculer les moyens qu’on a de les exécuter. L’homme le moins propre à deviner le caractère et les ressources d’un grand peuple est peut-être celui qui est le plus habile dans l’art de corrompre un parlement. Qui peut moins apprécier les prodiges qu’enfante l’amour de la liberté que l’homme vil dont le métier est de mettre en jeu tous les vices des esclaves ?

                  Semblable à un enfant dont la main débile est blessée par une arme terrible qu’elle a l’imprudence de toucher, Pitt voulut jouer avec le peuple français, et il en a été foudroyé. Pitt s’est grossièrement trompé sur notre révolution ; comme Louis XVI et les aristocrates français, abusés par leur mépris pour le peuple, mépris fondé uniquement sur la conscience de leur propre bassesse. Trop immoral pour croire aux vertus républicaines, trop peu philosophe pour faire un pas vers l’avenir, le ministre de Georges était au dessous de son siècle ; le siècle s’élançait vers la liberté, et Pitt voulait le faire rétrograder vers la barbarie et vers le despotisme. Aussi l’ensemble des événements a trahi jusqu’ici ses rêves ambitieux, il a vu briser tour à tour par la force populaire les divers instruments dont il s’est servi ; il a vu disparaître Necker, d’Orléans, La Fayette, Lameth, Dumourier, Custine, Brissot, et tous les pygmées de la Gironde. Le peuple français s’est dégagé jusqu’ici des fils de ses intrigues, comme Hercule d’une toile d’araignée. »

                  Pour ce qui est de la franc-maçonnerie et de son influence, il serait idiot de la nier quand Philippe d’Orléans (pas encore Égalité) était le grand maître de la loge française et qu’une part importante des parlementaires tant de la Constituante que de la Législative puis de la Convention en étaient membres. Néanmoins, il faut distinguer au sein de la Révolution une rupture entre 1789 et 1791, et une autre entre 1791 et 1793.

                  En effet, sous la Constituante, une grande majorité des parlementaires, même franc-maçons, est croyante, soit catholique, soit déiste (comme l’était Robespierre lui-même). Le rejet des formes de la catholicité durant cette période s’est faite sur l’idée que la religion avait été détournée de son objet par de mauvais prêtres. Le culte de l’Être Suprême, la Religion Naturelle et même la théophilantropie et le culte de la Déesse Raison (que Robespierre combattra comme « athéisme » sous la Convention, et qui était porté par une fraction des Enragés, puis, surtout, par les Exagérés et les mascarades antireligieuses) n’étaient au fond que des catholicismes dévêtus des formes du culte et des commandements du dogme. La franc-maçonnerie était alors à la pointe de ce combat, réussissant à rejeter le statut particulier du catholicisme que le côté droit (l’abbé Maury, notamment) avait obtenu peu de temps auparavant. Malgré tout, le serment des prêtres lui conférait un statut particulier.
                  Sous la Législative, on voit apparaître pour la première fois un fort parti athée, qui entend d’abord débarrasser la France du « fanatisme » et de « l’obscurité » (les Francs-Maçons étant « fils de la Lumière », on comprend que ce vocabulaire est le leur) puis ensuite, sous la Convention, combattre la religion sous toutes ses formes.
                  C’est précisément sous la Convention qu’apparaît une nouvelle ligne de fracture entre les déistes et les athées. La cérémonie en l’honneur de l’Être Suprême (une idée qui date de bien avant la Révolution) au cours de laquelle la statue de l’athéisme a été brûlée pour laisser place à la Raison est typique de cet affrontement. On trouvait des francs-maçons aussi bien chez les athées (Vadier) que chez les déistes (Couthon). Notons que ces derniers ont été vus après thermidor comme les défenseurs de la religion, avant d’être honnis comme responsables des mascarades antireligieuses (commises par ceux qui les ont fait chuter le 10 thermidor an II !) sous le Directoire.


                • ffi ffi 12 juin 2011 19:25

                  Merci encore pour cette source Brath-z.

                  Il est clair que les fortunes du commerce transatlantique avaient grandi considérablement, qu’elles trouvaient plus de liberté dans le monde Anglo-Saxon et qu’elles voulaient continuer à croître sur le continent. Robespierre avait donc commencé à le percevoir. Mais la lecture « purement nationale » n’était peut-être plus guère valide, la monarchie anglaise ayant dû elle-aussi composer avec les pouvoirs économiques depuis sa révolution. Les ficelles, tirées depuis Londres, n’étaient pas nécessairement tirées exclusivement par le Roi Georges.

                  Ce que montre l’histoire est donc :
                  - Montée des puissances économiques du commerce transatlantique.
                  - Coup d’état en France : fin du régime du roy très chrétien, installation du capitalisme.
                  - Exportation de la révolution capitaliste par les Armées Françaises en Europe (Napoléon - destruction du saint-Empire Germanique) au XIXème.
                  - Expropriation de la puissance temporelle du pape (Garibaldi - création de l’Italie)
                  - Destruction du dernier empire chrétien catholique (1ère guerre mondiale, fin de l’Autriche-Hongrie)
                  - Destruction de l’empire chrétien orthodoxe (révolution Bolchévique, 1919).

                  La Révolution n’a vraiment rien à voir avec cette légende dorée d’un peuple qui se libère d’une tyrannie. La Révolution a consisté à détruire les structures politiques et économiques du pays pour laisser la place à une nouvelle gouvernance, celle où le pouvoir politique est vassal du pouvoir économique : le capitalisme. Ce processus révolutionnaire a continué pendant 1 siècle 1/2, jusqu’à éradication de tout pouvoir chrétien en Europe.


                • Brath-z Brath-z 13 juin 2011 11:31

                  Je pense que la lecture nationale a toujours sa pertinence. A la période de la Révolution, aboutissement, au moins pour ce qui est du sentiment national, de près de dix siècles de construction*, cette lecture nationale était même particulièrement pertinente, puisque c’est la première fois qu’on a vu, en France, une association intime entre le roi et la Nation, puis une domination de cette dernière sur le roi.

                  A l’aune de cette lecture nationale, on peut considérer l’émergence du capitalisme en France et en Europe à une période bien antérieure à la Révolution. Personnellement, je considère que l’émergence et l’extension du capitalisme provient de deux événements majeurs :
                  - d’abord, la révolution industrielle médiévale qui a vu pour la première fois la naissance d’une économie de l’offre dans certaines régions urbaines (Naples, Bruges, Lyon) dans la deuxième moitié du XIVème siècle
                  - ensuite, le premier empire colonial européen aux XVIème et XVIIème siècles, qui succède à l’empire européen de Charles Quint
                  Ces deux conditions sont les conditions sine qua non de la domination des intermédiaires (marchands et distributeurs) dans le circuit économique (il y avait des intermédiaires dans l’économie médiévale depuis le IXème siècle au moins, mais ils n’occupaient qu’une place marginale, et avaient même été interdits en bien des villes comme « spéculateurs »). Or, le capitalisme, c’est avant tout le système de production et d’échange de richesse dont le moteur est l’accumulation de capital tous azimuts. Cela n’est rendu possible que par la prégnance des intermédiaires dans l’économie.

                  De ce point de vue, la Révolution n’aura accompli, au service du capitalisme, qu’une seule chose : supprimer des « freins » à son extension. Ces freins qu’étaient les octrois, la multiplicité des devises et les corporations (encore que, pour ces dernières, j’ai quelques sérieux doutes quant à leur statut de « frein » à l’extension du capitalisme) ont été supprimés dès 1789-1790 au cours du processus de fédération des peuples de France, qui aboutit finalement le 14 juillet 1790 (fête de la Fédération, symbolique) à la naissance du peuple français, un et indivisible. Personnellement, je pense que le jeu valait la chandelle.
                  Mais quand on se penche plus attentivement sur la manière dont fonctionnaient par exemple les colonies du Roy Tres Chrestien (Florence Gauthier a mené des études très précises sur le sujet, justement), on constate que le capitalisme, en France, est déjà bien installé au début du XVIIIème siècle. Suffisamment bien installé pour pouvoir plier la politique à son intérêt. Suffisamment bien installé pour connaître avec la « crise de la main d’œuvre » (esclaves) vers 1750 sa première grande crise systémique.
                  Car oui, contrairement à ce que pensent certains marxistes qui n’ont pas du tout compris Marx (au point de croire qu’il a décrit l’histoire comme la succession de modes de production, ce qui est un contre-sens total, même s’il a évolué au cours de sa vie sur cette question), le capitalisme peut fort bien s’accommoder d’esclaves. L’esclavage, entendu comme mode de production, ça n’est pas l’esclavagisme, qui n’est que le système caractérisé par la présence d’esclaves, et qui s’est toujours montré sous l’aspect d’une micro-société dépendante (que ce soit économiquement, démographiquement ou culturellement) d’une société bien plus vaste. En somme, l’esclavagisme, c’est une appendice d’une société, caractérisé par l’exploitation d’une main d’œuvre gratuite et socialement dominée, et qui n’a de finalité qu’économique. Ce cadre est idéal pour l’émergence et l’extension du capitalisme car il repose sur :
                  - une vision économiciste du monde (qui a d’ailleurs bien inspiré les physiocrates et autres turgotins)
                  - la caractérisation des relations et des hiérarchies sociales par la seule richesse (contre les statuts dans l’ancien monde)
                  - la domination de facto du marché par les intermédiaires (propriétaires de grandes exploitations, marchands de sucre et d’esclaves)
                  Bien sûr, après avoir servi de « rampe de lancement » du capitalisme, ces espaces économiques ont été sacrifiés, car peu rentables économiquement** et, surtout, que leur trop grande dépendance de fournisseurs extérieurs de main d’œuvre a empêché que surgisse un marché du travail concurrentiel (qui, comme chacun sait, permet systématiquement d’aligner vers le bas les rémunérations des travailleurs). Pour résoudre ce « problème » devenu visible à partir de 1750 (donc près de 40 ans avant la Révolution), certains (notamment à la Société des Amis des Noirs) ont proposé de permettre aux esclaves de croître et de se multiplier, afin d’avoir sur place de véritables « élevages » de main d’œuvre gratuite. Les conséquences en termes de rapport de force social de cette idée ne sont apparus à ses promoteurs qu’avec la grande et victorieuse révolte des esclaves de Saint Domingue.

                  Tout cela pour dire que d’un point de vue strictement capitaliste, la Révolution aurait dû s’arrêter en 1791. D’ailleurs, l’opposition factice entre la « bonne révolution » de 1789 et la « mauvaise révolution » de 1793, promue par tout ce que notre pays compte de bien-pensants privilégiés déculpabilisés (Jean-François Khan et son La Fayette, François Furet et sa révolution française « à l’américaine », le film de Robert Enrico et Richard T. Heffron La Révolution française : les Années Lumières - les Années Terribles, etc.) montre avec évidence que, pour ces gens-là, les deux années qui ont suivi le 10 août 1792 restent un cauchemar républicain et démocratique dont il faut retirer tout souvenir dans le peuple. Quand B.-H. Lévy, avec la subtilité qui lui est coutumière, a appelé les Tunisiens à « un thermidor tranquille » après la chute de Ben Ali, il n’a pas dit une énorme c*nnerie. Il n’a fait que traduire en mots ce qui est le fond de pensée dominant de notre oligarchie : les deux années vaillantes de la République démocratique, populaire et sociale sont le repoussoir par excellence, dont il faut absolument empêcher que le peuple s’inspire.

                  Évidemment, on pourra toujours prétendre, à rebours, qu’il était évident que le capitalisme triompherait de la Montagne, que le combat était truqué, que les révolutionnaires n’avaient aucune chance face aux contre-révolutionnaires***. Mais quand on vit les événements, on ne raisonne pas ainsi. On fait de son mieux, et au pire, on combat pour l’honneur. Robespierre en avait manifestement conscience, lui qui avait prévenu ne pas avoir prévu de vivre longtemps.

                  * : on date généralement la « naissance » de la Nation à la bataille de Bouvines en 1214, où Philippe II Auguste, premier roi à se faire appeler « Rex Franciae » (roi de France) au lieu de « Rex Francorum » (roi des Francs), vainquit les monarchies européennes coalisées et fut acclamé sur le chemin du retour par des paysans... y compris un grand nombre qui étaient vassaux du seigneur de Flandres, qui avait pourtant prit parti contre le roi de France, mais pour que cela ai pu avoir lieu, il faut que ce sentiment national ai été antérieur à Bouvines, raison pour laquelle je place personnellement l’origine de la construction nationale en 987, élection unanime de Hugues Capet

                  ** : un esclave, il faut le nourrir, l’habiller, l’héberger et en prendre soin ; un ouvrier « libre » n’a qu’à crever dans son coin

                  *** : à ne pas confondre avec les anti-révolutionnaires qui, eux, étaient plus favorables aux premiers qu’aux seconds ; je n’ai malheureusement pas retrouvé la citation que je voulais mettre ici en exemple, mais grosso-modo, des royalistes emprisonnés ont écrit bien plus tard qu’à l’époque, ils lisaient avec une même horreur les discours prononcés par les uns comme par les autres, mais que celui qui leur semblait être le moins pire de tous, aussi bien par les principes qu’il défendait que par les méthodes qu’il préconisait, était, précisément, Robespierre


                • Brath-z Brath-z 13 juin 2011 11:44

                  « La Révolution n’a vraiment rien à voir avec cette légende dorée d’un peuple qui se libère d’une tyrannie »

                  Là-dessus, je suis d’accord. Mais comme je sais que les légendes ont besoin d’exister pour permettre aux sociétés de vivre et de prospérer, je ne vais pas regretter la mort du « tyran », quand bien même il était un bonhomme plutôt brave et bonne pâte, somme toute un homme sympathique, aimant son peuple et en tous points admirable (surtout comparé à ses trois prédécesseurs sur le trône de France).
                  Après tout, Rome a fondé sa République sur le mythe du « tyran » Tarquin, les royaumes germaniques (dont le Royaume des Francs) sur le rejet de la « tyrannie » romaine, etc. C’est à la fois faux et injuste, bien sûr, mais la politique n’est pas l’histoire et la vérité n’a pas à se soucier de la réalité. Même si les Gaulois sont une invention romaine (il y avait des peuples celtes installés dans toute l’Europe, depuis l’Afrique du nord jusqu’à la Cappadoce, cf. les invasions de Galates vers 200 avant J.-C.), que personne ne peut se prévaloir d’ancêtres gaulois, que les migrations (à ne pas confondre avec l’immigration, phénomène économique très récent et qui n’a rien de naturel) ont fait venir sur le territoire de l’actuelle France des peuples extrêmement hétérogènes, « nos ancêtres sont les Gaulois », et « nous sommes tous frères » (le « Fraternité » de notre devise nationale). C’est la vérité, car c’est le seul moyen de former une nation (le mot « nation » vient du latin « nacere », « naître », et induit une communauté de naissance, quand bien même ne serait-elle qu’une construction intellectuelle et donc, une fiction). Mais ce n’est évidemment pas la réalité.
                  La politique repose sur la vérité. Les disciplines humaines et sociales (je milite activement pour qu’on cesse de parler de « sciences humaines et sociales » ; il n’y a rien de plus ridicule que la prétention à la scientificité, cette aporie déresponsabilisante héritée du XIXème siècle) s’occupent de la réalité. Les deux sont nécessaires, parfois même complémentaires, mais doivent rester dans leurs domaines respectifs.


                • eric 8 juin 2011 07:18

                  Hilarant !
                  Ce texte est un constat de l’échec total de la tradition Rosbespierriste dans l’histoire de France !

                  Parce que le système-
                  "détruire tout le système de protection économique, social, juridique et mental précédent, afin de lui substituer un pouvoir qui s’impose par un moyen de contrainte « -
                  C’est, l’église catholique ! Fonctionnellement élément de l’État dans l’ancien régime, et en gros, tant qu’ a recourir aux catégories complétement anachroniques de l’auteur, équivalent au système de protection sociale au sens large ( éducation comprise) d’aujourd’hui. Mais organiquement distincte. Disposant d’une certaine autonomie par rapport au pouvoir purement politique. Autonomie notamment du fait de son patrimoine propre a vocation sociale, entre les mains de personnes qui du fait du célibat, ne peuvent le transmettre a leurs enfants. La révolution va s’empresser de faire passer ces biens collectifs entre des mains privées.
                  A partir de Robespierre, effectivement et pour le siècle et demi qui suit, les »gauches« s’acharnent a détruire ces systèmes afin de concentrer entre les mains du seul état, du seul politique tous ce qui pouvait être une source d’autonomie de la société civile. Un contre pouvoir. Cela se termine en beauté avec a nationalisation a peu prêt complète de l’enseignement et la politisation totale du syndicalisme qui devient non plus une forme d’auto organisation des travailleurs face a tous les pouvoirs, mais une courroie de transmission de partis politiques au service de leurs projets de la transformation de le la société par l’État sous la houlette d’une avant garde éclairée..
                  Ainsi s’épanouit la tradition des gauches françaises de tenter d’absorber la société dans l’État.
                  Il est a remarquer que paradoxalement, cela explique plus le retard social de la France que son retard économique. Bien sur l’interventionnisme tous azimut a limite le développement par rapport aux pays n’ayant pas connu de révolution de type Robespierriste, Mais bon an mal an, les gauches qui comprennent mal l’économie ont toujours laisse, malgré tout, un peu de latitude aux entrepreneurs, a la société civile, dans ce secteur, afin de ne pas tuer la poule aux oeux d’or. Beaucoup plus sur d’elle même dans le social, leur interdiction de fait de l’initiative civile civique citoyenne, de l’auto organisation du social, contribue a expliquer le retard considérable par rapport aux grandes démocratie nord européenne, non laïques, non étatistes. A chaque fois, il faut attendre un grand dirigeant de droite pour obtenir des avancées sociales significatives et durable (CNR de De Gaule par exemple).

                  Plus de 200 ans après, on en est touours au même point. Ainsi on voit des gauches très favorables a ce que les citoyens puissent librement débattre et décider de sujet extrêmement techniques tels que la sécurité nucleaire ou la réglementation bancaire internationale, peut on marier les homosexuel et y a-t-il une vie sur Mars, mais parfaitement hostiles a ce qu’ils puisse tenter d’organiser eu même leur école pour leurs enfants avec des financements collectifs. Favorables a ce que les gens puissent choisir leur »genre« hostiles a ce qu’ils puissent choisir leur école. Regrettant qu’ils n’exercent pas le contrôle de constitutionnalité, elles ne sauraient admettre qu’ils contrôlent les profs de leurs enfants. Voulant leur imposer le culte de la raison, elles ne sauraient tolérer qu’ils choisissent d’être catholiques.

                  En envoyant les colonnes infernales bruler la Vendée APRES que l’armée catholique et royale ait déposé les armes, le régime Robespierriste anticipe-t-il les génocides du 20eme siècle ?
                  Débat de spécialistes peut être.
                  Qu’une clique d’avocat et autre rejetons de la classe moyenne tente d’imposer des vérités aux consciences a travers l’instrument de la bureaucratie d’état en prétendant être le peuple et en refusant en pratique de lui faire confiance pour gérer ses propres affaires soit une anticipation des gauches modernes, je pense que la chacun est a même de se faire une idée assez claire.

                  Il y a 220 ans, le »peuple était abêtit par l’église catholique, mais on allait lui expliquer ou au moins lui imposer les bonnes solutions pour faire son bonheur. Aujourd’hui, il est abêtit par TF1, mais fort heureusement, les mêmes avant gardes seraient toujours a même de le rendre heureux si seulement il voulait bien se laisser faire.

                  D’un point de vue purement Robespierriste, ce triste constat marque l’échec total de cette tradition puisque qu’après toute cette histoire de « lutte » on en est exactement au même point.

                  Peut être temps de passer a autre chose ?


                  • Brath-z Brath-z 8 juin 2011 08:06

                    Sachant que l’intégralité de ce que tu imputes à Robespierre (centralisation absolue, interventionnisme tous azimuts, massacres en Vendée, amélioration « par le haut » du peuple, rejet du catholicisme et de la foi religieuse en général, etc.) a été combattu pendant quatre ans par Robespierre lui-même, et avec un acharnement tout particulier pendant la Convention, je vais te laisser tirer toi-même la conclusion de l’erreur de ton constat.


                  • Brath-z Brath-z 8 juin 2011 08:10

                    Ah oui, au fait, de Gaulle lui-même a refusé de se faire qualifier de « droite » de 1945 à sa mort. Note qu’il ne voulait pas non plus se faire qualifier de « gauche » :

                    "Vous me dites : à droite, on dit que je fais une politique de gauche au-dehors ; à gauche, du reste vous le savez bien, on dit : de Gaulle, il est là pour la droite, pour les monopoles, pour je ne sais quoi. Le fait que les partisans de droite et les partisans de gauche déclarent que j’appartiens à l’autre côté, prouve précisément ce que je vous dis, c’est-à-dire que, maintenant comme toujours, je ne suis pas d’un côté, je ne suis pas de l’autre, je suis pour la France. "
                    Charles de Gaulle


                  • titi 8 juin 2011 08:34

                    L’autre jour à la radio, on parlait de l’« incorruptible » Robespierre... j’ai toussé...

                    Alors maintenant prenez une carte de France et de ses départements...
                    En particulier le département du Nord.
                    Ce département a une particularité : dans sa partie la plus étroite il ne mesure que 12 km.

                    La limite entre le Nord et le Pas de Calais à cet endroit, a été fixée le long de la Lys, rivière qui tout au long du 18è et du 19è était une source d’energie pour l’industrie.
                    En placant la limite des deux départements sur la Lys au dépend de la géographie et de la cohérence territoriale, le département du Pas de Calais a été largement favorisé.

                    Maintenant si je vous dis que c’est Robespierre qui a arbitré ce découpage (février 1790) en faveur du Pas de Calais, je vous pose la question de quel département, Robespierre a-t-il été le député ?

                    L’incorruptible savait aussi tirer parti de sa fonction et récompenser les copains...


                  • eric 8 juin 2011 09:09

                    a brath-z. ouai ! Robespierre a aurait été impuissant a orienter un régime qu’il dirigeait de facto. Riche d’enseignement pour la suite. C’est toujours a l’insu de leur plein gré que cela dégénéré toujours de la même façon.. Quand a la position Gaulliste, oui ! D’ailleurs n’importe quel homme de gauche saura reconnaitre que c’est bien une posture de ce qu’il appelle la droite.....C’est pas lui qui ne saurai pas faire la difference....


                  • Brath-z Brath-z 8 juin 2011 11:15

                    Eric > La légende d’un Robespierre « dirigeant de facto » du gouvernement révolutionnaire ne tient pas deux minutes face à l’évaluation des faits. De son entrée au Comité de Salut Public en juillet 1793 à son exécution, Robespierre aura été l’éternel minoritaire, aux côtés de Saint Just et de Couthon. S’il a pu un temps subjuguer la Convention Nationale et emporter nombre de décisions, ça n’a été qu’au prix d’une lutte de tous les instants. Seul Couthon fut plus contesté que lui au sein du Comité et à la Convention. Mais ces temps étaient ainsi faits que même le plus minoritaire pouvait à l’occasion remporter une majorité sur un texte. En fait, s’il fut un homme qu’on peut qualifier de « dirigeant de facto » du gouvernement révolutionnaire, loin d’être Robespierre, ce fut Barère, secrétaire du Comité de Salut Public (donc chargé de présenter le travail du Comité à la Convention) qui était doté, tous les témoins de l’époque sont unanimes, d’une faculté d’analyse et de synthèse stupéfiante mais qui oscillait entre un radicalisme extrême en matière judiciaire et militaire (il voulait que les armées françaises ne fassent plus de prisonniers, par exemple) et une grande pusillanimité en matière sociale (contre un bouleversement dans l’ordre de la propriété).

                    Quant à la frontière entre le Nord et le Pas de Calais, je ne sais rien du tout sur ce sujet. Mais je sais qu’il est logique qu’en tant que député des états d’Artois, il ai participé avec ses collègues au redécoupage administratif de la région en départements. Je note simplement que la frontière entre les deux départements a été fixé sur un cours d’eau, ce qui était la consigne explicite.


                  • Serpico Serpico 8 juin 2011 12:55

                    Brath-z

                    La consigne explicite, et la base du découpage administratif en France, était que l’on puisse aller à cheval de n’importe quel point du département à un autre en moins d’une journée.

                    Cela dit, il y a aussi la Meurthe et Moselle qui a des allures de Grande-Bretagne avec sa banane de Pont-à-Mousson et Briey jusqu’au Luxembourg...


                  • titi 8 juin 2011 14:51

                    « Cela dit, il y a aussi la Meurthe et Moselle qui a des allures de Grande-Bretagne avec sa banane »
                    C’est différent, puisque les limites actuelles n’ont rien à voir avec les limites initiales, puisqu’elles sont dues à l’annexion prussienne.


                  • Brath-z Brath-z 9 juin 2011 20:59

                    Serpico>"La consigne explicite, et la base du découpage administratif en France, était que l’on puisse aller à cheval de n’importe quel point du département à un autre en moins d’une journée.« 

                    Il n’y a aucune incompatibilité entre les deux. Une »journée à cheval« , c’est une notion empirique particulièrement incertaine. Et puis pour »mesurer" ainsi l’éloignement d’1/2 journée du chef-lieu (je suppose que c’est ainsi qu’on a procédé), il aurait fallu faire partir des centaines, voire des milliers, de cavaliers de chacun d’entre eux dans des directions différentes. Croyez-vous que c’est ainsi qu’on a procédé ? Ça aurait été de la perte de temps.
                    A partir de quelques mesures approximatives, on a opéré un redécoupage sur la base de la topologie. Et la consigne explicite était d’utiliser les cours d’eau, frontières naturelles, pour tracer les limites. Cela avait déjà été fait en 1789 pour résoudre les conflits de souveraineté entre le roi de France et les princes allemands lors de la convocation des États Généraux, dans le nord-est de la France (plusieurs dizaines de villes et pays reconnaissaient à la foi la souveraineté du roi de France et celle d’un quelconque prince germanique).


                  • ffi ffi 10 juin 2011 13:58

                    @Eric, intéressant votre message.
                    Mais brath-z n’a pas tord non plus. La barque Robespierriste est allégrement chargée, certainement beaucoup trop par rapport à son influence réelle. Cela montre une certaine constance dans le système : dans un gouvernement socialisé, on ne sait pas vraiment qui dirige. L’Ogre Robespierre est peut-être une diversion. De ce point de vue, ses manuscrits retrouvés sont intéressants.

                    A mon avis, l’imposture est de faire croire que l’ennemi est l’église, c’est cela qui est servi quotidiennement à gauche.
                    Mais la gauche est noyauté jusqu’à la moelle par la Franc-maçonnerie.

                    L’ennemi, c’est la Franc-maçonnerie et sa « République universelle ». Il faut comprendre l’universel ici comme une chose qui s’impose à tous, sans exception et qui uniformise tout. Voyez la couverture du calendrier républicain. Voyez la déclaration universelle des droits de l’homme.

                    Robespierre semble plutôt à un élève très brillant, formé aux meilleures écoles, mais pris dans une machination qui le dépasse et sur lequel il a peu de prise.


                  • Le péripate Le péripate 8 juin 2011 08:33

                    C’est à ce genre d’article que l’on comprend que ce pays est foutu. Prétendus historiens à la Mathiez mais vrais communistes planqués dans les replis douillets de l’Université, et payés avec nos sous pour transformer l’histoire.

                    Beurk.

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