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Y a-t-il plus de violence religieuse dans le monde monothéiste que dans le monde non-monothéiste ?

Comment repérer la violence monothéiste dans l'histoire ?

Il n'existe sans doute pas de violence purement et strictement religieuse, hormis les violences rituelles comme les sacrifices Aztèques : il s'agit en l'occurrence d'une sorte de cas limite par sa simplicité, la clarté de ses règles et de ses motivations. La plupart des conflits mêlent en revanche motivations identitaires, questions de souveraineté et de territoire, enjeux politiques, objectifs religieux, et autres intérêts divers. Toute religion implique en outre une communauté, de sorte qu'un conflit religieux prend souvent la forme d'une compétition entre groupes sociaux. Comment identifier, repérer concrètement dans l'histoire des violences qu'on puisse qualifier de religieuses autres que le cas limite des violences Aztèques ?

On qualifiera une violence de "religieuse" - il serait plus précis de dire violence "pour exclusivisme religieux" - si les protagonistes se différencient d'abord par la religion, et si le but qui mobilise la majorité des combattants est de remplacer les dieux ou les croyances de l'autre camp par les siens propres. En bref, une violence sera dite "religieuse" si la motivation des troupes est l'élimination d'une doctrine considérée erronée[1], autrement dit s'il y a une dimension prosélyte. Les violences idéologiques répondent aux mêmes critères.

Cette définition permet d'éliminer les conflits essentiellement identitaires, ceux dans lesquels la religion n'est qu'un attribut secondaire, les traits distinctifs étant d'abord ethniques, politiques ou sociaux, et le principal enjeu un territoire ou une souveraineté politique. Ainsi il arrive souvent dans les conflits ethniques que les protagonistes soient de religions distinctes - voire parfois de langue - : catholiques et protestants en Irlande, hindous Tamouls et bouddhistes Cingalais au Sri-Lanka, bouddhistes Rakhines et musulmans Rohingyas dans l'Arakan Birman[2], chrétiens et musulmans en Arménie. C'est néanmoins l'appartenance ethnique et non la religion qui constitue alors le marqueur de différenciation déterminant, le but n'étant pas d'imposer à l'adversaire sa religion - ou sa langue -, mais d'arracher ou de refuser un territoire, l'indépendance, l'accès à des ressources : ces conflits sont à considérer comme plus politiques que religieux.

En revanche la religion représente le caractère de différenciation déterminant dans des conflits comme les guerres de religion européennes, l'Inquisition ou l'évangélisation. Catherine de Médicis et les Guise poursuivaient sans doute des objectifs personnels et tâchaient de tirer les marrons du feu, mais chaque camp était caractérisé aux yeux de la masse des combattants d'abord par sa religion, et non par sa région ou par sa classe sociale : la frontière entre catholiques et protestants traversait peu ou prou toutes les régions françaises et tous les milieux. L'Inquisition fabriquait l'ennemi sur des critères spécifiquement religieux, même si elle contribuait à l'assise du nouveau pouvoir de l'Eglise et des princes. "L'extirpation de l'idolâtrie" dans les colonies, la destruction des objets de culte des indigènes ou l'extorsion du baptême en échange d'un avantage matériel correspondaient à un objectif manifeste de conversion, même si celle-ci facilitait aussi la mise au pas par la métropole.

Les Croisades et la Reconquista (c'est-à-dire la reprise par les chrétiens du pouvoir en Espagne sur les musulmans) représentent des cas plus ambigus, car il y est plus délicat de déterminer le rôle exact du religieux par rapport au politique - ce dernier l'ayant par exemple clairement emporté dans la quatrième Croisade qui aboutit au sac de la très chrétienne Constantinople (1204). Toutefois la fanatisation populaire n'aurait pas été la même si les Papes n'avaient pas souvent pris le premier rôle, si le but affiché n'avait été la ville sainte de Jérusalem, si l'ennemi n'avait pas été identifié au musulman.

Ainsi seule une analyse au cas par cas permet d'évaluer la part respective des différentes motivations et de positionner chaque conflit dans le spectre des violences dites religieuses : de principalement politiques (ou ethniques) à principalement religieuses (ou idéologiques). Même la destruction d'objets de culte ne suffit pas pour attester de la nature religieuse d'un conflit : les temples zen n'échappèrent pas à la destruction d'Hiroshima par l'aviation américaine, dont le pilote était vraisemblablement chrétien, et pourtant cette violence était évidemment politique.

On pourrait objecter qu'imposer son ou ses dieux à un peuple vaincu n'est qu'une façon de mieux l'asservir, et qu'en conséquence la violence dite religieuse comme on la définit ici n'est jamais qu'une modalité de la violence politique. Mais ceci relève d'une conception anthropologique qui réduit la religion à un seul instrument de pouvoir, qui considère que la religion n'a pas d'autonomie propre, qu'elle n'est qu'une superstructure réductible au politique. Cette option anthropologique du "tout est politique" ou "tout est économique", dans la lignée de Marx, n'est pas celle prise ici.

Distinguer persécutions religieuses, guerres de religion, ethnocides.

Il faut encore distinguer les violences "intérieures" menées contre les hérétiques - et parmi celles-ci les persécutions religieuses et les guerres de religion - des violences "extérieures" menées contre les étrangers, incroyants, infidèles, païens, etc.

Les persécutions représentent la violence religieuse la mieux partagée, présente sous tous les cieux et à toutes les époques[3]. Décidées par une autorité, politique ou/et religieuse, elles sont conçues dans un but de maintien de l'ordre, de respect du pouvoir : "la tolérance ne cède devant la persécution que lorsque les prétentions […] ou les pratiques religieuses […] paraissent devenir une menace politique pour l'ordre existant."[4] Elles sont mises en œuvre par les forces de l'ordre, publiques ou/et religieuses. Elles s'exercent plus contre des personnes qui sont perçues comme menaçant l'ordre public ou défiant le pouvoir en place que contre des doctrines. On procède plus à des procès - le cas de la condamnation de Socrate est emblématique à cet égard - et à des destructions qu'à des massacres.

Les exemples foisonnent, tant dans le monde non-monothéiste que dans le monde monothéiste. On pourra citer à titre d'exemples :

- les violences romaines à l'égard des chrétiens. Ces persécutions ne visaient pas leurs croyances, mais leur refus de respecter ce que les Romains considéraient comme constitutifs de "l'identité romaine" - par exemple le refus du service militaire, des jeux, du culte de l'empereur -, leurs attitudes de désobéissance civique considérées comme sectaires, un renfermement communautariste, une activité prosélyte[5], la menace d'une minorité particulièrement dynamique.[6] Il est d'ailleurs éclairant de comparer les injonctions aux chrétiens de déserter l'armée et de refuser tout emploi public du Père de l'Eglise Tertullien ( 155 - 235), et après la conversion de Constantin l'excommunication contre les déserteurs que prononcera le concile d'Arles (314). Rappelons que c’est une patricienne convertie Proba Faltonia, qui a envoyé ses esclaves occuper la porte et a fait livrer Rome à Alaric, roi des Wisigoths, barbare mais chrétien, dont Saint Augustin dit qu’il fut l’envoyé de Dieu et le vengeur du christianisme,

- dans la Perse sassanide, les mazdéistes persécutèrent des juifs, des chrétiens, des bouddhistes, des brahmanes et des manichéens[7],

 - la chasse aux hérétiques dans l'Europe chrétienne tout au long du Moyen Age, illustrée par son bras ecclésiastique, l'Inquisition.

 - les explosions anticléricales sous la Révolution Française ou sous le Front Populaire espagnol[8],

 - de nombreux exemples de persécutions en Asie.

Par contraste, les guerres de religion sont des explosions populaires, qui embrasent toute la société. Il s'agit de véritables guerres civiles, qui montent les uns contre les autres, au nom de leurs croyances, des citoyens d'une même ethnie, d'une même classe ou d'une même nation[9]. Le but n'est plus seulement la mise au pas ou l'intimidation, mais la purification religieuse, jusqu'à l'éradication complète de l'hérésie. Elles se traduisent par des massacres qui se nourrissent de la symbolique de l'Apocalypse. Les autorités, quelle qu'ait été leur responsabilité à l'origine, se trouvent rapidement débordées. A plus ou moins long terme elles sont amenées à mettre en place une politique visant à prévenir de tels débordements, comme la paix d'Augsbourg[10], l'Edit de Nantes[11], ou la laïcité républicaine. "Une guerre de religion, c'est une guerre pour la religion ; autrement dit une guerre dont le principal objet est la relation des hommes à Dieu […] C'est une guerre totale dont le salut de la communauté des croyants est le but, la guerre civile le moyen, la dislocation de la nation et la ruine de l'Etat les effets."[12]

Ethnocide

Enfin les violences dites "extérieures", qui s'exercent contre un peuple étranger (voire contre une minorité intérieure), visent le remplacement d'une religion indigène par celle du colonisateur (ou de la majorité). Il ne s'agit plus de simple maintien de l'ordre ni d'explosion populaire, mais de l'éradication de croyances considérées comme primitives ou idolâtres : on parlera alors d'ethnocide[13]ou de "déculturation"[14]. C'est ce type de violence que vise la Déclaration universelle des droits des peuples autochtones  : "Tout peuple a le droit de ne pas se voir imposer une culture qui lui soit étrangère"[15].

L'anthropologie moderne a en effet mis en évidence la relation intime entre cultes et culture : dans les sociétés non sécularisées, la religion n'est pas une superstructure mais bien le fondement de la civilisation, de sorte qu'éliminer par la force les pratiques religieuses d'une population, c'est détruire son identité, son tissu social[16]. La conversion religieuse, chrétienne ou musulmane, a accompagné la volonté coloniale de domination, centralisation, uniformisation, pour l'étendre aux croyances, aux mœurs, aux règles matrimoniales, aux pratiques sanitaires, voire à la langue. "Cette action avait souvent une conséquence inattendue : la destruction des cadres sociaux et éthiques trop liés à ce paganisme pour pouvoir subsister sans lui"[17]. "Aujourd'hui encore, partout où des missionnaires le portent, il a la même action de déracinement."[18]

Sans doute mieux soignés et instruits, mais clochardisés ou massacrés, ces hommes, victimes d'une "déculturation" et d'un affaissement d'identité, n'ont plus eu "d'yeux pour se voir, de parole pour se dire, de bras pour agir"[19]

Cette politique fut systématique lorsque l'envahisseur était chrétien, au nom de l'évangélisation. Si on se gausse volontiers de ces instituteurs français qui faisaient réciter à leurs élèves africains "nos ancêtres les Gaulois", en revanche l'élimination des coutumes et des rituels indigènes et l'imposition du dieu de Moïse restent encore aujourd'hui considérées comme allant de soi, comme un quasi devoir de civilisation. Déjà pourtant Montaigne (1533–1592) avait alerté sur le fait que "chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage", et dénoncé la colonisation et l'évangélisation. "Que les missionnaires le sachent bien, ils ne sont envoyés là que pour arracher ces pauvres âmes à l'enfer et au mal, pour les éclairer, pour les rendre chrétiens. […] Qu'ils aient donc toujours en pensée qu'ils ne sont […] que des chercheurs d'âmes, [qu'ils n'ont pour but que de] faire connaître la nouvelle religion en détruisant systématiquement les pratiques du paganisme incarné, selon les pires, par la sorcellerie, la polygamie et toutes les pratiques taxées d'idolâtrie."[20] L’Eglise n'est certes pas la seule ni même la principale responsable de la colonisation, mais d'une part elle ne peut nier qu'elle en fut bien souvent complice[21], d'autre part les bons pères, en éradiquant les cultes indigènes et leurs rituels[22], n'ont pas fait que stopper l'effusion de sang des sacrifices Aztèques, ils ont aussi déraciné voire détruit ces peuples. L'évêque Stephan Neill témoigne ainsi que "les missionnaires ont rarement réussi à implanter le christianisme sans détruire les civilisations existantes au profit d'une imitation de la civilisation européenne"[23]. Le dominicain Claude Geffré confirme : "Dans un passé lié à l’aventure coloniale, la mission de l’Église a souvent coïncidé avec un non-respect des cultures étrangères"[24], ainsi que le théologien protestant Roger Mehl : "Le Blanc se présente à l'indigène avec un sentiment très net de sa supériorité. Or le missionnaire aussi, dans son activité propre, présente la religion chrétienne comme supérieure aux religions païennes. La prédication missionnaire met les religions indigènes au rang des superstitions, la refoule dans les temps de l'ignorance. Et il est inévitable que le missionnaire apparaisse souvent aux yeux de l'indigène comme l'une des formes de la supériorité du Blanc."[25] "Saisit-on ce que comportent ici de viol de conscience l’évangélisation, les concepts judéo-chrétiens ?"[26] "Les Anglo-Saxons ont extirpé le paganisme de presque tout le Nord-Amérique ; mais avec lui ils ont pareillement extirpé la plus grande partie de la race rouge."[27] En Polynésie, Victor Segalen décrit "l’influence délétère que la religion chrétienne exerce sur une population étrangère à son enseignement […] Le Jesus sémite transformé par les Latins qui naviguent sur la mer intérieure fut mortel aux Atuas maoris et à leurs sectateurs."[28] Ce ne sont ni la résignation à un certain syncrétisme ni les timides avancées de Vatican II, notamment avec la promotion de "l'inculturation", qui ont significativement changé la donne. Le fait que les premiers ethnologues aient été des missionnaires[29] n'est pas de nature à modifier le diagnostic globalement ethnocidaire de l'évangélisation[30].

Les pratiques d'islamisation forcée par les conquérants musulmans ne furent pas systématiques, comme en atteste par exemple la protection des religions au sein des millets de l'empire ottoman.

Les peuples asiatiques pratiquèrent l'ethnocide à l'égard de leurs minorités intérieures adeptes de cultes animistes, les "religions populaires", mais ils ne manifestèrent pas ce type de prosélytisme à l'égard de leurs ennemis extérieurs. Les conquérants polythéistes de l'Antiquité, grecs (Alexandre), perses (Cyrus) ou romains (avant le IIIème siècle), voire asiatiquesn'imposèrent pas non plus leurs dieux aux peuples vaincus.

Les ethnocides opposent souvent - comme ce fut le cas lors des colonisations européennes depuis le XVIème siècle -, des civilisations caractérisées par une production écrite développée et largement diffusée, où l'écrit n'est plus limité à un emploi sacré ou administratif mais est devenu un moyen de communication majeur - on serait tenté de dire : des "civilisations du livre"[31]-, à des civilisations où l'écriture n'existe pas ou reste réservée à une élite[32] ; les "civilisations du livre" bénéficient alors d'une supériorité militaire écrasante. Les cas les plus connus sont l'élimination de cultes animistes, chamaniques, aztèques et autres par les missionnaires chrétiens, musulmans voire bouddhistes, ou des "religions populaires" par les autorités asiatiques. Ce qui constituait l'essence même de certaines sociétés amérindiennes, africaines ou asiatiques fut ainsi éradiqué. La misère identitaire et sociale dans laquelle sont tombées ces anciennes populations tient non seulement à l'exploitation coloniale, mais aussi à ce déracinement culturel.

Mais il est aussi arrivé, et cela a été le cas en particulier dans le bassin méditerranéen avec le christianisme et l'islam, que l'ethnocide intervienne entre une religion monothéiste (christianisme ou islam) et une religion polythéiste au sein d'une culture de développement comparable (mesuré par exemple par la production écrite). Tel fut par exemple le cas lors de l'éradication :

- des religions gréco-romaines par les évêques, d'abord sous les empereurs romains à partir de Constantin, puis sous les rois germaniques[33],

- du judaïsme espagnol par les évêques, une première fois sous les rois wisigoths[34], puis sept siècles plus tard sous les rois catholiques,

- du bouddhisme du Nord de l'Inde par l'islam à partir du Xème siècle,

- et des cultures et civilisations (persane, syriaque, berbère …) qui furent écrasées lors de la construction de l'empire arabe[35], au point que furent niées les civilisations antérieures à l'islamisation (le monde arabe ne commença à s'intéresser à l'Egypte ancienne qu'à la suite de Napoléon[36]).

Violences religieuses en Asie[37]

L'Asie n'a rien d'une terre de paix, son histoire sur le plan de la violence n'a rien à envier à celle de l'Occident. Mais les massacres n'y ont guère connu de motivation religieuse telle que définie ci-dessus[38]. Le pluralisme et le syncrétisme prévalent sur le dogmatisme. "Les religions asiatiques s'occupent d'ailleurs plus d’apaisement que de paix, de délivrance que de liberté, englobent plus qu’elles n’excluent"[39].

Les conflits asiatiques sont ainsi plus identitaires, politiques, militaires, économiques que doctrinaux, religieux au sens défini ci-dessus : le prosélytisme y est peu agressif, il y a peu de conversions par la contrainte. Un Chinois ou un Japonais pratique d'ailleurs fréquemment plusieurs religions. Le souverain reconnaît et autorise des pratiques religieuses extrêmement diverses, mais n'hésite pas à écraser des divergences qui paraîtraient menacer son pouvoir, d'où une alternance entre pluralisme et violence, les deux n’étant nullement exclusifs l’un de l’autre.

Le prosélytisme du bouddhisme procède par assimilation et transformation des divinités et des rituels antérieurs, dans un syncrétisme "soft", beaucoup plus que par un quelconque exclusivisme avec destruction violente des dieux antérieurs[40].

Esquisse de bilan

Ainsi, les violences religieuses en Asie non-monothéiste ressortent plus de la persécution que de la guerre de religion[41], et l'ethnocide ne s'y exerce que contre les minorités intérieures. Les persécutions y ont été plus occasionnelles, limitées dans l'espace et dans le temps, que le combat systématique, organisé, séculaire et universel, du catholicisme contre les hérésies : "[in other parts of the world] the persecutions were not part of a continuous and developing process of the kind that may be observed in European history"[42] ; nulle part ailleurs qu'en Europe la persécution n'a stigmatisé une telle variété de victimes ni inventé des mécanismes aussi sophistiqués que l'Inquisition ; "the exceptional character of persecution in Latin West […] has lain in its capacity of long term growth"[43]. Même si en Chine les luttes d'influence furent quasi permanentes entre taoïsme confucianisme et bouddhisme, au Japon entre shintoïsme et bouddhisme, elles ne dégénérèrent jamais en guerres de religion sanglantes et durables comparables à celles provoquées en Europe par la Réforme et la Contre‑Réforme, ou dans le monde musulman par l'opposition entre chiites et sunnites.

En conclusion, l'affirmation répétée à satiété par les théologiens, historiens et commentateurs chrétiens selon laquelle il n'y aurait pas plus de violence religieuse dans le monde monothéiste que dans le monde non-monothéiste relève de l'ignorance ou de la mauvaise foi[44]. A se demander quelle violence les monothéistes ont bien à cacher pour avoir tant besoin de dénoncer, fût-ce par le mensonge, la violence des autres !

 Remarque

Ceci n'est qu'un essai d'autodidacte. Je n'ai pas trouvé d'historien qui ait entrepris une telle recherche. Merci de vos critiques et références complémentaires



[1] En tant que de besoin on pourra dans cette définition remplacer "religion" par "idéologie", " religieuse" par "idéologique".

[2] Dans la province de l'Arakan en Birmanie, où une minorité ethnique, les Rohingyas, musulmans, est maltraitée par la majorité locale, les, bouddhistes, sur fond d’histoire de rivalité ethnique : les Rohingyas avaient servi de supplétifs à l'armée britannique lors de sa conquête de la Birmanie au XIXe siècle. L’enjeu n’est pas tant de convertir les Rohingyas au bouddhisme que de les chasser de Birmanie.

Cf. Joseph Jacoub, Au nom de Dieu ! Les guerres de religion aujourd’hui et demain, JC Lattès, 2002.

[3] Malgré la pluralité des religions en présence, le continent indien avant l'arrivée du monothéisme n'aurait pas connu les persécutions religieuses..

[4] Confucianisme et taoïsme, Max Weber, 1916.

[5] La loi romaine interdisait le prosélytisme.

[6] Les chrétiens à partir de 250, date où débutent les grandes persécutions, constituaient le culte étranger le plus nombreux et le mieux organisé. Dèce aurait dit qu'il préférait voir se dresser un autre ennemi aux frontières de l'Empire qu'un évêque à Rome. D'après Cyprien, Lettres 59, 9, cité par M.F. Baslez, op. cit.

[7] Une motivation supplémentaire s'ajouta lorsque le christianisme devint au IVème siècle la religion officielle de l'ennemi, l'Empire Romain. Les persécutions s'apaisèrent à la fin du Vème siècle lorsque l'église perse, nestorienne, prit ses distances vis-à-vis de Rome

[8] Cf. Ambiguïté de la violence politique : la persécution religieuse durant la guerre civile espagnole (1936-1939), Gabriele Ranzato, Revue Cultures et Conflits, n° 9-10, 1993.

[9] Ainsi El Kenz David estime que "les deux tiers des massacres catholiques sont le fait de l'action autonome des citadins." in Les massacres au temps des guerres de Religion, Encyclopédie des violences de masse, Sciences Po, Paris 2010, disponible sur

 <http://www.massviolence.org> - ISSN 1961-9898 - Jacques Sémelin.

[10] Le 29 septembre 1555, la Paix d'Augsbourg suspend les hostilités entre les États luthériens et les États catholiques en Allemagne. Elle repose sur un principe fondamental : cujus regio, ejus religio c'est-à-dire : « tel prince, telle religion ». Cette paix relative prendra fin en 1618 avec la défenestration de Prague, qui sera à l'origine de la guerre de Trente Ans.

[11] Edit de tolérance signé le 13 avril 1598 par Henri IV, qui sera révoqué en 1685 par Louis XIV.

[12] Tuez-les tous !:La guerre de religion à travers l'histoire VIIe-XXIe siècle. Élie Barnavi, Anthony Rowley, Perrin, 2006.

[13] La dimension ethnocidaire de l'évangélisation est pourtant très largement méconnue, voire considérée comme relevant d'un anticléricalisme primaire. L'Eglise poursuit ainsi sans états d'âme son effort missionnaire. On feint d'oublier que l'Eglise, lors de la fameuse controverse de Valladolid, reconnut officiellement le recours à la force pour la prédication missionnaire.

La List of wars and anthropogenic disasters by death toll, Wikipédia, attribue à la colonisation des Amériques (du XVI au XIXème siècle) et à celle de l'Afrique et de l'Asie (du XVIII au XXème siècle) les nombres de morts les plus élevés de tous les conflits, génocides et famines connus

[14] Cf. Serge Latouche, L'occidentalisation du monde, La Découverte, 2005, 1èr édition en 1989.

[15] Article 15. Cette déclaration, rédigée en 1976, a été approuvée par l'ONU en 2007 avec une majorité de 143 voix pour, 4 contre (États-Unis, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) et 11 abstentions (Colombie, Azerbaïdjan, Bangladesh, Géorgie, Burundi, Fédération de Russie, Samoa, Nigéria, Ukraine, Bhoutan et Kenya)

[16] Cf. en particulier Robert Jaulin,

[17] Traité de sociologie du protestantisme, Roger Mehl, Labor et Fides, 1965. A comparer à la vision d'un Fernand Braudel.

[Roger Mehl (1912-1997) : agrégé de philosophie, docteur en théologie, professeur émérite et doyen honoraire à la faculté de théologie protestante de l'université des sciences humaines de Strasbourg (1945 – 1981), fondateur du Centre de sociologie du protestantisme (Université et CNRS)]

[18] Simone Weil, Lettre à un religieux, point 35.

[19] Id. note 14.

[20] Instructions données aux Pères Blancs par le cardinal Lavigerie, citées dans La naissance de l'église au Bushi : l'ère des pionniers 1906-1908, Baciyunjuze Justin Nkunzi, Gregorian&, Biblical BookShop, 2005. Lors du couronnement de la statue de Marie la Reine d'Afrique dans la basilique Notre Dame d'Afrique d'Alger en 1876 fut apposé en présence du cardinal Lavigerie un bref de Pie IX enjoignant les fidèles à adresser à Dieu "de ferventes prières pour la concorde entre les princes chrétiens, l'extirpation des hérésies, la conversion des pécheurs et l'exaltation de notre sainte mère l'Eglise", selon la formule couramment utilisée dans l'Eglise (cf. par exemple Le Mémorial catholique, Troisième année, tome V, 1826, ou Bulle, mandement, instructions et prières pour le Jubilé universel de l'Année sainte : imprimé par ordre de Mgr l'Evêque de Cambrai, A. F. Hurez, 1826). Parlant du peuple algérien, le cardinal Lavigerie dira encore : "Il faut que la France lui donne, je me trompe, lui laisse donner l'Evangile, ou qu'elle le chasse dans les déserts, loin du monde civilisé."

[21] Lors du traité de Tordesillas de 1494, le Pape délèguera l'évangélisation des peuples d'Amérique aux souverains espagnols (arrangement du "patronato") et portugais ("patroado"). Cf. Religions et colonisation, Dominique Borne et Benoît Falaize, Les éditions de l'atelier, 2009. Lorsque les Jésuites tentèrent de prendre leur indépendance par rapport aux pouvoirs coloniaux (les fameuses reducciones), ils furent désavoués par Rome.

Discours du roi Léopold II à l’arrivée des premiers missionnaires au Congo en 1883 : "Prêtres et Pasteurs, vous venez certes pour évangéliser mais que cette évangélisation s’inspire de notre grand principe : avant tout, les intérêts de la métropole […] Votre rôle est l’enseignement, de faciliter les tâches aux administratifs et industriels. C’est donc dire que vous interpréterez l’évangile de la façon qui sert mieux nos intérêts dans cette partie du monde." Loin de le désavouer, le Vatican sera l'un de ses plus fidèles alliés (cf. par exemple The King, the Cardinal and the Pope : Leopold II's genocide in the Congo and the Vatican, Weisbord RG. J. Genocide Res. 2003, et La religion du prince : Léopold II, le Vatican, la Belgique et le Congo (1855 - 2909), Vincent Viaene, ).

[22] Cf. La lutte contre les religions autochtones dans le Pérou colonial : l'extirpation de l'idolâtrie entre 1532 et 1660, Pierre Duviols, Presses Univ. du Mirail, 2008.

[23] Stephan Neill, id.

[24] Pour une théologie de la différence - Identité, altérité, dialogue, Claude Geffré, disponible sur <http://sedosmission.org/old/fre/geffre_1.htm&gt ;

[25] Roger Mehl, id.

[26] Les Derniers Rois de Thulé, avec les Esquimaux polaires, face à leur destin , Jean Malaurie, Paris, Plon, 1955.

[27] Taïpi,  Herman Melville, , édit. Gallimard, 1952.

[28] Journal des Îles, Victor Segalen, A Frontefroide, Bibliothèque Artistique et Littéraire, 1989.

[29] Cf. par exemple le remarquable Codex Mendoza, texte majeur de l'ethnographie de la culture aztèque (1541-42).

[30] De même que le recrutement majoritaire des philosophes et des scientifiques dans le milieu ecclésiastique au Moyen Age,.

[31] Ne confondre ni avec "les religions du livre", désignées ainsi parce qu'elles ont sacralisé un livre réputé contenir une révélation divine exclusive, ni avec les "peuples avec écriture" (concept qui fit l'objet de débats et de controverses avec en particulier Lévi-Strauss, Marcel Détienne, et bien d'autres).

[32] Par exemple les persécutions des chamanes mongols par les lamas bouddhistes du XII au XIXème siècle.

[33] Cf. Les Racines chrétiennes de l'Europe. Conversion et liberté dans les royaumes barbares, V-VIIIème siècles, Bruno Dumézil Paris, Fayard, 2005.

[34] De 589 (Troisième Concile de Tolède) à 711(chute du royaume wisigoth). L'arrivée des musulmans permit aux Juifs entretemps de se réinstaller.

[35] Cf. par exemple P. Crone et M. Cook, Hagarism : the making of the Muslim world, Cambridge, 1977.

[36] Al-Tahtawi fut en 1868 le premier auteur musulman à publier une histoire de l'Egypte accordant une place à l'époque pharaonique.

[37] Pour des exemples voir en particulier :

- Nathalie Kouamé, Arnaud Brotons, Yannick Bruneton, État, religion et répression en Asie. Chine, Corée, Japon, Vietnam (XIIIe-XXIe siècles), Paris, Karthala, 2011,

- Vincent Goossaert, Le concept de religion en Chine et l'Occident, P.U.F. | Diogène, 2004/1 - n° 205,

- Christine Mollier dans La pensée asiatique, (Sous la direction de C. Weill), CNRS Editions, 2010.

- Joseph Jacoub, Au nom de Dieu ! Les guerres de religion aujourd’hui et demain, JC Lattès, 2002.

- Bernard Faure, Bouddhisme et violence, Le Cavalier Bleu, 2008

[38] Les Mongols par exemple commirent des massacres innommables, dont les plus atroces furent sans doute le sac de la Hongrie (1241) et celui de Bagdad (1258). Mais en général, ils se montraient indifférents en matière de religion. Ainsi Gengis Khan protégea à peu près tous les cultes, et ses descendants, même quand ils se firent bouddhistes en Chine et musulmans en Perse, ne furent jamais sectaires. Son petit-fils Khoubilaï Khan, fondateur de la dynastie chinoise Yuan, était bouddhiste, mais il accordait droit de cité aux Chrétiens, aux Musulmans et aux Juifs..

[39] Amartya Sen : Identité et violence, Odile Jacob, 2007.

[41] Quelques témoignages de spécialistes :

- "La Chine n'a jamais connu de guerre de religion" Christine Mollier dans La pensée asiatique, (Sous la direction de C. Weill), CNRS Editions, 2010.

- "En Chine, les guerres de religions ont été des phénomènes locaux et sur de courtes périodes." China-Europa Forum 2007

- "Ce n’étaient pas des guerres de religion(s), c’étaient plutôt des luttes entre clans, l’un pro-bouddhique, l’autre pro « shintô »" Civilisation Japonaise, www.cours-univ.fr/cours010108.doc,

- "La notion d'hérésie n'est que rarement employée dans le bouddhisme, et elle ne déboucha pas sur les excès de fanatisme familiers à l'Occident." d'après Bernard Faure, auteur de Bouddhisme et violence, Le Cavalier Bleu, 2008, cité dans Le bouddhisme, une religion tolérante ? Sciences Humaines Hors-série N° 41 - Juin-Juillet-Août 2003. Cf. aussi Christophe Richard, Bouddhisme : religion ou philosophie ? L'Harmattan 2010 ; Jacques Pous : La tentation totalitaire, L'Harmattan 2009, Odon Vallet : Petit Lexique des guerres de religion d'hier et d'aujourd'hui, op.cit.

- "Some of the many religious differences can be understood in terms of "right/wrong" mentality of the West in contrast to the "both/and" orientation of the East. Eastern religions are characterized by tolerance and interpenetration of religious ideas. One can be Confucian, a Buddhist, and a Christian in Korea and Japan. Religious wars in the East have been relatively rare, whereas they have been endemic in the West for hundred years : Monotheism often carries with it the insistence that everyone accede to the same notion of God." The Geography of Thought : How Asians and Westerners Think Differently...and Why, Richard Nisbett..

- Sans sombrer dans l'irénisme d'un José Frèches, auteur de Moi, Bouddha, XO Editions, 2004 : "Toutes les religions monothéistes sont passées par la force ou la conquête par les armes. Tandis que le bouddhisme s'est répandu en Asie sans faire de guerres, uniquement par la valeur de l'exemple et la porosité des esprits à cette philosophie du bien. C'est par leur bon comportement que les moines indiens ont converti les Chinois, jusqu'à représenter la première religion du pays sous les Tang.", « Le bouddhisme est une leçon de tolérance », L'Express, 12.11.2004.

[42] The formation of a persecuting society : power and deviance in Western Europe, 950-1250, Robert Ian Moore, op. cit.

[43] Id.

[44] Cf. par exemple les textes de Paul Valadier, Pierre Gibert, Frédéric Rognon, Claude Geffré, JC Guillebaud, ou le blog de Didier Long. Les arguments sont toujours les mêmes : les peuples polythéistes sont violents - violents, certes, mais sans la violence religieuse définie dans cet essai -, leurs mythologies sont violentes - certes mais sans exhortation pour autant à brûler les idoles" -, la violence religieuse est toujours une violence politique. Le fait que le monothéisme ait apporté une nouvelle motivation de violence, celle d'imposer ses dieux, de brûler les idoles, n'est tout simplement pas vu, pas reconnu, dénié.


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125 réactions à cet article    


  • King Al Batar King Al Batar 13 novembre 2012 13:18

    BOnjour à l’auteur,
    Je suis surpris par la teneur de votre article, tant il me parait que les violences perpétuées durant tout le 20èm siècle sont en contradiction.
    Je ne vais pas forcément évoqué le nazisme (cette idéologie athée, pronant un nationalisme, un patriotisme exacerbé, et profondément athée).
    Mais rien qu’à regarder la violence qu’on généré les conflits communistes, et particulièremet en Asie justement, on peut s’interroger sur votre propos.
    Selon moi, la violence est humaine, elle fait partie de notre nature. Et la religion, tout comme le patriotisme d’ailleurs, font parti des outils les plus fréquemment utilisé pour « motiver ses troupes ».
    En effet, la religion dispose de ce remarquable avantage de recompenser les individus après leu mort. C’est l’outil revé pour les dictateurs qui veulent inciter les leurs a combat.
    S’ils meurent ils seront récompensé dans l’au dela, et s’ils gagnent ils ne seront recompensés que plus tard, quand ils mouront... N’est ce pas la une magnifique manipulation de la religion... ?
    Pour le patriotisme, c’est un peu la même chose. Comprenez par patriotisme exacerbé, cette manière de penser, nous sommes les meilleurs, la race supérieure de l’humanité et nous allons nettoyer le monde des infames... L’idéologie est similaire que celle de la religion avec les mecréants. Sauf que dans ces idéologies (comme le nazisme en est l’une des plus belle illustration) il n’y a rien au dessus de l’homme. Pas de dieu.
    Le communisme aussi se veut anti religion par dessus tout. Et pourtant il a massacré au nom de son idéologie...

    Non franchement, même si je reconnais que votre essai est très interessant, je ne penses pas que les religions monothéistes soient plus des causes de massacres que le reste.
    Je penses que l’homme (avec un petit h, car il s’agit surtout des hommes et pas forcément des femmes) est par nature violent et dominateur. Et qu’il a depuis tout temps, utilisé des vecteurs de rassemblement pour assouvir son besoin de domination. Et effectivement la religion est un de ses favoris, pour la raison que j’évoquais plus haut. Mais qu’il a très bien su en trouver d’autre, tout aussi violent.


    • jean-pierre castel 13 novembre 2012 14:33

      Le monothéisme n’est évidemment pas LA cause de LA violence humaine !!!! Toute violence obéit à un faisceau de motivations : politique, intérêt, identité, etc ;
      Ce que je prétends , c’est que le monothéisme a inventé UNE MOTIVATION SUPPLEMENTAIRE de violence, celle consistant à vouloir remplacer les dieux de l’autre, qui n’exsite nulle part ailleurs. En outre, en lui donnant une dimension sacrée, elle pousse la violence au radicalisme et à l’extrémisme.

      Quant aux totalitarismes du XXème siècle, je sais qu’il y a débat sur la question de leur filiation par rapport à l’Eglise, mais elle me paraît pourtant aveuglante : vérité unique, parti unique, messianisme, inquisition, etc.

      Enfin citez moi un ethnocide (pas génocide, mais destruction d’une religion, fondation de la culture et de l’identité dans les civilisations non sécularisées ) perpétré par une civilisation non monothéiste contre un peuple qui lui est étranger ?


    • King Al Batar King Al Batar 13 novembre 2012 15:05

      J’ai bien compris ce que vous venez d’écrire et effectivement, c’est unoutil de manipulation, certainement l’un des meilleurs...
      Après je ne suis pas expert en histoire, mais Gengis Khan par exemple, en grand conquérant qu’il fut, n’ a t il pas chercher a exterminer des peuplades lors de ses guerres ?
      Il s’agit d’une question, et je n’en ai pas la réponse.
      Toutefois, pour rejoindre un peu ce que vous dites, j’ai lu l’Art de la gurre de Sun Tzu, et il est clair que dans ce précis militaire, l’auteur précise qu’il est complétement inutile de massacrer le peuple, et qu’au contraire l’intimider suffit... Tout le contraire des methodes Européenes...


    • jean-pierre castel 13 novembre 2012 15:17

      Les Mongols commirent des massacres innommables, dont les plus atroces furent sans doute le sac de la Hongrie (1241) et celui de Bagdad (1258). Mais en général, ils se montraient indifférents en matière de religion. Ainsi Gengis Khan protégea à peu près tous les cultes, et ses descendants, même quand ils se firent bouddhistes en Chine et musulmans en Perse, ne furent jamais sectaires. Son petit-fils Khoubilaï Khan, fondateur de la dynastie chinoise Yuan, était bouddhiste, mais il accordait droit de cité aux Chrétiens, aux Musulmans et aux Juifs

      Ne pas confo dre génocide et ethnocide


    • Hermes Hermes 13 novembre 2012 15:17

      @ l’auteur, bonjour.

      Toujours une bonne recherche et des analyses intéressantes, il n’en reste pas moins que les religions restent des prétextes et des justifications qui ont l’immense intérêt pour les pouvoirs politiques de mobiliser,les foules à travers la croyance.

      La violence préexiste et est liée la recherche du pouvoir, de la richesse en compensation à une perte de contact avec soi-même, son propre tréfond humain et est motivée par la peur et la possession qui reflètent les instincts fondamentaux de survie dans cet état dégradé d’existence (rêve éveillé).

      Le piège consiste dans l’identfication religieuse de la prise de contact avec soi-même et son intégrité ne tant qu’être humain. Celà rend la manipulation possible dans les contextes de forte collusion entre le pouvoir et la religion : la violence générée par la perte de contact peut être retournée vers ce qui s’oppose au symbole de ce contact : la religion, ce qui évite qu’elle s’exprime contre le pouvoir et l’accumulation de richesses (qui est la réelle source de violence, que le contexte soit monothéiste ou pas).

      Et de fait effectivement cette collusion pouvoir-religion a eu lieu sur une longue période de la chrétienté, comme c’est le cas actuellement dans certains pays musulmans, mais je suis sûr qu’en cherchant bien vous trouverez celà aussi dans d’autres civilisations..

      Toutefois chacun reste reponsable de sa propre violence et la justifie ensuite. Les contextes de collusion religieux-politiquent tendent à déresponsabiliser l’individu, de sa violence, mais au final il est perdant car celà l’éloigne encore plus de lui-même.

      Le problème de la violence c’est avant tout celui de se réveiller.

      Cdt.

      PS : je ne sais si je me suis fait comprendre sur ma dernière réponse à votre précédent article.


    • Hermes Hermes 13 novembre 2012 15:34

      En complément sur les autres civilisations, je vous renvoie au paragraphe sur le shintoisme d’état sur cette page, qui a été fortement imbriqué avec une politique expansioniste du Japon.

      Et il y a certainement beaucoup d’autres exmples.

      Par contre celà conforte mon propos sur la problématique de la collusion religion-pouvoir.

      Bonne soirée, Cdt


    • jean-pierre castel 13 novembre 2012 16:26

      @Hermes
      Vous disiez effectivement sur l’autre fil : "Je voulais insister sur le fait qu’il ne s’agit que d’une justification de la violence, et que celle-ci pré-existe à toute justification chez l’homme dès lors qu’il s’endort".
      Oui, mais ce que je dis c’est que le monothéisme apporte une motivation, vous dites une justification, supplémentaire, inédite jusque là, inconnue des autres civilisations : l’idée de remplacer les dieux d’autrui, au nom d’un dieu, d’une vérité prétendues uniques. C’est cette spécificité que les monothéistes refusent de reconnaître. Son symbole : le dieu jaloux. C’est le coeur de ma problématique.


    • jean-pierre castel 13 novembre 2012 16:36

      @Hermes
      Oui, autres exemples, mais où toujours les enjeux déterminants ne sont pas de remplacer les dieux de l’autre (merci de me corriger éventuellement)

      * en Chine :
      o « Le fanatisme religieux des populations, qui a fréquemment dégénéré en soulèvements, ne s’est manifesté qu’au sein de courants sectaires, en marge des grandes religions »1,
      o l’une des plus grandes persécutions religieuses fut celle menée contre le bouddhisme par l’empereur Wuzong en 845 : pour favoriser le retour à la tradition chinoise (confucianiste et taoïsme), il proscrivit toutes les religions étrangères, au premier rang desquelles le bouddhisme. Les temples, les autels et les monastères furent détruits, un demi-million de personnes furent déplacées. Les monastères bouddhistes avaient amassé une grande fortune ; leurs membres échappaient aux taxations et au service militaire ; nombreux étaient les habitants qui s’étaient fait moines par intérêt matériel ; les monastères étaient soupçonnés d’abriter des complots ; la Chine était plongée dans une guerre civile2 ; les impôts ne rentraient plus. Les mobiles prioritaires de cette violence sont considérés par la plupart des spécialistes comme l’état des finances, le maintien de l’ordre, une réaction conservatrice, plutôt que la rivalité doctrinale ou spirituelle entre bouddhisme et taoïsme3.
      o la guerre des Taiping (1851-1864) fut l’une des guerres les plus sanglantes de l’histoire de l’humanité (près de 50 millions de morts). Bien que son chef, Hong Xiuquan (1812-1864), se prétendît le deuxième fils du Dieu de la religion chrétienne, son but était d’instaurer un système quasi communiste, avec de objectifs essentiellement sociaux et économiques. La révolte échoua en raison des divisions internes aux rebelles et de l’appui qu’apportèrent les Occidentaux au pouvoir « légitime » chinois.

      * au Japon :
      o « durant tout le Moyen-âge japonais, les monastères bouddhistes, qui s’étaient constitué de véritables armées, avaient pris pour habitude d’effectuer des démonstrations de force à Kyoto afin d’impressionner l’Empereur et la Cour, et d’obtenir ainsi la satisfaction de leurs revendications de toutes sortes. Ces monastères joueront souvent un grand rôle durant les guerres qui ont ensanglantées l’archipel nippon. Cela dit, les affrontements armés impliquant des moines soldats n’avaient pas pour motif une querelle sur un aspect du dogme, même s’il a aussi existé des sectes bouddhistes intolérantes »4,
      o la rébellion des paysans chrétiens de Shimabara fut noyée dans le sang en 1637, ce qui marqua la fin de la pratique ouverte du christianisme au Japon. Il s’agissait d’une révolte paysanne contre les impôts prélevés par le Shogunat Tokugawa dans un contexte de mauvaises récoltes et de famine,
      o « la tolérance et la souplesse d’adaptation du bouddhisme ? qui au cours de son expansion vers l’Est avait pris l’habitude d’intégrer les croyances locales qu’il rencontrait ? sont pour beaucoup dans la paradoxale résistance du shintoïsme »5,
      o les moines bouddhistes, zen en particulier, ont souvent participé activement à l’impérialisme et au militarisme japonais, mais en tant que citoyens nationalistes et non pas en tant que missionnaires chargés d’apporter la bonne parole,
      o le bouddhisme japonais Nichiren a adopté une attitude proche de celle du monothéisme : prétention à la vérité unique, intolérance, prosélytisme. L’école de Nichiren devint le 3ème courant principal du bouddhisme japonais aux côtés de l’amidisme et du zen. Elle perdure aujourd’hui notamment à travers la Sokka Gakaï. Les bouddhistes japonais eux-mêmes la considèrent comme une secte nationaliste et dangereuse, un cas exceptionnel au sein du monde bouddhiste : l’exception qui confirme la règle ?

      1 Christine Mollier, op. cit.
      2 La rébellion d’An Lushan (755 – 763).
      3 La dynastie Tang (618-907), taoïste, avait maintenu son soutien au bouddhisme arrivé en Chine plusieurs siècle auparavant. La persécution lancée en 845 par l’empereur Wuzong fut violente mais courte. Wuzong était sous forte influence taoïste, au point selon certaines sources de prendre des pilules que les alchimistes taoïstes lui avaient recommandées et devaient lui conférer l’immortalité, mais qui furent sans doute responsables de sa mort.
      4 Nathalie Kouamé, Arnaud Brotons, Yannick Bruneton, 2011.
      5 Nathalie Kouamé, Arnaud Brotons, Yannick Bruneton, 2011. 


    • Hermes Hermes 13 novembre 2012 16:52

      Merci de votre réponse.

      Effectivement c’est la variante monothéiste de la folie humaine qui accompagne la guerre, et je vous suit complètement. Ce n’est qu’une variante, une des modalités de la manipulation qui accompagne la collusion religion-pouvoir dans ce tpe de contextes. La passion jalouse de possession de LA vérité est un ressort puissant pour justifier la violence. Un renforcement subtil et spécifique du mécanisme que je décrivais plus haut certainement.

      Jene contredirai pas globalement votre approche, mais à mon sens ce point reste annexe par rapport à la problématique fondamentale de la violence. En plus ce genre de folie se renforce quand on la stigmatise... comme la jalousie dans les rapports humains. C’est une bonne raison, je trouve, pour ne pas s’arrêter à cette spécificité et pour aborder la violence de façon plus fondamentale.

      Pour illustrer mon précédent post, je vous avais mis un lien sur le Japon, avec le shintoïsme qui mélange le polythéisme et l’animisme, mais il doit y avoir bien d’autres exemples de collusion pouvoir-religion accompagnées de violences guerrières qui ne soient pas des contextes monothéistes.

      Toute vérité n’est-elle pas une erreur si il faut la défendre avec violence, puisqu’à travers la recherche de la vérité, on recherche en réalité le soulagement de l’esprit, non ?

      Bonne soirée, à bientôt peut-être, Cdt.


    • jean-pierre castel 13 novembre 2012 17:31

      @Hermes
      « ce point reste annexe par rapport à la problématique fondamentale de la violence ». Permettez-moi de vous renvoyer à ma réponse à Furax.

      « à travers la recherche de la vérité, on recherche en réalité le soulagement de l’esprit, non ? » Oui toute la différence est entre la quête de la vérité (les Grecs, les philosophes, les scientifiques) et ceux qui croient détenir la vérité, comme un acquis. C’est tout le problème des véritésé révélées, à partir du moment où elles sont exclusivistes, ce qui nous ramène au monothéisme et aux idéologies.


    • Dwaabala Dwaabala 14 novembre 2012 00:53

      La réflexion est évidemment intéressante, mais le titre de l’article est choquant car il laisse penser que le monde est divisé selon la croyance en un seul dieu ou non.
      Il faut bien reconnaître, en gros, que dans l’histoire moderne la violence sans pareille a appartenu aux parties du monde, mais pas toutes, dans lesquelles beaucoup croyaient en un seul dieu .
      Sans qu’il soit possible d’établir la moindre causalité, ni même corrélation entre ce fait de culture et les raisons et le déroulement des conflits : quand les Japonais faisaient main basse sur l’Asie et les Allemands sur l’Europe et au-delà, les intérêts en jeu étaient d’ordre très matériel et n’avaient rien à voir avec la spiritualité des peuples.
      Sinon on pourrait aussi bien poser la question : y-a-t-il plus de violence dans le monde de la musique dodécaphonique que dans le monde non dodécaphonique ?


    • jean-pierre castel 14 novembre 2012 09:11

      @Dwaabala
      Pas de relation de causalité ? Excusez-moi, mais vous avez mal lu le titre : je ne parle que de violence religieuse.


    • Hermes Hermes 14 novembre 2012 13:59

      Bonjour,

      Je suis globalement d’accord avec votre commentaire ci-dessus.

      j’ai lu votre réponse à Furax. La violence est bien dans la nature humaine, car l’homme est dans la nature, comme il est dans la nature humaine de la justifier. Ce besoin de justification tient à mon sens au fait que la nature humaine contient aussi un germe de conscience, la plupart du temps endormi, qui lui fait condamner cette violence qui se manifeste bien souvent contre son gré dans sa veille altérée. Qiu n’a jamais regretté et tenté de justifier un acte violent ?

      Celà étant, y-at-il des justifications qui ne soient pas dans la nature humaine ? Dire le contraire, comme parler d’une source de violence non humaine, serait accréditer la thèse monothéiste, non ? Tout ce que fait ou pense l’homme est dans sa nature comme la justrification monothéiste est une des possibles justifications de la violence. L’homme préfère se justifier plutot que se réveiller et accepter qu’il s’est trompé.

      C’est compréhensible, car la justice des hommes pardonne peu, elle n’est pas basée sur la compréhension mais sur l’application de principes et laisse peu de place à une possible évolution personnelle car elle est aussi l’émanation de la société dans laquelle les hommes préfèrent dormir. Ici même, chacun a tendance à défendre des principes et des idées arrêtées et peu admettent se tromper, non ?

      Celà se comprend, mais dès lors qu’on entrevoit la possibilité de ne plus se justifier, mais au contraire de se réveiller pour être dans une dynamique vivante, on sort de la violence « humaine » liée à l’altération de la présence. Ce saut quasi quantique est plus facile si on comprend qu’on n’a rien à défendre. Là où je vous rejoins, c’est que ce saut est probablement plus difficile à faire pour certains monothéistes convaincus, mais méfions nous tout de même des généralisations.

      Par aileurs prendre la justification pour une cause (pas seulement chez l’autre mais surtout chez soi-même) est un des mécanismes les plus puissants qui existent et est un des fondements de nos prisons psychologiques individuelles (à tous) : l’autre est un con ce qui justifie mon mépris, d’ailleurs voir comment il réagit qui manifeste sa connerie. Mais celà sort un peu du sujet....

      Merci de ce dialogue enrichissant ! smiley


    • sirocco sirocco 13 novembre 2012 13:35

      @ l’auteur

      Vous dites : « Il n’existe sans doute pas de violence purement et strictement religieuse, hormis les violences rituelles comme les sacrifices Aztèques... » 

      Plus loin : « L’Inquisition fabriquait l’ennemi sur des critères spécifiquement religieux... » (et elle l’envoyait souvent au bûcher en confisquant tous ses biens.)

      Ne voyez-vous pas là une contradiction ?


      • jean-pierre castel 13 novembre 2012 14:42

        Non, je me répète : toute violence est le faisceau de plusieurs motivations. Les violences purement rituelles, comme l’étaient les sacrifices humains Aztèques et autres, constituent de ce point de vue une exception : la seule motivation est (en principe) rituelle, donc religieuse .

        Dans l’Inquisition, la dimension politique ne peut être niée, l’Inquisition visant à renforcer le pouvoir de l’Eglise. Mais la dimension proprement religieuse non plus ne peut pas être niée : sans le catholicisme, pas d’Inquisition, comme sans le communisme, pas de KGB, sans le nazisme pas de Gestapo.

        C’est dans ce sens que je dis que dans l’Inquisition, la motivation religieuse n’était pas unique, mais néanmoins déterminante


      • Gollum Gollum 13 novembre 2012 14:00

        On qualifiera une violence de « religieuse » - il serait plus précis de dire violence « pour exclusivisme religieux »


        Je ne pense pas que le monothéisme soit vraiment en cause, bien qu’il y ait quand même une incitation, dans ce genre de problématique mais bien en effet l’exclusivisme, c’est-à-dire la prétention à se déclarer comme la seule religion vraie ce qui sous-entend que les autres sont fausses..

        À ce que je sache les soufis sont monothéistes, et beaucoup d’ésotéristes musulmans, juifs ou chrétiens le sont aussi et il n’y a pas de violence de leur part, car ils s’attachent au noyau de la doctrine et pas à la forme religieuse. Ils peuvent donc parfaitement cohabiter ensemble..

        La meilleure religion quelque part de ce point de vue est l’Hindouisme car tout en étant un monothéisme elle a su intégrer en son sein une diversité telle que n’importe quel tempérament peut y trouver son compte. Et cette diversité favorise la tolérance. (Bon je sais qu’il y a des hindous fanatiques mais c’est l’exception, etc..)

        • jean-pierre castel 13 novembre 2012 14:58

          Bien sûr le monothéisme n’est pas toujours ni partout violent ! 

          Tous les fumeurs ne meurent pas d’un cancer du poumon. Néanmoins le tabac est reconnu comme un facteur de risque majeur de cancer du poumon.

          De même, le monothéisme comporte un FACTEUR DE RISQUE de violence de par son ordre de brûler les idoles, de par sa certitude divine d’avoir la vérité, de par le devoir sacré de la défendre et , dans le cas du christianisme et de l’islam, de l’exporter.


        • sirocco sirocco 13 novembre 2012 23:03

          L’hindouisme est un monothéisme ?


        • jean-pierre castel 14 novembre 2012 09:34

          @Gollum
          Le problème n’est pas monothéiste ou pas, mais dieu jaloux ou pas. Le titre aurait été plus précis si j’avais écrit "

          Y a-t-il plus de violence religieuse dans le monde abrahamique que dans le monde non-abrahamique ?

          L’hindouisme est (ou a été, avant l’arrivée de l’islam en Inde, avant la colonisation chrétienne) foncièrement tolérant. Il est certes associé à un type d’organisation sociale générateur de violence, les castes. Mais à la différence des religions abrahamiques qui persistent dans le déni de leur violence, les Indiens, jusque dans leur Constitution, ont condamné le système des castes (ce qui ne suffit pas bien entendu à le faire disparaître, mais est au moins un préalable)


        • Gollum Gollum 14 novembre 2012 11:32

          Oui je suis bien globalement d’accord. Il suffit de comparer les saints hindous et certains saints chrétiens pourtant cités comme exemplaires.. Ramakrishna ne voit aucun inconvénient à l’existence des multiples religions. Idem pour Ramana Maharshi ou Ananda Moyi.. Mieux même, certains n’ont pas hésité à pratiquer d’autres religions (Ramakrishna)..


          Par contre Thérèse d’Avila n’a pas de mots assez durs pour les protestants.. Il est clair que ce n’est pas le même climat mental. Quant à adopter certaines vues religieuses extérieures, cela est impensable pour une religion occidentale..

          Je suis plus réservé quant aux castes. Je pense qu’à l’origine il ne s’agissait de rien d’autre que de la reconnaissance de la diversité humaine que l’on pouvait répartir ainsi en 4 grandes catégories..
          Malheureusement le système s’est figé et a dégénéré. Actuellement ce système ne correspond plus à rien et est clairement une monstruosité.. Kali Yuga oblige smiley

          Mais je persiste à penser que nous faisons partie à des degrés divers de l’une des 4 castes, mentalement.. Un philosophe est un Brahmane qui s’ignore, un général ou un politicien, un ksatrya, etc... 

        • jean-pierre castel 14 novembre 2012 16:49

          @Gollum
          Oui, bien d’accord.
          Sur le problème des castes, je n’y vois pas très clair. Je vous serais reconnaissant si voulez bien critiquer les § suivant :

          Le système des castes, première illustration de la tri-fonctionnalité indo-européenne, a sans doute permis à l’Inde d’éviter tout au long de son histoire tout cumul des trois pouvoirs, religieux, militaire et économique, mais s’est au fil du temps rigidifié jusqu’à former une multiplicité de groupes sociaux endogamiques. Par comparaison avec la séparation entre Juifs et Goym, il ne s’agit pas d’une règle séparant un peuple élu du reste des nations mais d’un système d’organisation sociale à l’intérieur d’un même peuple, il ne relève pas d’une conception ethnique (la notion de nation est à l’opposé de la mentalité hindoue) ni d’une conception victimaire1 ; les violences qui en résultent sont comparables à nos troubles sociaux, mais n’ont jamais atteint le niveau de violence de nos guerres de religion, ou de nos révolutions, voire de nos révoltes d’esclaves ; si le système perdure aujourd’hui dans la société indienne, il est publiquement dénoncé, non seulement dans la constitution indienne contemporaine mais par le Bouddha lui-même. Rappelons que la condamnation officielle et générale de l’esclavage en Occident ne date que du XIX ou XXème siècle, et qu’aucune grande voix publique ou religieuse n’a dénoncé à ce jour la violence monothéiste.


        • Gollum Gollum 15 novembre 2012 09:13

          Bonjour Castel. Sur le concept des fonctions tripartites apportées par Dumézil, je pense qu’il fait une erreur. Influencé sans doute en cela par la théologie chrétienne qui accorde une grande importance à la notion de Trinité. Il a donc de façon tout à fait abusive réuni les deux dernières castes au sein d’une seule : les travailleurs.


          Hors un modèle trinitaire ne fonctionne pas. Le modèle quaternaire par contre suit la logique de la double contradiction croisée que l’on trouve chez Abellio. Ainsi on peut dire que Prêtres et Guerriers forment une entité qui s’opposent aux travailleurs, qui eux s’occupent de l’aspect matériel des choses alors que les deux premiers s’occupent du spirituel.

          On a donc une première opposition esprit/matière. Au sein du spirituel, les Prêtres assurent la cohésion idéologique, les guerriers étant le bras armé chargé d’appliquer cette vision idéologique.. Dans l’Hindouisme il existe une spiritualité des Brahmanes comme des Kshatryias (Arjuna est un bon exemple). Il n’y en a pas pour les deux autres castes « inférieures ».. Notons que l’on a la même chose dans le monde hébreu.. Ce n’est pas un hasard si le mot Melek qui veut dire Roi est sur la même racine que le mot Malak qui veut dire Envoyé, Ange.. Il illustre le fait que le Roi est dépendant du sacerdotal.

          Les deux autres castes « inférieures » sont aussi divisées en deux avec un pôle actif, les vaisyas, et un pôle passif, les sudras..

          Les premiers font bosser les seconds. A notre époque les vaisyas correspondraient à la bourgeoisie ploutocratique. Les autres au monde ouvrier.

          J’estime d’ailleurs que ce n’est pas un hasard si conformément à cette fin de cycle de Kali Yuga les deux premières castes ont disparues et qu’il ne reste que les deux autres (ce qui entraîne un déséquilibre..), mais cela nous entraînerait bien loin... d’autant que vous n’avez pas une mentalité gnostique et que vous aurez du mal à me suivre.. smiley

          Je ne peux cependant m’empêcher de noter ceci tiré de Wikipédia, à propos de la troisième fonction de Dumézil : Son symbole parmi les vivants est une tête de taureau


          Bien évidemment il y a un lien avec le signe zodiacal du Taureau mais cela nous entraînerait encore trop loin... smiley


        • jean rony 13 novembre 2012 14:14

          Je ne pense que ce soit le problème du monothéisme mais plutôt le problème de toute idéologie ou dogme se dotant d’une portée universelle.
          Dés lors qu’il y a une volonté de conversion ou d’expansion alors la violence se trouve toujours à l’issue des solutions.
          Et si l’amalgame est fait avec la religion monothéiste c’est parce que dans l’histoire il n’y a pas eu de phénomène d’expansion aussi important que ce type d’expansion.

          Voire le livre : Civilisation et souveraineté, aux éd. du net


          • jean-pierre castel 13 novembre 2012 14:51

            Je crois que nous disons à peu près la même chose. La question est celle de l’origine des idéologies du XXème siècle. Il me semble (cf ma première réponse) que les idéologies sont des sous-produits du christianisme.

            Cette question ressemble à celle de la filiation de l’antisémitisme nazi : le christianisme, le paganisme ou les Lumières ? (cf mon article précédent)

            De nombreux auteurs font dériver les idéologies des Lumières, ce qui me paraît un contresens, une manœuvre de diversion. Mais ceci méritera un autre fil. Voyons d’abord ce que donne celui-ci.

            La question est donc : connaissez vous des idéologies à tendance dogmatique et universaliste qui soit apparue en dehors du monothéisme ?


          • jean rony 13 novembre 2012 15:13

            A ma connaissance, il y a boudha de l’indouisme et le confusianisme.


          • jean-pierre castel 13 novembre 2012 16:16

            Oui, vous avez raison, car j’ai omis d’ajouter : qui aient usé de la force pour exporter leur doctrine vers des peuples étrangers.

            Je crois que la question se limite au bouddhisme, car à ma connaissance ni l’hindouisme ni le confucianisme n’ont cherché significativement à s’exporter (à vérifier).

            L’universalisme bouddhiste est fondé sur une conception de l’homme, alors que celui des monothéismes abrahamiques est fondé sur une conception de Dieu.

            Le prosélytisme du bouddhisme procède par assimilation et transformation des divinités et des rituels antérieurs, dans un syncrétisme « soft », beaucoup plus que par un quelconque exclusivisme avec destruction violente des dieux antérieurs. « La notion d’hérésie n’est que rarement employée dans le bouddhisme, et elle ne déboucha pas sur les excès de fanatisme familiers à l’Occident. »1

            L’institutionnalisation et le rapprochement avec le pouvoir politique ultérieur se développèrent tant dans le christianisme que dans le bouddhisme. Ainsi l’empereur Ashoka (-273, -232) se convertit au bouddhisme, Constantin au christianisme. Ashoka fit néanmoins publiquement acte de remords pour ses violences passées, et proclama par des gravures sur des parois rocheuses ou sur des colonnes son aversion pour la violence, comportements inimaginables chez Constantin.

            En matière de diffusion religieuse on peut distinguer trois grands types2 :
            - la coercition : elle a été la principale voie de diffusion du christianisme et de l’islam,
            - l’association volontaire : l’exemple type en est le bouddhisme ; elle passe souvent par le syncrétisme ; elle implique une grande souplesse dogmatique,
            - l’assimilation, lorsqu’une petite société se « dissout » dans une société plus vaste qui l’entoure.

            1 d’après Bernard Faure, auteur de Bouddhisme et violence, Le Cavalier Bleu, 2008, cité dans Le bouddhisme, une religion tolérante ? Sciences Humaines Hors-série N° 41 - Juin-Juillet-Août 2003. Cf. aussi Christophe Richard, Bouddhisme : religion ou philosophie ? L’Harmattan 2010 ; Jacques Pous : La tentation totalitaire, L’Harmattan 2009, Odon Vallet : Petit Lexique des guerres de religion d’hier et d’aujourd’hui, op.cit.
            2 D’après Jerry H. Bentley, dans Old World Encounters : Cross-Cultural Contacts and Exchanges in Pre-Modern Times, New York/Oxford, Oxford University Press, 1993.


          • Rounga Roungalashinga 13 novembre 2012 16:28

            à ma connaissance ni l’hindouisme ni le confucianisme n’ont cherché significativement à s’exporter

            Le confucianisme s’est exporté avec succès au Japon, au Vietnam et en Corée grâce à Zhu Xi au XIIème siècle. Mais, s’agissant d’un courant lettré, cela s’est fait sans violence, par simple propagation des idées.


          • jean-pierre castel 13 novembre 2012 17:20

            @Jean Rony
            Merci. Je l’intègre.


          • Rounga Roungalashinga 13 novembre 2012 14:36

            Il aurait été intéressant d’étudier la violence chez les peuples païens de l’Europe pré-chrétienne. On aurait pu parler, par exemple, des Vikings et de leur culte de la guerre.

            La conversion religieuse, chrétienne ou musulmane, a accompagné la volonté coloniale de domination, centralisation, uniformisation, pour l’étendre aux croyances, aux mœurs, aux règles matrimoniales, aux pratiques sanitaires, voire à la langue. "Cette action avait souvent une conséquence inattendue : la destruction des cadres sociaux et éthiques trop liés à ce paganisme pour pouvoir subsister sans lui« [17]. »Aujourd’hui encore, partout où des missionnaires le portent, il a la même action de déracinement.« [18]

            Sans doute mieux soignés et instruits, mais clochardisés ou massacrés, ces hommes, victimes d’une « déculturation » et d’un affaissement d’identité, n’ont plus eu "d’yeux pour se voir, de parole pour se dire, de bras pour agir« 

            Vous dites-là quelque chose de très pertinent, et l’on peut critiquer avec raison la maladresse, voire la brutalité, avec laquelle ces conversions ont été faites. Rares ont été les missionnaire capables de comprendre que la vocation du christianisme était l’inculturation (c’est la manière dont il s’est implanté, progressivement, en Europe), et non l’imposition soudaine et brutale de dogmes qui ont dû paraître incompréhensibles aux indigènes de l’époque.
            Mais puisque nous sommes dans le sujet, je tenais tout de même à dire qu’il existait des exemples fameux, comme Bartholomé de Las Casas dont la présence a dans certains cas plutôt contribué à adoucir les violences qui étaient faites aux colonisés. N’oublions pas également que si le clergé n’avait pas déclenché la controverse de Valladolid, les Européens ne se seraient sans doute même pas posé la question de savoir si on pouvait esclavagiser les indigènes du Nouveau Monde. Tout cela doit rentrer en ligne de compte dans le bilan.

            Il faudrait également nuancer les phrases du genre » Il s’agit de véritables guerres civiles, qui montent les uns contre les autres, au nom de leurs croyances, des citoyens d’une même ethnie, d’une même classe ou d’une même nation". En effet, en lisant cela, on dirait que la croyance religieuse est un élément séparé des autres identifiants des individus de l’époque. Je crains que cela ne soit un anachronisme, étant donné que de la croyance s’ensuivait à l’époque l’inféodation politique, les considérations morales, économiques (la question de l’usure, les métiers proscrits, etc.). Par conséquent, malgré votre effort, il reste encore, dans certains cas, à séparer ce qui est purement religieux de ce qui ne l’est pas. Mais d’après ce que je viens de dire, à certaines époques tout était mêlé de religion, donc cette tâche s’avère parfois être un non-sens.


            • jean-pierre castel 13 novembre 2012 15:12

              Je crois avoir déjà répondu à vos deux principales objections :
              - « on dirait que la croyance religieuse est un élément séparé des autres identifiants des individus de l’époque ». Non, j’ai pris le soin de dire les,motivations sont toujours complexes, et que chaque cas mérite examen, pour évaluer l’importance, décisive ou pas, de la motivation religieuse . Je crois que, malgré les motivations politiques évidentes, la dimension religieuse des guerres de religion européennes est difficilement contestable.
              - « 
              Rares ont été les missionnaire capables de comprendre que la vocation du christianisme était l’inculturation ». Vous auriez d’ailleurs pu citer Ricci, mais il a été formellement désavoué par le Vatican. « L’inculturation » est un concept apparu dans l’Eglise à Vatican II, et on ne peut pas dire que le clan des pluralistes l’ait franchement et durablement emporté. Donc que certains à l’intérieur de l’Eglise essaient de limiter les dégâts, bien sûr. Mais en ne s’attaquant pas à la cause racine, au dieu jaloux pour résumer, ils se donnent bonne conscience mais passent à côté du problème.

              L’essentiel me paraît là : tant qu’on en reste à des exégèses lénifiantes, tant qu’on dit « ce n’est pas Dieu qui est violent, ce sont les hommes », on passe à côté du problème, et on va accuser qui les musulmans, qui les chrétiens, qui les Juifs, qui tel ou tel courant de « ne pas avoir compris » le sens des Ecritures. Alors qu’il faudrait que tous se réunissent pour reconnaître ce vice interne au monothéisme, qu’ils partagent tous. Ce qui ne veut pas dire tout rejeter du monothéisme par dessus bord.


            • Rounga Roungalashinga 13 novembre 2012 15:39

              Non, j’ai pris le soin de dire les,motivations sont toujours complexes, et que chaque cas mérite examen, pour évaluer l’importance, décisive ou pas, de la motivation religieuse . Je crois que, malgré les motivations politiques évidentes, la dimension religieuse des guerres de religion européennes est difficilement contestable.

              Vous avez raison.

              Vous auriez d’ailleurs pu citer Ricci

              Eh bien figurez-vous que je me suis retenu de le faire, tant son exemple force l’admiration.

              « L’inculturation » est un concept apparu dans l’Eglise à Vatican II

              Pourtant c’est bien par l’inculturation que s’est greffé le christianisme en Europe. Les fêtes chrétiennes ont servi de substitution aux fêtes païennes de l’empire romain, et les campagnes ont toujours abrité en leur sein des survivances de mentalités et superstitions païennes.

              L’essentiel me paraît là : tant qu’on en reste à des exégèses lénifiantes, tant qu’on dit "ce n’est pas Dieu qui est violent, ce sont les hommes ", on passe à côté du problème, et on va accuser qui les musulmans, qui les chrétiens, qui les Juifs, qui tel ou tel courant de « ne pas avoir compris » le sens des Ecritures. Alors qu’il faudrait que tous se réunissent pour reconnaître ce vice interne au monothéisme, qu’ils partagent tous.

              Opération ô combien salutaire, mais qui pourrait s’avérer fatale pour les religions. La prétention à l’exclusivité en matière de salut est également le ferment de la ferveur religieuse des pratiquants. Remettre en question ce point doctrinal, ce serait courir le risque d’encourager les adeptes à ce qu’il y a de pire, à savoir la tiédeur. Ou alors il faudrait affiner les doctrines au point d’en faire des religions d’élite (comme le bouddhisme), ce qui contredirait la prétention universelle de ces religions. C’est donc extrêmement délicat. Possible, mais délicat.
              Sinon il y a la solution de Nicolas de Cues, qui avait déjà écrit en son temps La Paix de la foi.


            • jean-pierre castel 13 novembre 2012 16:51

              « Pourtant c’est bien par l’inculturation que s’est greffé le christianisme en Europe. » ????

              « Formée à l’école de la romanité, la mentalité tolérante de Constantin l’empêcha de saisir dans toute son étendue la pensée exclusiviste du christianisme, et donc de prévoir la violence qu’une telle attitude déclencherait dans l’avenir […] Par son caractère universel, que reflétait si bien le réseau de son organisation ecclésiale, le christianisme répondait parfaitement aux besoins d’un état fortement centralisé […] Constantin perçut bien cette correspondance entre christianisme et romanité et décida de s’en servir […] Il se comporta en apprenti sorcier et laissa à ses successeurs la tâche de contrôler les forces désordonnées qu’il déchaîna ».3 Théodose (379-395 et Justinien (527-565) en seront les empereurs les plus actifs de l’éradication du « paganisme »4. « A partir de l’empereur Justinien, les « païens » sont des véritables « morts civils » » 5. Les persécutions ne s’arrêteront qu’avec la disparition leur du sol européen6. Le succès des conquêtes musulmanes au Proche Orient fut d’ailleurs facilité par l’accueil des populations syriaques7 et juives de Syrie et de Palestine, qui saluèrent les musulmans comme des libérateurs par rapport à Byzance. Le philosophe néo-platonicien Pléthon (1360 ?-1452) affichait encore sa préférence pour la religion gréco-romaine8.

              La volonté d’éliminer le paganisme est certes difficilement dissociable de la politique de centralisation de l’Empire Romain. La tentative des Empereurs d’imposer une pensée unique avait débuté dès 250 avec Dèce, non chrétienne. La violence avait donc ses racines dans la société romaine, mais la religion chrétienne la reprit à son compte. Revendiquant le monopole de la vérité théologique et désireuse de bâtir une Eglise à vocation universelle, elle fit définitivement basculer l’Empire dans la théocratie, préfigurant ainsi les grands systèmes théocratiques de l’Orient médiéval, qu’il s’agisse du césaro-papisme byzantin ou du califat en terre d’Islam : une religion d’état, une législation inspirée de la religion, un Dieu unique et un souverain unique à la gloire desquels est vouée une capitale prestigieuse : « La violence est le legs de l’Empire au christianisme, legs reçu avec gratitude par son bénéficiaire et accru par lui ».9 Il y eut d’ailleurs des cas où les Empereurs tentèrent de tempérer l’ardeur des évêques soit pour fermer les écoles de philosophie, soit pour détruire les temples grecs, soit pour brûler les livres et à persécuter les philosophes.

              Il y eut ainsi complicité objective entre la volonté centralisatrice de l’Empire et l’universalisme chrétien : la parole de Paul « il n’y a ni Juif, ni Grec » avait anticipé sur le besoin des empereurs de passer d’une association de cités à un empire en recherche d’unification pour mieux résister à la pression des barbares aux frontières.

              « Ricci, son exemple force l’admiration ».
              Je suisbien d’accord, mais il a été désavoué par le Vatican. Ce n’était pas un hasard, car sa position était incompatible avec tout ce qui constitue l’exclusivisme monothéiste

              « Opération ô combien salutaire, mais qui pourrait s’avérer fatale pour les religions. »
              Bien d’accord avec votre commentaire. Je pense qu’un préalalble serait de désacraliser les textes, mais avec les difficultés que vous indiquez. Pouvez-vous me résumer ce que dit de Cues ?

              1 Cf. le cas particulier de la violence contre les donatistes légitimée par Saint Augustin.
              2 Exemple de violence entre chrétiens : « A la mort du pape Libère, deux prêtres, Ursinus et Damase, se disputèrent sa succession. La querelle en vint au point qu’on se battit dans les églises, et qu’au dire d’Ammien Marcellin (cf. note 1628 p. 160), on releva, un jour, sept cents cadavres sur le pavé d’une basilique. » La fin du paganisme, Étude sur les dernières luttes religieuses en Occident au quatrième siècle, par Gaston Boissier, 1891, disponible sur
              < http://www.mediterranee-antique.info/Boissier/FP_601.htm&gt ;
              3 Polymnia Athanassiadi, op. cit.
              4 Et souvent du judaïsme,.
              5 Chronique des derniers païens. La disparition du paganisme dans l’Empire romain, du règne de Constantin à celui de Justinien, Pierre Chuvin, Paris, Les Belles Lettres, 1990, p. 136, 138. Cf. aussi Isis et Moïse. Ses secrets de la Déesse du bonheur à la vengeance du Dieu jaloux, Jean Paul de Lagrave, Trois-Pistoles, Québec, Éditions Trois-Pistoles, 2010.
              6 Cf. Demolish Them, Vlasis Rassias, Athènes, Anichti Poli Editions, 2000, résumé sur < http://www.ysee.gr/index-eng.php?type=english
              &f=lovestories>. Exemple : « In 580, Christian inquisitors attack a secret Temple of Zeus in Antioch. The priest commits suicide, but the other Gentiles are arrested. All the prisoners, the Vice Governor Anatolius included, are tortured and sent to Constantinople to face trial. Sentenced to death they are thrown to the lions. The wild animals are unwilling to tear them to pieces and they end up crucified. Their corpses are dragged through the streets by the Christian mob and afterwards thrown unburied in the city dump. »
              « On oublie que lorsque les chrétiens s’emparent de l’Empire romain via Constantin, ils sont une minorité, qu’ils ne deviennent majorité que par les persécutions, le chantage, la destruction massive des temples, des statues, des lieux de culte et des manuscrits anciens - et finalement par des dispositions légales (Théodose le Grand) interdisant à des non-chrétiens d’habiter l’Empire. Cette ardeur des vrais chrétiens à défendre le vrai Dieu par le fer, le feu et le sang est constamment présente dans l’histoire du christianisme, oriental comme occidental (hérétiques, Saxons, croisades, Juifs, Indiens d’Amériques, objets de la charité de la sainte Inquisition, etc.) » Le Monde morcelé (Les carrefours du labyrinthe III), C. Castoriadis, Seuil, 1990.
              Sur l’attitude de l’Eglise, cf. notes 593 p. 60, 594 p. 60, 660 p. 67
              7 Les syriaques avaient refusé les conclusions du Concile de Chalcédoine. Leur église prit le nom de jacobite.
              8 Cf. Comparatio Aristotelis et Platonis , Georges de Trébizonde, 1464.
              9 P. Athanassiadi, op. cit.


            • Rounga Roungalashinga 14 novembre 2012 09:37

              Je ne nie pas que le christianisme a combattu férocement le paganisme. Cependant il n’est pas parvenu à l’extirper complétement des habitudes et des mentalités. Je ne sais pas s’il s’agit de survivances éparses ou si l’idolâtrie est une dégénérescence naturelle de la religion et qui serait donc revenue par la force des choses.
              De plus, on ne peut nier que ce qui faisait la gloire du paganisme selon Julien l’Apostat, à savoir la philosophie grecque et latine, a énormément influencé la théologie catholique, de Boèce à Thomas d’Aquin.
              Et n’oublions pas non plus à quel point le paganisme fut une source d’inspiration artistique sous la Renaissance. Le plafond de la chapelle Sixtine est bien plus païen que chrétien.


            • Rounga Roungalashinga 14 novembre 2012 09:41

              Pouvez-vous me résumer ce que dit de Cues ?

              Eh bien le cardinal a dit que tout le problème des guerres de religions serait résolu si tout le monde se convertissait au christianisme. C’est tellement simple qu’on se demande comment on n’y a pas pensé avant.


            • jean-pierre castel 14 novembre 2012 10:10

              Bien sûr ! La civilisation occidentale descend bien plus d’Athènes et de Rome que de Jérusalem : les droits de l’homme, la philosophie, la science, les arts, etc. La principale empreinte (la seule avec « le banc manteau d’églises » ?) laissée par le monothéisme est la subjectivité et l’hypertrophie du moi occidental


            • jean-pierre castel 14 novembre 2012 15:20

              Si au moins c’était vrai. C’est me semble-t-il oublier les guerres de religion (de Cues en est certes pardonnable). C’est méconnaître (c’en est même l’illustration) la dimension totalitaire du monothéisme, y compris le christianisme. Non ?


            • Rounga Roungalashinga 13 novembre 2012 15:46

              Par ailleurs, connaissez-vous le travail de René Girard, et qu’en pensez-vous ?


              • jean-pierre castel 13 novembre 2012 17:00

                Oui, j’ai même essayé dans mon essai (dont sont tirés ces articles, et pour lequel je cherche un éditeur, merci si vous en connaissez un qui soit motivé par ce thème) de voir comment concilier Jean Soler et René Girard.
                En 2 mots, j’adhère à sa théorie du sacrifice, mais rejette la théorie du christianisme Je fais le parallèle entre le déni de la violence monothéiste et le rejet de la théorie du sacrifice du Girard : c’est d’une certaine façon la même chose.

                Une contradiction majeure chez Girard :
                Le judaïsme biblique présente toutes les caractéristiques des religions préchrétiennes sur lesquelles René Girard a fondé sa théorie du sacrifice : les sacrifices y jouent un rôle éminent, le Temple leur est d’ailleurs dédié.2

                Selon cette théorie, le sacrifice fonctionne comme « une machine à produire des dieux », un processus de « transcendance archaïque »3 . Appliquée au judaïsme biblique4, elle devrait donc conduire à considérer que, comme dans toutes les sociétés préchrétiennes, Yahvé n’est qu’une divinité autosuggérée par les sacrifices5. La Bible désigne d’ailleurs Yahvé comme le « dieu vivant », celui qui, comme tout bouc émissaire girardien, est capable de donner la vie et la mort6.

                Or pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans, Yahvé, le Père ou Allah résulte non pas d’une autosuggestion produite par les sacrifices, mais d’une révélation qui préexiste aux sacrifices, et qui ne leur doit rien : les sacrifices n’ont été qu’une modalité archaïque de vénérer Dieu. Le Dieu abrahamique relève ainsi d’une forme de transcendance que l’on appellera « messianique », pour la distinguer de la transcendance « archaïque » : la première relève de la Révélation, alors que la seconde découle du sacrifice.

                Un croyant ne pouvant, par définition, accepter la transcendance « messianique », il devrait refuser l’application de la théorie girardienne du sacrifice à l’Ancien Testament : le même Dieu ne peut pas être issu, dans l’Ancien Testament, du sacrifice c’est-à-dire par auto-suggestion, et dans le Nouveau, de la Révélation ; être, un peu comme le chat de Schrödinger, à la fois « archaïque » et « messianique ».

                D’ailleurs la théorie girardienne du christianisme présente Jésus comme le dénonciateur de la « méconnaissance » qui se trouve au cœur de la « transcendance archaïque » du mécanisme victimaire : cette « méconnaissance » n’était donc pas dénoncée dans l’Ancien Testament. Pourquoi donc la théorie du bouc émissaire n’y serait-elle pas applicable ? Mais Jésus peut-il identifier son Père avec une divinité issue du mécanisme victimaire, donc partiellement apparue grâce à la « méconnaissance » qu’il dénonce lui-même 7 ?

                C’est d’ailleurs ce que refuse par exemple Marcion8, pour qui le dieu parfaitement bon du Nouveau Testament, et le dieu ambivalent ? à la fois infiniment bon (cf. l’Alliance) et infiniment violent (cf. la colère de dieu) ? de l’Ancien Testament sont nécessairement distincts : le dieu de la Grâce pour le premier, celui de la Matière pour le second. Mais Marcion, comme d’ailleurs les gnostiques, fut condamné pour hérésie de lèse-monothéisme.

                Pour résoudre cette contradiction, René Girard, qui se déclare chrétien, fait appel à la thèse de la « continuité entre l’Ancien et le Nouveau Testament », le fameux « principe ’accomplissement »9, pour en déduire que la « montée de la spiritualité chez les Prophètes »10 représente « une mutation progressive de la transcendance archaïque vers la transcendance messianique »11.

                Les théories girardiennes du sacrifice et du christianisme apparaissent ainsi bien difficilement conciliables, ensemble et séparément, avec une foi en un Dieu dont la « maison », le Temple de Jérusalem, avait pour vocation et activité centrales l’accomplissement des sacrifices12.

                2 Cf. p. 34. Le fait que dans le judaïsme des animaux aient été substitués aux humains ne change rien à la fonction sacrificielle,. Cette substitution n’est d’ailleurs que superficielle, cf. pp. 34 et 117, et non spécifique au judaïsme (elle avait cours par exemple chez les Grecs).
                NB. : La Bible, en faisant descendre toute l’humanité de Caïn, le meurtrier de son frère, et toute la prêtrise d’Israël de Lévi, l’un des frères massacreurs de Sichem, semble accréditer la théorie sacrificielle de René Girard (qui met à l’origine des civilisations et des rituels religieux le meurtre d’un bouc émissaire, cf. p. 277).
                3 Les disciples de René Girard appellent « transcendance archaïque » ce mécanisme de divinisation de la victime émissaire.
                4 Ce que René Girard lui-même, étant chrétien, se garde bien de faire.
                5 La parole de Saint Paul : « selon la Loi, presque tout est purifié par le sang, et sans effusion de sang, il n’y a pas de rémission. » (He, 9 : 22) illustre parfaitement la fonction du sacrifice d’expulser la violence, symbolisée ici par l’impureté.
                6 « C’est moi qui fais mourir et qui fais vivre ; quand j’ai frappé, c’est moi qui guéris et personne ne délivre de ma main. » Dt 32:39
                7 Aporie comparable à celle contenue dans la phrase attribuée au Christ sur sa volonté « d’accomplir la loi » ?

                10 On a dénoncé le caractère fallacieux de cette prétendue préfiguration du Nouveau Testament par l’Ancien, et de la soi disant montée de la spiritualité chez les Prophètes (cf. l’Annexe 8, Spiritualité des Prophètes, p. 296) : des interprétations ad hoc, qui ne retiennent des textes que ce qui permet de valider le fameux « je ne suis pas venu abolir la Loi et les Prophètes, mais les accomplir » (cf. p. 134).
                11 Selon l’expression de Benoît Chantre.
                12 Cette difficulté explique peut-être la position changeante de René Girard sur l’interprétation sacrificielle du christianisme (cf. note 1428 p. 143), qu’il avait d’abord rejetée, à l’époque où il écrivait La violence et le sacré, pour s’y rallier ultérieurement. Elle est sans doute aussi à mettre en relation avec le peu de place qu’occupe la spiritualité dans la théorie girardienne, qui se présente comme une théorie purement anthropologique et sociologique de la religion. D’ailleurs lors de la parution de La violence et le sacré, l’œuvre majeure de R. Girard, certains critiques y avaient vu « la première théorie athée du religieux ».
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              • Rounga Roungalashinga 14 novembre 2012 08:31

                Un croyant ne pouvant, par définition, accepter la transcendance « messianique »

                Je ne comprends pas pourquoi.

                D’ailleurs la théorie girardienne du christianisme présente Jésus comme le dénonciateur de la « méconnaissance » qui se trouve au cœur de la « transcendance archaïque » du mécanisme victimaire : cette « méconnaissance » n’était donc pas dénoncée dans l’Ancien Testament.

                René Girard dit au contraire (dans Des Choses cachées depuis la fondation du monde, et peut-être d’autres, il y en a plein que j’ai pas lu...) que cette dénonciation se trouve dans l’Ancien Testament, et de manière permanente. Cette dénonciation se trouve en effet dans le fait que la victime expiatoire est présentée comme innocente, alors que dans les sacrifices archaïques elle est considérée comme coupable. Les exemples sont nombreux, même si je ne saurais les citer tous ici (le sacrifice interrompu d’Isaac restant quand même l’épisode le plus emblématique).

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