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Bérenger

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  • Premier article le 13/08/2007
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Derniers commentaires



  • Bérenger 27 août 2007 18:50

    Tout est affaire d’appréciation. Veut-on faire « comme les autres », et en prendre pour un demi-siècle de traites pour devenir l’heureux propriétaire d’un baraquement en parpaings conçu pour tenir debout une dizaine d’années ? Ou rester locataire, et se fiche des remarques goguenardes de son beauf embourgeoisé à crédit (et qui, après vingt ans passés à payer rien que les intérêts de son superbe mas provençal coincé entre la zone indus et la bretelle d’autoroute, ne se nourrit plus que de pâtes achetées 0,29 euros le paquet chez Aldi) ?

    On dirait que devenir propriétaire est à ce jour l’ultime utopie, l’ambition suprême de tout franco-franchouillard qui se respecte, ou qui entend se faire respecter à hauteur de ce qu’il pèse... de crédits à la conso.

    Et pourtant ! Quel boulet !

    Vu que faire proprio, c’est s’exposer, outre aux incidents de paiements inhérents à la précarité même de l’existence (dixit Miss Parisot herself), à la taxe foncière (ajoutée à la taxe d’habitation, comptez deux bons mois de salaire, selon l’ensoleillement et le prestige des lieux où vous créchez), à une facture d’eau salée (la facture, pas l’eau) lorsqu’on réalise enfin son rêve de potager cerné de roses, et à tous les aléas qui sont du domaine ésotérique du Bâtiment, tels qu’un vice de fabrication au niveau du regard siphoïde, petit truc vicelard qui nécessite au pire l’intervention d’une pelleteuse, au mieux celle d’un huissier de justice... ! Ajoutez à toutes ces joyeusetés les accessoires indispensables à la panoplie du parfait bourgeois à crédit. Cela va de l’inévitable SUV en location-vente au monospace de Madame, via la télé plasma pour mieux voir les scènes d’autopsie dans les séries américaines diffusées en prime-time, plus les consoles de jeux pour les marmots (incompatibles entre elles), plus l’ordi superpuissant, plus la collection de portables à abonnements et forfaits exponentiels (qui font tout sauf le café), sans compter les multiples appareillages robotiques qui font si bien dans la cuisine américaine, même si on ne s’en sert pratiquement jamais.

    De temps en temps, je me rends à la déchetterie récupérer des pièces d’ordi et de menues breloques électroniques. Les névropathes de la conso feraient bien d’aller de temps en temps y faire un tour, histoire d’explorer les bennes dédiées au hi-tech où reposent la même supertélé, la même chaîne hi-fi ultrasophistiquée ou encore le même lecteur-enregistreur DVD qu’ils se sont achetés au Carrouf au dernier Noël, et qu’ils auront fini de payer à Pâques de l’année prochaine.

    Si tout va bien.



  • Bérenger 27 août 2007 12:29

    Sarkozy en état de grâce, il est un peu à l’image de son ami Johnny. Le rocker belgo-suisso-monégasque pourrait reprendre des chansons de Chantal Goya, de Bézu ou de la Compagnie Créole, son public suivrait, persuadé que c’est là du vrai rock, et que Johnny est au sommet de sa carrière de superrockstar estampillée « vu à la télé ». Sarkozy gesticule, il bouge, il sue comme Johnny, bête de scène qu’il est. Sauf que Johnny n’a que la charge de son interminable carrière, pas celle d’un Etat en état de crise depuis plus de trente ans.

    Alors, Sarko, son omniprésence, sa rutilance de parvenu (qui constitue sa seule vraie rupture avec ses prédécesseurs, plutôt grands-bourgeois Vieille France, dans leur genre), son verbe hâbleur savamment assorti de mimiques à la De Niro, l’autodérision en moins... Il y a là de quoi séduire un public. Mais pas matière à nous garantir des lendemains qui en aucun cas ne relèvent du scénario, ou de la scène. L’euphorie des débuts passée, les sourires des débuts de projet se figeront, et c’est là que nous verrons ce qu’il en est de l’homme au regard de l’image qu’il s’est fabriquée.



  • Bérenger 27 août 2007 12:04

    La démarche d’Olivier Besancenot s’inscrit dans une logique prévisible et louable. La demande est forte d’une reviviscence d’une Gauche vraie, au service des attentes et des convictions de tous ceux qui ne se reconnaissent plus dans un PC mort-vivant, et surtout plus dans ce qu’il est encore convenu (dans la presse officielle) d’appeler le PS.

    Besancenot a pour lui la jeunesse, la crédibilité et un certain charisme. Il a contre lui la dimension archaïque de la Ligue Communiste Révolutionnaire, cette vieille mécanique soviétiforme où le « nous » l’emporte sur le « je », et qui se réfère au fondateur de l’Armée Rouge (référence libertaire s’il en est !) et à un obscur appareil du nom de IVème Internationale (dont la plupart d’entre nous ignorent de quoi il retourne, sinon que cela a des relents de Kremlin). Il faudra faire plus simple et surtout plus glamour pour convaincre la jeunesse des banlieues de rejoindre ce mouvement, condamné sinon à grossir le lot déjà prolixe des groupuscules à vocation subversive, et qui bon an mal an ne produisent que de la réunion et des livres blancs voués au pilon sans avoir été parcourus par quiconque.



  • Bérenger 27 août 2007 09:07

    Merci de ce brillant article. La rébellion repose en effet sur un paradoxe. Qu’est le rebelle sans le regard d’autrui ? Sans le « bourgeois » qu’il est supposé choquer ?

    Je pense à un Desproges, rebelle de carrière, qui avait besoin d’une scène, de caméras, de micros et d’un éditeur pour exister en tant que rebelle de carrière au yeux du public qui se reconnaissait dans sa rébellion. Je pense à un Thomas Pynchon, qui publie un livre par décennie et dont pratiquement personne ne connaît le visage. De ces deux personnalités, quelle est celle qui correspond le mieux à l’idée de rébellion ? L’un avait besoin des médias pour distiller sa misanthropie et émettre ses idées voulues dérangeantes, il en était devenu un produit en ce que son propos correspondait à une demande de l’époque. Aujourd’hui il est du registre de l’archive. Il est devenu un classique. Pynchon, critique avisé de la société américaine, n’a pas eu besoin des médias pour s’affirmer comme un classique. C’est en ce sens que je le sens plus proche de l’idée de rébellion. L’oeuvre de Pynchon existe au-delà de son auteur. Celui-ci s’efface derrière ses pages qui, cependant, sont emplies de lui. Alors qu’un Desproges, indépendemment de ses qualités et de son talent, cessait d’exister dès que survenait une panne de secteur.

    Je pense à un autre rebelle de carrière, qui était Léo Ferré. On peut dire que le personnage qu’il s’était fabriqué, et son ego empreint d’une latinité encline à la devanture et à la hâblerie, tiraient dans le dos de la rébellion que Ferré artiste, poète et compositeur prétendait afficher. Il y avait le texte querelleur, contestataire, voulu révolutionnaire, et il y avait le classicisme des compositions, les emprunts à Ravel et Beethoven. Il y avait le propos vengeur, le verbe revendicateur, la hargne calculée et l’humour acerbe, et il y avait cette attitude paradoxale du gentleman-farmer retiré qui en Bretagne qui dans le Lot qui en Italie en bon propriétaire, si loin de l’activisme attendu chez l’anarchiste, si loin des meetings et des jets de pavés. Il y avait la Ferrari Dino, les prétentions cocasses de chef d’orchestre, et cette citation, étonnante par sa contradiction : « Monsieur Ford et Monsieur Fiat envoient des ouvriers fabriquer leurs voitures, moi je fabrique mes disques tout seul »... en taillant la cire au burin ? Ou par le truchement de la maison de production Barclay ?

    Dans le domaine ordinaire de la vie courante et des petites gens que nous sommes, soumises aux séductions pulpeuses d’un consumérisme perclus de confort jetable, je me pose la question de savoir si on n’est, ou si l’on ne devient pas « rebelle » qu’a posteriori, faute de disposer des moyens de jouer le jeu, de « passer à la caisse », comme les autres ? Par dépit, résignation, frustration ? Je ne peux pas entrer dans le rôle qui m’est assigné, je ne peux pas user de cette capacité qu’ont les autres à exister au travers de l’achat, parce que j’ai échoué à réunir les critères d’admission à tenir ce rôle, alors je dénonce par mon attitude la fatuité de ce rôle. Mais je crève intérieurement de ne pouvoir consommer, et montrer à l’autre que j’ai réussi comme lui, comme la société m’y enjoint.

    Cela repose la vieille question de la liberté d’être, du libre arbitre, du courage d’être soi-même, animal social différent au sein du zoo de l’uniformité. N’est pas Diogène qui veut. Cela suppose de prendre certains risques, quand le vulgum pecus se contente de « prendre ses responsabilités » (selon la vulgate en vigueur).



  • Bérenger 26 août 2007 09:43

    Merci. J’essaie d’abord d’être lucide et sans a priori. Cela aide t-il à être libre ? La question relève de la philosophie douce.

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