Je ne mets pas sur le même plan les choses sensées et non sensées. Je suis moi-même une personne plutôt analytique et très (souvent trop) « sensée ». En revanche, je rejette l’application d’une analyse duale sens/non-sens au domaine de l’art en général. L’essence de l’art n’est sans doute pas d’être « sensé ». Car combien d’artistes se fixent pour objectif d’être « sensés » ? D’avoir du sens ? L’art est le domaine des sens et non du sens... au sens où vous l’entendez. Toucher les sens pour provoquer des réactions, des réflexions, oui. Et même des réflexions sensées. L’art est du domaine du sensible, pas du sensé. Et si certains artistes développent des réflexions construites et sensées, cela ne saurait être généralisé et appliqué comme une règle systématique.
Aussi aimerais-je vous demander de laisser à l’art le droit de ne pas entrer dans ce schéma sens/non-sens. D’être a-sensé. De lui laisser, au contraire, celui de s’exprimer avec « folie ». C’est ce qui lui permet de nous enchanter (pas toujours, certes, mais quelques fois suffisent !), d’être poétique, léger, décalé, prophétique, beau, émouvant, horrible, affreux, horripilant... Et créatif. De nouvelles significations par exemple. Qui pourraient bien, elles-mêmes, en créant de nouvelles perspectives, bousculer les lignes de partage traditionnelles entre sens et non-sens... Pour peut-être finalement créer du sens ?
Vous voulez faire entrer l’art dans un schéma de pensée trop étriqué pour lui. Et d’ailleurs, ce faisant, vous cherchez à dicter votre manière de voir. C’est bien pire... Qui dicte ce qui est « sensé » et ce qui ne l’est pas ici ? Vous. Or, souhaitez-vous vraiment endosser cette responsabilité écrasante de décréter quel oeuvre d’art est « sensée » et laquelle ne l’est pas ? Quels artistes sont « sensés » et lesquels ne le sont pas ? Si vous voulez vraiment cela, vous vous placez dans une démarche autoritaire et liberticide. Le voulez-vus vraiment ? Reconnaissez enfin que ce qui est « sensé » pour vous ne l’est pas forcément pour autrui. Ce n’est pas entrer dans un relativisme forcené que de dire cela s’agissant de l’art.
Pour terminer, votre remarque sur l’indemnisation du fabricant de la toile et du cadre m’a bien fait sourire, venant d’une personne qui s’efforce à se montrer « sensée »... Car ce que vous dites est un non-sens total ! La toile et le cadre ont selon toute probabilité été achetés (du moins il n’est pas ici question du contraire et ce n’est pas l’argument que vous avancez). Il n’y a donc pas lieu d’indemniser le fabricant, puisque, ayant été payé, il n’a subi aucun préjudice. Les fabricants de cadres et de toiles n’ont par ailleurs aucune prétention aux oeuvres d’art élaborées sur leurs matériaux... Donc aucun préjudice non plus venant de la dégradation commise par Rindy Sam. C’est bien l’oeuvre de Cy Twombly qui a été détériorée et ce dernier qui a subi un préjudice. Bref, vous voilà pris en flagrant délit de non-sens, vous voilà « insensé ». Et là, il y a lieu de le déplorer, car la fabrication et la vente de cadres et de toiles n’entrent pas dans le champ des activités artistiques, mais celui de l’industrie et du commerce...
J’espère que vous me pardonnerez le malin plaisir que j’aurai pris à vous apporter la contradiction. En général, j’aime bien vos articles et, pour tout dire, vous me faites pas mal penser à mon père dans vos manières de penser. Un peu rac sur les bords quoi, mais léger .
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PS : Je serais intéressé de lire un article de vous fustigeant le relativisme. En lisant entre vos lignes, on devine en effet que vous rejetez avec force toute relativisation des choses. De passionnants débats en perspective.
1) Laissez donc les artistes artistiser en paix. Il n’appartient à personne de dire ce qui est artistique et ce qui ne l’est pas. L’art ne s’explique ni ne se démontre, il est ou n’est pas, et cela ne se révèle qu’au fur et à mesure, par l’accueil qu’il reçoit et la reconnaissance qui lui est donnée dans le temps. Et à ce moment, pour la plupart des oeuvres concernées, nous serons tous morts. L’histoire de l’art abonde d’artistes décriés reconnus comme majeurs sur le tard, ou bien après leur mort. Un peu d’humilité en la matière ne fait de tort à personne. L’art nous force à l’humilité, il est à l’opposé des jugements à l’emporte-pièce que nous expose Mme Reza. D’ailleurs, de quel avis est Mme Reza ? Cela n’apparaît pas très clairement.
2) Une oeuvre d’art ne se résume pas au produit fini. Le fait qu’il soit « beau » ou « moche » ou qu’il « fasse sens » ou « n’ait aucun sens » comme vous l’écrivez avec Mme Reza est fort réducteur. Il existe des choses comme la pensée de l’artiste, sa démarche artistique, la technique, le geste, et bien d’autres encore qui entrent en considération. C’est bien la rupture principale de l’art contemporain que d’accorder moins d’importance au produit fini que ses prédécesseurs. Et encore ! Que penser d’un Duchamp ou, plus près de nous, d’un Warhol, dans ces conditions d’analyse de l’oeuvre artistique ? L’analyse que vous faites sur l’oeuvre de Twombly me laisse à penser que vous auriez hurlé contre Duchamp il y a un siècle. Voyez où en est son urinoir aujourd’hui ?! D’ailleurs, il subit lui aussi régulièrement des outrages qualifiés d’oeuvre d’art par son auteur abonné. Et son « air de paris », ridicule, non ? Ou alors, si Duchamp vous agrée en tant qu’artiste, demandez-vous si ce n’est pas la « reconnaissance » d’artiste établi dont il jouit aujourd’hui qui vous influence. Au fond, entre une toile même pas peinte et un ready-made, il n’y a guère de différence.
3) La valeur d’une oeuvre d’art est indépendante de sa qualité perçue. L’oeuvre d’art a un coût, c’est un objet marchand. Le coût est objectif, la valeur est subjective. Il faut reconnaître à l’art cette part de subjectivité. Certains sont prêts à mettre 2 millions d’euros dans une toile même pas peinte. Et à se battre pour. Et à faire encore monter les enchères. Pas vous. Eh bien, c’est votre droit. Et c’est très bien comme cela, non ? Pourquoi vous emporter ainsi ? Tous les goûts sont dans la nature comme disait votre chère maman. Imaginons que vous adoriez les nains de jardin et que vous en peupliez votre carré de gazon quitte à emprunter chez Cofidis pour vous les payer et à finir en Commission de Surendettement à la BDF, devrais-je pour autant conspuer vos goûts de chiotte ? Et puis finalement, est-ce-que c’est si grave que ça docteur ?
4) A mon avis, le tribunal a pris une excellente décision, en condamnant l’agresseuse poète, et en cela je diverge de DW, même si je le rejoins sur son analyse du geste artistique de Rindy et même sur sa dimension poétique certaine. Le tribunal n’a pas à se prononcer sur la valeur artistique d’une oeuvre, mais sur les moyens de défendre la propriété et le montant du dommage. La condamnation étant proportionnée à la propre condition de Rindy et non aux faramineux 2 Millions du galeriste, elle est en outre très équitable. On défend l’objet marchand en punissant les dégradations à la propriété, mais sans entrer dans les excès du marché.
Les titres et les diplômes ne disqualifient pas d’emblée celui qui s’en prévaut. Mais celui qui ne fait que se prévaloir de ses titres et ses diplômes se disqualifie de lui-même. C’est ce qu’on fait des connaissances acquises et des réalisations sanctionnées par ses titres ou de ses diplômes qui compte vraiment.
Sinon, je reste perplexe sur ce qui dans le texte de M. Mourey (ou le mien) a bien pu susciter vos envolées sur la lutte des classes, Mme Royal, les jurys participatifs, « la suspicion permanente » et « l’apologie de l’amateurisme collectif ». J’avoue que n’ai pas très bien compris.
En tout cas je n’ai toujours pas lu de votre plume le moindre argument contre l’article de M. Mourey.
M. Mourey,
j’avais bien noté votre point étonnant sur l’écart de datation d’un évènement aussi majeur de l’histoire antique. Et à mon sens (de béotien) il n’est pas totalement stupide de s’appuyer sur le contenu de la Bible, à moins de prouver qu’effectivement celui-ci est totalement faux. Ce que ne font pas MM. Vassé et consors.
M. Vassé,
comprenez-moi bien, voyez-vous, je reconnais que je n’y connais rien. Mais je vois que vous vous emportez contre M. Mourey qui commettrait des erreurs flagrantes. Si elles le sont autant, je pense que les démonter tiendrait en quelques lignes, et j’aurai plaisir à les lire venant de vous. En fait, je pense même que cela vous aurait pris bien moins de temps que de rédiger tous les posts que vous avez écrits.
Quant à l’imposante somme bibliographique que vous me conseillez de lire avant de m’exprimer (alors que je n’avance rien), elle m’inspire 3 choses. 1) il vaut mieux une tête bien faite que bien pleine (les deux à la fois, c’est évidemment idéal). 2) il arrive que beaucoup de gens fassent longtemps les mêmes erreurs sur les mêmes sujets, jevous renvoie à toutes les découvertes majeures depuis toujours. 3) en m’imposant de lire une liste de titres aussi longue en son entier avant d’oser avoir un avis, vous ne faites que balayer d’un revers de main ma remarque, comme vous le faites avec les thèses de M. Mourey, ce qui n’est pas à mon avis la meilleure manière de progresser et c’est même méprisant. Je suis moi-même assez versé en certains domaines et lorsque je discute de ces sujets avec des gens moins experts, je tente d’expliquer et d’argumenter plutôt que d’assommer. Vous ne faites pas preuve de beaucoup de pédagogie !
@ MM. Philippe Vassé, Icks Pey, Zen et consors, si vous voulez faire tomber les thèses de M. Mourey, apportez au moins des arguments pour les béotiens sont je suis. S’il s’agit vraiment de simples « élucubrations », il doit être facile de les faire s’effondrer.
Et n’arguez pas de l’incompréhension dont feraient preuve les béotiens (dont je suis) : puisque cela semble devoir se concevoir si aisément, cela devrait pouvoir s’énoncer simplement.
M. Mourey a pour lui d’avancer des argumentations et d’accepter le dialogue et la contradiction. A mon sens, c’est ainsi que l’on avance vers la vérité. Vous ne faites qu’étalage de critiques sans le moindre argument. Cela ne vous donne guère de crédibilité... et renforce la sienne.
@ Emile Mourey, je vous remercie de vos articles, vraies ou fausses, vos thèses me font m’intéresser à des sujets que je ne connaissais pas et je vous en remercie. Elles démontrent au passage une vraie érudition et une authentique passion pour l’histoire. Vous êtes historien puisque vous vous intéressez de près au sujet.
Et depuis quand un amateur devenu spécialiste n’aurait-il pas le droit à s’intéresser à des sujets les plus pointus ? Y aurait-il des domaines réservés aux « spécialistes » officiels ? Depuis quand le diplôme est-il indispensable pour l’ouvrir ? Il est bien triste de voir que l’on critique les « amateurs » au simple motif qu’ils le sont. Je ressens cela comme du corporatisme pur et simple.
Il est certain que si M. Mourey avait raison... la honte pour les historiens « autorisés » qui le snobent !!!