A l’approche de l’an 2000,
confronté à l’exigence de transparence, je crois de mon devoir de
soulever les jupes du lobby nucléaire.
Tout au long de ma carrière au Commissariat à
l’énergie atomique (CEA), j’ai été contraint de pratiquer, comme tous
mes collègues, la langue de bois. Etant donné la perspective de la
coupure du cordon ombilical qui reliait mon unité, à savoir le
département de protection technique de l’Institut de protection et de
sûreté nucléaire (IPSN), au lobby nucléaire, je peux enfin libérer ma
conscience et dénoncer les scandaleuses pollutions dont se rendent
coupables plusieurs compagnies multinationales. Nous traiterons d’abord
du cas de la fameuse société Natura and Co, mais l’on pourrait aussi parler du non moins fameux groupe World Natura Products Ltd et de bien d’autres encore.
Depuis la nuit des temps, cette société émet en
France, sans discontinuer, du radon 222 à raison d’environ 7 à 10 000
atomes par mètre carré du territoire métropolitain et par seconde (1).
Or ces atomes présentent l’inconvénient majeur de séjourner quelques
jours dans l’atmosphère et, surtout, de retomber sous forme d’une pluie
de descendants solides fixés sur les particules atmosphériques de
l’aérosol (2).
Cette pluie arrose en permanence toute la population
de notre pays et alimente ainsi « un réservoir surfacique » (3) où
s’accumulent les descendants à vie longue du radon, à savoir le plomb
210 (période de 19,4 ans) et son fils le polonium 210 toujours présent
et rapidement à l’équilibre avec son père, étant donné sa période
relativement courte (138 jours).
Ce réservoir de polluants est alimenté en permanence
depuis très longtemps par le grand-père, l’uranium naturel, présent dans
les 600 000 km_ de notre sol, et il restera donc plein, quasiment pour
l’éternité.
C’est pourquoi il est temps de dénoncer l’importance
de cette contamination de notre pays et d’avouer que le polonium 210
présente un risque d’ingestion cinq à dix fois plus important que le
redoutable plutonium 239 (4). Force est donc de constater que Natura
and Co se permet de rejeter en permanence dans l’atmosphère, sans aucune
précaution, des radionucléides présentant la plus haute toxicité.
Ceux-ci retombent sur nos têtes comme le nuage de Tchernobyl ou les
retombées des essais nucléaires militaires atmosphériques. Notre proche
environnement est donc pollué par une source éternelle de polonium 210
dont la toxicité correspond pour la France à celle de plus de 13 tonnes
de plutonium (5). Rappelons ici que 5 µg de plutonium sont considérés
comme suffisants pour provoquer un cancer. Le polonium 210 émis par
Natura and Co représente l’équivalent de 13 000 milliards de
microgrammes de plutonium, une dose suffisante pour provoquer 2600
milliards de cancers !
Pour l’ensemble des continents de la planète, dont la
surface est environ 250 fois celle de la France, c’est une source
équivalente à 3 200 tonnes de plutonium qu’il faudrait mettre au compte
de cette multinationale inconscience. Il faut aussi dénoncer d’autres
grands pollueurs en polonium. J’en citerai seulement deux :
l’Association mondiale des volcans en
activité (APMVA) qui rejette annuellement environ 4 tonnes d’équivalent
plutonium (6) et alimente ainsi un réservoir plein d’environ 110
tonnes ;
la secte du « Père créateur » qui a
volontairement déposé dans notre croûte terrestre une source de polonium
associée à celle de l’uranium, sans prendre la moindre précaution
vis-à-vis des générations futures. On peut aisément calculer (7) que
cette source éternelle est équivalente, du point de vue du risque
d’ingestion, à 66 000 tonnes de plutonium par mètre d’épaisseur de la
croûte terrestre (soit 80 tonnes par mètre pour la France continentale).
Pour une épaisseur d’au moins 20 kilomètres, cela représente donc
l’équivalent de 1 milliard de tonnes de plutonium !
Le risque par inhalation est tout aussi effrayant
puisqu’il faut aussi prendre en considération le thorium 232, au moins
aussi dangereux que le plutonium pour cette voie d’atteinte de l’homme.
Nous ne le traiterons pas ici pour éviter toute panique.
Lorsque j’ai soumis les résultats de mes recherches à
mes supérieurs, l’on a d’abord affiché un désintérêt marqué. Comme
j’insistais, l‘on m’a signifié que je ferais mieux de me concentrer sur
les réserves de plutonium artificiel. L’inventaire français de
plutonium comptait 65 tonnes en 1996. Dans le monde, il était de 400
tonnes en 1994, 150 pour le secteur militaire et 250 pour le secteur
civil (8). Toutefois, contrairement aux pollutions diffuses mentionnées
ci-dessus, il est très concentré et reste étroitement surveillé. L’on
m’a fait comprendre qu’il serait préférable pour ma carrière que je me
tienne coi sur le sujet de la pollution de Natura and Co.
Spécialiste en radioprotection depuis les années 50,
je suis heureux d’avoir enfin pu libérer ma conscience. Je souhaite que
les nombreux intellectuels, brillants experts en tout genre,
journalistes courageux, non contaminés par le lobby nucléaire, profitent
de cet acte de transparence auquel je viens de me livrer. J’espère de
tout cœur que les responsables de certaines organisations
anti-nucléaires et indépendantes utiliseront toute leur puissance
médiatique pour dénoncer les actes inqualifiables des grands pollueurs
que je dévoile ici.
Jacques PRADEL, dans « Confession d’un nucléocrate - Comment j’ai caché des dizaines de tonnes de plutonium » ; Ancien président de la Société Française de Radioprotection ; paru dans « FUSION » n° 72, sept-oct. 1998
« je suis toujours méfiant lorsqu’on m’annonce une technologie nucléaire sans danger. »
Qu’elle soit nucléaire ou autre, aucune technologie n’est exempt de risque. Le risque des renouvelables, par exemple, est de ne pas être physiquement capable de fournir suffisamment d’énergie pour 10, 15 ou 20 milliards d’être humains (transports, manger, boire, écoles, tracteurs agricoles, recherche fondamentale...) . A moins de tomber dans le malthusianisme (« on est trop nombreux dans l’univers, faut arrêter tout progrès »).
« J’ai lu, sur AV, un article qui vantait les choix chinois au sujet des centrales au Thorium, je me suis un peu renseigné, et même commencé un article sur le sujet, et il semble que tout cela relève d’un bel optimisme... »
Aïe, effectivement, quand on commence à être optimiste, on prend plus de risques :)
"pourquoi
prendre des risques avec des technologies pareilles, alors qu’avec la
biomasse, l’éolien, l’hydraulique, le solaire, la géothermie, voire meme
l’énergie magnétique, nous avons largement de quoi répondre à nos
besoins, sans pour autant piller les énergies fossiles ?"
Ces nouvelles énergies toujours plus denses offrent des bénéfices physiques, culturels, politiques toujours plus substantiels... ainsi que des risques toujours plus grands, ce qui implique une responsabilité toujours plus grande. Bref, devenir adulte.
3 jours après Fukushima, la Chine prenait acte du retard scientifique dans le nucléaire imposé par la nucléocratie, et annonçait que dès la fin mars (donc, c’est déjà fait), la Chine va commencer à construire des centrales HTR.
Les centrales HTR sont fondées sur de nouveaux principes scientifiques : au plus ça chauffe, au plus la machine s’arrête - sécurité intrinsèque - , elles sont toutes petites, coûtent peanuts, peuvent être installées en centre d’agglomération.
C’est l’Afrique du sud qui les avaient développées, mais la FIFA a détourné les budgets pour financer la dernière Coupe du Monde. La finance qui détruit la science, c’est pas qu’avec AREVA et EDF !
Les HTR n’ont strictement rien à voir avec les saloperies de la IIè ou IIIè génération (Fukushima, AREVA...) : j’ai demandé à plusieurs reprises au lobby anti-nucléaire d’en parler (CRIIRAD, etc.), mais silence radio : pas bon pour le business anti-nucléaire qui dépend de la finance internationale, via le lavage de cerveau à la mode « Au secours, on détruit la planète, on est trop nombreux sur Terrrrrre » :) :) Pitoyable.
Arrêtez d’imaginer que le nucléaire s’est arrêté à la marmite bouillante des IIè génération !
L’Afrique du Sud et la Chine en sont déjà la IVè génération, à sécurité intrinsèque, intégrable même en centre-ville tellement elles sont petites et coûtent peanuts !
Le nucléaire est une science (en développement), pas une technologie (arrêtée à un stade donné).