« Relire Soljenitsyne pour retrouver une source de vérité et de courage »
Par Laurent Ottavi
Publié
le 03/08/2018 à 15:56, Mis à jour le 03/08/2018 à 16:25
FIGAROVOX/TRIBUNE - À l’occasion du dixième anniversaire de la mort
d’Alexandre Soljenitsyne et du quarantième anniversaire de son discours
d’Harvard, Laurent Ottavi revient sur les maux occidentaux que pointait
le dissident russe. Il y voit une dimension prophétique.
Ce 3 août 2018 est le dixième anniversaire de la mort d’Alexandre Soljenitsyne. Le dissident russe, auteur d’Une journée d’Ivan Denissovitch et de L’Archipel du Goulag,
fût une figure controversée, souvent qualifiée de « réactionnaire ». Le
ressentiment de l’élite libérale américaine à son égard remonte à un
discours retentissant, Le déclin du courage, dont c’est le
40ème anniversaire cette année. Le texte de ce discours prononcé à
Harvard a été réédité en 2017 aux éditions des Belles lettres.
Il faut le resituer dans son contexte et dans la biographie de son auteur, pour en saisir toute la portée.
Du Goulag à Harvard
À la veille de
la victoire des Alliés, Alexandre Soljenitsyne écrit dans une
correspondance que Staline est un chef de guerre incompétent, qui a
affaibli l’Armée rouge par les purges et s’est imprudemment allié à
Adolf Hitler. Cette critique le conduit pendant huit années dans l’enfer
du Goulag, « où ce fut, écrit-il, mon sort de survivre, tandis que d’autres -peut être plus doués et plus forts que moi- périssaient ». Il révèle l’existence des camps de travaux forcés au monde dans Une journée d’Ivan Denissovitch.
Staline, depuis, est mort. Ce texte est publié dans une revue
littéraire avec l’autorisation de Nikita Khrouchtchev. Il donne à son
auteur une renommée en Russie mais aussi dans le monde.
Alexandre
Soljenitsyne est récompensé du prix Nobel de littérature en 1970. Après
d’autres écrits et sa demande de supprimer toute censure sur l’art, il
fait paraître en 1973, à Paris, son livre le plus connu, L’Archipel du Goulag.
Le dissident est déchu de sa nationalité et exilé. Il vit d’abord à
Zurich puis s’installe aux États-Unis. Il y réside depuis deux ans, dans
la plus grande discrétion, quand il est invité par l’université
d’Harvard à prononcer un discours lors de la séance solennelle de fin
d’année, le 8 juin 1978.
Alexandre Soljenitsyne, pensent les Occidentaux, est venu faire
l’éloge du monde libre. Mais le dissident ne fait pas le procès du
communisme ; il fait un portrait à charge de l’Occident.
La parole du
dissident, dans le contexte de guerre froide, est très attendue.
Alexandre Soljenitsyne, pensent les Occidentaux, est venu faire l’éloge
du monde libre. Quelle ne fût pas leur surprise ! Le dissident ne fait
pas le procès du communisme ; il fait un portrait à charge de
l’Occident.
L’amère vérité
Il le fait « en ami », mais avec l’exigence, presque toujours amère, de la vérité, qui est la devise (Veritas)
d’Harvard. Le texte qu’il prononce ce jour-là a traversé le temps de la
guerre froide pour nous renseigner, encore aujourd’hui, sur ce que nous
sommes. C’est pourquoi il mérite encore toute notre attention. Il n’est
pas, comme a pu le penser l’élite américaine, celui d’un réactionnaire
ou d’un homme ingrat à l’égard du pays qui l’a accueilli. Alexandre
Soljenitsyne reste fidèle dans ce discours à sa ligne de conduite
passée, à l’honneur, à la Vérité.
« Ne pas vivre
dans le mensonge » était le nom de son dernier samizdat paru en URSS.
Qu’est-ce que le totalitarisme, en effet, sinon essentiellement un
mensonge en ce qu’il cherche à dénaturer l’homme en faisant fi de sa
condition et à transfigurer le monde ? Alexandre Soljenitsyne parle
d’autant plus librement pendant son discours d’Harvard qu’il se trouve
dans une démocratie. La réception si controversée de ce discours
l’amènera à faire cette réflexion dans ses mémoires : « Jusqu’au
discours d’Harvard, écrit-il, je m’étais naïvement figuré vivre dans un
pays où l’on pouvait dire ce qu’on voulait, sans flatter la société
environnante. Mais la démocratie, elle aussi, attend qu’on la flatte ».
Le discours
d’Alexandre Soljenitsyne, à la fois méditatif et audacieux, est une
alerte, une mise en garde, un avertissement. Comme la vigie, son auteur
envoie des signaux. Ce qu’il pointe n’a fait que s’aggraver depuis. A
posteriori, le discours d’Harvard s’est donc avéré, en grande partie,
prophétique. Soljenitsyne voit suffisamment bien ce qui est, pour
anticiper ce qui sera. « En ami », il a le courage de le dire.
Il vise ici, à la fois la prétention des Occidentaux à se croire
la pointe avancée du Progrès dans ses multiples dimensions et à vouloir
imposer leur modèle.
Le déclin du courage
Dès le début de
son texte, il remet l’orgueil du « monde libre » à sa place, en affirmant
qu’il ne recommanderait pas la société occidentale comme « idéal pour la
transformation » de la sienne : « Étant donné la richesse de
développement spirituel acquise dans la douleur par notre pays en ce
siècle, le système occidental dans son état actuel d’épuisement
spirituel ne présente aucun attrait ». Le caractère de l’homme s’est
affermi à l’Est et affaibli à l’Ouest. Il vise ici, à la fois la
prétention des Occidentaux à se croire la pointe avancée du Progrès dans
ses multiples dimensions et à vouloir imposer leur modèle - les autres
pays étant jugés « selon leur degré d’avancement dans cette voie » - mais
aussi la décadence de l’Occident. Il souligne sa débilité, c’est-à-dire
sa faiblesse, liée à ce qu’il nomme le déclin du courage, « qui semble, dit-il, aller ici ou là jusqu’à la perte de toute trace de virilité » et qui « a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ». Pour lui, l’esprit de Munich continue à dominer le XXe siècle.
Alexandre
Soljenitsyne cible plus particulièrement la couche dirigeante et la
couche intellectuelle dominante, c’est-à-dire ceux qui donnent « sa
direction à la vie de la société ». Il parle notamment des mass-médias
qui (dés)informent avec hâte et superficialité. La presse, alors qu’elle
n’est pas élue, est d’après lui la première force des États occidentaux
et encombre l’âme de futilités au nom du « droit de tout savoir ». Elle
est marquée par l’esprit grégaire, comme le milieu universitaire,
empêchant aux esprits fins et originaux de s’exprimer.
La lâcheté,
l’indisposition au sacrifice des classes les plus socialement élevées
trouvent évidemment un écho dans notre monde contemporain marqué par la
révolte des élites des pays occidentaux et l’expansion de l’islamisme,
qui a su habilement tirer parti de nos lâchetés. Aujourd’hui comme hier,
le défaut de courage et le refoulement du tragique de l’Histoire se
paient par le grossissement du monstre. Que l’on songe à
l’après-Bataclan et aux injonctions au « tous en terrasse ! » qui l’ont
accompagné en lisant ces lignes : « un monde civilisé et timide n’a
rien trouvé d’autre à opposer à la renaissance brutale et à visage
découvert de la barbarie que des sourires et des concessions (…) vos
écrans, vos publications sont emplis de sourires de commande et de
verres levés. Cette liesse, c’est pourquoi ? ».
J’ai vu la vidéo d’une cérémonie consacrée à récompenser le Pr
Raoult à l’initiative d’un groupe de pays africains. Une amie
Camerounaise qui vit en France m’a expliqué les bons résultats des soins
contre le Covid 19 sur une partie du continent et m’a déclaré : « Pour
nous, ce médecin est un vrai dieu. » Quand je constate comme il est
traité en France, je me pose des questions. Quelqu’un peut-il
m’éclairer ?
J´ai essayé de répondre á votre commentaire et il a été impossible d´avoir accès, c´est pourquoi je l´ai copié.
Votre amie camerounaise voudrait savoir pourquoi le Prof, RAOULT est maltraité en France, c´est très simple, le Prof. RAOULT empêche certains groupes de s´enrichir avec cette « Pandémie ».