Marine Lepen est nulle en économie, ce qui ne veut pas dire que la proposition de sortie de l’euro est erronée. Voir par exemple ce que dit le banquier d’affaires Philippe Villin (Lettre au président du Conseil italien pour en finir avec l’euro) qui n’est pas sympathisant du front national :
Mais même si une sortie de l’euro peut être utile pour la France, Marine Lepen ne semble pas du tout en connaître la problématique. C’est du moins mon impression après avoir regardé l’émission de France 2. Quand par exemple un chef d’entreprise invité pour la contredire sur cette question lui dit qu’il est inévitable que les taux d’intérêt de la France pour emprunter sur les marchés risquent de s’envoler à la hausse, elle répond d’abord que si l’économie va mieux après la sortie de l’euro, il n’y aura pas forcément de raison pour qu’ils s’envolent à la hausse. Mais ce chef d’entreprise insiste car il est évident et il a raison que si la France s’apprête à sortir de l’euro, ses taux d’intérêt pour emprunter sur les marchés vont s’envoler, comment l’éviter ? Marine Lepen fait une réponse qui fait rire le chef d’entreprise : « En votant pour les listes du Front national aux européennes ».
C’est là qu’on voit que Marine Lepen n’a vraiment aucune culture économique sur le traitement des crises économiques. Si elle connaissait un peu mieux le sujet elle aurait pu citer notamment l’exemple du Royaume-Uni qui lors de la crise de 2007-2008 remplissait toutes les conditions négatives requises pour avoir une crise des dettes souveraines comme l’Italie, l’Espagne, etc. Comment le Royaume-Uni l’a évitée : par des quantitatives easings de la banque centrale britannique pour notamment acheter des obligations d’État britanniques, l’ajustement s’est porté sur la baisse de la livre britannique et pas sur la hausse des taux d’intérêt de l’État britannique pour emprunter sur les marchés. C’est exemple est rappelé par l’économiste italien Claudio Borghi Aquilini dans un texte écrit pour la ligue du nord italienne (voir le lien ci-dessous) qui est favorable à la sortie de l’euro. Durant cette période de crise, pour le Royaume-Uni, la livre sterling est passée progressivement de 1,50 à 1 euro sans provoquer de crise inflationniste grave et le Royaume-Uni a aujourd’hui un taux de chômage de 7% contre 26% en Espagne par exemple, laquelle, également en crise, a appliqué une solution « made in zone euro », à savoir la dévaluation interne par baise des dépenses, des salaires, des pensions, etc.
De même la Japon a fait récemment considérablement baisser sa monnaie sans provoquer de crise inflationniste. Voir cet article du 30 décembre 2013 intitulé « La baisse du yen inquiète Pékin et Séoul » qui signale que : « Le yen est tombé lundi à un plus bas de cinq ans contre le dollar et il affiche une baisse de plus d’un quart de sa valeur au cours des 15 derniers mois. »
Il fallait donc répondre au chef d’entreprise que la BCE a des attributions limitées par rapport à une banque centrale d’Etat souverain et qu’en cas de sortie de l’euro la banque de France devrait pouvoir recourir aux politiques monétaires non conventionnelles pour traiter cette question des taux d’intérêt. La conséquence sera une baisse du taux du Franc en mécanisme de change flottant par rapport à l’euro et aux autres monnaies. Il ne faut pas cacher qu’il y aurait une certaine baisse du pouvoir d’achat de la population, mais l’alternative dans la situation économique calamiteuse de la France c’est une opération de dévaluation interne forte qui fera baisser encore plus le pouvoir d’achat. Si on veut par exemple ne plus avoir de balance commerciale déficitaire, c’est la fameuse dévaluation interne qu’il faut faire dans l’euro (ce qui au passage ferait s’apprécier l’euro encore plus du fait de l’augmentation de l’excédent courant global de la zone euro qui en résulterait). Voir : "Heureusement que la France est là pour sauver l’Europe » :
En outre l’économiste italien cité ci-dessus indique aussi qu’il n’est pas possible de faire un référendum sur la sortie de l’euro, comme le propose Marine Lepen, car si un mouvement politique favorable à la sortie de l’euro arrivait au pouvoir en France ou en Italie il serait dans l’obligation d’agir très rapidement pour faire ladite sortie ou d’y renoncer. Autrement s’il fait un référendum, il faut savoir qu’il y aurait des problèmes, ce que Marine Lepen précisément ne semble pas savoir. Non seulement l’État ne pourrait plus emprunter sur les marchés sauf à des taux exorbitants pendant la période du référendum, mais en outre les systèmes financiers français ou italiens qui sont supposés financer les entreprises et les particuliers sont tellement intégrés dans l’euro qu’ils seraient amené au bord de l’implosion pendant les quelques mois du référendum si le résultat de celui-ci est prévu pour être favorable à la sortie de l’euro. Les banques françaises seraient confrontées au problème de la fuite de capitaux qu’on peut certes tenter de limiter mais aussi à la perte de sources de financement contre lesquelles on ne pourrait rien faire (sauf à les financer massivement par le budget de l’État), notamment de la part de la BCE, comme ça été le cas pour Chypre l’an dernier qui a dû accepter les conditions de l’UE, faute de quoi la BCE cessaient de fournir des liquidités d’urgence aux banques chypriotes. Voir pour rappel :
Même si on peut être favorable à la sortie de l’euro de la France, il faut savoir que celle-ci, qui est très délicate, ne peut être faite que par des gens qui connaissent très bien l’économie et les difficultés qu’elle représente. Faite par des amateurs une sortie de la France de l’euro serait évidemment une catastrophe. Elle serait probablement avortée avant même qu’on puisse commencer à l’appliquer.
372.000 entreprises italiennes ont, parait-il, fermé en 2013 (voir le lien ci-dessous). L’Italie devrait faire partie des pays de la zone euro complètement exsangue quand l’euro éclatera.
L’auteur explique bien la problématique de la zone euro. Néanmoins, il faut nuancer son propos concernant l’Allemagne. Quand la zone euro éclatera, ce qui n’est qu’une question de temps, avant que ça n’arrive, l’Allemagne aura conservé l’essentiel, c’est à dire sur son territoire une économie productive et industrielle importante, alors que celle-ci aura largement été détruite dans les pays en crise de la zone euro. Certes les banques allemandes vont se retrouver avec de gros problèmes de recapitalisation, mais ils auront une banque centrale qui pourra faire les Quantatives Easings qu’imposeront la situation (en particulier d’achat de leurs leurs créances pourries aux banques allemandes). Voila comment ils devraient régler le problème strictement financier.
C’est vous qui ne comprenez rien. En cas de sortie de la France de l’euro, si vous avez de l’argent en banque il sera converti sur la base d’un Franc pour un Euro, ce qui n’empêchera pas le Franc de se déprécier par rapport à l’euro car il ne sera plus dans un système de taux de change fixe par rapport à celui-ci. Il suffira que la Banque de France fasse un Quantative Easing, obligatoire en cas de sortie de l’euro pour permettre à l’Etat de se financer, pour que le franc se déprécie. Le risque c’est de créer une crise d’hyper-inflation. Il faudra prendre d’autres mesures pour l’éviter. Est-ce que le FN a les compétences requises ? Je n’en suis pas sûr.
Ce qu’on fait entre autres mesures(le Quantitative Easing et pas la sortie de l’euro) les britanniques lors du déclenchement de la crise de 2007-2008, leur pays étant alors dans une situation bancale, ce qui a déclenché un forte baisse de la Livre britannique dans un premier temps, la banque centrale britannique achetait les obligations d’État britanniques dont les banques et les investisseurs se débarrassaient.
Pour rappel, Il y a une croissance de 1,9% Au Royaume-Uni en 2013 contre une récession de 0,4% en zone euro et il y a un taux de chômage de 7,1 % au Royaume-Uni contre 12% en zone euro. L’Espagne qui a fait une dévaluation salariale pour remplacer la dévaluation de la monnaie qu’elle ne pouvait plus faire dans la zone euro, se retrouve aujourd’hui avec un taux de chômage de 26%. Et la France n’a pas autant dévalué la monnaie dans le passé pour le simple plaisir de créer des problèmes contrairement à ce que vous dites.