Pour que la crise de la zone
euro prenne fin il faudrait que les pays actuellement en crise financière
améliorent leur situation au point de pouvoir emprunter sur les marchés
financiers à des conditions voisines de celles de l’Allemagne ou un tantinet
moins favorables de la France, et qu’ils n’aient donc plus besoin de
financements publics des autres pays membres de la zone euro ou de ceux de la
BCE qui n’a pas le droit de financer les Etats en zone euro. Dans l’immédiat et
pour résoudre leurs difficultés, pour que ces pays puissent bénéficier de ces
financements publics ou de la BCE, ils doivent se soumettre à un cadre
conditionneloù ils doivent appliquer un
cure d’austérité connue sous le nom de « dévaluation interne », c’est
ce que font actuellement la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie. La France initie aussi ce processus, mais très
légèrement comparativement à ce que font la Grèce, le Portugal où même
l’Espagne où les dévaluations internes deviennent importantes. Il y a parait-il
deux types de crises de solvabilité qui
peuvent apparaître pour un pays : La crise de solvabilité budgétaire et la crise
de solvabilité extérieure, moins connue, qui est liée à la balance des
paiements. La Grèce, le Portugal et
l’Espagne connaissent actuellement les deux crises de solvabilité et si j’en
crois ces deux études de Natixis ne sont pas prêtes d’en sortir même en prenant
en compte les aides attendues de la BCE et du MES.
Ainsi la Grèce, par exemple,
doit de l’argent à la France, c’est-à-dire au contribuable français, et à la
BCE, c’est-à-dire au contribuable européen. C’est argent n’est pas considéré
comme perdu pour la France ou la BCE car la Grèce est supposé pouvoir le
rembourser un jour. La réalité est que
la Grèce ne pourra pas rembourser ses dettes ou qu’il faudra qu’on lui prêtre
toujours de l’argent pour qu’elle puisse rembourser ses dettes tant qu’elle
restera dans la zone euro. Le Grexit n’a pas encore eu lieu mais l’argent qui a
été prêté à la Grèce doit être considéré comme perdu et pourtant on va encore
continuer à lui en prêter car il faut éviter la méga-crise de la zone euro !
Maintenant, prenons le cas de
la France. Sa situation économique est caractérisée par un endettement public
de plus en plus élevé, plus de 90% du PIB, une désindustrialisation de plus en plus importante, un
déficit commercial désormais structurel lié à la désindustrialisation. Ce n’est
plus qu’une question de temps avant que les taux d’intérêt des emprunts de l’Etat
français ne s’envolent sur les marchés comme ceux de l’Espagne ou de l’Italie.
Pour que cet évènement n’est pas lieu, il faudrait notamment que la balance des
paiements de la France redevienne excédentaire et pour cela il faudrait passer
de la désindustrialision actuellement en œuvre à la réindustrialisation de
l’économie françaises et à la hausse de ses exportations. Je crains que sans une sortie de la
Francede la zone euro pour avoir une
monnaie plus compétitive cette réindustrialisation du pays s’avère impossible.
Ce qui va se passer, à mon avis, c’est que les
dévaluations internes, dont la motivation est que les fourmis de la zone euro n’aient
pas à financer les cigales de celle-ci, vont plonger la zone euro en récession
prolongée avec l’impossibilité de réduire les problèmes d’endettement, faute de
pouvoir relancer des activités productives dans les pays en crise. Ce n’est pas
comme cela qu’on va pouvoir réparer les dégâts provoqués au fil du temps par l’absence de taux de change flexibles pour des
économies divergentes et les erreurs des dirigeants de certains pays. A mon avis, on assistera à une fin cataclysmique de la zone euro, extrêmement couteuse parce qu’on aura fait toutes les bêtises
qu’il aurait fallu éviter de faire pour retarder cette fin.
Quand on a adopté l’euro le cadre institutionnel qui le créait n’a pas été expertisé pour tenter de prévoir s’il pouvait comporter l’apparition de crises financières graves et, si ces crises apparaissaient, comment on allait pouvoir les résoudre. Pourtant on savait que certains pays qui entraient dans la zone euro avait l’habitude de dévaluer leur monnaie pour résoudre des crises financières les concernant et que la dévaluation leur serait désormais interdite. Quand on regarde le cadre institutionnel de la zone euro, il devait pourtant être évident qu’il finirait par créer des crises financières.
Il y avait bien une monnaie unique, mais chaque État de la la zone euro était et est encore libre de se faire de la concurrence fiscale et sociale (comme le souligne le cas récent de Bernard Arnault qui veut devenir belge !).
Cette concurrence abolissant aussi tout barrière douanière comportait, pour diverses raisons, le risque que les États peu compétitifs allait se désindustrialiser et favoriser un développement basé sur la dépense à crédit, un secteur public hypertrophié et un endettement excessif. Le problème est que la zone euro n’étant pas un Etat Fédéral avec un budget fédéral, les pays qui devaient s’appauvrir n’avaient aucun financement à attendre, par l’intermédiaire du budget fédéral, des pays compétitifs s’enrichissant et de plus la dévaluation leur étant interdite, c’était, pour eux, un piège mortel. En outre la zone euro n’est pas une zone monétaire optimale, la mobilité du travail y est forcément réduite en raison de problèmes linguistiques et de portabilité des droits sociaux d’un pays à un autre, les chômeurs des pays s’appauvrissant ne pouvant pas, en règle général, allait travailler dans les pays où il y plus de travail. Enfin chaque État devait se financer sur les marchés financiers et il était interdit la BCE de financer les États membres de la zone euro. Les caractéristiques de ce cadre institutionnel de la zone euro comportait, à l’origine, un risque très élevé d’apparition de crises financières gravissimes. Il est étonnant qu’il n’y ait eu aucune expertise pour évaluer ce risque.
Aujourd’hui est-ce qu’on expertise comme il le faudrait les remèdes qui sont appliqués à la crise de la zone euro pour éviter son éclatement. Ces remèdes tentent d’éviter aux pays qui ne sont pas encore en crise d’avoir à financer de façon importante sur sur une très longue période de temps les pays en crise. Rien n’est moins sûr quant à leur pertinence si j’en crois certaines études (trois sont signalées ci-dessous) et en définitive la zone euro risque d’imploser avec un coût beaucoup plus élevé que celui qu’on aurait payé si on n’avait pas retardé son éclatement par des fausses solutions dont celles que s’apprêtent à mettre en œuvre la BCE.
Si on regarde les mécanismes institutionnels, toujours en vigueur dans la zone euro, ceux-ci ne correspondent pas à ce qui serait requis pour assurer sa viabilité. Ce n’est pas une zone monétaire optimale, la mobilité du travail y est réduite depuis toujours pour des raisons linguistiques et de portabilité des droits sociaux, aujourd’hui la mobilité du capital y est aussi réduite par l’apparition de primes de risque, la concurrence fiscale et sociale y est toujours de vigueur et contribue à enrichir les uns et appauvrir les autres, ce n’est pas un Etat Fédéral avec un budget fédéral conséquent permettant de faire des transferts entre Etats ou régions qui s’enrichissent et ceux qui s’appauvrissent. La libre concurrence européenne et mondiale retenue comme dogme contribue à appauvrir les économies peu compétitives, parmi lesquelles la France (En 25 ans, la part de l’industrie en France est tombée de 30% à 14% du PIB contre 29% en Allemagne plus compétitive, sans que nos dirigeants en réalisent le danger) :
Les Etats membres de la zone euro doivent se financer sur les marchés financiers, la banque centrale européenne n’est pas autorisée à acheter de la dette souveraine. Seul ce dernier point est en train d’évoluer timidement puisque, dans un cadre conditionnel et temporaire, la BCE et le MES pourraient acheter de la dette souveraine des pays en difficulté demandant de l’aide. La solution passerait par la création d’un Etat Fédéral mais plusieurs années d’irresponsabilité, d’aveuglement idéologique, de spéculation financière…, ont conduit à l’explosion des endettements et à une désindustrialisation prononcée de plusieurs pays de la zone euro. Si l’Allemagne veut la sauver, elle devra assumer des coûts qui ne lui permettront plus d’être compétitive au plan mondial, or plus de la moitié du commerce extérieur de l’Allemagne se fait hors zone euro. Voir ces deux études de la banque « Natixis » dont la première concerne la stratégie de l’Allemagne, la seconde portant notamment sur le danger de la désindustrialisation :
Les pays en difficulté de la zone euro qui ont besoin d’être aidés mais qui ne peuvent plus dévaluer leur monnaie, sont aidés dans un cadre temporaire et conditionnel où ils doivent appliqueront un train de mesure de compétitivité et de réduction du pouvoir d’achat connu sous le nom de « dévaluation interne » que la France va devoir appliquer aussi même si beaucoup de français ne le savent pas encore. Ce système permet à l‘Allemagne de ne pas trop mettre la main à la poche pour les pays de la zone euro qui ont besoin d’aides, mais il est probablement voué à l’échec.
La voie à suivre
pour la Grèce : La sortie de l’euro avec défaut sur la dette extérieure
brute et dévaluation. C’est une mesure parmi
d’autres à mettre en œuvre. Le peuple grecque va en baver pendant quelques années tout autant que
maintenant car la relocalisation d’activités productives grâce à la monnaie
faible demandera beaucoup de temps, mais au moins il y aura une perspective. Ça
ne se fera probablement pas parce qu’il y des intérêts financiers qui s’y opposent. Où alors
ses partenaires de la zone euro lui donnent et pas lui prêtent de l’argent qu’elle
ne pourra jamais rembourser. Aux USA il y a des Allemagne et des Grèce, les
Grèce reçoivent des transferts financiers de l’Etat Fédéral (pas des prêts). Voir
pour comprendre la problématique générale de la zone euro :
1) La fin de l’euro,
par l’économiste Christian Saint-Etienne :
D’ailleurs tout le monde le lui
demande. Pas bête Super-Mario. Avant d’agir il attend que tout le
monde le supplie. C’est aujourd’hui le cas de L’OCDE dont le
secrétaire général, Angel Gurria, soutient les rachats de dettes
d’Etats par la BCE :