« Le mémorandum signé entre la « troïka » et le gouvernement
grec a démontré sa nocivité. Rajoutant la rigueur à l’austérité, il a plongé la
Grèce dans une dépression sans
égale. Cette politique est
l’équivalent contemporain de la déflation des années 1930 dans son esprit comme
dans ses mesures les plus concrètes (baisse autoritaire des salaires,
diminution des prestations sociales). Elle conduira aux mêmes catastrophes.
En dépit des coups de menton de Berlin, Francfort ou Bruxelles, il n’existe
pas de cadre légal pour expulser un pays de la zone euro. Les traités n’ont fixé aucun
chemin pour en sortir. Ici encore, c’est un bel exemple
d’intelligence politique !
L’Union européenne
(UE) peut certes décider de suspendre son aide, mettant ainsi
le gouvernement grec dans l’incapacité d’honorer ses dettes. Mais ce dernier peut alors prendre conjointement deux décisions lourdes de
conséquences.
Tout d’abord, il peut répudier la totalité de sa dette. Les gouvernements de
la zone euro, engagés directement à travers le Fonds européen de stabilisation
financière, et la Banque centrale européenne (BCE), devront alors "prendre
leurs pertes" (64 milliards d’euros pour la France). Il peut, dans le même
temps, réquisitionner la banque centrale de Grèce et lui faire émettre autant d’euros que nécessaire pour couvrir ses besoins de financement à court terme. Cette
mesure, illégale, n’en est pas moins techniquement possible. Pour l’essentiel,
il s’agit de jeux d’écritures.
Les détenteurs de la dette grecque privée, en provenance des entreprises, ne seront que trop
heureux d’accepter cet argent qui sur les comptes en banque n’est pas
discernable des euros légalement émis ! La dette des agents privés serait ainsi
considérablement allégée. Quant au déficit budgétaire, il est lié pour près de
75 % aux paiements des intérêts sur la dette. Une fois la dette répudiée, le
déficit budgétaire serait substantiellement réduit et ne se monterait qu’à 3 %
ou 4 % du PIB. A ce niveau, il est tout à fait possible de le financer durablement par des emprunts à la Banque centrale
sans effets inflationnistes majeurs.
Le gouvernement grec a donc dans ses mains des instruments de rétorsion face
aux menaces. Mieux vaudrait donc discuter et renégocier le mémorandum, ce qui est très
précisément la position du chef de Syriza, le parti de la gauche radicale, Alexandre
Tsypras.
Le glas de l’euro sonne déjà
Au-delà se pose la question de la compétitivité de la Grèce. Soit les pays
de l’Union européenne sont prêts à investir dans l’économie grecque, lui permettant de combler une partie de son écart de compétitivité qui s’est
accru de 35 % depuis 2002. Soit il faudra se résoudre à une sortie de la Grèce
de la zone euro et à une lourde dévaluation (50 %) de la drachme.
Cette solution, pour pénible qu’elle soit, sera préférable à la poursuite de
la politique du mémorandum. La dévaluation est en effet une solution possible pour
la Grèce. Le déficit de la balance commerciale représentait, en 2011, environ
20 milliards d’euros. Le déficit hors effets des hydrocarbures représentait 15
milliards. Les importations incompressibles, on le voit, ne représentent qu’une
partie (25 %) du déficit commercial actuel. Une dévaluation permettrait à la
Grèce d’augmenter ses exportations, qui représentaient en 2011 l’équivalent de 27 % du
PIB, dont 12 % de ce dernier pour les exportations de biens. Cela est loin
d’être négligeable.
Une telle solution sonnerait probablement le glas de l’euro. Mais ce glas
sonne déjà avec la crise espagnole et le retour de la crise irlandaise. Une
solution à la crise grecque est possible, à la condition que l’on cesse d’en faire un point d’honneur. Les femmes et hommes
politiques européens doivent faire preuve de pragmatisme. Sinon, les
réalités économiques trancheront pour eux. »
Les dirigeants allemands ont dit très clairement qu’ils ne sont pas disposés
à renégocier quoi que ce soit avec la Grèce. La chancelière allemande Angela
Merkel a fait du respect des engagements, notamment la réduction des déficits
et les réformes structurelles, un « préalable » au maintien d’Athènes
dans la monnaie unique :
De plus les l’Allemagne refuse toute les mesures proposées dans l’urgence pour sauver
la zone euro, telles que les euro-obligations. Je ne pense pas que les
dirigeants allemands auront évolués d’ici la fin du mois de juin car, je crois,
qu’ils ont secrètement décidés de débarrasser la zone euro des « malades »
qu’elle contient, considérant que faire de l’acharnement thérapeutique sur ces
malades seraient encore plus couteux, pour eux, sur le long terme.
Donc si l’Allemagne persiste dans son attitude intransigeante envers la
Grèce et cela devrait être le cas, la probabilité
qu’Alexandre
Tsypras s’il arrive en tête aux élections législatives prennent les deux
décisions lourdes de conséquences évoquées par Jacques Sapir est très forte.
La question est : « Combien de temps reste t-il au château de cartes
de la zone euro pour s’effondrer ? »
La France s’est fortement désindustrialisée depuis la création de la zone
euro et il faut savoir que cette désindustrialisation a concerné l’ensemble pays
membres de la zone euro.
Donc une autre question est : Combien de temps reste t-il pour que ceux qui ont conçus le château de
cartes de la zone euro admettent qu’ils ont fait une grosse bêtise ?
Les
pays en difficulté en zone euro font l’objet d’une thérapeutique
vouée à l’échec en raison des problèmes institutionnels de la
zone euro et des intérêts contradictoires de ses pays membres.
Pendant que certains pays font des plans d’austérité sans précédent
pour sortir de leur crise d’endettement, il faudrait que ces pays
puissent emprunter sur les marchés à des taux très bas pour que
ces plans d’austérité aient une chance de marcher. Mais ces pays
doivent se financer directement sur les marchés financiers qui
voient que les plans d’austérité conduits par ces pays provoquent
des récessions et qui donc continuent de les considérer comme des
emprunteurs risqués en dépit des plans d’austérité menés et leur
imposent en conséquence des taux d’intérêt très élevés rendant
impossibles l’assainissement financier souhaité voulu par lesdits
pays. Voir cette étude qui est en dit plus que ces quelques
lignes mais qui abouti à la même conclusion. Elle est intitulée :
Un ajustement réel rapide peut-il réussir ?
Une
solution aux problèmes rencontrés par les pays en difficulté de la
zone serait la mutualisation des dettes. Voir sur celle—ci : "La
Commission européenne propose de créer des « eurobonds » :
Mais
l’Allemagne refuse un système de dette mutualisée car elle craint
qu’il lui coûte trop cher. Le vice-chancelier et ministre allemand
de l’Économie, Philipp Rösler, a déclaré : « Les eurobonds
signifieraient que tout le monde partagerait le même poids des taux
d’intérêts, ce qui serait une punition pour les pays
(financièrement) sains. Avis partagé pour le ministre allemand des
Finances, Wolfgang Schäuble, qui déclare : « Les eurobonds restent
exclus aussi longtemps que les États membres de l’Union décident
de leur propre politique financière. »
Citation :
« Selon les récentes estimations du célèbre institut
allemand Ifo, le surcoût d’euro-obligations pour le budget allemand
se chiffrerait ainsi à 47 milliards d’euros par an environ. »
Également :
1)
« Euro-obligations : et si Angela Merkel avait raison ? »
Tout
cela indique que le positionnement allemand sur les eurobonds semble
parfaitement logique et compréhensible (sauf pour le nouveau
gouvernement français et le nouveau président de la république qui
ne l’ont pas encore compris) :
« Les
coûts d’emprunt de l’Italie et de l’Espagne sont en hausse vendredi
sur le marché obligataire, l’impasse politique en Grèce et les
inquiétudes sur le secteur bancaire espagnol incitant les
investisseurs à fuir les actifs jugés risqués. A l’inverse, les
futures sur le Bund allemand ont inscrit dès le début de la journée
un nouveau record historique à 144,05, profitant du repli vers les
valeurs refuges. Le rendement à 10 ans allemand est tombé sous
1,40%. Le rendement des obligations italiennes à dix ans augmentait
de huit points de base dans les premiers échanges, à 6,06%. Le
rendement de l’emprunt espagnol à dix ans était en hausse de cinq
points de base, à 6,39% »
On
voit que l’Allemagne considéré comme emprunteur fiable par les
marchés financiers profite pleinement de son refus des eurobonds,
alors que l’Italie et de l’Espagne considérés comme investisseurs
risqués en pâtissent. Et bien évidemment l’Allemagne ne veut pas
courir le risque de perdre son statut d’emprunteur fiable pour le
bien commun européen.
Quand
est-ce que les dirigeants de la zone euro comprendront qu’ils n’ont
le choix qu’entre deux solutions viables. Soit faire de la zone euro
un véritable État fédéral, analogue à l’État fédéral
américain, en dépit des hétérogénéités linguistiques,
culturelles, économiques et sociales (gros défit en perspective
mais qui pourrait s’appuyer sur ce qui a déjà été fait en matière
d’intégration européenne), soit retourner vers les monnaies
nationales qu’on n’aurait jamais du quitter si c’était pour faire ce que l’on a fait.
Extrait : « Zone euro :
l’erreur de conception est l’oubli de l’hétérogénéité
structurelle ; elle peut conduire à l’éclatement de l’euro.
La zone euro est une Union Monétaire :
-sans fédéralisme (absence de
transferts publics significatifs entre les pays, absence de budget
commun, d’émissions communes des Etats) ;
avec des règles communes, en
particulier dans le domaine budgétaire avec la mise en place de la
Règle d’or (absence de déficit public structurel).
Avoir les mêmes taux d’intérêt,
le même taux de change, les mêmes règles budgétaires, en
l’absence de fédéralisme suppose :
que les pays de la zone euro aient
à peu près la même croissance et la même inflation, sinon
l’inadaptation de la politique monétaire commune ne pourra pas
être compensée par des politiques budgétaires différentes ou par
des transferts entre pays liés au fédéralisme ;
que les pays de la zone euro aient
à peu près la même évolution de la compétitivité-coût,
puisque des écarts entre ces évolutions ne pourraient pas être
corrigées par les mouvements des taux de change ;
que les pays de la zone euro aient
à peu près les mêmes besoins en investissements publics, puisque
les déficits budgétaires structurels doivent être partout nuls ;
que les pays de la zone euro
n’aient ni excédent ni déficit extérieur, puisque, en l’absence
de fédéralisme, ceci conduirait à une divergence des actifs et
dettes extérieurs, donc à la perte de solvabilité des pays
déficitaires et à des crises de balance des paiements. Compte tenu
des institutions, il faut donc que les pays de la zone euro aient
les mêmes taux de croissance et d’inflation ; les mêmes
évolutions de la compétitivité, les mêmes besoins
d’investissement public, des balances courantes équilibrées.
Il s’agit là des conditions
totalement, impossibles à réaliser ni aujourd’hui ni plus tard,
pour que la zone euro puisse fonctionner normalement dans le cadre de
ses traités actuels. Si ces conditions ne sont pas remplies et bien
la conséquence est le désastre actuel. Je crains qu’il y ait peu de
chances que la mise en place d’un gros crédit d’investissement
européen, si c’est la solution envisagée pour relancer la
croissance dans la zone euro, sera la solution qui permettra de
remédier au système totalement bancal qui a été mis en place en créant
la zone euro. Les concepteurs de la zone euro ont fait un bricolage
très dangereux et irréaliste sans s’en rendre compte.
Cette étude de
la banque « natixis » explique les mesures concrètes queFrançois Hollande devraient proposer pour sauver l’Euro. Mais elles sont contraires aux traités
européens (notamment la
proposition d’achats massifs de dette publique des pays en difficulté par la
BCE). Ces traitéspourraient certes être
modifiés, mais l’Allemagne s’y opposera pour préserver son intérêt national. Il
ne fallait pas faire de monnaie unique avec des pays en situations économiques
et sociales très différentes et sans union politique. Ça a été une grosse C… .
Donc il ne reste plus à la zone euro qu’à exploser. Ce n’est plus qu’une
question de temps.