La "théorie" de Bikhchandani, Hirschleifer et Welch, pour résumer, montre en fait que les décisions sont prises sur la base d’une information incomplète, d’une part et que le comportement moutonnier fait le reste d’autre part.
La deuxième partie de cette théorie se résume à un adage boursier selon lequel "il vaut mieux avoir tort avec le marché que raison tout seul". Chanson connue : "Follow the trend".
Quant à la première partie, elle signifie que la décision prise a de bonnes chances d’être fausse (soi-disant 37%). En réalité, les décisions prises sont "bonnes" (génératrices de bénéfices) tant que l’horizon est dégagé. Mais les problèmes surviennent dès que le temps se couvre.
Les trois auteurs parlent également de 60% de gens rationnels. J’aimerais bien voir leur rationnalité quand ces mêmes acteurs en voient d’autres gagner des montagnes de fric avec des montages tordus. L’appât du gain leur fait perdre toute rationnalité.
Cette "théorie" a peut-être une réalité dans des salles de marché, c’est-à-dire pour des gens qui ont la tête dans le guidon. Je ne peux pas l’accepter comme excuse pour des gens comme Greenspan qui sont censés avoir un certain recul, ou du moins qui sont payés pour cela. De plus, une théorie qui a pour seul objectif la justification d’un échec n’a pas vraiment d’utilité pour éviter que la situation ne se reproduise.
On pourrait prendre un autre adage : "un placement à long terme, c’est un placement à court terme qui a mal tourné". Adage de spéculateur pur pour lequel "investissement" rime avec prime de trading. On dirait que la situation actuelle montre comment on a ramené des placements destinés à être faits sur du long terme à du cour terme.
Je pense que le fond du problème est plus simple. Lorsque l’on examine rétrospectivement les bulles spéculatives, on se rend compte que l’on a abandonné l’observation des règles de base (et de bon sens pour la plupart) et accru la prise de risque ("les arbres ne monte pas jusqu’au ciel").
On peut faire le parallèle avec des projets informatiques qui n’ont pas abouti. Un projet qui coule, ce n’est pas un problème de malchance. Les deux causes majeures, ce sont un manque de respect des règles fondamentales du métier (toujours du bon sens) ou un problème de direction de projet.
Dans les deux cas, le chef de projet est responsable : soit parce qu’il n’a pas correctement étudié le problème ou pris les garanties suffisantes, soit parce qu’il n’est pas à la bonne place. Pour éviter de se rendre compte du problème en fin de projet, on met en place des instances de contrôle et des points réguliers, et on surveille les indicateurs pertinents pour l’activité.
Des valorisations qui s’envolent dans un temps record qui n’a plus rien à voir avec la création de valeur, des encours de crédits à risque qui augmentent dans des proportions déraisonnables sont des indicateurs. Une offre immobilière qui s’étoffe rapidement, avec un prix qui augmente dans de telles proportions que les durées de crédits doivent s’allonger dans des proportions trop importantes en sont un autre (les salaires ne suivent pas). J’en oublie certainement. Les responsables en général, et Greenspan en particulier, ne peuvent pas s’abriter derrière un concept d’information incomplète. Cela est bien trop facile.
En conclusion, point de salut sans régulation indépendante. Les acteurs ne font pas le film sans le réalisateur. Et le producteur limitera les ambitions du réalisateur.
merci pour cet article, qui répond à une partie des interrogations que j’avais eues sur un autre fil (mondialisation).
En fait, votre article montre que ce n’est pas tant la mondialisation elle-même qui a posé problème, mais plutôt la façon dont on s’y est pris : absence d’un chef d’orchestre pour mener le projet à bien en tenant compte d’un timing compatible avec la restructuration d’une société armée pour vivre dans ce nouveau contexte. Là, nous sommes d’accord.
Ce qui est catastrophique, c’est qu’aucune leçon n’est tirée de ces crises et que les économistes ne sont pas d’accord sur les remèdes à apporter : Il me semble que c’est ZEN qui avait fourni ce lien sur un autre fil, où l’on trouve toujours des voix pour affirmer que "l’innovation financière produit d’elle-même les réponses aux crises" (Myron Scholes).
Cela augure mal de l’avenir après cette crise.
"L’avidité est génératrice d’avidité" : c’est tellement évident que l’on se demande comment les principaux acteurs économiques peuvent penser que le marché pourra se réguler seul. A moins qu’eux-mêmes ne profitent du système...
La réaction de Greenspan a tout de même de quoi laisser rêveur ("il n’est pas possible d’identifier une bulle avec certitude").
N’y a-t-il pas de signes avant-coureurs, comme un décalage entre la valeur d’un bien ou d’une société et la valeur cotée, comme une augmentation du risque, comme un effet de masse qui conduit à saturer un marché ?
D’autre part, l’identification de "bulles locales" et l’incertitude d’une généralisation ne devrait-elle conduire à plus de prudence ou au moins plus de vigilence ? Surtout s’il y en a une "multitude" ?
"Pas de possibilité d’identifier une bulle et encore moins de l’arrêter" : c’est tout ce que peut nous fournir comme explication l’un des grands gourous de l’économie, dont chaque parole est enregistrée, diffusée, disséquée pour voir ce qui se cache au-delà des mots ? Finalement, c’est "je ne peux rien savoir à l’avance, rien corriger, rien mettre en place pour prévenir", seulement une fatalité ? C’est comme ça qu’il définit une responsabilité ? Il n’a tité aucune leçon de tout ce gâchis ? Trois mille ans de civilisation pour en arriver à çà ?
Quand aux économistes : n’ont-ils pas parfois des intérêts privés - qu’il s’agisse de direction de fonds ou de simples conseils vendus à prix d’or - qui modifierait leur communication ?
L’article est intéressant dans la mesure où il présente de façon simple les défauts du système et la fausseté de l’axiome selon lequel le marché saura se corriger sans régulation extérieure.
On remarquera aussi la curieuse notion de partage des acteurs de ce système : ils conservent les bénéfices, mais partagent les pertes. Et pas moyen de faire autrement dans ce contexte sous peine d’obtenir une situation encore pire.
Une petite précision : entre les points 1/ et 3/ le niveau de risque s’est élevé en raison de l’engouement pour le produit et par les ventes successives des produits.