Il s’agit de la fin d’un propos de JPII sur l’évolution.
"Le magistère de l’Eglise est
directement intéressé par la question de l’évolution, car
celle-ci touche la conception de l’homme, dont la Révélation nous
apprend qu’il a été créé à l’image et à la ressemblance de
Dieu. La Constitution conciliaire ’Gaudium et spes’ a magnifiquement
exposé cette doctrine, qui est un des axes de la pensée chrétienne.
Elle a rappelé que l’homme est ’la seule créature sur terre que
Dieu a voulue pour elle-même’. En d’autres termes, l’individu humain
ne saurait être subordonné comme un pur moyen ou un pur instrument
ni à l’espèce ni à la société : il a valeur pour lui-même.
Il est une personne. Par son intelligence et sa volonté, il est
capable d’entrer en relation de communion, de solidarité et de don
de soi avec son semblable. Saint Thomas observe que la ressemblance
de l’homme avec Dieu réside spécialement dans son intelligence
spéculative, car sa relation avec l’objet de sa connaissance
ressemble à la relation que Dieu entretient avec son œuvre (Somme
théologique). Mais, plus encore, l’homme est appelé à entrer dans
une relation de connaissance et d’amour avec Dieu lui-même, relation
qui trouvera son plein épanouissement au-delà du temps, dans
l’éternité. Dans le mystère du Christ ressuscité nous sont
révélées toute la profondeur et toute la grandeur de cette
vocation (Gaudium et spes). C’est en vertu de son âme spirituelle
que la personne toute entière jusque dans son corps possède une
telle dignité. Pie XII avait souligné ce point essentiel : si
le corps humain tient son origine de la matière vivante qui lui
préexiste, l’âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu
(’Animas enim a Deo immediate creari catholica fides nos retinere
jubet’ dans l’encyclique Humani generis), En conséquence, les
théories de l’évolution qui, en fonction des philosophies qui les
inspirent, considèrent l’esprit comme émergeant des forces de la
matière vivante ou comme un simple épiphénomène de cette matière,
sont incompatibles avec la vérité de l’homme. Elles sont d’ailleurs
incapables de fonder la dignité de la personne."
L’éthologie moderne, essentiellement sur les primates, rejette la différence de nature au profit de la différence de degré, nous sommes d’accord. Mais il s’agit d’un point de vue stricto sensu clinique, nécessaire mais non suffisant.
Le langage permet déjà de différencier le règne animal du genre humain, comme une nécessité ontologique de construire et d’exprimer une histoire, une interrogation, un doute, en toute conscience.
La philosophie permet d’aller plus loin :
Pour Kant, c’est la morale qui distingue les deux par la conjonction de cette triple faculté de conscience, de raison et de volonté qui lui permet d’exercer sa liberté, le fameux libre arbitre, qui lui permet de se déterminer librement et en conscience, par l’accès libre et réfléchi au choix rationnel, au-delà de l’instinct.
Pour Bergson, la différence se situe également au niveau de la conscience de soi : le propre de l’homme est d’être un être pleinement conscient de lui-même.
Mais il y a un double niveau de conscience : l’homme possède une conscience sensible, comme l’animal, mais cette conscience se double d’une conscience réfléchie, qui lui fait savoir qu’il sait, qui lui permet de connaitre qu’il connait, par une capacité intellectuelle unique qui interagit entre les deux, au-delà d’une programmation génétique.
A la différence de l’animal, l’homme réfléchit sur ses propres actes, en étant conscient de lui-même, en recherchant le comment et le pourquoi i.e. le sens, et la vérité. Il peut s’étonner de sa condition existentielle, ce qui n’est pas possible dans le règne animal. Là où l’animal ne peut pas s’interroger sur sa différence ontologique avec l’homme, ce dernier peut, lui, se poser la question du propre de l’homme par rapport à l’animal.
Mais il y a encore un autre type d’argument, que je fais suivre.
« La différence entre l’animal humain et les autres animaux n’est pas une différence de nature, mais une différence de degré. »
L’argument est connu.
Sans débattre de suite sur ce qui peut, selon vous, opposer l’éthologie moderne à la théologie chrétienne (c’est une opposition fondamentale pour un chrétien, rationnel et poppérien de surcroît), essayez donc d’expliquer votre propos que je vois à qui j’ai affaire : tant bien même ce serait par essence une différence de degré et non une différence de nature, ce que je ne crois ni scientifiquement, ni philosophiquement, ni théologiquement, en quoi cela changerait-il quelque chose de fondamental pour vous qui assurez qu’il s’agit « d’une affirmation sans aucun fondement i.e. une croyance » ?
S’agit-il d’une quelconque opposition Dieu et Darwin ? Autre chose ?