1) Qu’est-ce qui vous fait croire qu’au pays de la gratuité nous n’aurions pas nous aussi des pénuries en tout genre et surtout en ce qui concerne les matières premières ? Vous pensez qu’il nous sera loisible d’aller nous servir gratuitement dans le sous-sol des autres comme au bon vieux temps de la colonisation ?
2) Ce ne sont pas les pénuries de l’après guerre qui expliquent la persistance de cette carrosserie en plastique jusqu’à la fin de la RDA, ni le choix du modèle unique ou la motorisation ultra simplifiée de la Trabant.
La Trabant est le résultat d’un choix politique, un point c’est tout.
Je peux vous assurer d’une chose : Si une telle société voyait le jour, moi et mes amis capitalistes nous continuerions de travailler autant et peut-être même davantage sauf que nous ne vous ferions JAMAIS cadeau de notre travail. Nous exigerions de l’or en échange. Avec cet or nous payerions ceux qui nous seraient fidèles. Et vous, vous devriez nous donner jour après jour tout l’or de la banque de France, sans quoi vous n’auriez RIEN. Nous vendrions notre production à l’étranger, un point c’est tout.
Et dans ces conditions, je vous assure qu’il ne nous faudrait pas longtemps pour reprendre le contrôle du pays car notre pouvoir serait fondé sur l’appât du gain alors que votre état, lui, ne pourrait plus prélever d’impôt pour payer son armée et sa police, lesquelles travailleraient pour du vent. Un jour vous découvririez que l’importation et l’exploitation des matières premières est à nouveau sous notre contrôle, que les entreprises de transport maritime, aérien et ferroviaire sont à nous. Que nous avons rebâtit nos trusts d’antan, que nous contrôlons l’économie nationale, de la production des matières premières jusqu’à la mise sur le marché des produits finis. Vous découvririez que même la police, l’armée et la justice sont à notre solde, payées avec notre or et à la barbe d’un état devenu impuissant.
Sans matière première pour travailler, sans bois ni gaz pour vous chauffer, sans essence pour vos voitures, vous n’auriez plus qu’à devenir nos travailleurs pauvres grâce auxquels nous inonderions le monde de nos produits à bas prix. Et s’il vous venait l’envie de prendre les armes contre nous et de menacer notre sacro-sainte liberté d’entreprendre, nous hurlerions à l’agression et nous lancerions nos armées contre vous. Un matin vous verriez votre Président se faire tuer par nos mercenaires et un des nôtres prendrait le pouvoir sous les acclamations des pays capitalistes. Vous auriez tenté de détruire le capitalisme, mais dix ans plus tard, il vous reviendrait avec la sauvagerie du siècle dernier.
Alors vous vous demandez pourquoi nous agirions de la sorte ? Eh bien simplement parce que nous en aurions l’occasion, parce que c’est dans la nature humaine et en l’occurrence dans la nôtre. Parce que chaque jour, il naît des enfants qui éprouvent l’envie de dominer les autres, c’est comme ça ! Et dès lors que mes amis et moi découvririons que l’état désargenté est devenu si faible que le pouvoir est à notre portée, nous nous l’approprierions sans état d’âme. Puis nous instaurerions un état fort qui vous traquerait jusque chez vous, menaçant vos familles pour expurger totalement votre modèle de société. Mieux ! Nous aurions la certitude d’être dans le droit chemin et d’œuvrer pour le progrès et l’amélioration de la condition humaine.
Nous ne vous laisserions même pas la possibilité de rester pacifiques. Soit vous deviendriez des dictateurs sanguinaires en niant nos libertés et en nous massacrant comme Staline, soit c’est nous qui vous étoufferions petit à petit sous notre industrie. Et si par hasard vous l’emportiez par les armes, nous crierions au déni de droit et nous pousserions d’autres nations capitalistes à vous faire la guerre pour restaurer l’état de droit et accessoirement... les lois du marché.
Le capitalisme n’est pas qu’une idéologie, il est inscrit dans nos gènes comme la violence, le goût du risque et l’appât du gain. Et c’est une force indomptable qui vous menacerait indéfiniment, ceci jusqu’à votre inéluctable défaite. L’Homme n’a pas besoin d’apprendre à aimer le pouvoir, à aimer dominer, à aimer les choses qui sont rares et précieuses. Son flair le conduit sur les traces de l’or comme un chien vers son os. Effacez le capitalisme de l’esprit de nos enfants et demain, ils en retrouveront l’idée comme leurs ancêtres avant eux.
Qui dans cette société de la gratuité consacrera encore 7 ou 10 années de sa vie à faire des études supérieures afin d’acquérir une formation sans valeur sur le marché du travail ? Tout le monde deviendra poète ou musicien et nous n’aurons plus d’ingénieur, d’informaticien, de chirurgien, d’architecte, de physicien, etc. D’ailleurs ça va être dur de convaincre les enfants d’apprendre à lire et à compter puisqu’ils n’en auront pas besoin pour se servir gratuitement dans les magasins.
Bien sûr que c’est mieux de conserver le capitalisme ! Qui aurait envie de vivre dans une prison comme jadis en Allemagne de l’Est ? Car à par en reconstruisant le mur de Berlin et la Stasi, je ne vois pas comment vous contiendrez la pression de ceux qui voudrons revenir au capitalisme afin de pouvoir eux aussi acheter toutes les attrayantes marchandises que les capitalistes étrangers auront conçues spécialement pour plaire et se vendre en grande quantité.
Si nous n’avions plus d’argent et que nous ne produisions plus aucun bien de consommation ayant une valeur selon les lois du marché, comment payerions-nous les matières premières qui n’existent pas chez nous et dont nous avons besoin ?
Ceux qui possèdent ces matières premières ne vont pas nous les donner gratuitement, c’est certain.