Julius,
Ce que vous exprimez sur le sentiment des citoyens tchèques vis à vis de la France est légitime, mais pour avoir fréquenté ce pays et toutes ses couches sociales, dans toutes les régions, je dois dire que personne n’en a jamais parlé.
C’est le passé pour la majorité écrasante de la population.
Sur le fait que l’accord de Munich, s’il n’avait pas eu lieu, aurait évité la guerre, cela est une total absurdité. Hitler voulait attaquer la Pologne et l’URSS, le Japon voulait conquérir sa « sphère d’influence asiatique », l’économie allemande était militarisée et toute entière tournée vers la guerre future.
Tout au plus, sans Accord de Munich, la Wehrmacht aurait envahi le pays avec une guerre meurtrière et longue, avant ou après la Pologne. Un processus mondial de militarisation à outrance et d’agressivité territoriale ne s’arrête pas avec ou sans Accord. Comme le Traité Molotov-Ribbentrop n’a pas empêché l’attaque de l’URSS par les forces nazies.
Quant au sentiment d’amour pour les Etats-Unis, je n’en ai jamais parlé avec les citoyens tchéques que je connais et visite régulièrement, à Prague, Plzen, Brno et dans le nord.
Par contre, j’ai observé l’influence allemande croissante dans le nord et l’ouest du pays : investissements, entreprises, coopération inter-communale, etc...
Quant à la libération de Prague, si le général Toussaint se rendit officiellement le 9 mai, depuis le 2 mai 1945, les massacres de civils allemands et les combats avec les unités nazies avaient commencé.
Et cette révolte de Prague a été d’une immense violence, de part et d’autre, ce qu’un historien allemand a qualifié de « combats exterminateurs ». Elle a été suivie par deux mois de violences horribles, alors que la guerre avait pris fin officiellement, contre les Allemands en Tchéquie, y compris ceux installés et intégrés de longue date
D’un certain point de vue, ce fut un « nettoyage ethnique » sans véritable direction, mais sanglant.
Une page d’horreur et d’ignominie de l’Histoire que les historiens tchèques n’ont pas encore bien « digérée » et analysée. Et là, pour le coup, ce n’était ni le nazisme, ni le communisme qui étaient responsables, mais les citoyens tchèques eux-mêmes.
Cela montre que, parfois, même sans système politique identifié, la violence meurtrière existe et qu’elle est plus destructrice et barbare que les exécutions des polices politiques (les témoignages de sauvagerie à Prague et en Bohême-Moravie sont à faire se dresser les cheveux sur la tête devant l’inventivité meurtrière déployée).
Ceci devrait vous montrer que les leçons abstraites de morale en Histoire sont à éviter car chaque peuple, chaque système, a ses pages et livres noirs.
Le peuple tchèque a écrit aussi ses pages et ce livre de sang. Comme tous les autres.
Bien cordialement,