Merci pour cet article qui a le mérite d’attirer l’attention sur la comédie "à l’italienne".
Néanmoins il me semble que vous ne rendez pas vraiment justice à "Parfum de femme", chef d’oeuvre de Dino Risi, cinéaste pourtant peu avare de films splendides.
Votre article et le commentaire associé présentent des pistes de lecture intéressante, mais à mon sens vous passez à côté du principal.
Dans "Parfum de femme", le personnage de Fausto est un représentant anachronique d’une figure typiquement italienne : le condottiere.
En ce sens, nous ne sommes absolument pas chez Hegel mais bel et bien chez Nietzche. Le condottiere est cet homme absolument libre (un "surhomme" au sens de Nietzche) qui au moyen âge entretien sa liberté aux prix de ses combats, un mercenaire grandiose qui a les moyens d’imposer par la force sa dignité magnifique.
Mais qu’en est il de ce condottiere à l’heure de la modernité occidentale ?
C’est ce que se propose d’étudier Risi.
Au début du film, nous avons en effet un Fausto qui a vendu son âme au diable, c’est à dire à l’armée. Il s’y est aveuglé, car l’homme de liberté qu’il se prétend être n’a rien à voir avec l’institution militaire qui ne chérit rien tant que la soumission et l’obéissance aux ordres imbéciles de ganaches décérébrés.
Cet aveuglement, Fausto décide de le payer en se suicidant, seule solution noble au fourvoiement de sa vie. C’est l’objectif qu’il poursuit jusqu’au retournement final.
Le seul obstacle qui s’oppose à la réalisation de son plan est la vie elle même, la société, les autres en général, représenté dans le film par les femmes et l’amour d’Agostina Belli.
Ne nous y trompons pas. Les femmes de "Parfum de femme" ne sont pas des femmes réelles, elles ne sont jamais traitées comme telles. Ce sont des symboles de tout ce qui vit, aime, danse autour de Fausto...
La fin du film apparait alors pour ce qu’elle est : un message politique. Fausto renonce à sa liberté individuelle impeccable pour découvrir la solidarité, c’est à dire qu’il reconnait avoir besoin des autres. Il finit par comprendre que la vie est négociation et compromis, que l’exaltation de la liberté pure ne mène qu’à la solitude et à la mort. La fin de "Parfum de femme" n’est pas un reniement mais l’accès à l’âge adulte.
Ce thème de la solidarité nécessaire est très souvent représenté dans la comédie à l’italienne au même titre que son corollaire : la fidélité à soi même malgré les pièges de l’existence, la dignité d’être humain...
Sur ce dernier sujet je vous implore d’aller voir (projeté dans le même cycle) "Une vie difficile" du même Dino Risi : un autre chef d’oeuvre impérissable.