Je passerai ensuite, au terme de « nantis » dont je
parlais et qui m’a valu un retour de manivelle, il est vrai bien venu, sur la
stigmatisation. Mais bon, en sommes nous vraiment là tous les deux ? Nous savons
très bien que l’exercice nous pousse à aller au plus court dans la formule, à
être synthétique, ne serait-ce que pour ne pas endormir notre bien aimé
contradicteur.
Alors oui, il est vrai, je ne vais pas dire le contraire : ce
n’est pas parce qu’on est un nanti qu’on entre forcément dans la catégorie des
gens à combattre par le peuple. Je pense même que le confort, ou tout
simplement le simple fait de vivre bien, sans préoccupations de survie
matérielle, est un avantage certain pour avoir le temps de s’impliquer pour les
autres. Mélenchon fait partie des nantis et je le respecte pour le combat qu’il
mène. Je ne suis pas assez proche de lui pour être garant de son honnêteté mais
il me semble que sa vie politique a été d’une évidente constance dans ses choix
mis à part d’éventuels moments de faiblesse que toute personne modéré,
réfléchie, en proie à des doutes sains, peut avoir. Tout ceci est l’inverse
d’un comportement extrême.
Pour autant, je pense que le problème essentiel de notre
temps est effectivement les possédants, les accapareurs, les nantis, les
riches, les grands capitalistes, les millionnaires, bref appelez-les comme vous
voulez. Après ce que je viens de dire, vous comprendrez que je parle d’eux dans
la globalité, dans leur classe, qu’ils en aient conscience ou pas.
Oh, je vous rassure, je ne leur reproche ni leur odeur, ni
leurs coutumes étranges, ni leur régime alimentaire bizarre, ni leur
communautarisme primitif, de leur propension à faire travailler les autres à
leur place pendant qu’ils profitent du système, bref, de leur personne ou de
leur identité.
Je parle de leur pouvoir individuel - parce que EUX en ont
réellement contrairement à l’immigré - de celui qui leur permet d’aller outre
les décisions d’un peuple tout en profitant de sa force de travail, de celui
qui leur permet d’imposer à ceux d’en bas toujours plus d’effort en les berçant
d’illusions méritocratiques tandis qu’ils se transmettent leur patrimoine - et
donc leur pouvoir - avec un consentement qui ne pourra être que plus grand si
jamais le Front National arrive un jour au pouvoir (cf sa politique fiscale
évoquée plus haut).
Quant à l’argument qui consiste à attribuer aux pensées de
gauche la responsabilité de ce fléau, il est risible et ne m’a pas du tout
impressionné. C’est un petit peu comme si on attribuait au Front National la
responsabilité d’une arrivé massive de clandestins sous prétexte que leur
discours avait un effet inverse de ce qu’il défendait. Il faudra trouver mieux
pour me mettre en dissonance cognitive (belle trouvaille, vraiment, cette
« injure »...).
Et c’est maintenant, je pense, que vous allez être
extrêmement déçu. Non seulement la pelle que vous destiniez à mes dents m’a
raté, mais en plus je vous ai regardé avec délectation vous étendre dans une
mare de justifications, comme si vous cherchiez à faire taire un malaise. J’ai
eu connaissance, je pense en même temps que vous, des déclarations
patrimoniales des candidats. Non seulement je ne présume pas, comme je l’ai dit
plus haut, de l’honnêteté politique d’un homme en fonction de ses revenus (même
pour Marine Le Pen !) mais en plus vous êtes, une fois n’est pas coutume, d’une
malhonnêteté intellectuelle qui en dit long sur votre aveuglement.
Entendons nous bien : je n’ai pas dit que Marine le Pen était
une personne richissime, j’ai dit qu’elle était l’héritière (j’aurais pu dire future, il est vrai, ce qui nous
aurait éclairé un peu plus sur les origines de sa volonté de supprimer les
droits de succession...) de l’une des familles les plus riches de France. Allez
y, relisez bien. Autrement dit, sa déclaration patrimoniale est un arbre qui
cache une forêt bien plus immense.
Mais quand bien même. Ce n’est pas, sur le critère de
fortune personnelle, je vous l’ai dit, que j’apprécie les idées d’une personne.
Mais je maintiens que, pour une personne « anti-système » (concept que
vous n’avez toujours pas défini...), cette information conjuguée à ses
intentions en matière de fiscalité en font tout de même quelqu’un dont on peut
un peu douter de la pureté des intentions. A moins que nous ne redoutions pas
le même « système » et dans ce cas il faudra nous mettre d’accord
rapidement sur ce mot tarte à la crème.
Un mot enfin sur le père. Je n’ai jamais dit qu’il n’avait
pas connu de souffrances au labeur quand il était jeune, ce pauvre homme. J’ai
simplement suggéré qu’il n’a pas accumulé une telle fortune par la "sueur
de son front", comme il aimerait que davantage de personne ne le fasse aux
dépens souvent de leur équilibre et de leur santé afin de satisfaire la morale populiste
du pays. Et je qualifiais cet héritage de douteux parce que le procès, suite au
testament d’Hubert Lambert, n’a jamais été mené au bout en raison de « négociations »...
Mais j’admets que cette information ne présente pas vraiment d’intérêt à notre
débat.