C’est pourquoi le dernier sujet que j’aborderai concernera
ce qui nous sépare je pense le plus fondamentalement, puisqu’il puise en
réalité ses origines dans nos valeurs les plus profondes. Le fameux,
l’inépuisable, l’inévitable thème de l’immigration. Là aussi, ne vous en
déplaise, un bon nombre d’études (et pas forcément les plus à gauches) viennent
contredire vos éternelles imprécations contre le dangereux immigré qui vient
prendre le travail du français ou faire baisser son salaire. Il paraîtrait même
qu’elle rapporte plus à la France qu’elle n’en coûte !
Mais en plus l’exemple que vous avez pris vous contredit.
Vous le détournez pour étayer vos propos, alors qu’en réalité le texte que vous
citez me donne plutôt raison : "du
point de vue de la science économique, la notion de pénurie n’est pas évidente.
Le fait que certains natifs rejettent certains types d’emplois peut simplement
signifier que les travailleurs ont de meilleures opportunités que d’occuper ces
emplois, et donc que les salaires correspondants devraient augmenter pour
qu’ils soient pourvus".
Je noterai tout d’abord le caractère approximatif de
l’affirmation « peut simplement » qui n’est pas, me semble-t-il,
équivalent à une certitude. Mais quand bien même cela soit vrai, le problème
réside effectivement dans l’augmentation des salaires, qui vous le dites plus
loin, est savamment bloquée depuis des années par le patronat français, bien
content de trouver cette manne d’employés dociles pour accroitre toujours plus
leurs bénéfices, au service des actionnaires. Vous avez bien tenté d’y ajouter
les associations « droits de l’hommiste » qui, je le comprends bien
dans votre raisonnement déshumanisé, vous pose un certain nombre de problèmes.
Mais l’argument est tout aussi désopilant que celui que vous m’avez donné pour
essayer de démontrer que les anti-libéraux étaient responsables du libéralisme.
Votre solution : dépenser des milliards dans leur traque,
puis leur enfermement, puis leur renvoi dans des pays qui sont presque aussi
nombreux que le nombre d’avions qu’il faudra pour accomplir cette « noble »
mission. Comme on se rendra vite compte que cela coûte bien trop cher au pays,
quelle solution trouvera-t-on, à force, pour repousser cette "horde
dangereuse" qui, qu’on le veuille ou non, déferlera dans notre pays pour
des raisons propres à l’impérialisme occidental ? Une solution finale
peut-être...
La solution du Front de Gauche : les travailleurs étrangers
qui sont en France, qui produisent de la richesse pour le pays, dans un cadre
législatif clair qui les protège, sont tous régularisés. Ce qui n’équivaut pas,
encore une fois, à leur donner la nationalité française, qui doit être j’en
suis convaincu, le fruit d’un long processus. Pas de dépenses, plus de dumping
social, des patrons obligés d’augmenter les salaires pour attirer leurs
employés. Et en prime, je le répète, un petit peu de respect et de dignité pour
des êtres humains. Qui est le plus hystérique des deux ?
La réalité, c’est que, une nouvelle fois, lorsqu’on gratte
le vernis, nous nous retrouvons face à nos vraies valeurs, celles qui motivent
nos choix idéologiques. Oui, le programme du Front National s’attaque aux personnes
à travers son programme pour l’immigration. Non, il ne s’attaque pas à
l’immigration en tant que problème abstrait. Qu’un état laisse crever de faim
ou de maladie des gens qui sont à nos portes, qu’ils soient étrangers ou pas,
c’est inhumain (programme du FN : les cotisations de l’assurance Maladie et de
l’assurance Chômage seront augmentées pour les étrangers à prestations
équivalentes. Le RMI pour les étrangers ainsi que l’AME seront supprimés).
Obtenir une nationalité pour « bonne conduite » et
selon le « degré d’intégration » c’est tenter d’établir un code moral
qui ne peut être que d’une extrême subjectivité, c’est une atteinte grave à la
liberté de penser des personnes. Sans parler de la déchéance nationale, qui
pose forcément les questions des origines d’une personne au moindre problème,
comme si un fraudeur, un voyou ou un assassin était forcément plus
répréhensible qu’un autre parce qu’il n’a pas le sang pur. Ca aussi,
concrètement, c’est inhumain, au sens où cela nie notre appartenance à la même
humanité.
Et encore, ce n’est là que ce qui se dit en surface. Au
Front de Gauche, nous n’oublions pas d’où vient le Front National. Nous
n’oublions pas sa filiation au poujadisme, au négationnisme, à ses références
culturelles et historiques. Nous n’oublions pas que Jean Marie Le Pen,
président d’honneur actuel du parti, a fait publié Le IIIe Reich.
Voix et chants de la Révolution allemande dans sa maison de disques. Nous n’oublions pas qu’il cite des
collaborateurs de la Seconde Guerre Mondiale dans ses discours et qu’il a admis
avoir torturé des algériens pendant la guerre d’Algérie. Et nous nous fichons
pas mal qu’ailleurs, dans d’autres pays, des gens fassent pire. C’est une haute
exigence intellectuelle et morale que de ne pas tomber dans le mimétisme de
choses exécrables que l’on fait ailleurs.
D’où les questions :
vous qui prétendez que le FN ne combat pas les personnes et qu’il s’agit d’un
argument « d’hystérique », affirmeriez vous que toute personne et toute
civilisation soit égale ? Considérez vous que des personnes portent dans leurs
origines génétiques des prédispositions à devenir des délinquants ou pas ?
Quelle est votre position sur l’existence des « races » ?
Ici se situe, je
pense, la ligne de démarcation entre nos idées, bien plus que dans une dialectique
entre 2 « -ismes » ou entre deux recettes économiques. Ici se situe la
ligne de front des sombres années qui nous attendent. Front contre front.