Nous avons donc affaire actuellement, avec la sécularisation de notre
société, non seulement à la remise en question de principes intangibles
d’origine transcendante qui fondaient notre société, mais aussi une
sorte de course au pseudo-modernisme qui amène, elle, lentement, mais
sûrement, au suicide collectif du peuple en tant que tel
Wouaww ! La « remise en question de principes intangibles d’origine transcendante » !!!! 
Chu tout impressionnationné !
Alors, pour y répondre, un petit texte de Sébastien Faure :
INTANGIBLE
adj.
Qui ne peut être touché ; qui échappe au sens du tout et, par
extension, à qui il ne peut et ne doit être touché. C’est dans ce
sens qu’on dit de certains principes proclamés évidents, de
certaines affirmations considérées comme incontestables, de
certaines vérités estimées définitives et absolues, que ces
principes ; affirmations et vérités sont intangibles. En matière
de religion, les croyances fondamentales sont déclarées intangibles
; les personnes qui ont la foi doivent s’interdire de les discuter ou
d’y apporter une modification quelconque. Les doctrines enseignées
par l’Eglise catholique, doctrines auxquelles les écrivains
catholiques appliquent le mot « Dogme », doivent être tenues pour
indiscutables ; elles sont placées au-dessus et en dehors de toute
controverse et de tout examen, contrôle ou vérification. Elles ont
pour caractère l’immutabilité qui exclut toute retouche ou
modification.
En morale, en philosophie et en sociologie, les Maîtres de tous les
temps ont tenté de présenter ou, plus exactement, d’imposer comme
étant d’une certitude absolue certains principes servant de
fondement à leur système de domination. Ces principes une fois
admis, la doctrine tout entière se développe, de conséquence en
conséquence, à la façon d’une chaîne dont les anneaux se
déroulent indissolublement liés.
Si, par exemple, en sociologie, on consent à admettre comme étant
d’une nécessité absolue le principe fondamental d’Autorité et de
Propriété privée, les théoriciens pourront imaginer à l’infini
les formes d’organisation sociales, ils auront beau épuiser
l’interminable théorie des systèmes d’agencement politiques et
économiques, ils se trouveront fatalement enfermés dans le cercle
vicieux où les emprisonnera le point de départ : le principe
d’Autorité et de Propriété servant de base à la structure de
toute société humaine et tenu pour nécessaire. Les philosophes et
sociologues qui proclament l’intangibilité du principe d’Autorité
se condamnent, sciemment ou à leur insu, à ne jamais sortir de
1’ornière. Vainement, ils parlent, en les exaltant, du Droit, de la
Justice, de la Solidarité, de la Liberté ; vainement ils se
flattent d’appliquer ces belles et nobles choses dans les systèmes
plus ou moins ingénieux d’organisation sociale qu’ils préconisent ;
les faits leur infligent le démenti le plus brutal et le plus
catégorique. Dans les sociétés qu’ils bâtissent, il ne saurait y
avoir ni véritable justice, ni droit équitable, ni solidarité
réelle, ni liberté positive, parce que l’exercice du droit, de la
justice, de la solidarité et de la liberté implique, à l’origine,
et à toute époque, un contrat social librement débattu et consenti
entre égaux. Or ne sont égaux et ne peuvent l’être - je défie
qu’il soit raisonnablement possible de les concevoir ou imaginer
égaux - des hommes dont les uns commandent et les autres obéissent
(Principe d’Autorité), dont ceux-ci sont riches et ceux-là pauvres
(Principe de Propriété privée).
Cette vérité, les anarchistes ne sont pas les seuls qui l’aient
comprise ; mais seuls ils en ont poussé jusqu’à leur terme les
inéluctables conséquences. Seuls, ils ont la conviction que les
bases sur lesquelles les sociétés humaines ont reposé jusqu’à ce
jour, sur lesquelles elles sont encore édifiées ne sont pas
intangibles et qu’elles forment un cercle vicieux qu’il est
indispensable de briser ; seuls, ils sont certains que, si violente,
si formidable et si victorieuse qu’elle soit, toute révolution qui
ne fera pas table rase des principes qui régissent la société
bourgeoise, qui n’osera pas toucher à ces principes, parce qu’elle
les considérera comme nécessaires et, par conséquent intangibles,
aboutira à un avortement et non à la naissance d’un monde nouveau.
En vérité, rien n’est sacré ni « tabou » parce que rien, n’est
fixe ni éternel. La vie se développe à travers d’innombrables
transformations ; elle s’affirme par voie de modifications et
changements indéfinis ; elle donne naissance à des formes
constamment nouvelles faisant suite à des structures périmées.
Rien donc, n’étant immuable, n’est intangible.