COVADONGA722
Pour fermer le ban,
Entre moine et militaire...oui mais avec un esprit d’historien.
Quand je vois votre icône, je pense au nom de la rose, voici
le texte que cela m’a inspiré.
Le nom de la rose... le révéler on n’osait
Ayant
avecques lui toujours fait bon ménage
J’eusse aimé célébrer sans être inconvenant
Tendre corps féminin ton plus bel apanage
Que tous ceux qui l’ont vu disent hallucinant...
Fasse le ciel qu’un jour,
dans un trait de génie
Un poète inspiré que Pégase soutient
Donne en effaçant d’un coup des siècles d’avanie
A cette vraie merveille un joli nom chrétien...
De François Villon à Georges Brassens, petite ballade intemporelle.
La rose demeure en son essence, nous n’attachons que les noms en leur nudité.
« Le nom de la rose »,
Apologie mystérieuse, poésie pléthorique libérée, du temps qui fait s’interroger une foule de gens.
Dans son puissant roman intemporellement nommé, la noirceur, la violence refoulée et libérée, Umberto Eco délivre une oeuvre envoutante, rébarbative par sa rude épaisseur. L’histoire fut adaptée, d’une belle manière, au cinéma par Jean-Jacques Annaud et merveilleusement interprétée par Sean Connery.
L’action se déroule à l’orée du XIV ème siècle, à l’an de grâce... dans
un environnement montagneux hivernal, escarpé, et inhospitalier.
Guillaume de Baskerville, moine franciscain, accompagné d’Adso, un
novice, jeune bénédictin et narrateur du roman, approchent un monastère
planté, forteresse du temps qui passe, au sommet d’une crête,
incontournable comme l’épreuve du destin.
Au sein de cet édifice austère s’organise une rencontre entre des
franciscains mendiants, vêtus de jute et d’humilité, prêchant la
pauvreté du christ, et les partisans du pape, enrubannés, empourprés et
clinquants jusqu’à l’outrance.
Bientôt, de lourdes portes gémissantes se referment derrière nos deux
pèlerins. Il règne en cette abbaye malsaine, une atmosphère pesante,
glaciale et troublée.
Des voix humaines frustres heurtent les voutes romanes et se fondent en
échos pour mieux éteindre le souvenir lointain des envolées
grégoriennes...le temps révolu des louanges et des belles espérances
chrétiennes.
Le récit très tendu, la violence dans l’ombre, angoissante, les luttes
de pouvoir insoutenables et bien humaines, le crime crapuleux, la bête
immonde, dans une atmosphère poisseuse, équivoque et malodorante.
La musique du film envoutante et métallique s’égraine aux accents d’angélus.
Dans le ventre de l’abbaye diabolique, la bibliothèque survit à tous les
siècles. Un labyrinthe magique, un savoir inaccessible,éternel,
étranger à la folie des hommes.
Eux qui grouillent comme des miasmes, fanatiques, névrosés, pervers et
douloureux de l’autre côté de la muraille, dans les galeries, les
cellules, les coursives, la cour, le petit cimetière lugubre ou planent
les corbeaux.
A l’extérieur, une autre misère, monstrueusement tapie au pieds de la
forteresse infernale, la misère paysanne, effroyable. La misère
croupissante, animale, méprisée, abandonnée, la pourriture, le fumier.
Les contrastes soutenus dans cette fresque hurlante, comme une toile
populeuse et foisonnante de Jérôme Boch, en miroir, nous renvoient,
comme par enchantement à l’éternelle idole, au nom de la rose, aux neiges d’antan, à l’espoir que l’on ne sait nommer.
Fragilisés comme le jeune novice Adso, portés par le bon sens
aristotélicien, la sagesse bonhomme et l’humour de frère Guillaume, on
trouve au fond de soi une incroyable frénésie de survivance. On a
confiance et l’on se laisse guider.
Nulla rosa est, « la parole nous dit l’inexistant et le détruit. »
Et chacun de nous fait des sauts prodigieux dans l’espace et le temps,
l’aventure et l’histoire à travers les époques est la révélation de la
présence divine. C’est l’inflation imaginative, la délivrance.
Pour un bon nombre de gens sensibles et naturellement confiants, on se laisserait aller à croire en Dieu.
De cette aventure, livresque et cinématographique, l’on ressort la tête
pleine, un peu chaude, et l’âme fiévreuse avec dans les yeux une pensée
d’éternité.
Sous l’effet de l’inspiration, dans cet état second qui l’unit au divin
nommé et pour d’autres sans nom, l’artiste est un canal prophétique.
Il est une marionnette perméable, exposée aux manifestations d’un monde
apocalyptique connu et inconnu, terrestre et galactique, humain et
spirituel.
Sur l’hôtel de la « création », prêtre malgré lui, il transmet, innocemment, son message d’amour sans réserve.
Spectateurs de passage, réceptacles d’unicité, nous recevons et
interprétons dans le secret de notre humeur et de notre différence le
pléthorique imaginaire.
Dans ce labyrinthe d’essences et d’existences infinies, les êtres
humains englués dans leurs complexités paroxystiques cherchent la voie.
Le retentissement intérieur chez le lecteur et le spectateur, a une portée infinie, un horizon de fond de ciel constellé.
C’est ce que l’on nomme Dieu, le grand architecte, l’inaccessible étoile...le nom de la rose.
Inspirateurs inspirés, Umberto Eco, Jean Jacques Annaud, François Villon, Georges Brassens.
Bonne fin de semaine