Je ne suis pas d’accord, les approches transversales, comme leur nom l’indique, ne permettent jamais d’aller au fond des choses. Un cours de français reste un cours de français, même si des points de métaphysique, de politique, d’anthropologie ou de morale peuvent être abordés...
Un professeur de français fera remarquer à ses élèves que l’écume des jours est un livre qui véhicule une sorte de morale anarchiste, dans laquelle le travail n’est vu que comme un mal nécessaire. Mais ce qu’il approfondira, ce sont les figures de style, le lien avec d’autres mouvements littéraires etc. Ce n’est pas pourquoi et comment on peut penser comme ça et en quoi il est juste et bon de développer un esprit critique et ouvert en général. Un prof de français ne pourra guère expliquer et discuter avec ses élèves de ce qu’on est en droit d’appeler « les vraies valeurs » en général, il pourra en revanche expliquer en quoi l’étude des grands textes est une vraie valeur.
Le prof de philo le peut un peu plus, mais lui a pour but le développement du sens de l’analyse conceptuelle, l’exercice du doute méthodique ; ce qu’il cherche à inculquer, c’est à ne pas avoir peur du doute, ce qui est une partie de toute morale bien comprise mais qui suppose déjà acquises au préalable des valeurs plus fondamentales comme le plaisir d’apprendre, la conscience de ses limites, l’intérêt de les dépasser, l’avantage qu’il y a à partager ses connaissances, le respect des autres qui y est lié etc.
Et c’est parce que ces valeurs là ne sont pas comprises que l’enseignement du français, des langues, de la philosophie comme des sciences se passe si mal dans l’ensemble, ce qui n’est que péniblement masqué par l’abaissement du niveau de connaissances et de savoir faire qui est requis en vue du bac.
Ces valeurs sont certes diffuses dans tout l’enseignement, public ou privé, mais tant qu’on ne les formule pas clairement, tant qu’on ne prend pas le temps d’y réfléchir et d’en discuter directement, elles sont comme un songe qui passe, une ambiance que l’on reçoit voire qu’on subit, de sorte qu’on est soit influencé positivement, en se conformant moutonnement, soit négativement, en se rebellant à la petite semaine, parce qu’on n’a jamais pris le temps d’y réfléchir directement et donc de pouvoir en comprendre vraiment les avantages.