Sur le plan économique, il est tout d’abord important de
faire la distinction entre le libéralisme
et le capitalisme, termes trop
souvent confondus et utilisés l’un pour l’autre.
- Le
libéralisme est un mode de distribution des richesses par la loi du marché.
- Le
capitalisme est un mode de production des richesses par la possession d’un
capital (qui renvoie aussi à la notion de propriété privée).
Ces deux concepts ont chacun leurs excès dans lesquels
l’humain n’est qu’au service de l’économie, et non le contraire :
l’ultra-libéralisme, et le capitalisme accumulatif financier, notamment
transnational.
Concevons que nos malheurs sociaux résultent d’abord du
fonctionnement libéral : la loi du marché ne pouvant par définition pas
être humaine, puisque vous, moi, n’avons aucun pouvoir dessus. Seuls les
propriétaires capitalistes (voir ci-dessous), les détenteurs du pouvoir,
décident comment répartir les richesses.
En dehors du mauvais partage des bénéfices entre salariés et
actionnaires que l’on voit tous les jours (+2% pour les uns, +20% pour les
autres, et je suis gentil avec tout le monde), voici une autre preuve du vol
des richesses produites par les salariés : pour ériger l’obélisque de la Concorde, il a fallu 200 hommes pendant
une heure. Croyez-vous qu’un seul homme eu pu le faire en 200 heures ? Evidemment
non. Il y a donc toujours une force
collective qui n’est jamais payée, mais dont bien sûr les libéraux sont
dépendants. CQFD.
Le droit de
propriété sous sa forme actuelle (usus / fructus /
abusus) est hérité de la Révolution (article 17 de la Déclaration des droits de
l’Homme et du Citoyen) et des pensées de Lumières pour chasser la tyrannie et
proposer un système de société apaisé. Mais alors que la propriété
privée est fondée sur le travail personnel, la propriété capitaliste est fondée sur le travail d’autrui. Il y a
donc une différence fondamentale en termes de projets et d’enrôlements.
Le processus de production suppose l’avance d’un capital par
le capitaliste. Il existe donc nécessairement une accumulation initiale.
D’où vient-elle et comment se reproduit-elle ?
Pour s’installer et
se reproduire, la propriété capitaliste doit justement anéantir la propriété
privée basée sur le travail personnel, à l’aide de deux mécanismes.
·
Le premier mécanisme est le déclencheur : l’expropriation
du peuple travailleur et l’appropriation des richesses produites (vol,
imposition, libéralisme…). Ce mécanisme s’est mis en place progressivement depuis plusieurs siècles et a permis de
concentrer les terres puis les capitaux entre les mains de quelques-uns.
Difficile de revenir en arrière aujourd’hui.
·
Le second mécanisme est un mécanisme
d’auto-entretien : l’exploitation du travail d’autrui, autrement dit le
salariat (voir plus bas), combiné au libéralisme qui oriente la répartition des
richesse produites et poussé à son paroxysme via la division la plus fine
possible du travail.
Et l’évolution de ces mécanismes menant à une concentration
entre quelques mains, et aujourd’hui à un niveau mondialisé, elle entrelace
tous les peuples dans la dépendance au réseau du marché universel. Cette exploitation empêche alors chacun de
reprendre la propriété privée de son travail. S’accroissent la misère,
l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation…, mais aussi la
résistance de la classe ouvrière hier, ou plutôt employée aujourd’hui, sans cesse grossissante.
Posons que si le capitalisme s’est constitué par «
l’expropriation de la masse par quelques usurpateurs », sa chute se fera par «
l’expropriation des quelques usurpateurs par la masse ».
Les tentatives communistes en avaient bien fait l’analyse,
mais en pratique elles ont seulement reproduit la même chose en confisquant la
propriété privée du travail de chacun au profit du collectif, ce qui revient au
même si l’on considère que le « collectif » n’est finalement qu’une
« personne morale ».
Cependant le libéralisme n’est
qu’un concept abstrait, et peut donc se dénoncer mais pas se combattre
directement. Le combat ne peut se
diriger que contre sa représentation concrète, dont la forme principale est l’Entreprise,
en tant que personne morale, sous sa forme pyramidale et non-démocratique, et
dont l’arme est le salariat.
Ceux qui subissent chaque fin d’année un Entretien
d’Evaluation aussi infantilisant qu’humiliant pour une éventuelle miette
d’augmentation le savent bien au fond d’eux-mêmes : « un salarié
c’est un peu comme une prostipute » (sauf que beaucoup de prostiputes sont
en profession libérale en fait). Pourtant beaucoup d’entre nous (et j’en suis)
sont salarié, et il faut bien manger, se loger au chaud, s’habiller…Coincés.
Obligé de faire la « pute », de « se vendre » en entretien
d’embauche comme on dit.
Le salariat est au cœur du système d’exploitation
capitaliste, car le salarié - réduit à une force de travail marchandisée
(travail vivant) - est soumis à la dictature de l’entreprise et du capital
(travail mort) sans pouvoir décider
démocratiquement de l’usage de la plus-value créée par son travail.
En ce sens, un
salarié payé n’est jamais qu’un esclave rémunéré.
Songez simplement qu’aujourd’hui la France, nation parmi les
plus riches, qui pourrait largement installer et maintenir un bonheur
tranquille pour son peuple, compte plus de 13% de gens sous le seuil de
pauvreté, que 50% de gens vivent avec moins 1500€ par mois, et qu’à 3000€ on se
considère comme de la classe moyenne avec juste de quoi vivre convenablement. Et
en même temps on trouve des rémunérations de ministres ( 10.000€/mois), de PDG
( 100.000€/mois), de stars et de sportifs « bankable »
( 1.000.000€/mois), et des patrimoines de certains actionnaires ou
propriétaires terriens (>10.000.000.000€).
Et qui souvent ne sont pas plus
heureux.
A suivre (peut-être sous forme d’un article, il y des choses à dire...)